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Apple et l’après-iPhone

31 octobre 2013

Non, je ne pense pas que l’iPhone est un produit bientôt défunt, bien au contraire. Mais il est important pour Apple de préparer la suite – et le plus tôt sera le mieux.

Pourquoi ? Parce que l’iPhone est devenu une telle vache à lait pour Apple que maintenir une telle croissance va devenir de plus en plus dur. Ne parlons pas du cas où l’iPhone enregistre ne serait-ce qu’un faible déclin des ventes.

Car l’iPhone rapporte beaucoup d’argent à Apple. Sur l’année fiscale 2013, l’iPhone a rapporté à Apple $91 milliards, soit plus de la moitié de son chiffre d’affaire, et plus que le chiffre d’affaire total de Microsoft ($78 milliards pour 2013). Si l’on estime que l’iPhone rapporte un montant proportionnel de profit (estimation prudente sachant que l’iPhone est vendu plus cher que l’iPad pour des specs inférieures), cela veut dire qu’il rapporterait dans les $20 milliards de profit – soit quasiment la totalité des profits de Microsoft ($22 milliards)

Au risque de me répéter, le succès de l’iPhone n’est rien d’autre qu’extraordinaire. Si l’on considère le résultat d’exploitation (c’est-à-dire les profits sans les coûts de recherche & développement, marketing, coûts d’infrastructure, etc.), après seulement 5 ans, l’iPhone rapporterait dans les $45 milliards de profits annuel, soit plus que les trois divisions les plus profitables de Microsoft. Les divisions Windows, Serveur & Outils et Entreprise ont en effet rapporté $34 milliards de profits en 2013 – et elles ont mis plus de 20 ans pour devenir ce qu’elles sont !

Cela représente énormément de pression pour un seul produit qui jusqu’à récemment n’était décliné qu’en un modèle unique.

Le contre-exemple de Microsoft

On pourrait argumenter que Microsoft a deux vaches à lait avec Windows et Office depuis 20 ans, et qu’il n’y a donc aucune raison de s’affoler. Mais Microsoft est surtout implanté sur le marché d’entreprise, un marché stable et doté d’une forte inertie (ce qui explique un quasi-monopole sur les deux marché depuis plus de 15 ans). Microsoft peut se permettre de n’ajouter que des améliorations incrémentales à ses deux produits phare. Au contraire, les utilisateurs se révoltent contre de trop gros changements (je prendrais pour exemples Windows Vista et Windows 8)

Redmond a également plusieurs sources de revenus complémentaires. En 2013, la division Windows a vu ses profits diminuer de $2 milliards du fait de la baisse des ventes de PC. Mais la firme de Bill Gates a pu compenser par les autres divisions qui ont augmenté leurs profits (ou diminué les pertes dans certains cas)

La trajectoire non tenable de l’iPhone

Que cela prenne 1 ou 10 ans, il va être de plus en plus difficile d’ébahir les foules avec un nouvel iPhone – et par la même de justifier son prix faramineux.

Contrairement au marché d’entreprise, le marché grand public est fort volatile. L’iPhone bénéficie d’un effet de mode – or la mode est ce qui ce démode. Autant le premier iPhone a révolutionné le marché (et je n’emploie pas ce mot à la légère), autant désormais il devient de plus en plus difficile d’attirer l’attention. Un écran plus grand ? Le Samsung Galaxy en a déjà un. Un processeur plus puissant ? Les smartphones haut de gamme ont déjà des processeurs à quadruple coeur.

Plus les smartphones deviennent une commodité, plus il sera difficile pour Apple de vendre des smartphones à $650 ou plus. Le premier Macintosh était vendu $2500. Le premier iPod $400. Il arrivera un moment où un smartphone à $650 ne sera plus considéré comme acceptable – que ce soit auprès du public ou des opérateurs cellulaires qui subventionnent l’iPhone. Ces derniers sont également un handicap pour la firme à la pomme. Apple aime en effet avoir le contrôle complet sur tous les aspects de ses produits (conception, marketing, distribution). Or pour la distribution il est obligé de composer avec les opérateurs cellulaires qui apprécient de moins en moins ses exigences (aucune customisation possible ni application préinstallée)

Si Apple veut satisfaire Wall Street, il doit maintenir une croissance soutenue (et Tim Cook donne l’impression de se soucier des actionnaires). Pour augmenter les recettes de ventes d’iPhone de 10% il doit trouver $9 milliards supplémentaire l’année prochaine. S’il y arrive, il devra trouver $10 milliards l’année suivante. Et ainsi de suite.

Pire, une éventuelle baisse des ventes d’iPhone pourrait avoir de grosses répercutions sur la compagnie. Quelques pourcentages de baisse sur $91 milliards se traduisent facilement en milliards de dollars de manque à gagner. Et plus l’iPhone accumule les années à succès, plus il sera difficile de remplacer le manque à gagner. Lorsque cela arrivera, Apple aura alors énormément de pression de la part de Wall Street pour trouver ces milliards ailleurs. C’est en général le moment où les compagnies paniquent, se focalisent uniquement sur le court terme, oublient leurs clients et commencent à faire des bêtises – précipitant du coup leur déclin. Hausse des prix, rogner sur la qualité ou sur le service client, etc.

L’iPad comme sauveur ?

C’est là où l’iPad vient à point nommé. Non seulement Apple garde une solide part de marché sur les tablettes 10″, mais il n’est pas autant lié aux opérateurs cellulaires. Et le plus important : sa croissance est semblable à celle de l’iPhone. En 2010, soit 3 ans après son introduction, l’iPhone rapportait $25 milliards à Apple avec 40 millions d’unités vendues. En 2013, 3 ans après sa création, l’iPad en rapporte $32 milliards avec 58 millions d’unités vendues.

Mais l’iPad a également ses challenges. Tout comme l’iPhone, il est menacé de devenir une commodité, la concurrence des tablettes Android se faisant sentir. De même, sa croissance s’est fortement ralentie en 2013. Si le volume des ventes a augmenté de 22%, le CA n’a augmenté que de 3% du fait des ventes de l’iPad Mini.

Une possibilité de croissance pour l’iPad serait de réussir une transformation pour devenir un outil de productivité, le permettant de concurrencer de plus en plus le PC. Mais Apple désire-t-il poursuivre dans cette voie ? La compagnie n’en n’a donné aucune indication pour l’instant.

Autres produits ?

Apple va-t-il introduire des produits d’entrée de gamme pour garder ses parts de marché ? Si l’histoire est un guide, Apple a très rarement été enclin à baisser les prix, même si la concurrence est nettement moins chère. La compagnie vient d’introduire un iPhone 5c « d’entrée de gamme » qui n’est qu’un iPhone d’ancienne génération, en plastique, « généreusement » vendu $100 de moins (600€ contre 700€ en Europe). Et autant l’iPad a été vendu à un prix très compétitif (c’est la première fois que je vois des cas où la concurrence a eu du mal à être moins chère qu’Apple !), autant l’iPad Mini reste fort cher pour une tablette de cette taille. Wall Street a d’ailleurs salué l’augmentation du prix de l’iPad Mini. Dans les deux cas, on a l’impression qu’Apple veut plus éviter de concurrencer ses produits phares que de fournir un bon rapport qualité/prix.

Les Macs ont parfois vu une baisse de leur prix, comme avec l’introduction du Mac Mini, ou les derniers MacBooks dont le prix a diminué. Mais pour ce qui est des produits phare de la compagnie (iPhone et iPad), point de baisse.

C’est pour cette raison que sortir un nouveau produit ne sera pas du luxe. L’Apple TV reste un « hobby » (traduction : ses ventes sont décevantes). Le tassement des ventes d’iPhone tel qu’on le connait arrivera tôt ou tard (à moins qu’Apple arrive à réinventer l’iPhone). Il sera alors trop tard pour lancer un nouveau produit. La firme de Tim Cook doit lancer dés que possible de nouveaux produits afin qu’ils aient le temps d’atteindre une taille de marché suffisante pour contrebalancer une baisse des revenus de l’iPhone.

La question est : Apple est-il capable de créer un nouveau produit à succès sans Steve Jobs ?

Difficulté des projets informatique

23 octobre 2013

Aux Etats-Unis, le site Web de l' »Obamacare » est en pleine tourmente.  Ce site, lancé le 1er octobre, est sensé permettre aux américains de comparer et d’acheter une police d’assurance santé. Au lieu de ça, le site accumule problème sur problème. Performances désastreuses, pannes diverses, incidents techniques à répétition. On parle de 5 millions de lignes de code à réécrire (encore que je ne sais pas d’où vient ce chiffre ni qui l’a sorti). A tel point qu’Obama en personne a reconnu les problèmes.

Mais ce type de désastre est malheureusement loin d’être unique. Les projets informatiques qui tournent à la catastrophe sont légion. De nombreuses études ont été conduites sur le sujet, et si les chiffres peuvent varier d’une étude à l’autre, ils vont tous dans le même sens : nombreux sont les gros projets informatique qui échouent et/ou qui fournissent bien moins que prévu. Ne parlons pas de dépassement de budget.

Il existe de nombreuses raisons à cette triste tendance ; en voici quelques-unes.

1) La programmation n’a fondamentalement pas changé depuis les années 50

Un programme reste un script qui met des valeurs dans des cases, lit des valeurs, compare deux valeurs et peut sauter à d’autres endroit du script si une telle comparaison est vraie ou fausse. Les langages de programmation ont beaucoup évolué depuis COBOL, mais la logique métier continue d’être écrite en suivant ce principe de base (exception faite des langages dits fonctionnels, mais qui ne sont pas encore beaucoup utilisés). La complexité des programmes, elle, a drastiquement augmenté – rendant de plus en plus difficile de garder en tête toutes les pièces mobiles d’un programme. Les changements, quant à eux, sont de plus en plus fréquents, rendant la maintenance d’une application de plus en plus difficile. Il n’est pas rare que le cahier des charges évolue avant même que le projet soit terminé. De nombreuses méthodologies ont été inventées pour tenter de dompter cette complexité, mais pour l’instant personne n’a trouvé la recette miracle.

2) Les décideurs ne sont pas suffisamment impliqués

Pour tout projet, les décideurs ont de nombreux choix à faire, et ces choix ont souvent des implications importantes. Le problème est que les décideurs sont des gens très occupés. Ils ne prennent pas la peine de lire en détail le cahier des charges. Ils peuvent prendre longtemps avant de consacrer 5 minutes pour prendre une décision rapide mais importante. Ou ils ne comprennent pas forcément les implications de leurs choix. Ce qui explique pourquoi tant de projets sont des échecs en dépit du fait qu’ils respectent scrupuleusement le cahier des charges. Il n’est pas rare que les utilisateurs se rendent compte que ce qu’ils avaient demandé ne correspond pas à leur besoin, ou demandent des changements en plein développement qui perturbent grandement l’architecture interne utilisée.

3) Les développeurs ne sont pas des pions interchangeables à volonté

Tout projet qui se respecte se compte en homme/mois ou homme/année. Cela suppose que tous les développeurs sont interchangeables, et que 12 personnes abattent en un mois la même besogne qu’une seule personne en une année. Or rien n’est moins vrai. La loi de Brooks affirme que rajouter des développeurs à un projet en retard ne fait que le retarder d’avantage, du fait du temps gaspillé en meetings pour que tout le monde soit à jour. Quant aux développeurs mêmes, ils sont loin de tous se valoir. La différence entre un développeur médiocre et un développeur star est sans commune mesure. Pas forcément en termes de lignes de codes écrites par jour (il y a une limite à ce qu’un développeur peut écrire par jour) mais en terme de qualité du code produit. Les principes de programmation même sont relativement simples, si bien que quasiment n’importe qui peut développer une application suivant un cahier des charges. Par contre, développer une application qui offre de bonnes performances, qui puisse monter en charge et qui puisse être facilement maintenable n’est pas à la portée de tous. On notera que des compagnies comme Google, Microsoft ou Facebook se battent pour recruter les développeurs les plus talentueux qu’ils peuvent. Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’étant éditeurs de logiciel, ils reconnaissent l’importance des développeurs de talent. D’autre part parce qu’une entreprise a une vision différente lorsqu’elle embauche quelqu’un que lorsqu’elle la paye à l’heure pour une durée déterminée.

Pour revenir au site d’Obamacare, l’administration américaine a parlé de « tech surge » pour remédier au problème. Le terme de « surge » a été employé par le passé pour décrire l’envoi de troupes supplémentaires en Iraq en 2007 pour calmer la vague de violence qui frappait le pays – envoi qui a eu un certain succès. Par contre, si le but est de ce « tech surge » est uniquement d’impliquer plus de développeurs, cela pourrait causer plus de problème qu’il n’en résout.

4) Les dates butoir serrées peuvent rallonger le temps de développement

Il n’est pas rare que les délais soient serrés et que la date butoir soit impossible à reculer pour des raisons diverses – comme dans le cas du site d’Obamacare. Que ce passe-t-il lorsque des complications rendent les délais de plus en plus difficiles à respecter ? Les développeurs travaillent plus d’heures par semaine, comme les nuits et les weekends. Ils dorment de moins en moins. En apparence, leur productivité augmente – ils écrivent plus de lignes de code par semaine. Mais en apparence uniquement. Car le cerveau humain a ses limites, et a une fâcheuse tendance à commettre des erreurs lorsqu’il manque de sommeil. C’est là où le nombre de bugs explose. Or un bug prend bien plus de temps à corriger que d’écrire du code « propre ». Pire, c’est là où certains choix malencontreux d’architecture peuvent être pris (là encore du fait du manque de sommeil) – et ces choix sont bien plus difficile à corriger que quelques bugs.

Et c’est justement lorsque les délais sont serrés que les bugs ont le moins de chance d’être détectés. Les tests qualité sont en effet les premiers à être sacrifiés lorsque les délais doivent être respectés à tout prix.

Quelles conséquences ?

Je prendrais pour exemple un projet dont j’ai été personnellement témoin. Dans les années 90, suite au boom Internet, n’importe qui qui le désirait pouvait travailler dans l’informatique. En manque de main d’oeuvre, les sociétés de services (SSII) embauchaient à tour de bras n’importe qui, les formant au lance-pierre – souvent avec des résultats médiocres. J’ai ainsi connu le cas d’un employé d’une SSII, parachuté chez un client pour développer une application en C++. Ce développeur ne savait même pas comment déterminer la version de Windows de sa machine (Windows NT ou 95 à l’époque) ! Il a certes terminé le projet. Le problème est que le logiciel avait des performances si terribles que je ne sais pas s’il n’a jamais été utilisé.

Où sont donc les sociétés de service responsables, qui embauchent du personnel qualifié et qui évitent à leurs clients de commettre des erreurs ? La plupart du temps elles sont éliminées lors de l’appel d’offre. Lorsque le client ne regarde que le prix, cela ne favorise pas les SSII qui veulent embaucher du personnel talentueux et expérimenté. Lorsque la seule autre chose qu’il regarde est le cahier des charges, cela favorise les SSII non scrupuleuses qui vont fournir l’appel d’offre le moins cher possible, et qui vont se rattraper lorsque le client va immanquablement demander des changements au cahier des charges (« Vous voulez changer X, Y et Z ? Ca va vous coûter cher ! « ). Quant à la société de service honnête qui va dire au client que les délais ne sont pas raisonnables, elle n’a que peu de chance d’être écoutée…

Convergence tablette / PC : sous quelle forme?

18 octobre 2013

Depuis qu’Apple a lancé l’iPad en 2010, tout le monde a redoublé d’effort pour permettre aux tablettes d’être mieux adaptées aux applications de productivité – sans grand succès. Apple vend un clavier Bluetooth pour iPad. Plusieurs compagnies ont lancé des portables PC avec un clavier amovible. Logitech et tant d’autres vendent des claviers / étuis pour iPad. Mais pour l’instant, personne n’a trouvé la formule gagnante.

Challenges matériel ET logiciel

On parle beaucoup de convergence entre tablettes et PC, mais elle tarde à arriver. Il faut dire qu’elle se heurte à deux obstacles :

  • Un obstacle matériel : comment pouvoir facilement rajouter un clavier à une tablette, pour pas trop cher, avec un résultat qui tienne la route ? Un portable PC a l’avantage d’avoir un écran fermement attaché au clavier, ce qui lui permet de garder un écran vertical même sur ses genoux.
  • Un obstacle logiciel : comment s’assurer que le système d’exploitation comme les applications soient aussi faciles à utiliser avec un écran tactile qu’avec une souris ou un trackpad ? Certaines applications PC sont conçues pour fonctionner sur un grand écran et/ou de cliquer avec une grande précision. Certaines applications mobiles, quant à elles (particulièrement des jeux) demandent de sauter rapidement d’un bout à l’autre de l’écran (Fruit Ninja) ou de tapoter le plus de fois possibles.

L’approche Microsoft

Sans grande surprise, Microsoft a depuis 2001 « adapté » Windows pour qu’il tourne sur une tablette. Windows XP comme Vista n’avaient cependant comme seule adaptation le support d’écran tactile. Les tablettes devaient avoir un écran tactile très grand, ce qui a entraîné un prix beaucoup trop élevé (dans les $3000). Redmond a depuis corrigé sa copie avec Windows 8 en remplaçant l’interface graphique traditionnelle par l’interface de Windows Phone.

Côté matériel, la tablette Surface de Microsoft a un prix plus raisonnable, un écran plus petit format 16:9 (conçu donc pour être lu en mode paysage). Et son atout majeur est son clavier amovible.

Mais force est de constater qu’en voulant satisfaire les deux camps, le résultat est loin d’avoir fait l’unanimité. Le monde du PC n’aime pas le changement et regrette l’ancienne interface Windows. Et le monde mobile ne s’est pas rué sur la Surface pour autant. Il faut dire que la Surface à base de processeur ARM est incompatible avec Windows et de ce fait n’a que peu de logiciels. Quant à la Surface Pro (à base d’Intel), son prix élevé la met plus en concurrence avec les Ultrabooks PC qu’avec les autres tablettes du marché.

Microsoft est ici handicapé par les demandes matérielles de Windows. Développé sur PC, ce dernier est beaucoup plus gourmand en ressources qu’iOS ou Android. Une Surface 32 Go n’a par exemple que 12 Go de libre, le reste étant occupé par Windows. Quand à la Surface Pro, les resources necéssaires pour faire tourner Windows Intel ont augmenté le prix de la machine.

L’approche Google

Google pour l’instant ne semble pas chercher la convergence. Le géant de la recherche en ligne maintient deux systèmes d’exploitation en parallèle. Android pour les smartphones et tablettes d’un côté, et Chrome OS pour ses Chromebooks de l’autre.

Ubuntu travaille cependant sur « Ubuntu pour Android ». Cette distribution de Linux en cours de développement permettra de faire tourner Ubuntu sur un smartphone, en parallèle d’Android. Elle permettra également de brancher le smartphone à un écran, le transformant en ordinateur. Le site d’Ubuntu pour Android n’explique cependant pas quelles applications Ubuntu seront disponibles (étant souvent compilées pour processeur Intel) ni si elles seront utilisables de manière optimale à la fois en configuration smartphone et en configuration ordinateur.

Que ferait Apple ?

Apple étant orienté grand public, le marché professionnel n’est pas son coeur de cible. Mais la firme de Tim Cook pourrait être intéressée d’étendre le marché de l’iPad en remplaçant Windows auprès du grand public. Steve Jobs s’est une fois plaint du fait qu’en entreprise, les acheteurs n’étaient pas les utilisateurs – phénomène qui change avec le concept du BYOD (Bring Your Own Device) où les employés apportent leur propre matériel au bureau.

Un écran tactile ne sera jamais idéal pour des applications de productivité, mais la firme à la pomme pourrait apporter de nombreuses améliorations à iOS si elle le désirait. Comme rajouter les touches de curseur au clavier ou tout autre moyen de pouvoir facilement sélectionner du texte avec précision.

Mais Apple pourrait faire bien plus que cela. Si l’histoire est un guide, la compagnie préfère vendre deux appareils séparés plutôt qu’un appareil multifonctions. Dés la sortie de l’iPhone j’avais imaginé une station d’accueil en forme de PC portable où l’on insère son iPhone, transformant ce dernier en un portable avec un vrai clavier et un grand écran. Au lieu d’avoir un iPhone et une station d’accueil qui partagent le même coeur (processeur, mémoire et espace de stockage), Apple a préféré vendre deux appareils séparés – un smartphone ET une tablette – et travailler sur une synchronisation des données comme des applications entre les deux appareils.

On peut donc imaginer qu’au lieu de vouloir transformer l’iPad en un Ultrabook, Apple préfèrerait synchroniser l’iPad avec le MacBook.

Une première solution est évidemment de faire tourner iOS sur Mac. Cela veut dire utiliser un processeur ARM, quitte à se débarrasser du processeur Intel. Ca ne serait pas la première fois qu’Apple brise la compatibilité logicielle Mac. Pour les MacBook Pro cependant, souvent utilisés en entreprise, MS Office reste de mise. Apple pourra difficilement se passer d’Intel, mais on peut imaginer un MacBook Pro avec les deux processeurs. Pour la forme d’un Mac sous iOS, le challenge n’est pas mince, qu’il s’agisse d’un MacBook ou d’un iMac. Un tel ordinateur devrait avoir un écran tactile tout en gardant le clavier physique et la souris/trackpad pour les opérations de précision. Cependant, l’écran d’un ordinateur portable ou de bureau est à la verticale. Essayez d’utiliser un écran tactile à la verticale et vos bras vont vite fatiguer. Pour résoudre le problème il faudrait que l’écran puisse facilement basculer entre une position verticale et une position horizontale, cachant le clavier et/ou le trackpad par la même occasion. Mais Apple est une compagnie qui excelle dans ce type d’exercice.

Une autre solution serait de garder le Mac tel qu’il est, sans écran tactile, mais en se focalisant sur la couche logiciel. Apple contrôle déjà les applications qui sont distribuées sur iOS, et impose ses exigences en termes d’ergonomie. La firme à la pomme peut un jour décider que les applications iOS (ou du moins les applications de productivité) doivent désormais également prendre en compte une interface clavier/souris. Apple pourrait même faire que son kit de développement produise deux exécutables pour chaque application : un pour processeur ARM (iPhone et iPad) et un pour processeur Intel (Mac)

Cela sous-entend cependant qu’Apple est intéressé par une convergence Mac / iPad. Il est possible que la firme de Tim Cook ne soit intéressée que par le marché mobile, délaissant de plus en plus le marché des ordinateurs traditionnels.

Microsoft trouve une bonne nouvelle pour Surface

4 octobre 2013

La nouvelle a été répétée presque en boucle par les médias informatique : Delta Airlines compte remplacer les iPad utilisés dans les cockpits de ses avions par des tablettes Surface 2. Autant dire que le marketing de Microsoft avait bien besoin d’une telle nouvelle.

Selon Apple Insider, les pilotes de la compagnie se sont battus pour garder leur iPad. Un pilote affirmerait que c’est une histoire « d’argent, de contrats de voyages, et du département informatique de Delta qui est au lit avec Microsoft. »

Cet épisode reflète parfaitement la différence d’approche entre Apple et Microsoft. Steve Jobs a une fois dit que ce qu’il aimait avec le marché grand public était que les gens choisissaient d’eux-mêmes, alors que sur le marché d’entreprise, les utilisateurs ne décidaient pas et que les décideurs étaient parfois confus. Il a de même plusieurs fois comparé les directeurs informatiques à des « orifices » par lsequels il fallait passer pour atteindre les utilisateurs d’entreprise.

Je n’ai pas d’information sur la manière dont se sont déroulées les négociations entre Delta et Microsoft, mais on peut facilement imaginer ce qui s’est passé. D’un côté, Microsoft a du leur proposer un prix de gros et leur promettre d’utiliser Delta pour tous les déplacements d’affaires de ses employés. Qui plus est, Redmond a sous doute tissé au cours des années des liens avec le DI de Delta. La compagnie aérienne semble utiliser principalement Windows, ce qui facilite l’intégration des tablettes Surface à son système d’information. De l’autre côté, Apple ne s’est sans doute pas décarcassé pour garder le marché, étant focalisé sur le grand public. J’imagine que la firme à la pomme n’a pas proposé des prix de gros – elle donne des rabais de misères aux opérateurs cellulaires qui lui achètent des millions d’iPhone, pourquoi offrirait-elle un rabais pour « seulement » 11000 iPads ? De même, je doute qu’ils aient cherché à proposer un meilleur deal que Microsoft. Si les utilisateurs choisissaient par eux-mêmes comme Steve Jobs préférait, l’iPad serait sans doute resté au sein de Delta. Mais le département informatique en a décidé autrement – et pas forcément pour de mauvaises raisons.

Plus généralement, cet épisode montre que les meilleures chances de Surface sont de viser :

  1. Le marché d’entreprise. C’est le marché où Microsoft est vraiment à l’aise et a une emprise. De nombreuses compagnies ont des département informatiques très ouverts à Microsoft à tel point que beaucoup n’ont plus que des compétences Microsoft. Essayer de rendre Surface « cool » à l’aide de pubs à la chorégraphie impeccable est à côté de la plaque.
  2. Les non-utilisateurs de PC. Les utilisateurs de tablettes en entreprise sont principalement des gens qui n’ont pas de PC, et qui sont intéressés par un appareil plus petit et léger qu’un portable PC (dans certains cas, quelque chose qu’ils peuvent mettre dans leur poche). Sur le marché du PC traditionnel, Surface a bien plus de chance de remplacer un portable PC (au mieux un MacBook) qu’un iPad. Et contrairement à ce que Bill Gates pense, les pilotes de Delta n’ont pas besoin de MS Office.

Reste à savoir si Microsoft a enfin reçu le message.