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Les utilisateurs d’iPad « frustrés » selon Bill Gates

13 mai 2013

Lors d’une interview à CNBC, Bill Gates a affirmé que beaucoup d’utilisateurs d’iPad étaient « frustrés » parce qu’ils ne « peuvent pas créer de document, ils n’ont pas Microsoft Office. »

Cette petite phrase a fait grand bruit. Nombreux sont ceux qui ont raillé ce commentaire, notant que les ventes de l’iPad se portaient très bien pour des utilisateurs « frustrés » – surtout comparé aux ventes de Surface, la tablette de Microsoft. D’autres ont remarqué que Surface n’est pas livrée en standard avec un clavier. Ce dernier coûte $129, soit le prix d’un clavier pour iPad. Et si la tablette d’Apple n’a pas MS Office, elle a d’autres suites bureautiques.

Il est bien évident que Bill Gates a un point de vue biaisé. D’une part il supporte sa compagnie (c’est de bonne guerre), mais il prédit également ce qu’il souhaite voir arriver. A savoir, un monde où Windows et Office sont omniprésents.

Bill a raison sur un point…

Bill a cependant raison sur un point : l’iPad est loin d’être idéal pour prendre des notes, même sans aller jusqu’à faire de la bureautique poussée. Je n’ai que peu essayé Surface, mais je ne doute pas qu’elle soit meilleure pour ce genre d’opération.

Une partie importante des applications de productivité sont les raccourcis clavier pour rapidement changer d’application, copier/coller ou autres opérations. Même si Surface n’est pas livrée en standard avec un clavier, cela reste son premier atout en tant que tablette. Cela veut dire que tous les logiciels sont conçus avec le clavier en tête – raccourcis clavier y compris.

Sur l’iPad par contre, si les claviers physiques introduisent quelques raccourcis claviers, ils n’ont toujours pas l’équivalent d’Alt-Tab pour passer rapidement d’une application à une autre. De même, parce que l’utilisation d’un clavier avec l’iPad est loin d’être standard, les applications ne sont pas forcément conçues avec le clavier en tête.

…Mais il continue d’avoir un angle mort

Cela dit, je ne suis pas convaincu de la convergence tant prédite/désirée par Bill Gates. Car dans beaucoup de cas il n’y a pas besoin d’une telle convergence.

De manière toute naturelle, Gates voit le monde du point de vue des utilisateurs qui sont au coeur du succès de Microsoft : les utilisateurs de MS Office. Ce sont principalement des professionnels qui sont soit derrière son bureau soit en meeting. De fait, ces professionnels là ne sont pas intéressés par un iPad. J’en connais au moins un, fan de l’iPad dés la première heure, qui a essayé d’utiliser sa tablette au travail avant de se rabattre sur un MacBook Air.

Mais il existe d’autres types d’utilisateurs qui ne sont pas forcément intéressés par une convergence :

  • Le grand public tout d’abord, qui aime la légèreté et la facilité d’utilisation d’une tablette – même si elle n’est pas idéale pour prendre des notes. Si les particuliers ont parfois besoin d’un traitement de texte ou d’un tableur, ils utilisent alors leur PC. Dans ce cas de figure, l’iPad ne remplace pas le PC mais empiète sur le budget informatique – autrement dit, les particuliers risquent de changer de moins en moins souvent de PC. Il existe cependant un risque majeur pour Microsoft si quelqu’un trouve la bonne formule pour une suite bureautique sur iPad ou tablettes Android. Les particuliers n’ont en effet pas besoin de toutes les fonctionnalités de MS Office et peuvent se satisfaire d’une autre suite bureautique moins complexe – surtout si elle est à moindre prix. Paradoxalement, ces mêmes particuliers continuent de plébisciter MS Office sur PC. Mais en changeant d’environnement, ils sont prêts à changer leurs habitudes. Microsoft a bénéficié de cet effet en son temps. Dans les années 90, les utilisateurs sont en effet passé à MS Word et Excel sous Windows alors qu’ils étaient habitués à WordPerfect et Lotus 1-2-3 sous MS-DOS.
  • Les professionnels qui n’ont pas de PC. On pourrait penser que tout le monde a désormais un PC au bureau. Ca serait sans compter les nombreuses personnes qui ne travaillent pas derrière un bureau. Les ouvriers du bâtiments, les enseignants, les employés de magasin, etc. Certain d’entre eux gagneraient à être informatisés, mais n’ont pas de PC car ils n’ont pas envie de transporter un portable PC tout le temps avec eux (ni même une tablette). Leur outil de choix est un smartphone avec les quelques applications nécessaire à leur travail – mais pas de suite bureautique. Pour un employé dans un magasin, une application pour les aider à obtenir des informations sur la marchandise en stock, voire pour passer une commande et lire une carte de crédit (comme c’est le cas dans un Apple Store). A ce sujet, la killer app professionnelle sur iOS ou Android est peut-être la solution application/extension qui remplace la caisse enregistreuse et le lecteur de carte bleue. Mais dans aucun cas ces professionnels n’ont besoin d’une suite bureautique.
  • Les professionnels qui ont un PC mais qui n’ont pas besoin de toute la puissance d’un PC ni même d’une suite bureautique. Pensez aux employés derrière un guichet qui n’utilisent souvent qu’une seule application.

Bill a à la fois raison et tort

En conclusion, Bill Gates à la fois raison et tort. D’un côté, je ne serais pas étonné qu’il ait parlé principalement à des utilisateurs de MS Office qui ont été tenté d’emmener un iPad en réunion car bien plus léger qu’un portable PC. De fait, il y a de forte chance que beaucoup de ces utilisateurs soient frustrés.

Mais d’un autre côté, Bill semble oublier le reste du monde. En commençant par les particuliers qui sont très contents d’avoir un iPad en parallèle de leur PC. Mais également tous les professionnels qui n’ont pas besoin de MS Office. Une très grande partie des professionnels à qui vous avez affaire en tant que particulier n’ont pas besoin d’une suite bureautique : enseignants, employés de chez Carrefour ou de la Poste, policiers, etc.