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Google est vraiment devenu le nouveau Microsoft

3 mars 2012

Google a ces temps-ci fait parler de lui, et pas exactement en bien. La compagnie s’est d’ailleurs attirée les « inquiétudes » du département de la justice américain, et devient de plus en plus le nouveau Microsoft.

Diversification extrême

Tout d’abord, Google suit depuis plusieurs années la stratégie de diversification tous azimuts de Microsoft. La firme de Bill Gates s’est en effet diversifié dans les années 80 et 90, bien au-delà de Windows et Office. La compagnie s’est logiquement attaquée aux marchés naturels (elle a suivi l’évolution des PC côté serveur), aux marchés jugés stratégiques ou potentiellement dangereux pour Windows (comme le navigateur Web). Mais elle s’est également attaquée à des marchés juste parce qu’ils rapportaient de l’argent (des baladeurs MP3 à la recherche en ligne). Sans compter de multiples autres domaines : les jeux vidéo sur PC, les consoles de jeu, les claviers, souris, logiciels d’entreprise divers, etc.

Google a fait de même en s’étendant (ou en tentant de s’étendre) aux marchés jugés critiques comme les smartphones et les sites sociaux. Mais il s’est également lancé dans des services tels que Wikipedia ou Groupon non pas parce qu’ils occupent un marché stratégique, non pas parce qu’ils se font beaucoup d’argent (Wikipedia est à but non lucratif) mais uniquement parce qu’ils ont du succès. Un site Web devient très populaire ? Google cherchera soit à le racheter, soit à le concurrencer.

D’un certain côté, Google se diversifie plus que Microsoft. Redmond n’a par exemple jamais sorti de site concurrent à Facebook ou à Groupon. Et le Zune mis à part, Microsoft n’a jamais sorti son propre matériel en concurrence directe avec ses partenaires. Google, lui, n’a pas hésité à faire concurrence avec ses partenaires Android en sortant son propre smartphone (même si construit par HTC), en rachetant Motorola Mobile et en sortant ses Chrome Notebooks.

S’appuyer sur ses produits phares

Google utilise depuis peu une stratégie chère à Microsoft : s’appuyer sur ses produits phares pour conquérir de nouveaux marchés. C’est ainsi que la compagnie a lancé la grande offensive Google+ en l’intégrant au plus grand nombre de ses autres services. A tel point que les 90 millions d’utilisateurs que se targue d’avoir Google+ ne sont pas forcément des utilisateurs qui veulent être sur le réseau social de Google, mais qui peuvent tout simplement avoir créé un compte Google pour avoir accès à un autre service.

Car la firme de Larry Page cherche tous les prétextes pour que ses utilisateurs créent -et utilisent- un compte Google. Google Chrome est ainsi le premier navigateur Web qui incite à utiliser un compte Google (pour synchroniser son historique, ses marque-pages, etc.). Même Microsoft n’a jamais fait ça !

Pratiques controversées

Microsoft a eu son lot de pratiques controversées, ce qui lui a valu les foudres de plusieurs départements de justice. Google est lui aussi dans le collimateur de plusieurs régulateurs. Sous prétexte d’uniformiser les règles de confidentialité de ses différents services, ces derniers s’échangent désormais des données sur les utilisateurs. Les vidéos que l’on aime sur YouTube peuvent se retrouver sur d’autres services. Et Google s’est fait prendre la main dans le sac en train de court-circuiter des mécanismes de protection de confidentialité de certains navigateurs Web. Si Google se défend de toute malversation (et il est possible qu’ils pensent sincèrement), il n’empêche qu’elle a retiré l’utilisation de cette pratique depuis le scandale.

Résultats

Tout comme Microsoft à son heure de gloire, Google reçoit énormément de CVs, et donc peut se permettre d’être extrêmement pointilleux sur les candidats qu’il embauche. Pour le reste, si Microsoft a réussi à siphonner la majorité des profits de l’écosystème du PC (sa plateforme de prédilection), Google n’a pas réussi à faire de même sur le Web.

Les tentatives du géant de Mountain View pour détrôner les autres sites Web populaires ont rarement réussi. Certes, Google Maps a détrôné Mapquest, mais ce service n’était pas un poids lourd du Web. Google Knol, un concurrent de Wikipedia, a fait un bide. Google Offers, le concurrent de Groupon, n’a pas décollé. Google+ s’en tire à peine mieux. Si le concurrent de Facebook a réussi à faire parler de lui, le service piétine avec bien moins d’activités, son nombre « d’utilisateurs » étant certainement artificiellement gonflé. Bon point pour les utilisateurs cependant, Google+ a forcé Mark Zuckerberg à revoir sa position sur le sujet de post ciblé, Facebook permettant dorénavant de poster des messages à un groupe restreint de personnes (famille, amis, travail, etc.). La plus grande réussite de Google mis à part son célèbre moteur de recherche a été le rachat de YouTube. Ce succès est par contre à relativiser, ce service n’étant que tout juste profitable et n’étant pas près d’atteindre les marges que le moteur de recherche jouit.

Cela ne veut pas dire que Google n’a pas eu de succès. Son navigateur Web, Chrome, a réussi une très belle percée. Mais surtout, Android a réussi l’exploit de dépasser Apple sur le terrain de prédilection de Steve Jobs – le matériel orienté grand public. Sur ce point, la comparaison avec Microsoft est troublante. Google a en effet réussi à dépasser Apple en termes de parts de marché en s’appuyant sur une multitude de constructeurs, ce qui a comme défaut d’avoir un système fragmenté (comme les PC).

Mais, comme pour Microsoft, la grande diversification de leur offre a ses effets pervers. Page, Brin et les hauts dirigeants de Google ne peuvent en effet pas être sur tous les fronts. Mauvais point pour Google, sa vache à lait (le moteur de recherche) est bien moins stable que celles de Microsoft (Windows et Office). Bon point cependant, la compagnie a réussi à se faire une bonne place sur un nouveau marché (le marché des smartphones), contrairement à Microsoft qui a piétiné en-dehors de la plateforme PC.

L’avenir dira si Google arrivera à capitaliser sur Android.

Brevets: Google contre le reste du monde (suite)

16 août 2011

Dans mon précédent article, je pensais que la position de Google en termes de brevets était peu enviable mais pas désespérée, car Apple et Microsoft ne pourraient pas éternellement empêcher Google de racheter des brevets.

Je ne croyais pas si bien dire, car le géant de Mountain View a créé la surprise aujourd’hui en annonçant le rachat de Motorola Mobility pour $12 milliards (soit 63% plus cher que son cout lors de l’accord). Cette division est un gros constructeur d’appareils Android, dont le Motorola Droid qui a eu beaucoup de succès.

En rachetant Motorola Mobility, Google met la main sur un portefeuille de quelques 24000 brevets (17000 déposés plus 7000 brevets en cours d’approbation). Autrement dit, de quoi affronter Apple, Microsoft et autres RIM. Si Google continue dans cette logique, il va embaucher de l’avocat à tours de bras et poursuivre en justice tous ceux qui s’attaquent aux constructeurs Android.

Le problème cependant est qu’en rachetant Motorola Mobility, Google se positionne en concurrence directe avec ses propres partenaires tels que HTC, LG ou Samsung. Certes, Google a annoncé que Motorola Mobility restera une division séparée, mais cela ne va peut-être pas rassurer les autres constructeurs Android pour autant. Après tout, ils peuvent craindre que les équipes de cette nouvelle division aient un accès privilégié aux équipes de développement d’Android.

C’est là où la mise en oeuvre va beaucoup compter, et où Larry Page va passer son premier gros test en tant que PDG de Google : gérer une acquisition de grande taille et réussir à rassurer ses partenaires. Ces derniers pourraient rester fidèles à Android si par exemple Google compte leur faire bénéficier de son nouveau portefeuille de brevets (voire contre-attaquer de leur côté), leur évitant des coûteuses poursuites en justice. A ce sujet, Motorola envisageait de poursuivre d’autres constructeurs Android. On peut penser que la compagnie ne va pas poursuivre dans cette voie.

Affaire à suivre…

Brevets: Google contre le reste du monde

12 août 2011

La position de Google dans le domaine des brevets pour smartphone est fragile. Mais son plus gros problème est qu’il est presque obligé de faire cavalier seul.

Petit rappel : si Android est un gros succès auprès des consommateurs, les constructeurs de smartphones Android sont eux bombardés de poursuites pour violation de brevet. HTC a accepté de reverser $5 à Microsoft pour chaque smartphone qu’il vend, et vient de perdre un autre procès contre Apple. Pour palier à son manque de brevets dans le domaine, Google a tenté de racheté le portefeuille que Nortel vendait aux enchères, mais s’est fait raflé la mise par un consortium composé d’Apple, de Microsoft, de RIM et de quelques autres compagnies.

David Drummond, Chief Legal Officer de Google s’en est publiquement pris à Apple et à Microsoft sur le blog de sa compagnie, les accusant de pratiques anticoncurrentielles. La réponse du berger à la bergère est venue par l’intermédiaire de Microsoft qui a argumenté que Google a été invité à faire partie du consortium. Google a répondu que cette offre était un leurre.

Google enfant gâté ?

Pour mieux comprendre la situation, quelques chiffres s’imposent.

Tout d’abord, le nombre de brevets que détiennent chacun des gros acteurs. Les plus gros tels que RIM ou Apple ont plusieurs milliers de brevets concernant les smartphones. Google est à la traîne avec seulement quelques centaines de brevets.

David Drummond affirme cependant qu’un smartphone peut utiliser dans les 250.000 brevets. En d’autres termes, aucune compagnie n’est proche de détenir tous les brevets nécessaires pour construire un smartphone. Le but d’avoir le plus de brevets possible n’est pas pour être protégé contre toute attaque (même RIM et Apple sont victimes des patent trolls) mais d’avoir une arme de rétorsion si la concurrence intente une action en justice. Lorsque deux compagnies se poursuivent mutuellement pour violation de brevet, elles sont souvent forcées de négocier, voire d’abandonner les poursuites. Lorsque tout le monde possède suffisamment de brevets, on peut assister à un équilibre des forces – mis à part les attaques des patent trolls qui eux ne risquent pas grand chose (quand on ne produit rien on a peu de chance de violer un brevet)

Pour Google, il n’est donc pas important d’amasser beaucoup de brevets, mais d’obtenir des brevets que la concurrence ne possède pas. Si la firme de Larry Page avait joint le consortium pour racheter les brevets de Nortel, elle n’aurait pas pu utiliser ces brevets pour contrer les attaques de Microsoft ou d’Apple. En d’autres termes, pour être d’égal à égal avec Apple, RIM ou Microsoft, Google se doit de faire cavalier seul.

Pour des compagnies telles qu’Apple ou Microsoft, mettre la main sur les brevets de Nortel ne permet pas de s’attaquer mutuellement mais permet d’empêcher que la concurrence puisse les utiliser contre eux. Que les deux ennemis s’associent ne pose donc pas de problème. Cette alliance est facilitée par le fait qu’Android est désormais le leader du marché – et donc l’ennemi que tout le monde cherche à abattre.

Position fragile mais pas désespérée

La situation de Google dans le domaine des brevets n’est certes pas enviable mais n’est pas désespérée. Car avec 250.000 brevets dans un smartphone, Google a de la marge pour mettre la main sur des brevets qui pourront lui permettre d’attaquer la concurrence en justice. Après tout, Apple a attaqué HTC pour violation de 20 brevets et a obtenu raison sur seulement deux brevets. Même si Microsoft et Apple ont beaucoup plus de milliards en banque que Google, ils n’ont pas les moyens de racheter tous les brevets possibles. Ils peuvent certes contrer les tentatives de rachat de Google, mais devront arrêter les frais à un moment ou à un autre.

Le géant de la recherche en ligne est lancée dans une course contre la montre – gonfler son portefeuille de brevets avant que la position devienne intenable pour Android. Mais les derniers chiffres de comScore lui donnent un peu de répit : selon le cabinet de sondage, les smartphones Windows ont chuté de 38% depuis le lancement de Windows Phone 7 – de 7,5% à 5,8% – et ce malgré une campagne marketing musclée de Microsoft. C’est une bonne nouvelle pour Google, car la menace pour Android vient plus de Windows Phone 7 que de l’iPhone. Des constructeurs tels que HTC ou Samsung n’ont en effet pas grandes alternatives face à Apple. Soit ils se développent leur propre système d’exploitation (peu probable), soit ils s’en procurent un disponible sur le marché. Sachant qu’Apple, RIM ou HP ne licencient pas leur système d’exploitation mobile, et sachant que WP7 n’a pas la faveur du public, il est difficile d’abandonner Android. Qui plus est, utiliser Windows Phone 7 n’arrêtera pas les poursuites d’Apple pour les brevets liés au matériel. S’il ce peut qu’Android coûte aussi cher (voire plus) que WP7 du fait des poursuites en justice, il est possible que les constructeurs de smartphone considèrent que c’est le coût à payer pour être sur le marché des smartphones.

Google Chromebook et Google+

8 juillet 2011

Google vient récemment de lancer deux nouveaux produits qui, bien qu’ils soient souvent vus comme un remplacement, peuvent être vus comme visant de nouveaux marchés. Je veux parler du Google Chromebook et de Google+

Le Google Chromebook n’est pas nouveau (il a été annoncé il y a plus de deux mois) mais n’est que récemment disponible (Samsung en a déjà sorti deux modèles et Acer devrait en sortir un dans quelques jours). Google+ vient par contre tout juste d’être annoncé et n’est accessible que par invitations, encore limitées.

Google Chromebook

Un PC miniature à démarrage quasi-instantané (il démarrerait en 8 secondes chrono) est quelque chose que j’attends depuis longtemps. Pourtant, je ne suis pas excité plus que ça. Pourquoi donc ? Plusieurs raisons.

La première raison est le prix, qui va en effet de $350 (Acer, avec un écran 11,6″) à $500 (Samsung, écran 12″ et 3G). Cela se rapproche du prix de l’iPad qui commence à $500, et du même ordre des netbooks équipés de Windows 7 (qui vont de $240 à $530 suivant les options). Certes, il est difficile de comparer uniquement sur le prix. Le Google Chromebook contient un disque SSD de 16 GB et devrait offrir des performances bien supérieures à celles d’un Netbook sous Windows 7. Mais le problème est que si le Chromebook a l’allure et le prix d’un portable PC, les gens risquent de le considérer comme un remplacement d’un ordinateur et non un complément.

La deuxième raison de ma déception est que je n’ai pas réussi à en toucher un pour vérifier qu’il démarre effectivement en 8 secondes. Aux Etats-Unis, le Chromebook est vendu sur Amazon.com et par la chaîne de magasins Best Buy. Ces derniers ne semblent par contre pas l’avoir en magasin – uniquement en ligne. Difficile de juger d’un nouveau type d’appareil lorsqu’on ne peut pas le voir en « chair et en os ». Surtout que les diverses tablettes Android, elles, sont présentes et bien mises en valeur chez Best Buy.

Car le véritable concurrent du Chromebook n’est pas les PC mais bel et bien les tablettes. Elles font en effet partie du mouvement dit du « post-PC » et visent soient les utilisateurs de PC qui désireraient un appareil supplémentaire d’usage plus simple, soit des non-utilisateurs qui ont des besoins limités. Les tablettes sont par contre beaucoup plus « cools ». Certes, l’iPad d’entrée de gamme commence à $500 pour un écran plus petit et pas de clavier physique, mais l’iPad reste une machine bien plus sexy qu’un Chromebook, bien plus léger (600g contre 1,5 Kg) et bien plus fin (9mm d’épaisseur). D’un certain côté le Chromebook arrive trop tard.

Google+

Google+ est ce que je qualifierais le Bing de la recherche sociale. Bing n’était pas la première tentative de Microsoft sur le marché des moteurs de recherche Web, mais c’est la première tentative qui n’a pas été un bide – un signal que Redmond était -enfin- sérieux sur ce marché. Si le service n’a pas eu suffisamment de succès pour menacer Google (du moins pour le moment), il a généré suffisamment de bruit pour sérieusement inquiéter le géant de Mountain View.

De la même manière, Google+ n’est pas la première tentative de Google dans le domaine des réseaux sociaux (on se souvient d’Orkut et de Buzz), mais c’est la première tentative qui fait un tant soi peu parler d’elle. Le fait que l’utilisateur de Google+ le plus suivi n’est autre que Mark Zuckerberg, PDG et cofondateur de Facebook, a fait grand bruit.

Si beaucoup voient Google+ comme le « Facebook killer », le service prend un angle que Facebook s’est toujours refusé de prendre : le concept de plusieurs cercles sociaux parfois complètement distincts. Zuckerberg n’a en effet jamais compris le désir de vouloir séparer sa vie privée de sa vie professionnelle. Pire, il considère ça comme « mentir » et pense que la vertu de Facebook est de forcer les gens à être honnêtes. Google+ au contraire permet de facilement filtrer l’information comme on le désire : telle annonce uniquement pour les amis, telle autre annonce pour les contacts professionnels, etc. Alors que les utilisateurs de Facebook soucieux de leur vie privée doivent régulièrement se battre avec les paramètres Facebook pour s’assurer que des informations personnelles ne sont pas visibles par tout le monde, Google+ est centré autour du concept de filtrage d’information. Cerise sur le gâteau, il est même possible de voir comment les autres utilisateurs nous voient, que ce soit un de nos contacts spécifique ou quelqu’un d’anonyme.

Et Google+ fait bien de ne pas prendre le même angle que Facebook. Plus il évitera de l’attaquer de face, plus il aura de chance de succès. En particulier, le gros handicap des réseaux sociaux à leurs débuts est qu’avec peu d’utilisateurs leur utilisation reste limitée, ce qui freine l’adoption de nouveaux utilisateurs. Facebook a brisé ce cercle vicieux en s’appuyant sur les étudiants d’Harvard, puis des autres universités américaines. Google+ ferait bien d’avoir le plus grand nombre de fonctionnalités possibles même lorsque les contacts de ses utilisateurs ne sont pas sur Google+.  Cela peut signifier devenir un excellent service de gestion de contacts, ou de pouvoir partager des informations avec des non-utilisateurs sans qu’ils aient à s’enregistrer.

Et même dans ce cas, Google+ n’a que peu de chance de détrôner Facebook. On ne remplace pas un service qui a des centaines de millions d’utilisateurs comme ça. Il est par contre possible qu’un succès de Google+ force Facebook à revoir sa vision en matière de données privées.

Les données selon Google, Microsoft et Apple

18 juin 2011

Internet a changé la manière dont on interagit avec les données. Le temps est terminé où les utilisateurs gardent le gros de leur données sur leur ordinateurs. Non seulement le partage de donnée n’est pas nouveau, mais les utilisateurs veulent de plus en plus accéder à leurs données depuis plusieurs appareil – leur PC, au travail et/ou leur smartphone.

Windows étant le gardien actuel des données sur PC, Microsoft a bien évidemment le plus à perdre. Google et Apple ont logiquement le plus à gagner. Google a depuis des années proposé plusieurs services permettant de stocker ses données sur Internet. Apple, quant à lui, vient d’annoncer iCloud, son service pour synchroniser différents appareils : iPhone, iPod Touch, iPad, Mac et même PC.

Microsoft étant principalement focalisé sur le marché d’entreprise, sa vision des données est avant tout les documents MS Office, sa vache à lait. A contrario, Apple est la compagnie qui a la vision la plus étendue des données. iCloud fonctionne en effet avec les documents bureautique, mais également les images, la musique, le carnet d’adresse, le calendrier, les livres, jusqu’aux applications même et données personnelles (iCloud a même une API permettant aux applications tierces d’en tirer partie). Google est proche d’Apple, même si son offre n’est pas aussi complète que celle d’Apple. iCloud permet en effet de synchroniser automatiquement une application sur 10 appareils (sans avoir à racheter l’application 10 fois) ainsi que ses données – quelque chose que la concurrence ne propose pas (encore ?)

Synchronisation ou copie sur Internet ?

Pour ce qui est de l’approche par contre, les trois offres sont très différentes.

Google a tout de suite opté pour une approche centrée autour d’Internet étant donné que la compagnie tire ses revenus de services Internet – même si elle s’appuie sur plusieurs logiciels clients : Android sur les smartphones et tablettes, Picasa pour les images, Chrome comme navigateur Web pour les « applications Web ». Google propose ainsi Google Docs (traitement de texte), Google Spreadsheet (tableur), Picasa Web Albums (photos), Google Calendar, Gmail, et bientôt Google Music. L’avantage de ce modèle est une facilité de synchronisation (il n’existe qu’une seule copie) et surtout de partage. Google Docs et Google Spreadsheet permettent plusieurs personnes de modifier un document en même temps, chacun voyant les modifications d’autrui en temps réel. L’inconvénient est qu’un service en ligne ne fonctionne que lorsque l’on a une connexion Internet. Pour palier à ce défaut, les services Google possèdent certains mécanismes de cache client (comme pour pouvoir écouter la musique hors ligne), mais Internet reste au centre de la stratégie du géant de la recherche en ligne.

Apple, au contraire, vend du matériel. Les données doivent donc exister principalement sur le matériel Apple, iCloud n’étant qu’un moyen de synchroniser le tout. Non seulement le centre de l’univers Apple a toujours été ses appareils, mais iCloud aide à le centrer. En effet, avec iCloud, un iPhone ou un iPad peuvent télécharger des applications et documents directement depuis Internet sans avoir à passer par un Mac… ou un PC. Comme l’a indiqué Steve Jobs, le PC est désormais considéré comme un appareil comme les autres.

Microsoft, finalement, est entre les deux modèles. La compagnie se faisant de l’argent sur les logiciels installés sur PC (Windows et Office principalement), elle a eu du mal à accepter Internet. D’autant plus que ses plus gros besoin étant au sein de l’entreprise, Redmond a préféré pousser la vente de licences Exchange et Sharepoint en entreprise au lieu d’utiliser des services Internet. On remarque d’ailleurs qu’Exchange et Sharepoint gardent respectivement Outlook et Office au centre du modèle. Si Sharepoint permet de partager des documents, l’édition d’un document implique une synchronisation avec le poste client où l’utilisateur modifie le document utilisant Office. Mais Microsoft vend avant tout du logiciel, et n’est pas attaché à une architecture plus qu’à une autre… du moment où il arrive à facturer ses clients. Car les réserves de Microsoft vis à vis du Web pour la bureautique ne sont pas une question de principe (il est facile d’utiliser des composants ActiveX pour lier ses services à Windows) mais de fonctionnalités. Les suites bureautiques Web sont encore loin de fournir autant de possibilités que MS-Office. Mais un modèle en ligne a un avantage : il force l’utilisateur à payer régulièrement sous peine de ne plus pouvoir se servir du logiciel. D’où Office 365, un service en ligne hybride entre un modèle en ligne complet et un logiciel traditionnel que l’on télécharge sur son PC. Si Office 365 permet d’éditer ses documents sur le Web, il n’en reste pas moins fortement intégré avec MS Office et Outlook.

Quelle est la formule gagnante ?

Difficile à dire, étant donné que de nombreux facteurs entrent en jeu, et il n’est pas dit que l’architecture soit le plus important. Par exemple, la position prédominante de Microsoft sur le marché des suites bureautiques ne semble pas être en danger avant plusieurs années. Plus que l’architecture gagnante qui va décider du vainqueur, c’est la compagnie gagnante qui va imposer son architecture.

La publicité sur le Web

25 février 2011

La publicité a été la première source de revenus du Web – et reste la principale. Le problème est que les revenus sont très faibles par rapport au trafic. Non seulement les internautes ont appris à ignorer les publicités, mais ces dernières étant très rarement ciblées, elles ont un rendement très faible. Quelques compagnies ont cependant réussi à trouver un modèle plus efficace pour leurs publicités.

Google

Google a commencé comme un projet de thèse de représentation mathématique du Web. Après quelques années de disettes, la compagnie s’est trouvé être idéalement placée pour exploiter une idée découverte par goto.com: l’idée que certains mot-clés valaient plus que d’autres.

Partant d’un service utile à un maximum d’internautes (son moteur de recherche), Google « vend » aux publicitaires un emplacement lorsque les utilisateurs entrent un mot-clé donné. La valeur du mot-clé est déterminée par un système d’enchères, permettant à Google de maximiser les revenus pour certains mot-clés très prisés. L’une des raisons des profits si juteux de la compagnie est que la compagnie vend principalement de la publicité qui répond à une demande existante. En effet, de nombreux utilisateurs utilisent Google pour chercher des informations sur un produit ou un service donné. Ils ne cherchaient peut-être pas à acheter le produit ou service donné, mais sont au minimum ouvert à cette possibilité. Par exemple, l’un des mot-clés extrêmement profitable pour Google est DUI ou DWI, acronyme américain pour Driving Under InfluenceDriving While Intoxicated, c’est-à-dire conduite en état d’ivresse – quelque chose qui coûte fort cher aux Etats-Unis. Certains cabinets d’avocats spécialisés sont près à payer $40 ou plus par clic sur leur publicité, car ils savent que les prospects ont besoin d’un avocat pour éviter de gros ennuis.

Si les publicités qui répondent à une demande existante ne représentent tout au plus que 20% du marché total de la publicité, elles représentent cependant un marché juteux. Il est en effet bien plus facile de vendre à quelqu’un qui veut acheter que de convaincre quelqu’un d’acheter un produit ou service.

A noter que ce modèle colle parfaitement au moteur de recherche de Google, qui est d’aider les gens à trouver les informations sur le Web. Aller sur Google est un moyen et pas une fin en soi (les gens vont rarement sur un moteur de recherche parce qu’ils n’ont rien à faire). Par conséquent, plus Google est efficace, moins les gens passent du temps dessus pour chaque interaction. La comparaison du temps que les internautes passent sur Facebook et Google n’a donc aucune valeur.

Facebook

Facebook a, de son côté, commencé comme un projet de connexion de personnes. Là où Larry Page s’est demandé comment représenter toutes les connexions des pages Web, Mark Zuckerberg est obsédé depuis longtemps par le graphe social, c’est-à-dire les liens entre les diverses personnes. En d’autres termes, Google est orienté données alors que Facebook est orienté social. L’algorithme est roi au sein de Google, alors que l’obsession de Zuckerberg est de favoriser les interactions entre utilisateurs.

Le business model de Facebook est plus conventionnel et vend des publicités qui tentent de créer une demande, que ce soit pour un produit ou service que les internautes ne connaissent pas ou ne sont à priori pas intéressés.

Là encore, le type de service qu’offre Facebook est adapté à ce genre de publicité. Facebook étant une fin en soi, les utilisateurs restent sur le site pendant longtemps – parfois un peu trop longtemps. Rester longtemps sur le site est un bon signe pour Facebook, car cela donne l’opportunité de présenter plus de publicités. Avec un bémol cependant : le site ne doit pas trop prendre de temps, car il risque de fatiguer les gens à terme. Plusieurs utilisateurs ont par exemple abandonné Farmville (le célèbre jeu sur Facebook) car ils y passaient trop de temps. Le problème de Facebook est un flux d’informations grandissant. On ajoute des contacts plus souvent qu’on en retire. Le challenge du site est de nous montrer uniquement les informations qui nous intéressent.

Mais Facebook utilise une stratégie un peu différente des autres sites Web qui vivent de la publicité. La compagnie de Mark Zuckergerg possède en effet une base de données d’informations sur ses utilisateurs très importante, avec la particularité d’être extrêmement complète et fiable. Alors que la plupart des bases de données consommateurs sont créées à partir de suppositions (on achète une liste d’abonnés et on suppose que les membres ont tel ou tel profil), les données de Facebook sont entrées par les consommateurs eux-mêmes ! Age, location géographique, état matrimonial, mais également des informations sur ce que l’on aime. Facebook possède la base de données rêvée pour toute équipe marketing, ce qui lui permet de vendre de la publicité ciblée. Par exemple, un utilisateur poste des photos de son voyage à Aruba peut être une cible potentielle pour des agences de voyage.

Apple

Bien que constructeur de matériel à la base, Apple a récemment décidé de s’attaquer au marché de la publicité sur iPhone et iPad. Outre des revenus supplémentaires, le but principal est de rendre iOS encore plus attractif auprès des développeurs d’applications. En d’autres termes, fournir un autre avantage compétitif à ses produits en favorisant la création d’applications.

La compagnie a pour cela créé iAd, un réseau de publicité sur iPhone et iPad. Mais iAd ne suit pas la modèle traditionnel, car le service vise les recettes publicitaires télévisées. Steve Jobs affirme que la publicité télévisée attire le plus de revenus car elle fournit la meilleure expérience. Apple essaie donc de fournir des publicités visuellement attrayantes.

L’angle pris par Apple ne surprendra personne quand on sait l’obsession de Steve pour l’aspect visuel. Là où Google permet à n’importe qui de créer des publicités au format texte grâce à un processus entièrement automatisé, Apple tente de créer un environnement où les publicités sont coûteuses à produire et encore plus coûteuses à diffuser (les annonceurs doivent dépenser un minimum $1 million pour être des clients d’iAd). Là où Google et Facebook font de la publicité ciblée à partir des informations que les internautes entrent eux-mêmes, Apple se différentie sur la qualité même de l’expérience publicitaire.

Les avis divergent quant au succès d’iAd. Selon TechCrunch, le service n’est pas en bonne posture. Passé l’enthousiasme initial, les clients rechigneraient à renouveler le coûteux service. D’un autre côté, une étude montrerait que les ventes iAd décollent et surpassent celles d’AdMob, le service racheté par Google utilisé sur Android. Affaire à suivre…

Groupon

Nouveau venu, Groupon est devenu le site « in » du moment, à tel point que Google a proposé de le racheté pour la bagatelle de $6 milliards – et que Groupon a décliné l’offre ! Le principe est de proposer des produits ou services à prix réduits si un nombre suffisant d’internautes s’engagent à acheter. Comme Google, Groupon vise le marché de la publicité qui répond à une demande, avec une légère différence. Les utilisateurs de Google ont leur besoin en tête, mais ne veulent pas forcément acheter quelque chose. Les utilisateurs de Groupon ne savent pas encore les produits ou services qu’ils veulent acheter, mais vont sur Groupon dans le but d’acheter quelque chose.

L’idée d’obtenir des discounts en aggrégant des clients sur le Web n’est pas nouvelle, mais Groupon est le premier qui a trouvé la bonne formule. Par exemple, Priceline Webhouse Club a été lancé en 2000 et permettait aux internautes d’acheter des produits en spécifiant le prix maximum qu’ils désiraient acheter. Une différence cependant : ils ne pouvaient pas spécifier la marque. Le problème de ce modèle et que les vendeurs n’ont eu aucune motivation de faire une remise à une compagnie qui encourage ses clients à n’acheter que sur le prix. Priceline Webhouse Club a donc effectué les remises sur ses propres fonds, et a fermé boutique en octobre 2000.

Conclusion

Google a à ce jour le meilleur modèle de publicité en ligne. Contrairement à Groupon, son site Web attire tous les internautes et pas seulement ceux qui veulent consommer. Contrairement à Facebook et Apple, il affiche principalement de la publicité qui répond à une demande existante – où du moins à un public ouvert à l’achat – ce qui lui permet de gagner beaucoup par publicité.

L’avenir dira si Google arrivera à garder son avancée.

Google accuse Bing de plagiat

4 février 2011

Google vient d’accuser Bing de plagiat. La compagnie de Mountain View en veut pour preuve d’avoir planté certaines résultats bidon dans son moteur de recherche lorsque l’on entre certaines recherches spécifiques – résultats qui se sont retrouvés sur Bing.

Microsoft nie tout plagiat, bien sûr. Le géant de Redmond reconnait utiliser certaines techniques pour améliorer les statistiques, comme analyser les clics des utilisateurs sous Internet Explorer, que ce soit sur Bing ou Google.

Les avis sont partagés sur le Web quant à savoir s’il s’agit de plagiat ou d’autre chose. Mais si Microsoft n’est pas content d’un procès de fausse intention, il n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Ses actions passées n’aident en effet pas à croire de la bonne foi de Redmond. Pendant son procès contre le département de la justice américaine, la firme de Bill Gates s’est fait prendre la main dans le sac à présenter comme « preuve » une vidéo truquée. Son excuse a été qu’ils étaient « meilleurs à faire des logiciels qu’à faire des vidéos ». Avant cela, la compagnie Stac Electronics a accusé en 1993 Microsoft d’avoir copié purement et simplement son logiciel de compression de disque nommé Stacker et de l’avoir intégré dans MS-DOS 6 sous le nom DoubleSpace – ironique quand on sait que Microsoft s’est toujours plaint du piratage. Stac Electronics a prouvé ses dires et a gagné son procès, mais Microsoft ne s’est pas excusé. Au contraire, il a contre-attaqué Stac pour avoir fait du reverse engineering sur MS-DOS.

Dans les deux cas, bienque Microsoft ait été pris la main dans le sac, la compagnie a toujours clamé son innocence. Et je suis persuadé que Microsoft a sincèrement pensé ne pas être en tort. Pour ce qui est des accusations de Google, même si elles sont fondées, on peut douter que Microsoft admette tout méfait.

Implications

Il a été établi que certains résultats retournés par Google influencent les résultats retournés par Bing. La question que personne ne sait avec certitude est dans quelle mesure. Microsoft affirme qu’il ne s’agit que l’un des nombreuses manières d’optimiser Bing, mais quelle poids à cette manière ? D’un point de vue relation publique, Microsoft ferait bien de ne plus s’inspirer des résultats de Google pour optimiser son moteur de recherche -surtout si cette méthode n’a pas grande influence comme l’affirme Redmond. Mais je ne suis pas convaincu que la firme de Steve Ballmer change ses méthodes à moins qu’un juge ne la contraigne.

D’un certain côté, cela montre que Microsoft ne cherche pas à se différentier sur le produit même mais sur d’autres critères. Si au départ Bing a affirmé vouloir être plus qu’un moteur de recherche mais un « moteur décisionnel », force est de constater que le service de Microsoft n’apporte pas grand chose de plus que Google. Et s’il était réellement un « moteur décisionnel », il n’aurait pas besoin de voir ce que retourne Google.

Rien de bien nouveau cependant. Après tout, Microsoft a racheté SQL Server à Sybase sans racheter la compagnie même. Cela veut dire que pendant un temps ils étaient en concurrence directe contre Sybase avec un produit quasiment identique – ce qui n’a pas empêché Microsoft de gagner la partie.

Qu’a fait Microsoft pour promouvoir Bing face à Google ? Comme d’habitude, sa stratégie repose sur trois principes :

  1. Se baser sur ses propres produits : Internet Explorer, Windows 7 et tous les produits en ligne de Microsoft poussent fortement l’utilisation de Bing.
  2. Passer le plus de partenariats possibles : cela a commencé avec Yahoo qui utilise désormais Bing comme moteur de recherche. De la même manière, Facebook utilise le service de Microsoft comme moteur de recherche Web. Il n’est pas dit que beaucoup de gens utilisent Bing de cette manière, mais cela permet au moins de familiariser les internautes avec le nom. Finalement, Microsoft a payé certains opérateurs mobiles pour qu’ils changent le moteur de recherche par défaut de… leurs smartphones Android !
  3. Lancer une grande campagne marketing. Là-dessus, Microsoft n’a pas lésiné sur les moyens, avec énormément de publicités en ligne comme à la télévision.

Dans un de ses articles, John Dvorak pense que Microsoft ferait mieux de licencier Google et d’afficher quelque chose comme « Bing, powered by Google ». Sauf que ce n’est pas la manière d’opérer de Microsoft. Quand la compagnie a racheté SQL Server à Sybase, elle a avant tout racheté le code source pour une somme fixe, lui permettant de faire évoluer le produit de manière complètement autonome de Sybase. Licencier Google ne lui permettrait pas d’être autonome et impliquerait des paiements réguliers.

Mais un argument de Microsoft fait cependant mouche : Google a lancé cette accusation car il a peur de la montée en puissance de Bing. Et il y a de quoi. Si les progrès de Microsoft sont encore modestes sur ce marché, Redmond semble avoir repris du poil de la bête. On parle bien plus de Bing que de Windows Live Search.

A Google de se débrouiller pour innover et laisser Bing loin derrière… s’ils peuvent.