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La fin d’une époque pour Microsoft ? Pas vraiment

6 février 2014

Microsoft a annoncé son nouveau PDG en la personne de Satya Nadella. En même temps, Bill Gates a quitté son poste de directeur du conseil d’administration.

Le bilan de Steve Ballmer

Le bilan de Microsoft sous Steve Ballmer relève du paradoxe. D’un côté, la compagnie a fait passer son chiffre d’affaire annuel de $23 milliards en 2000 à $74 milliards en 2012, et ses profits de $9 milliards à $17 milliards. Bien des compagnies aimeraient avoir de tels chiffres. Mais d’un autre côté, Microsoft a vu sa capitalisation boursière fondre de $600 milliards lorsque Ballmer est devenu PDG à $270 lors de l’annonce de son départ.

Comment la capitalisation boursière d’une entreprise peut-elle perdre la moitié de sa valeur lorsque l’entreprise a triplé ses ventes et doublé ses profits ?

Le paradoxe s’explique par le fait que le prix d’une action ne relève pas de la valeur actuelle d’une entreprise mais de sa valeur future supposée. Or en 2000, Microsoft semblait invincible. Il avait vaincu tous ses concurrents importants (IBM, Lotus, WordPerfect, Novell, Netscape) et s’était approprié leurs parts de marché. La compagnie contrôlait le marché du PC qui était le marché le plus dynamique de l’informatique, promis à un avenir radieux. En 2000, les investisseurs s’attendaient à une future forte hausse du CA comme des profits, expliquant une forte capitalisation. Mais ils s’attendaient certainement à ce que Microsoft garde sa toute-puissance, ce qui ne fut pas le cas. Comme chacun sait, Microsoft n’a pas conquis les nouveaux marchés en forte hausse, en particulier l’informatique mobile.

Et maintenant ?

Maintenant que Ballmer n’est plus PDG, est-ce la fin d’une époque ? Pas vraiment.

Tout d’abord, le nouveau PDG travaille chez Microsoft depuis 1992. C’est une bonne chose dans la mesure où un nouveau venu pourrait avoir du mal à être accepté quand les deux précédents PDG (Steve Ballmer et Bill Gates) font presque partie du mobilier. D’un autre côté, il n’apporte pas de sang neuf, et il n’y a aucune indication qu’il veuille changer la direction actuelle de l’entreprise. Pas de revente de la division Bing ou Xbox comme le demandent certains investisseurs (que cela soit une bonne chose ou pas). Pas d’abandon du marché grand public pour se concentrer sur le marché d’entreprise.

Ensuite, si Bill Gates n’est plus le directeur du conseil d’administration, il reste au conseil en tant que « conseiller technologique » et va « dévouer plus de temps à la compagnie, supportant Nadella sur la direction technologie et produit. »

Il faut se rappeler que les changements se sont produits du fait de pressions des actionnaires – certains demandant même que Gates quitte la compagnie. Steve Ballmer n’était pas pressé de partir en retraite, soutenu par Bill Gates. Ce dernier a il semble du plier sous la pression des actionnaires. Mais qu’a fait Ballmer (avec sans doute la bénédiction du conseil d’administration) ?

  • Peu avant l’annonce officielle de son départ, il a lancé en chantier une grande réorganisation
  • Il a depuis signé le rachat de Nokia
  • Après la passation de pouvoir, Bill Gates comme Steve Ballmer restent au conseil d’administration
  • Bill Gates va dorénavant consacrer plus de temps à Microsoft (« un tiers de son temps ») et travailler avec Nadella sur la « direction technologie et produit »

Tout cela ressemble fortement à une lutte de pouvoir au sommet. D’un côté certains actionnaires activistes qui veulent changer l’équipe actuelle, et de l’autre Bill Gates et Steve Ballmer qui en théorie offrent du changement mais esquivent le changement qui les concernent.

En attendant, Nadella a du pain sur la planche. Il est connu pour avoir été à la tête de la plateforme Internet de Microsoft – plateforme qui supporte des produits aussi variés que Windows Azure ou Bing. L’avenir dira s’il est à même de comprendre le marché du grand public.

Reconquête du grand public

Si Microsoft a eu beaucoup de succès sur l’informatique d’entreprise, il n’a pas réussi à contrôler les marchés qui se sont développés depuis, à savoir le Web et l’informatique mobile. Redmond n’a pas réussi à renverser Google, et peine à vendre ses smartphones et tablettes. De ce fait la firme de Bill Gates perd petit à petit son emprise sur le marché grand public. Redmond a fait une percée fulgurante sur l’informatique d’entreprise, mais le marché du moment est le marché grand public. Or Microsoft a pendant trop longtemps été habitué à vendre le même produit sur les deux marchés.

Généralement, lorsqu’un produit passe du marché d’entreprise au marché des particuliers, il subit souvent une transformation pour refléter les différences des deux marchés. Pensez au smartphone (du BlackBerry à l’iPhone), au 4×4 (de la Jeep militaire au 4×4 de ville), aux caméras, magnétoscopes, etc. Le PC par contre a été vendu tel quel au grand public, écrasant la concurrence du fait de ses économies d’échelle. Des logiciels tels que Windows ou Office sont conçus avant tout pour l’entreprise et sont beaucoup trop complexes pour les besoins des particuliers – ne parlons pas de MS-DOS qui était tout sauf « user-friendly ».

Cette stratégie ne fonctionne plus sur le marché de l’informatique mobile. Agiter la marque Windows et Office n’est pas suffisant pour détourner l’attention d’iOS ou d’Android. Microsoft a tenté avec Windows 8 d’imposer une interface graphique unique pour le PC d’entreprise comme pour les tablettes grand public et a du affronter une résistance que l’on n’avait pas vu depuis Windows Vista.

Reste à savoir si Nadella aura à la fois la volonté et les mains libres pour chercher une autre stratégie.

Microsoft trouve une bonne nouvelle pour Surface

4 octobre 2013

La nouvelle a été répétée presque en boucle par les médias informatique : Delta Airlines compte remplacer les iPad utilisés dans les cockpits de ses avions par des tablettes Surface 2. Autant dire que le marketing de Microsoft avait bien besoin d’une telle nouvelle.

Selon Apple Insider, les pilotes de la compagnie se sont battus pour garder leur iPad. Un pilote affirmerait que c’est une histoire « d’argent, de contrats de voyages, et du département informatique de Delta qui est au lit avec Microsoft. »

Cet épisode reflète parfaitement la différence d’approche entre Apple et Microsoft. Steve Jobs a une fois dit que ce qu’il aimait avec le marché grand public était que les gens choisissaient d’eux-mêmes, alors que sur le marché d’entreprise, les utilisateurs ne décidaient pas et que les décideurs étaient parfois confus. Il a de même plusieurs fois comparé les directeurs informatiques à des « orifices » par lsequels il fallait passer pour atteindre les utilisateurs d’entreprise.

Je n’ai pas d’information sur la manière dont se sont déroulées les négociations entre Delta et Microsoft, mais on peut facilement imaginer ce qui s’est passé. D’un côté, Microsoft a du leur proposer un prix de gros et leur promettre d’utiliser Delta pour tous les déplacements d’affaires de ses employés. Qui plus est, Redmond a sous doute tissé au cours des années des liens avec le DI de Delta. La compagnie aérienne semble utiliser principalement Windows, ce qui facilite l’intégration des tablettes Surface à son système d’information. De l’autre côté, Apple ne s’est sans doute pas décarcassé pour garder le marché, étant focalisé sur le grand public. J’imagine que la firme à la pomme n’a pas proposé des prix de gros – elle donne des rabais de misères aux opérateurs cellulaires qui lui achètent des millions d’iPhone, pourquoi offrirait-elle un rabais pour « seulement » 11000 iPads ? De même, je doute qu’ils aient cherché à proposer un meilleur deal que Microsoft. Si les utilisateurs choisissaient par eux-mêmes comme Steve Jobs préférait, l’iPad serait sans doute resté au sein de Delta. Mais le département informatique en a décidé autrement – et pas forcément pour de mauvaises raisons.

Plus généralement, cet épisode montre que les meilleures chances de Surface sont de viser :

  1. Le marché d’entreprise. C’est le marché où Microsoft est vraiment à l’aise et a une emprise. De nombreuses compagnies ont des département informatiques très ouverts à Microsoft à tel point que beaucoup n’ont plus que des compétences Microsoft. Essayer de rendre Surface « cool » à l’aide de pubs à la chorégraphie impeccable est à côté de la plaque.
  2. Les non-utilisateurs de PC. Les utilisateurs de tablettes en entreprise sont principalement des gens qui n’ont pas de PC, et qui sont intéressés par un appareil plus petit et léger qu’un portable PC (dans certains cas, quelque chose qu’ils peuvent mettre dans leur poche). Sur le marché du PC traditionnel, Surface a bien plus de chance de remplacer un portable PC (au mieux un MacBook) qu’un iPad. Et contrairement à ce que Bill Gates pense, les pilotes de Delta n’ont pas besoin de MS Office.

Reste à savoir si Microsoft a enfin reçu le message.

Steve Ballmer va quitter Microsoft

24 août 2013

Après de nombreuses années de prédictions sur le départ de Steve Ballmer, c’est finalement arrivé : le PDG de Microsoft a annoncé son départ d’ici à 12 mois.

Un an semble beaucoup pour trouver une succession lorsque la compagnie avait affirmé déjà avoir un plan de succession au cas où Ballmer décèderait prématurément – une pratique standard pour les entreprises de cette taille. Je ne serais pas étonné que ce délai soit plus pour que Ballmer ne perde pas la face et n’apparaisse pas éjecté comme un malpropre. Même si ce n’est jamais agréable de voir l’action de sa compagnie bondir de 7% à l’annonce de son départ.

Les incertitudes

Le prochain PDG de Microsoft devrait idéalement comprendre à la fois le marché de l’entreprise ET le marché grand public. Le premier fournit le gros des revenus de la compagnie. Et le deuxième gouverne le marché des smartphones et des tablettes – le marché que Redmond essaie désespérément de conquérir.

Concrètement, cela veut comprendre que les deux marchés sont très différents, et qu’essayer de vendre le même produit aux deux ne fonctionne plus. Cela veut dire avoir un goût de l’esthétique et comprendre que plus de fonctionnalités n’est pas forcément une bonne chose pour le grand public. Steve Ballmer est très à l’aise sur le marché d’entreprise. Sous son égide, Microsoft a beaucoup de succès sur ce marché, consolidant les franchises Windows et Office, poussant les autres produits d’entreprise (SQL Server, Exchange, SharePoint, Lync, Dynamics, etc) et même une offre Internet Windows Azure. Ballmer ne comprend par contre pas du tout le marché grand public.

Une grande question se pose : le prochain PDG viendra-t-il de Microsoft ou sera-t-il quelqu’un d’externe ? Les deux ont leurs avantages comme leurs inconvénients. Un PDG externe peut avoir des idées fraiches, mais aura du mal à changer la culture maison. Difficile de se faire respecter au sein d’une compagnie où beaucoup d’employés sont là depuis des décennies. L’ancien PDG de Google Eric Schmidt a eu le même problème lorsqu’il a était à la tête de Novell.

Un PDG interne aura plus de facilité à se faire accepter, mais n’apportera pas de sang neuf. Lorsqu’on passe trop de temps dans une entreprise, il est difficile de voir ce qui doit changer.

Quelques constantes

Mais quel que soit le PDG, il reste quelques constantes. Comme je l’ai déjà écrit, le gros des revenus et de la croissance de Microsoft proviennent du marché d’entreprise, ce qui influence grandement sa culture. L’autre constante s’appelle Bill Gates. Même s’il n’est plus directement impliqué dans la gestion de sa compagnie, il reste à la tête du comité de direction et est le plus gros actionnaire. Il reste une éminence grise, comme en 2010 où il a enterré un projet de tablette destiné aux étudiants, préférant l’option d’adapter Windows aux tablettes. Gates est un homme d’affaire hors du commun. Mais comme Ballmer il ne comprend que peu le marché grand public. Sa réflexion sur les utilisateurs « frustrés » de l’iPad est caractéristique.

Bill a déjà indiqué qu’il serait impliqué dans le choix du prochain PDG. Approuverait-il un PDG qui compte dramatiquement changer la stratégie de la compagnie ? J’en doute.

En d’autres termes, la stratégie Microsoft a peu de chances de changer.

Réorganisation chez Microsoft ? Et après ?

12 juillet 2013

Après plusieurs semaines de spéculations, Microsoft vient d’annoncer une réorganisation. Afin de luter contre les querelles internes, les 8 divisions de la compagnie sont refondues en 4, afin « d’encourager la collaboration. »

Dans sa lettre aux actionnaires de fin 2012, Steve Ballmer indiquait que le fond de commerce de la compagnie était désormais les « appareils et services » (devices and services). Cette réorganisation va dans ce sens.

Microsoft n’a pas tort de vouloir changer de stratégie. Mais plus une compagnie a du succès, plus il est difficile de changer. Non seulement tout changement ne doit pas handicaper ses produits à succès, mais ces derniers placent la barre très haut. Toute nouvelle stratégie du géant de Redmond doit ainsi préserver ses deux vaches à lait, Windows et Office, avec lesquels il se fait dans les 80% de marges (même si les autres divisions de la compagnie ramènent ses marges à « seulement » 23%). Tout nouveau produit ou service, pour satisfaire Wall Street, devra à la fois rapporter suffisamment et offrir des confortables marges.

Avantages et inconvénients des services

Si les gens ne vont pas jeter leur PC pour utiliser exclusivement une tablette, ils peuvent par contre remplacer leur PC de moins en moins souvent. C’est là où passer à un modèle de service peut aider à contrer le déclin des ventes en s’assurant un revenu constant. Du moins en théorie. Si le grand public est prêt à payer pour Office lorsqu’il achète un nouveau PC, est-il prêt à payer tous les ans pour une suite bureautique qu’il utilise rarement ? Est-il prêt à payer tous les ans pour Windows lorsque ce dernier semble gratuit, son prix étant caché dans le prix d’un nouveau PC ?

Un risque plus à terme est de trop tirer sur la corde. Il est en effet tentant de gonfler son chiffre d’affaire en augmentant le prix de l’abonnement avec pour prétexte d’ajouter des fonctionnalités supplémentaires – que les clients veuillent les dites fonctionnalités ou pas. Le risque est dans ce cas un retour de bâton où les utilisateurs quittent le service, souvent pour toujours.

Finalement, je ne sais pas s’il est possible de garder les marges juteuses dont jouissent Windows et MS-Office. A l’heure actuelle, Microsoft envoie quelques DVDs à Dell, et c’est ce dernier qui est charger d’installer les logiciels sur toutes ses machines ainsi que de les supporter auprès de l’utilisateur final. Le coût de vente incrémental est nul pour Redmond. Dans le cas des services, Microsoft doit gérer une armée de serveurs et ne peut plus se cacher derrière les vendeurs de PC pour fournir le support.

Le matériel

Redmond a de bonnes raisons de s’attaquer au marché du matériel alors qu’il a toujours évité de construire des PC. Avec le PC, Microsoft a toujours régné sur le système d’exploitation (d’abord avec MS-DOS puis Windows). Inutile donc de s’aventurer dans le matériel – un terrain aux marges faibles. Sur les smartphones et les tablettes par contre, Windows est minoritaire, très loin derrière Android et iOS. La meilleure manière de contrôler la plateforme reste donc de contrôler le matériel.

Le premier challenge est que Redmond se trouve en concurrence direct avec ses propres fournisseurs. L’autre est que vendre du matériel offre des marges bien plus faibles que de vendre du logiciel. La division Xbox a pendant longtemps perdu de l’argent, et est désormais tout juste profitable. 

Apple a de confortables marges parce qu’il se concentre sur quelques produits. Pour émuler le même modèle qu’Apple, Microsoft devrait se concentrer sur quelques produits qui rapportent beaucoup et se séparer de nombreuses divisions. Et encore, n’est pas Apple qui veut.

Mais le plus important ne change pas

En temps de crise, toute organisation a tendance à faire ce qu’elle sait faire, encore plus. Dans le cas de Redmond, la compagnie ne s’est pas séparée de certains produits pour être mieux focalisé, et continue dans sa stratégie de centrer tous ses produits autour de Windows.

On peut changer la structure d’une entreprise, sa stratégie ou même son PDG (plusieurs personnes réclament la tête de Ballmer). Mais il existe une chose qui est très difficile de changer : les clients.

Le gros des revenus de Microsoft provient du marché professionnel, et plus particulièrement des ventes de Windows et MS-Office. En plus d’être fortement lucratifs, ceux deux produits tirent avec eux de nombreux autres produits d’entreprise (Windows Server, Exchange, Lync, SharePoint, etc.)

Or ce sont ces clients qui façonnent la culture et la vision d’une entreprise. Ballmer a beau parler de se focaliser sur « appareils et services » et de parler du marché des consommateurs, son réflexe reste de penser aux utilisateurs de MS-Office avant tout. Ballmer comme Gates n’ont pas été avares de critiques envers l’iPad, et elles ont toutes été dans le même sens : l’iPad est une piètre tablette pour le travail d’entreprise. La tablette Surface Pro est d’ailleurs conçu dans ce sens, et reste avant tout un appareil d’entreprise plus en concurrence avec les ultrabooks que l’iPad.

L’un des buts de Redmond est d’effacer le plus possible la différence entre tous les types de produits pour offrir une expérience uniformisée, qu’il s’agisse du PC d’entreprise ou de la tablette grand public. Cela ressemble à de la nostalgie de l’âge d’or de Microsoft où le grand public utilisait quasiment uniquement les solutions issues du monde de l’entreprise : le PC, MS-DOS et Windows. Mais je ne suis pas convaincu qu’une telle uniformisation soit nécessaire ni même une bonne chose. La solution qui consiste à uniformiser avec succès deux modes de saisie totalement différents (l’écran tactile et le clavier/souris) reste à inventer (Microsoft compte-t-il également uniformiser la Xbox ?)

Mais au final, le mémo de Steve Ballmer n’est que des mots. Ce qui compte plus que tout est l’exécution. A Steve de montrer qu’il est dans la bonne voie.

Les utilisateurs d’iPad « frustrés » selon Bill Gates

13 mai 2013

Lors d’une interview à CNBC, Bill Gates a affirmé que beaucoup d’utilisateurs d’iPad étaient « frustrés » parce qu’ils ne « peuvent pas créer de document, ils n’ont pas Microsoft Office. »

Cette petite phrase a fait grand bruit. Nombreux sont ceux qui ont raillé ce commentaire, notant que les ventes de l’iPad se portaient très bien pour des utilisateurs « frustrés » – surtout comparé aux ventes de Surface, la tablette de Microsoft. D’autres ont remarqué que Surface n’est pas livrée en standard avec un clavier. Ce dernier coûte $129, soit le prix d’un clavier pour iPad. Et si la tablette d’Apple n’a pas MS Office, elle a d’autres suites bureautiques.

Il est bien évident que Bill Gates a un point de vue biaisé. D’une part il supporte sa compagnie (c’est de bonne guerre), mais il prédit également ce qu’il souhaite voir arriver. A savoir, un monde où Windows et Office sont omniprésents.

Bill a raison sur un point…

Bill a cependant raison sur un point : l’iPad est loin d’être idéal pour prendre des notes, même sans aller jusqu’à faire de la bureautique poussée. Je n’ai que peu essayé Surface, mais je ne doute pas qu’elle soit meilleure pour ce genre d’opération.

Une partie importante des applications de productivité sont les raccourcis clavier pour rapidement changer d’application, copier/coller ou autres opérations. Même si Surface n’est pas livrée en standard avec un clavier, cela reste son premier atout en tant que tablette. Cela veut dire que tous les logiciels sont conçus avec le clavier en tête – raccourcis clavier y compris.

Sur l’iPad par contre, si les claviers physiques introduisent quelques raccourcis claviers, ils n’ont toujours pas l’équivalent d’Alt-Tab pour passer rapidement d’une application à une autre. De même, parce que l’utilisation d’un clavier avec l’iPad est loin d’être standard, les applications ne sont pas forcément conçues avec le clavier en tête.

…Mais il continue d’avoir un angle mort

Cela dit, je ne suis pas convaincu de la convergence tant prédite/désirée par Bill Gates. Car dans beaucoup de cas il n’y a pas besoin d’une telle convergence.

De manière toute naturelle, Gates voit le monde du point de vue des utilisateurs qui sont au coeur du succès de Microsoft : les utilisateurs de MS Office. Ce sont principalement des professionnels qui sont soit derrière son bureau soit en meeting. De fait, ces professionnels là ne sont pas intéressés par un iPad. J’en connais au moins un, fan de l’iPad dés la première heure, qui a essayé d’utiliser sa tablette au travail avant de se rabattre sur un MacBook Air.

Mais il existe d’autres types d’utilisateurs qui ne sont pas forcément intéressés par une convergence :

  • Le grand public tout d’abord, qui aime la légèreté et la facilité d’utilisation d’une tablette – même si elle n’est pas idéale pour prendre des notes. Si les particuliers ont parfois besoin d’un traitement de texte ou d’un tableur, ils utilisent alors leur PC. Dans ce cas de figure, l’iPad ne remplace pas le PC mais empiète sur le budget informatique – autrement dit, les particuliers risquent de changer de moins en moins souvent de PC. Il existe cependant un risque majeur pour Microsoft si quelqu’un trouve la bonne formule pour une suite bureautique sur iPad ou tablettes Android. Les particuliers n’ont en effet pas besoin de toutes les fonctionnalités de MS Office et peuvent se satisfaire d’une autre suite bureautique moins complexe – surtout si elle est à moindre prix. Paradoxalement, ces mêmes particuliers continuent de plébisciter MS Office sur PC. Mais en changeant d’environnement, ils sont prêts à changer leurs habitudes. Microsoft a bénéficié de cet effet en son temps. Dans les années 90, les utilisateurs sont en effet passé à MS Word et Excel sous Windows alors qu’ils étaient habitués à WordPerfect et Lotus 1-2-3 sous MS-DOS.
  • Les professionnels qui n’ont pas de PC. On pourrait penser que tout le monde a désormais un PC au bureau. Ca serait sans compter les nombreuses personnes qui ne travaillent pas derrière un bureau. Les ouvriers du bâtiments, les enseignants, les employés de magasin, etc. Certain d’entre eux gagneraient à être informatisés, mais n’ont pas de PC car ils n’ont pas envie de transporter un portable PC tout le temps avec eux (ni même une tablette). Leur outil de choix est un smartphone avec les quelques applications nécessaire à leur travail – mais pas de suite bureautique. Pour un employé dans un magasin, une application pour les aider à obtenir des informations sur la marchandise en stock, voire pour passer une commande et lire une carte de crédit (comme c’est le cas dans un Apple Store). A ce sujet, la killer app professionnelle sur iOS ou Android est peut-être la solution application/extension qui remplace la caisse enregistreuse et le lecteur de carte bleue. Mais dans aucun cas ces professionnels n’ont besoin d’une suite bureautique.
  • Les professionnels qui ont un PC mais qui n’ont pas besoin de toute la puissance d’un PC ni même d’une suite bureautique. Pensez aux employés derrière un guichet qui n’utilisent souvent qu’une seule application.

Bill a à la fois raison et tort

En conclusion, Bill Gates à la fois raison et tort. D’un côté, je ne serais pas étonné qu’il ait parlé principalement à des utilisateurs de MS Office qui ont été tenté d’emmener un iPad en réunion car bien plus léger qu’un portable PC. De fait, il y a de forte chance que beaucoup de ces utilisateurs soient frustrés.

Mais d’un autre côté, Bill semble oublier le reste du monde. En commençant par les particuliers qui sont très contents d’avoir un iPad en parallèle de leur PC. Mais également tous les professionnels qui n’ont pas besoin de MS Office. Une très grande partie des professionnels à qui vous avez affaire en tant que particulier n’ont pas besoin d’une suite bureautique : enseignants, employés de chez Carrefour ou de la Poste, policiers, etc.

Les cadres dirigeants controversés

10 novembre 2012

Apple vient d’annoncer le départ prochain de Scott Forstall, vice-président de la division iOS, qui produit le système d’exploitation de l’iPhone et de l’iPad.

Si Forstall est controversé, il est intéressant de noter qu’il a un équivalent au sein de Microsoft en la personne de Steven Sinofsky, président de la division Windows.

Si les anecdotes présentées ci-dessous sont bien évidemment niées par les compagnies concernées, je me base sur de nombreuses publications telles que Business Week, GigaOM (Scott Forstall), CNET (1, 2), Business Insider, AllThingsD (Sinofsky) NY Mag ou Business Insider (Marissa Mayer)

Deux cadres brillants mais controversés

Forstall comme Sinofsky ont beaucoup de points en commun. Ils ont tous deux rejoint respectivement Steve Jobs (chez NeXT puis Apple) et Bill Gates immédiatement après l’université, et ont tissé d’étroits liens avec les deux célèbres cofondateurs.

Ils sont de même reconnus pour être brillants – même par leurs détracteurs – ce qui leur a valu de diriger les divisions les plus importantes de leur compagnie. Scott a dirigé le groupe qui a créé l’interface « Aqua » de MacOS X, puis a été en charge d’iOS qui équipe les iPhone et les iPad – autrement dit les produits les plus importants pour Apple à l’heure actuelle. Sinofsky, quant à lui, a longtemps dirigé la division Office, puis la division Windows (autrement dit, les deux vaches à lait de Microsoft) où il s’est affairé à lancer Windows 7, faisant ainsi oublier le désastre médiatique causé par Windows Vista.

Tous deux sont également connus pour diriger leur division d’une main de fer. Ils ont de même la réputation d’être ambitieux, avec comme objectif de devenir PDG de leur compagnie – et ils sont d’ailleurs dans la ligne de succession (était dans le cas de Forstall)

Leur ambition a par contre un coût par rapport aux autres divisions. En étendant leur pouvoir ils ont contribué au départ de plusieurs autres cadres dirigeants importants. Tony Fadell, le père de l’iPod, serait parti en grande partie à cause de conflits répétés avec Forstall. Ce dernier contrôlant iOS, il a une influence sur l’iPod Touch (qui se base sur iOS) dont il n’a apparemment pas hésité à utiliser. Jony Ive (le designer d’Apple) ou Bob Mansfeld (VP de la division matériel) éviteraient des réunions avec Forstall si Tim Cook n’est pas également dans la pièce.

Sinofsky, de son côté, a réussi à faire dérailler certains projets qui était en concurrence avec sa division. Comme un projet de synchronisation de fichiers que Sinofsky a fait remplacer par SkyDrive. Ou la tablette Courier, remplacée par Surface et Windows 8 / RT. A noter que les projets malheureux étaient sponsorisés par des pointures chez Microsoft. Le premier par Ray Ozzie, le père de Lotus Notes, débauché par Bill Gates lui-même – Ozzie a d’ailleurs remplacé Gates en tant que Chief Software Architect en 2006. La tablette Courier, quant à elle, était un projet de J Allard, le patron de la division Xbox. Allard a été l’une des deux personnes avec Sinofsky qui a convaincu Bill Gates de l’importance d’Internet en 1995. Coïncidence ou pas, Ozzie et Allard ont quitté Microsoft peu de temps après que leur projet ait été tué.

Un autre exemple de cadre dirigeant avec un profil similaire est Marissa Mayer, ancienne vice-présidente star chez Google et désormais PDG de Yahoo. Marissa est connue pour être brillante et a rejoint Google juste après l’université. Elle a contribué au moteur de recherche ainsi qu’à plusieurs services de la compagnie (Gmail, Google Maps). Tout comme Forstall et Sinofsky, elle est ambitieuse (si elle ne l’était pas, elle serait restée chez Google) et n’est pas toujours facile à vivre. Elle ne semble cependant pas aussi controversée. Si elle a été écartée des grandes décisions au sein de Google il y a de ça quelques années, les raisons sont peu claires et les théories variées.

La chute de Forstall

Depuis la mort de Steve Jobs, Forstall ne s’est pas mis en meilleurs termes avec le nouveau PDG, Tim Cook. Il se serait par exemple plaint qu’il n’y ait aucune décision de prise au sein d’Apple depuis le départ de Jobs.

Un cadre dirigeant peut se permettre beaucoup d’excès tant qu’il fait du travail impeccable. Les problèmes ont commencé pour Forstall lorsque sa division a commit deux impairs avec Siri puis Apple Maps. La goutte qui aurait fait déborder le vase a été de refuser de s’excuser publiquement pour Maps. Outre une insubordination de plus envers Cook (Forstall n’aurait jamais refusé sous Jobs), Scott s’est mis en porte-à-faux avec deux aspects de la culture Apple mis en place par Steve Jobs lui-même. Tout d’abord, il était le DRI ou Directely Responsible Individual pour Siri comme Apple Maps – en d’autres termes, la personne directement responsable pour ces produits. Ensuite, comme le rappelait Jobs à tous ses vice-présidents, les excuses comptent de moins en moins lorsque l’on grimpe les échelons et cessent totalement de compter lorsque l’on devient VP.

La comparaison entre les deux hommes s’arrête là car Sinofsky est toujours successeur présumé de Ballmer. Tout d’abord, Steven est en très bon termes avec ce dernier. Il faut dire que Ballmer a plus d’ancienneté de Sinofsky, ce qui n’est pas le cas de Tim Cook face à Forstall (ça ne m’étonnerait pas que Scott considère Cook comme un nouveau venu). Ensuite, Sinofsky n’a pas eu les casseroles de type Apple Maps  (addendum: 2 jours après que cet article soit publié, Microsoft a annoncé que Sinofsky quittait Microsoft « immédiatement ». Il a apparemment été viré avec la bénédiction de Bill Gates parce qu’il s’est trop mis d’autres cadres dirigeants à dos)

Le pire qui puisse lui arriver est que Windows 8 soit un cauchemar médiatique comme Vista. Mais même un tel scénario a peu de chance de lui coûter son poste – tout au plus son avenir en tant que futur PDG de Microsoft (addendum: comme quoi je me suis bien trompé sur ce coup-là)

Bons pour une compagnie ou pas ?

Il n’est pas anormal de trouver de tels profils au sein de Microsoft, Apple ou autres Google. De telles compagnies doivent leurs succès à plusieurs personnes brillantes.

Le point commun de tous ces cadres est une motivation hors du commun – une grande partie du succès d’une personne provient de sa motivation. D’où un management parfois brutal. Lorsque l’on a une telle motivation, il peut être difficile de comprendre que ses subordonnés ne suivent pas au même rythme. Par exemple, Marissa Mayer est célèbre pour être une travailleuse acharnée, avec des semaines de 100 heures voire 130 heures (cela revient à 18h30 par jour !) Il n’est donc pas surprenant qu’elle ait exprimé son dédain pour les gens qui « veulent huit heures de sommeil par nuit, trois repas par jour » (elle ne dort que 5 heures par nuit). De même un cadre dirigeant brillant n’aura que peu de tolérance pour les erreurs. Sinofsky s’est bâti une réputation pour lancer des produits à temps. On peut douter qu’il y arrive en ayant une attitude compréhensive face à un éventuel retard de son équipe.

Pour le reste, de solides succès peuvent facilement gonfler l’égo et amener un cadre brillant à penser qu’il est le seul à avoir raison et que les autres sont des incapables. En tuant le concept de Courier, Microsoft a mis tous ces oeufs dans le même panier derrière Windows RT / 8.

Il est en fait très difficile de dire quand un tel type de cadre est bon pour une compagnie et quand il devient néfaste. Il est par exemple très difficile de quantifier les pertes que représentent le départ de Ray Ozzie, Tony Fadell ou Allard. SkyDrive n’est pas un mauvais produit. Les ventes d’iPod s’écroulent – et pas parce que Fadell est parti, mais parce que le marché s’évapore. Et il n’est pas dit que la tablette Courier ait été un succès.

Comme toujours, il est toujours plus facile de juger de l’impact d’un dirigeant controversé après coup.

Microsoft Surface à $200 ?

17 septembre 2012

Des rumeurs circulent comme quoi Microsoft lancerait sa tablette Surface RT (la version à base de processeur ARM) à seulement $200. Ces rumeurs sont d’autant plus persistantes qu’Amazon.com vient d’annoncer sa dernière tablette Android à prix fort compétitif. Bien qu’elle soit un peu plus petite que l’iPad avec un écran 8,9″, la Kindle Fire HD commence à seulement $300.

Si la rumeur est fondée, c’est certainement une surprise, car c’est nettement moins cher que je pensais. J’avais en effet estimé un prix de $600 étant donné que Surface RT est sensée être « au même prix que des tablettes à égales » (la version de base de Surface RT possède 32 GB de disque, tout comme l’iPad à $600)

Bien évidemment, à ce prix-là Microsoft perdrait de l’argent. Mais avec une autant de milliards en banque, qui s’en soucie ? Redmond a toujours été près à dépenser sans compter pour s’accaparer des parts de marché, comme il a fait pour la Xbox ou Bing.

Lorsque Hewlett-Packard a lancé sa tablette TouchPad, cette dernière a été un bide retentissant. Mais lorsque le constructeur a décidé d’arrêter le produit et de le brader à $100 pour liquider les stocks, les consommateurs se sont rués dessus, même s’ils savaient qu’il n’y avait quasiment aucune application et que c’était un produit en fin de vie. Lancer Surface RT à $200 serait en effet une bonne manière de s’assurer du succès de Windows 8.

Le problème est plus à terme. Microsoft n’a sans doute pas pour but de continuer à construire des PC. Les marges dont il bénéficie à l’heure actuelle sont trop importantes. Microsoft a besoin de ses partenaires pour encaisser à sa place les marges ridiculement faibles des PC.

Or à $200, il est clair que Surface RT tuerait n’importe quelle autre tablette à base de Windows 8 RT. Les constructeurs de tablette Windows n’ont ni les ressources financières, ni l’envie de vendre à perte. Les tablettes 7″ sont tout juste profitables à $200. Une tablette à écran 10″ et 32 GB d’espace disque comme Surface coûte encore plus cher à produire. Qui plus est, les fabricants de PC doivent reverser à Microsoft $70 par tablette pour la licence de Windows RT.

L’autre problème est le risque d’habituer le public à des prix trop bas.

La meilleure manière que je vois serait de présenter ce prix comme une promotion. « Pendant un an, dans la limite des stocks disponible, nous vendons Surface RT pour seulement $200. Dépêchez-vous tant qu’il en reste ! » Le but étant de promouvoir « Windows Metro », c’est-à-dire le nouvel environnement de Windows, et tenter de briser le cercle vicieux « peu d’applications donc pas peu d’utilisateurs, peu d’utilisateurs donc peu d’applications. »

Mais même dans ce cas de figure, il existe toujours le risque de cannibalisation. Surface RT à $200 ne donne pas envie d’acheter la tablette Surface à base de processeur Intel et compatible Windows. A moins que cette dernière ne soit également pas vendue chère, auquel cas le risque est de cannibaliser les ventes des portables PC. Même Surface RT pourrait concurrencer les ultrabooks PC. Certes, elle n’est pas compatible Windows, mais à $200…

L’enjeu pour Microsoft est de taille. Le géant de Redmond veut s’appuyer sur l’écosystème du PC pour conquérir le marché des tablettes. Il doit donc éviter que ce dernier considère Surface RT comme trop disruptif – on remarque d’ailleurs que plusieurs constructeurs de PC ont décidé de ne produire que des tablettes Windows 8 à base de processeur Intel. Et l’écosystème PC dépasse les constructeurs de PC. La grande distribution sera-t-elle enthousiasmée par une tablette à $200 qui leur cannibalise leurs ventes plus juteuses de portables PC ? Les développeurs Windows seront-ils intéressés pour développer des applications spécifiques à Windows 8 (interface Metro) si elles ne peuvent pas tourner sur Windows XP ou Windows 7 ?

Quelques jours avant son décès, Steve Jobs a reçu la visite de Bill Gates. Pendant leur discussion, Gates a reconnu que le modèle d’intégration vertical (où Apple conçoit le matériel comme le logiciel) fonctionnait, contrairement à ce qu’il pensait. Jobs a de son côté reconnu que Microsoft a prouvé que le modèle du PC (où Microsoft ne se concentre que sur le système d’exploitation) pouvait également marcher. Ce que Bill s’est gardé de dire ce jour-là est qu’il pensait que le modèle d’Apple ne pouvait marcher qu’avec quelqu’un d’aussi créatif et artistique que Steve Jobs. Et Steve s’est gardé de dire qu’il pensait que le modèle du PC ne pouvait que produire de la daube.

Microsoft a décidé de suivre le modèle d’Apple. L’avenir dira s’il ne peut fonctionner qu’avec quelqu’un comme Ballmer qui est tout sauf créatif et artistique.