Archives de juillet 2009

La guerre de la Haute-Définition

31 juillet 2009

Le Blu-Ray a gagné la guerre contre le HD-DVD. Mais la guerre de la haute définition n’est pas finie pour autant. Beaucoup se demandent en effet si le téléchargement (légal) où le consommateur télécharge ses films d’Internet plutôt que d’acheter un support physique ne va pas être le fossoyeur du Blu-Ray. Aux Etats-Unis il existe plusieurs solutions pour connecter son téléviseur à Internet et louer et/ou acheter des films en ligne (si quelqu’un connaît l’état des lieux en France, merci de me le faire savoir). Les solutions ne sont pas encore parfaites, mais cela viendra.

Où en sont les deux technologies? Quelles sont leurs avantages et inconvénients pour la vente de vidéo (film comme séries TV – je parle de la location dans la conclusion)?

Standardisation: avantage Blu-Ray

Le gros avantage du Blu-Ray est d’en avoir fini avec HD-DVD, ce qui lui a permit d’imposer un standard.

Les solutions de téléchargement, elles, n’en sont pas encore là. Il existe de nombreuses solutions mais toutes sont grandement incompatibles. Tout d’abord, le fait qu’elles utilisent un format protégé limite l’adoption – tout comme les formats de musique protégés ont freiné l’achat de musique en ligne. Les appareils pour connecter Internet à votre téléviseur sont bien souvent liés à un service de location/achat propriétaire, incompatible avec la concurrence. Le pire exemple est peut-être l’Apple TV qui vous propose de débourser de 300€ à 400€ pour avoir le « privilège » d’acheter et/ou de louer des vidéos (séries TV uniquement en France). Bien évidemment uniquement depuis l’Apple Store. Et bien évidemment les vidéos ne fonctionnent sur aucun autre appareil. Pas étonnant que l’Apple TV soit un bide.

Etant donné qu’il existe beaucoup plus de protagonistes dans le clan du téléchargement, il est possible que l’on assiste à une longue guerre des formats. Dommage, car le manque de standardisation est l’un des principaux freins à l’expansion de ce marché.

Facilité d’accès: avantage téléchargement

Sur ce front, le téléchargement aura toujours une longueur d’avance sur le Blu-Ray. Rien ne vaut la facilité de télécharger depuis un film depuis son écran de télévision.

Cela ne veut pas dire que le Blu-Ray ne peut pas améliorer l’expérience. Les producteurs de disques Blu-Ray pourraient par exemple faire que le disque se charge plus rapidement en supprimant les différents messages (oui, je sais qu’il est illégal de pirater un DVD) et autres bandes annonces (ras-le-bol de voir des pubs en chargeant un DVD que j’ai payé). Mais il n’est pas prouvé que cela soit suffisant pour convaincre les gens d’adopter le Blu-Ray.

Migration: zéro partout

Une des raisons qui freine l’adoption de la haute définition est que les consommateurs ont un stock de DVDs et qu’ils ne sont pas prêts à les racheter au format HD. Il reste plus simple (et moins cher) d’utiliser un lecteur DVD à upconversion (qui augmente la résolution des DVD existants)

Si l’industrie de la haute définition (Blu-Ray comme solutions de téléchargement) veut nous convaincre de passer à la HD, donner un coup de pouce à la migration n’est peut-être pas un luxe superflu.

Imaginez que la FNAC ou Amazon vous proposent un programme où, lorsque vous leur achetez un lecteur Blu-Ray, ils vous permettent d’échanger jusqu’à 10 de vos DVD contre l’équivalent Blu-Ray pour juste quelques euros (la différence de prix entre un DVD et un Blu-Ray par exemple). J’ai bien dit « échanger », c’est-à-dire que vous devez rendre les DVD (ça limite le fraude).

Les solutions de téléchargement pourraient également avoir un tel programme – on vous envoie une enveloppe pré-timbrée où vous mettez vos DVD, renvoyez l’enveloppe et quelques jours plus tard vous pouvez télécharger gratuitement vos vidéos au format HD.

Bien entendu, un tel « coup de pouce » à la migration ne peut se faire qu’avec l’accord des maisons de production. Une telle opération coûterait de l’argent et peut représenter un manque à gagner – je suis certain que l’industrie espère que le consommateur va repasser à la caisse pour racheter ses films et séries TV favoris au format HD. Mais toute l’industrie de la vidéo – revendeurs, constructeurs et studios de cinéma – a intérêt à ce que nous adoptions la HD. Ils feraient donc bien d’étudier une aide à la migration.

Le prix: (faible) avantage téléchargement

Concernant le prix, l’achat en ligne reste moins cher que l’achat d’un disque Blu-Ray ou DVD. Mais la différence n’est pas aussi importante que beaucoup espéraient – surtout quand on sait que le coût de téléchargement d’un film est virtuellement nul. Si elles le voulaient, les solutions de téléchargement pourraient proposer des prix très compétitifs. Mais il est à parier que les maisons de productions ne sont pas d’accord.

Mais le prix n’est pas tout. L’argument principal avancé pour expliquer l’expansion limitée du Blu-Ray est le prix du lecteur comme des disques, mais c’est un faux problème. Le problème n’est pas que le consommateur trouve que le Blu-Ray est trop cher, mais que la valeur ajoutée par rapport au DVD ne justifie pas le coût – nuance. Il a toujours été possible de convaincre le consommateur de payer plus si le produit apporte quelque chose de réellement novateur (regardez le CD dans les années 80). Visiblement, une qualité d’image et de son supérieure n’est pas suffisant pour convaincre les gens de migrer en masse.

La « forme » du produit: avantage (relatif) Blu-Ray

L’autre gros facteur qui limite l’achat de vidéo en ligne est que le consommateur est habitué à avoir entre les mains une copie physique de ses films. Avantage Blu-Ray.

Mais cela ne veut pas dire que la bataille est déjà gagnée. Les solutions de téléchargement comme le Blu-Ray peuvent influencer les choses.

Les solutions de téléchargement peuvent en effet essayer de changer le comportement du consommateur. Ce n’est pas facile, cela prend du temps mais c’est faisable. Le consommateur a ainsi commencé à délaisser le CD pour le format MP3 car ce dernier offre de nombreux avantages: avoir toute sa musique à portée de main, et possibilité de n’acheter qu’une seule chanson à la fois (exit les albums que l’on achète pour une ou deux chansons seulement)

Les solutions de téléchargement de vidéos devront cependant trouver d’autres avantages. Si l’idée avoir toutes ses vidéos sur un seul appareil est séduisante, cela n’est pas aussi séduisant que dans le cas de la musique car on ne change pas de film toutes les 5 minutes. Elles peuvent par contre utiliser d’autres arguments (migration, prix) pour contribuer à changer les habitudes. En particulier, viser le public le plus jeune possible car c’est celui qui a le moins d’inertie.

L’industrie du Blu-Ray, de son côté, peut également influencer les choses en repensant le support physique. Le tout est qu’elle sache être créative.

Car le support physique des DVDs et Blu-Ray est tout sauf séduisant. L’emballage n’est vu uniquement que comme une protection du disque (contre les accidents et le vol) – et est donc conçu comme tel. Résultat, ce sont des boites en plastique moches, bardées de bande adhésive antivol et avec une jaquette souvent bâclée. A l’intérieur on trouve un disque qui ressemble à un CD. Bref, rien de bien attrayant.

L’industrie du Blu-Ray ferait bien de s’inspirer du 33 tours qui, contre toute attente, reste toujours en vie. Les gens ne les achètent pas pour la qualité de la musique – les 33 tours sont livrés avec un code qui permet de télécharger la musique au format MP3 – mais bien pour avoir un bien physique dans les mains. Avec le Laserdisc (le précurseur du DVD, au format d’un 33 tours justement) on avait vraiment l’impression d’avoir quelque chose entre les mains. Un boite DVD est trop petite pour fournir une expérience comparable, et une boite plastique n’apporte pas la même sensation qu’une jaquette en carton.

On peut donc imaginer les disques Blu-Ray vendus dans un emballage du même type qu’un vinyle, c’est à dire dans une jaquette en carton soignée, et au milieu d’un disque format 33 tours (même si ce disque n’est que pour la décoration).

L’industrie du disque vidéo a complètement négligé l’aspect émotionnel du produit physique, et c’est un tort. Car si l’emballage n’est qu’un vulgaire moyen de support, autant télécharger les films.

Location vidéo: avantage téléchargement

Le marché de la location vidéo est à terme perdu pour le Blu-Ray. Les grands inconvénients d’une solution de téléchargement ne s’appliquent en effet pas pour la location: le consommateur ne possédant pas vraiment les films qu’il loue, il se fiche de l’emballage et du format de stockage.

Aux Etats-Unis, Netflix – le géant de la location vidéo par correspondance – propose pour la plupart de ses formules d’abonnement un téléchargement illimité en plus des DVD reçus par la poste. Ses clients qui veulent passer à la HD peuvent donc soit acheter un lecteur Blu-Ray pour $200-$300 et recevoir des Blu-Ray par la poste au lieu de DVD, soit acheter un lecteur Roku pour $100 qui leur permet de visualiser sur leur TV autant de films qu’ils veulent de Netflix (parmi 12000 films et séries) et d’acheter / louer sur le catalogue d’Amazon.com (40000 titres). Choisis ton campcamarade.

Vente de vidéos: avantage Blu-Ray – pour le moment

Pour le marché de la vente, le manque de standardisation des solutions de téléchargement ainsi que l’absence de support physique font que le Blu-Ray a une longueur d’avance. Mais ce dernier ne devrait pas se reposer sur ses lauriers, car cela peut changer. Au bout d’un moment il se dégagera un standard de téléchargement.

L’industrie du Blu-Ray a une avance sur le marché des ventes de films HD, mais elle risque de la perdre si elle ne fait pas une percée bientôt.

Internet et la Bande Dessinée

24 juillet 2009

Internet a profondément changé beaucoup de médias, ceux-ci étant par définition facilement numérisables: musique, films, livres.

Il reste cependant un média grandement réfractaire à Internet: la bande dessinée. Si le phénomène Webcomics prend de l’ampleur aux Etats-Unis, l’univers de la BD franco-belge a grandement ignoré le Web. Plusieurs auteurs (souvent peu connus du grand public) publient quelques planches sur leur blog BD ou sur 30joursdebd.com, mais il n’existe quasiment aucun album complet en français disponible sur le Web. Seul Foolstrip.com (une maison d’édition en ligne) ou Féréüs (BD d’heroic-fantasy comique) font exception à la règle.

Pourquoi les Etats-Unis sont-ils en avance sur la France alors que cette dernière a une culture de la bande dessinée bien plus implantée? Justement du fait de cette culture. Car en France, les auteurs de BD amateurs veulent tous être publiés, ils ne veulent donc pas travailler « pour rien » et publier des BDs entières sur le Web. Aux Etats-Unis par contre, les attentes sont bien moindres. Peu d’artistes indépendants songent à faire une carrière dans ce domaine.

Les Webcomics aux Etats-Unis

Mais étudier les Webcomics américains permet de comprendre comment Internet pourrait aider la BD franco-belge et à faire connaître de jeunes talents. Aux Etats-Unis, il existe trois principaux segments de bande dessinée: les super-héros (contrôlés par quelques grosses maisons d’édition), les mangas (en grande expansion) et… le reste. Ce dernier segment représente un très petit marché, même si certaines BD sont adaptées au grand écran (Sin City, 300) On est loin de la France où Dargaud s’offre une page de pub dans Le Monde pour la sortie d’un nouvel album de XIII.

C’est pour ça que les Webcomics ont commencé aux Etats-Unis par des amateurs, souvent étudiants. De la même manière que tout le monde aujourd’hui a son blog, ces auteurs ont publié leur talent pour être lu plus que pour se faire de l’argent. A noter que beaucoup de sites ont recours à la publicité pour arrondire les fins de mois.

L’informatique a grandement aidé pour le coloriage et parfois même pour la BD – certains Webcomics comme Purgatory sont entièrement en image de synthèse. Comme toujours avec un marché amateur la qualité varie du tout au tout. Certains Webcomics sont de piètre facture, mais d’autres sont de qualité professionnelle (The Phoenix RequiemNo Need for Bushido). Pour aider à s’y retrouver, il existe des « portails » comme topwebcomic.com où les lecteurs peuvent voter pour leurs Webcomics préférés.

Webcomics professionnels

Mais il ne faut pas croire que les Webcomics sont uniquement un marché amateur. Un premier exemple est Rich Burlew, auteur de Order of the Stick. Commencé comme une série de blagues liées à Donjons & Dragon avec un style volontairement en fil de fer, le Webcomics a petit à petit pris une autre ampleur. Il s’est étoffé d’une véritable histoire et les personnages ont gagné en profondeur. Après l’annonce du premier album papier (copie du site Web plus quelques extras), Burlew obtient plus de 2000 pré-commandes en un mois, à tel point qu’il décide de quitter son métier pour devenir auteur de BD à temps complet. Depuis, Order of the Stick est publié dans Dragon, le magazine officiel de Donjon & Dragons.

Certes, 2000 exemplaires ce n’est pas beaucoup comparé à certaines BD franco-belges célèbres qui dépassent aisément les 150.000 exemplaires par album (Burlew n’en est pas encore de rouler sur l’or) Mais il faut prendre en compte que Burlew vise une petite section d’un marché déjà limité aux Etats-Unis : les amateurs de jeu de rôle.

Un autre exemple est Phil Foglio, un auteur de BD professionnel américain qui roule sa bosse depuis 30 ans, avec qui j’ai pu avoir une interview téléphonique. Après avoir conseillé pendant des années à de jeunes auteurs d’utiliser Internet pour se faire connaître, il a décidé en 2005 de suivre ses propres conseils et a commencé à publier gratuitement sur son site Web sa série-phare, Girl Genius. « C’était effrayant, un véritable saut dans le vide » m’a-t-il dit. Mais un saut qui s’est révélé payant. « Nous avons multiplié les ventes par 5 (…) Nous avons maintenant 250000 lecteurs [sur le Web] (…) Seulement 2 ou 3% vont acheter quelque chose, mais même ceux qui n’achètent rien parlent de nous. » Avant le passage à Internet, Girl Genius avait amassé au cours des années 9000 lecteurs (payants) ce qui est une bonne performance pour une BD indépendante aux Etats-Unis. A l’heure actuelle, le premier album de Girl Genius a été tiré à plus de 20.000 exemplaires, a été réédité 2 fois et est un cours d’une 3e réédition.

Il est intéressant de noter que, dans le cas de Girl Genius, la grimpée des ventes n’a pas changé les circuits de vente. Peu de ventes directes donc, les marges n’ont donc pas changé. D’autre part les ventes d’album en PDF sont non négligeables – et évidemment avec de très bonnes marges. Phil a reconnu cependant que pour un nouvel auteur la vente en direct peut être une meilleure méthode.

Les gros éditeurs

Pourquoi les gros éditeurs ont-ils largement boudé Internet? Lors une interview que j’ai eu avec Anthony Maréchal, président de Foolstrip, ce dernier estime que les gros éditeurs suivent de très près le phénomène Internet, mais ont plusieurs handicaps. Tout d’abord, le format de la BD traditionnelle ne s’adapte pas toujours sur le Web. « Les doubles pages sont très belles dans un album, mais sur Internet ça ne passe pas. » affirme M. Maréchal. Autre problème, les gros éditeurs ont des gros catalogues et n’ont pas forcément les droits numériques – ils n’ont commencé que récemment à les demander. Ils doivent donc contacter tous les auteurs (ou les ayants droits s’ils sont décédés), ce qui demande un travail considérable.

Selon M. Maréchal, ce qui va pousser les gros éditeurs vers Internet est l’arrivée du piratage. Le risque de piratage reste encore faible (« le format CBR n’est pas encore le Winamp du livre »), mais va arriver tôt ou tard, forçant les gros éditeurs à réagir. On commence d’ailleurs à trouver des grands classiques de la BD disponible sur des sites bittorrent.

Diverses technologies

Il existe à l’heure actuelle de nombreuses technologies pour la BD commerciale en ligne: paiement à l’achat et lecture avec un lecteur propriétaire (Relay.com), paiement à l’achat avec lecture sur le Web avec un lecteur Flash (lekioske.fr), téléchargement de PDF ou formats propriétaires (numilog.fr), location en ligne (egbd.fr)

Mais comme tout, il existe également une guerre de format entre Adobe (format epub) et Amazon.com (format PRC). Sur ce point, Amazon.com a l’avantage d’avoir un gros catalogue et de la vente de son Kindle aux Etats-Unis.

Reste l’attitude du public. Si, selon M. Maréchal, le public des 15-25 ans n’a pas de problème avec le format protégé, le public des 25-45 ans (qui reste l’essentiel des consommateurs de BD) est beaucoup réservé.

J’ai personnellement des doutes quant aux formats protégés. Non seulement une guerre des standards limite l’adoption, mais l’industrie du disque peut témoigner qu’un format protégé n’empêche pas le piratage. Pire, des épisodes comme celui du Kindle – où Amazon.com, pour des raisons de droits d’auteur, a effacé à distance toutes les copies du livre 1984 des Kindle qui l’avaient achetée – ne peuvent que refroidire le public.

Leçons à tirer

Internet est un excellent moyen de se faire connaître (mais bon, ce n’est pas vraiment une nouveauté). Il n’existe pas encore d’équivalent français de topwebcomics.com, mais c’est aussi parce qu’il n’y a que peu de vraies BDs francophones en ligne. A ce sujet, il est important de publier de manière régulière. Le lectorat s’évanouit très rapidement lorsqu’on est irrégulier.

A partir de là, il existe plusieurs modèles pour transformer le trafic en espèces sonnantes et trébuchantes – et les avis divergent. Beaucoup des Webcomics américains ne « vivent » que de la publicité, mais il y a d’autres moyens.

D’un côté, il y a ceux qui jouent sur le nombre et espèrent attirer le plus de trafic possible en mettant le contenu entier en ligne – même distillé au compte-gouttes. Ils savent qu’un très petit pourcentage de lecteurs mettra la main au porte-monnaie (dans les 2-3%), mais que si le trafic généré est suffisant ils s’y retrouveront. Il est toujours difficile de donner le fruit de son labeur gratuitement, mais Phil Foglio a démontré que cela ne tue pas le commerce, au contraire. Les lecteurs qui ne veulent pas payer pour une BD ne débourseront pas de toute façon – ils iront à la FNAC lire la BD gratuitement. D’un autre côté, il y aura toujours un public pour acheter un album broché.

D’autres sites sont plus conservateurs et ne mettent en ligne qu’un amuse-gueule – comme les premières pages. C’est le cas de Foolstrip mais aussi de sites de BD pour adulte (encore une fois, le sexe est ce qui se vent le mieux). Pour lire l’album en entier, il faut passer à la caisse.

Quoi qu’il en soit, la vente de BD au format électronique est un outil fort pratique pour les auteurs du fait de ses faibles coûts de production – surtout pour les petits aux petits moyens. On peut même imaginer un modèle où la BD au format PDF (payante) est publiée avant la BD en ligne – un tel scénario n’est pas envisageable avec un album relié étant donné que les délais de publication sont de plusieurs mois. C’est le même principe que celui du modèle livre cartonné / livre souple: ceux qui ne veulent pas attendre paient au prix fort le livre cartonné, ceux qui sont plus attentifs à leur porte-monnaie doivent patienter pour acheter la version souple. L’idée est de laisser la liberté au lecteur, mais de lui offrir plus s’il opte pour la solution la plus onéreuse – tout en proposant à tout le monde le même produit.

La culture Microsoft

17 juillet 2009

La culture de toute entreprise est fortement influencée par deux facteurs. La personnalité de son(ses) fondateur(s) – du moins le plus proéminent – ainsi que les challenges que l’entreprise a du surmonter à ses débuts. Ces deux aspects façonnent une très grande partie de la « personnalité » d’une entreprise.

Après Apple et avant Google, j’examine cette semaine Microsoft. S’il a également été co-fondé par Paul Allen, c’est Bill qui a plus influencé Microsoft – en partie parce qu’Allen a du se retirer en 1983 du fait de problèmes de santé.

Bill Gates l’hyper-compétitif

Bill Gates est de notoriété publique hyper-compétitif. Quel que soit le jeu, aussi insignifiant soit-il, il veut gagner. Bill ne veut pas être le meilleur mais le numéro un.

Aux débuts de Microsoft, il y avait un pari au sein de la compagnie: qui partirait le dernier pour l’aéroport sans louper son vol? Bill a gagné en garant sa voiture devant le terminal et non pas au parking. Cet épisode est caractéristique du géant du logiciel: gagner à tout prix, même si le coût ne justifie pas la victoire (comme  sa voiture embarquée à la fourrière).

Et Microsoft s’est rendu célèbre pour des coups fourrés plus ou moins légaux. A tel point que ces pratiques lui a attiré plusieurs procès pour abus de position monopolistique. Pendant leur procès contre la justice américaine, Microsoft a même été jusqu’à truquer une vidéo qu’ils ont produit pour tenter de prouver un de leurs arguments.

Une autre conséquence est que Microsoft doit avoir un adversaire. C’est presque vital pour Redmond. Repérer un nouveau marché, combattre les géants établis sur ce marché et les renverser est presque sa raison d’être.

Cela se traduit pour la compagnie par un mélange d’excitation et de peur. Lors de la guerre entre Microsoft et Netscape pour le contrôle du navigateur Web, les développeurs d’Internet Explorer travaillaient jour et nuit – ils avaient tous leur sac de couchage dans leur bureau. La lutte contre Netscape n’était pas simplement gagner un nouveau marché mais était vécue comme une question de survie pour Redmond. Une war room a été mise en place. Les slogans de Marc Andressen (surtout ceux visant Microsoft) étaient placardés sur les murs.

Cette obsession paranoïaque est peut-être exagérée, mais c’est ce qui fait avancer Redmond. On disant pendant un temps que Bill Gates connaissant ses adversaires mieux qu’ils ne se connaissaient eux-même. Ce n’est peut-être plus vrai, mais Microsoft sous-estime très rarement ses adversaires.

Bill, un geek businessman

Bill Gates est à la fois un geek et un businessman. Il peut discuter des avantages et inconvénients d’IPv6 et la seconde d’après parler stratégie de haut niveau.

Son point fort est cependant son côté businessman. Autant Steve Wozniak, co-fondateur d’Apple, était connu pour être un génie de l’électronique, autant Bill Gates n’a jamais été connu pour être un génie de la programmation. Il était sans doute d’un bon niveau, mais pas du niveau d’un Sergey Brin ou d’un Larry Page qui ont conçu un moteur de recherche qui dépassait tout ce qui existait.

La véritable force de Gates c’est son sens des affaires. Sur ce point, c’est un excellent businessman.

L’épisode de la création du PC est révélateur. Lorsqu’en 1980 IBM a cherché un système d’exploitation pour son futur PC, ils ont tout d’abord contacté Microsoft. N’ayant que le langage (MS-BASIC) mais pas de système d’exploitation, Bill Gates les a invités à contacter Gary Killdal, fondateur de Digital Research, qui avait un système d’exploitation: CP/M. Mais lorsque IBM est venu frapper à la porte de Killdal, ce dernier les a envoyés paître! Microsoft a donc proposé à IBM de s’occuper du système d’exploitation.

Paul Allen, co-fondateur de Microsoft, connaissait une petite société locale, Seattle Computer Products, qui avait développé un système d’exploitation pour Intel nommé QDOS (pour Quick & Dirty Operating System). Pour$25000 Microsoft a acquis les droits de vendre QDOS à un seul fabriquant d’ordinateur – mais s’est gardé de dire qu’il s’agissait d’IBM. Il a acquis par la suite les droits complets pour $50000 de plus.

On voit la différence entre Seattle Computer et Microsoft. D’un côté une société qui a développé un produit qu’en bons geeks ils ont appelé « Quick & Dirty » (« vite fait mal fait ») et qui l’ont vendu pour $75000, sans doute pensant faire une bonne affaire. De l’autre côté une société qui a renommé le même produit PC-DOS (Personal Computer Disk Operating System) et battit un empire avec.

On voit également la différence entre Digital Research qui n’était pas plus intéressé que ça de faire affaire avec IBM (Digital Research a par exemple refusé de signer l’accord de confidentialité que demandait Big Blue) et Microsoft qui était près à tout pour traiter avec IBM, voyant le marché que ce dernier pouvait leur apporter. Microsoft a signé tous les accords de confidentialité que Big Blue demandait et s’est décarcassé pour leur trouver un système d’exploitation.

Il est intéressant de noter que s’il est un homme d’affaire hors pair, Bill Gates n’est pas un visionnaire, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent. Microsoft s’est lancé dans le marché des systèmes d’exploitation non pas parce qu’ils ont vu un gros marché mais uniquement pour faire plaisir à IBM, ayant peur que ce dernier trouve une autre compagnie à qui acheter un BASIC. Plus tard, dans son livre The Road Ahead (1995), Bill a complètement ignoré l’avènement d’Internet. Tout comme il a été pris de court par la montée en puissance de Google. La seule exception à la règle est le tout premier marché visé par Microsoft, lorsque Gates et Allen ont décidé d’écrire des logiciels dés que le tout premier micro-ordinateur est sorti (l’Altair en 1975).

Bill et l’argent

En parallèle avec son sens aigu des affaires, Bill (et par extension Microsoft) est fortement motivé par l’argent. Les porte-parole de Gates affirment que la seule chose qui motive ce dernier est de concevoir des bons produits. Il n’empêche:

  • L’un de ses jeux favoris à l’école était le poker (on retrouve une fois de plus son aspect compétitif)
  • Bill n’a pas vu initialement l’intérêt d’Internet, considérant ce dernier comme un réseau où tout était gratuit. « Il n’y a pas d’argent à se faire. En quoi est-ce un business intéressant? » a-t-il répondu à un de ses employés qui tentait de le convaincre de l’utilité du Réseau des réseaux.
  • Microsoft ne s’est intéressé à Google que lorsque celui-ci a commencé à dégager d’importants bénéfices.
  • L’action de Microsoft est (était?) visible partout au sein de la compagnie. Ceci est à contraster avec Google où ils infligent une amende à tout employé pris en train de jeter un coup d’œil à l’action Google.

Le besoin de renverser des géants

Bill Gates n’est pas un visionnaire comme Steve Jobs. Il ne sait pas voir un marché avant tout le monde. Microsoft a donc dû développer d’autres compétences pour compenser.

Parfois Redmond a eu de la chance. Cela a été le cas lorsque IBM a frappé à sa porte pour construire son PC. Mais la chance seule ne suffit pas au long terme. Microsoft a donc du apprendre à conquérir des marchés déjà occupés plutôt que d’être un pionnier – chose facilité par l’aspect hyper-compétitif de la compagnie.

Et Redmond a un bon palmarès en la matière. Les méthodes employées ont été multiples: s’appuyer sur ses produits existants (Windows), continuer d’attaquer jusqu’à ce que les concurrents fassent des erreurs… et parfois en utiliser des méthodes discutables.

Créer des produits

Aucune entreprise de high tech ne peut tout créer en interne et survivre. Sur ce point, Microsoft est agnostique et est une des compagnies qui a utilisé le plus de moyens pour ajouter de nouveaux produits à son catalogue.

Redmond a en effet acheté des compagnies pour leur base installée (comme Hotmail en 1997) mais a également racheté de nombreuses petites compagnies pour leur technologie. Il a également démarché des développeur pour concevoir des nouveaux produits. Le cas le plus célèbre est Dave Cutler, architecte du système d’exploitation VMS, embauché pour concevoir Windows NT et par la suite Windows Azure. A noter que Microsoft a été également accusé de nombreuses fois d’avoir initié des fausses tentatives de rachats dans le seul but d’identifier les développeurs-clé des entreprises cibles pour les démarcher après que les négociations de rachat aient « échouées ».

Fait assez inhabituel, Microsoft a même parfois acheté les droits d’un produit sans pour autant racheter l’entreprise (MS-DOS acheté à Seattle Computer, SQL Server acheté à Sybase). Pour beaucoup d’entreprises, racheter un produit sans acheter son éditeur implique une absence d’avantage compétitif (vous êtes deux à avoir le même produit). Mais Redmond a su trouver d’autres avantages compétitifs que le produit seul.

Gérer des grands projets

Depuis son tout premier produit, Microsoft a du faire fonctionner ses logiciels avec un grand nombre d’architectures matérielles. A l’heure actuelle, pour chaque nouvelle version de Windows, Microsoft doit interagir avec des milliers de vendeurs tiers. Les fabricants de PC ont besoin de Windows pour le pré-installer sur leurs ordinateurs, les fabricants de périphériques ont besoin de mettre à jour leurs pilotes, les éditeurs de logiciels veulent s’assurer que leurs programmes tournent correctement sur la nouvelle version, et des millions de développeurs sont intéressés de tirer partie des nouvelles fonctionnalités disponibles.

Afin de surmonter ce challenge, Microsoft est passé maître dans l’art du partenariat. Un programme OEM qui permet aux constructeurs de PC de préinstaller Windows, le programme Microsoft Developer Network (MSDN), le programme Microsoft Certified System Engineer (MCSE), plusieurs partenariats commerciaux avec les compagnies qui développent des logiciels sur la plate-forme Microsoft, etc.

Côté technique, Redmond a dû standardiser l’accès à ses produits en fournissant une interface de programmation publique, afin que des logiciels tiers puissent interagir avec Windows. L’API (Application Programming Interface) Windows permet de savoir comment interagir avec Windows. La couche HAL (Hardware Abstraction Layer) de Windows isole le gros du code du système d’exploitation du matériel, rendant plus facile de supporter de nombreuses configurations matérielles, etc.

Au final, Microsoft a appris à gérer des larges projets impliquant des grosses équipes et un très grand nombre de partenaires. Certains détracteurs trouvent que toutes les versions de Windows ont subi des sérieux retards et son plein de problèmes techniques, mais en général Microsoft a fait un très bon travail quand on considère le nombre de partenaires impliqués.

Une relation dissymétrique avec ses partenariats

Mais la relation entre Microsoft et ses partenaires est bien plus importante qu’une histoire de compatibilité matérielle ou logicielle. C’est une affaire d’ordre stratégique. Le premier programme de Microsoft a été MS-BASIC, un langage de programmation. A l’époque, le BASIC (de Microsoft ou d’autres) était incorporé dans l’électronique des micro-ordinateurs. Autrement dit, Microsoft était grandement à la merci des constructeurs, car son succès dépendait grandement de leur désir de licencier les produits de Redmond.

Microsoft a donc toujours cherché à influencer le plus possible le rapport de force en sa faveur. Bill Gates n’a jamais voulu forger des partenariats d’égal à égal. Microsoft offre souvent des conditions très favorables sur le court terme, mais va toujours chercher à prendre le contrôle de la relation sur le long terme.

Cela implique d’une part éviter le plus possible d’être lié à ses partenaires. Bien qu’il ait fait le dos rond à IBM, Microsoft a demandé – et obtenu – de ce dernier qu’il puisse vendre MS-DOS à d’autres constructeurs.

D’autre part cela implique essayer le plus possible de lier les constructeurs. Faire qu’ils aient besoin de Microsoft. La stratégie de ce dernier a donc été de marqueter ses produits au grand public – faire qu’ils réclament Windows – afin d’avoir plus de pression sur les constructeurs d’ordinateur (l’exemple le plus brillant a été la promotion de Windows 95, et l’engouement qu’elle a suscité).

Cette stratégie s’est non seulement révélée payante mais fort lucrative. Microsoft n’a qu’à envoyer un pack de CDs Windows à Dell (coût minime), mais il touche des sous sur chaque PC que ce dernier vend. Et c’est Dell qui doit se charger d’installer (et de tester) Windows sur chacune de ses machines. C’est la raison principale – ça et les économies d’échelles – pour laquelle Windows et Office ont des marges tellement importantes – dans les 80%. Si Microsoft devait vendre toutes ses copies de Windows dans des magasins comme la Fnac, ses marges en pâtiraient grandement (coût de production, d’emballage, de distribution, plus la marge que se fait la Fnac)

En proposant dans les années 90 aux constructeurs de PC d’avoir une réduction sur les prix de Windows s’ils l’installaient en série sur tous leurs ordinateurs, Microsoft proposait apparemment un bon deal: le constructeur économise de l’argent et fournit un PC prêt à l’emploi – à une époque où les utilisateurs devaient installer Windows eux-même. A première vue tout le monde gagne. Le seul problème est que lorsque quasiment tous les fabricants de PC ont signé un accord OEM (Other Equipment Manufacturer) avec Redmond, un partenariat qui était un avantage compétitif devient un désavantage compétitif si l’on ne le signe pas. Signez un accord OEM avec Redmond et vous aurez les mêmes ristournes que les autres constructeurs. Ne signez pas d’accord et vous devez doit payer plus cher la licence Windows que la concurrence. Microsoft a pu ainsi dicter ses conditions aux constructeurs: c’est à ces derniers de supporter Windows, le premier logo qui s’affiche doit être le logo Windows et non le logo du constructeur, etc.

Limiter l’importance des partenaires

Finalement, Redmond veut s’assurer que ses partenaires d’aujourd’hui ne deviennent pas l’ennemi de demain. Microsoft se souvient très bien qu’avoir été un partenaire d’IBM pour construire son PC lui a permit de voler à Big Blue le contrôle de ce dernier.  La firme de Bill Gates a donc toujours cherché à éviter que le même sort lui arrive et de garder pour lui la plupart des profits de l’industrie du PC.

Ce but est cependant contradictoire avec des partenariats à grande échelle. En effet, pour travailler avec autant de compagnies, Microsoft a dû standardiser la manière d’utiliser ses produits. Or qui dit standardisation implique un risque de comoditisation: rien n’empêche un systéme d’exploitation concurrent de fournir les mêmes API que Windows pour faire tourner les applications de ce dernier. De fait, les émulations de Windows ont été nombreuses.

La solution pour Redmond a été de constamment enrichir les API de ses produits.  Plus c’est complexe et plus ça change vite, plus c’est difficile à imiter. La programmation sous Windows n’a jamais été facile et ne le sera sans doute jamais. En rajoutant constamment de nouvelles API, non seulement Microsoft force les développeurs Windows à constamment se mettre à jour – moins de temps à apprendre Java – mais il a également empêché que quelconque émulateur Windows soit efficace. La seule manière d’utiliser des programmes Windows correctement sous d’autres systèmes d’exploitation est d’utiliser la virtualisation – processus qui utilise une licence Windows.

En 1996 Microsoft s’est basé sur sa technologie COM pour développer ActiveX, une technologie sensée « embrasser et étendre » le Web.  J’ai été l’un des co-auteurs du livre ActiveX Programming Unleashed (publié en février 1997) à une époque où il n’existait aucun livre sur le sujet (juste quelques documents Microsoft). A la même époque j’ai appris Java en autodidacte. 12 ans plus tard, ce que j’ai appris en Java à l’époque m’est toujours utile. Ce que j’ai appris sur ActiveX, par contre, l’est nettement moins. Depuis 12 ans Microsoft a rajouté couche sur couche à ActiveX pour devenir la mouture actuelle, .NET.

Des produits de plus en plus gros et complexes

C’est une caractéristique des produits Microsoft: chaque version est plus complexe et demande plus de ressources que la précédente. Windows NT 3.5 et 4.0 demandaient 12 Mb de mémoire minimum pour fonctionner. La version suivante, Windows 2000, en demandait 32 Mb, et Windows XP 64 Mb. Windows Vista, lui, ne demande rien de moins que 512 Mb de mémoire minimum. Windows 7 finalement, en demande 1 GB.

Ironiquement, Microsoft a une forte culture de code le plus compact possible (par compact j’entends le plus petit possible, pas le plus « lourd »). Peut-être est-ce du au fait que les premiers ordinateurs avaient des capacités de stockage limitées. D’autres soutiennent que cela vient d’une contre-réaction à IBM qui a la manie de mesurer n’importer quel projet en termes de KLOC (Kilo Lines of Code – milliers de lignes de code), que ce projet soit bien écrit ou pas.

Quoi qu’il en soit, comment expliquer qu’avec une culture de code compact Microsoft sort des produits qui consomment de plus en plus de ressources?

Tout d’abord, code compact ne veut pas forcément dire code qui tourne rapidement ou peu gourmand en mémoire – du code trop compact peut d’ailleurs produire le contraire. Je peux vous programmer une calculatrice qui utilise la fonction d’addition en guise de multiplication et qui calcule 2 + 2 + 2 + 2 + 2 au lien de multiplier 2 x 5. Le code sera certes compact – pas de fonction de multiplication à coder! – mais le résultat sera tout sauf rapide.

Mais la culture Microsoft a deux autres traits: d’une part une forte culture d’ingénieur – et donc avec un goût prononcé pour les fonctionnalités. D’autre part, Redmond s’est historiquement fait de l’argent principalement lorsque les utilisateurs achetaient une nouvelle version de ses produits. En d’autres termes, il faut convaincre les utilisateurs que la mise à jour vaut le coût d’être achetée. Pour un développeur cela veut dire rajouter des fonctionnalités.

Ces deux facteurs font que Redmond aime ajouter des fonctionnalités à chaque nouvelle version. Or, Ajoutez suffisamment de fonctionnalités au code bien optimisé et vous obtenez quelque chose de lourd. Tant pis si le résultat est complexe.

Maintenant, certains noteront qu’Apple aime rajouter des fonctionalités, et a parfois mis en avant les « centaines de nouvelles fonctionalités » de certaines versions de MacOS X (eux aussi doivent convaincre ses clients de mettre à jour). La différence est qu’à Cupertino les experts en ergonomie ont un grand poids sur les décisions et qu’Apple a une obsession de la simplicité. A Redmond ce sont les développeurs qui ont pignon sur rue.

Conclusion

Le problème de tout géant est d’être confronté un jour aux fameuses technologies disruptives. Sur ce point, Microsoft a de nombreux atouts. Sa paranoïa perpétuelle fait qu’il ne sous-estime aucune technologie émergente, aussi minime soit-elle. C’est ainsi qu’il a mis la main au portefeuille pour racheter Hotmail en 1999 pour une coquette somme. Redmond a également investi des milliards pour se lancer dans de nombreux autres marchés – comme les consoles de jeu – juste au cas où ces marchés deviennent stratégiques.

Bien que Redmond ait une soif d’argent (dur dur d’augmenter son chiffre d’affaire de plus de 100 milliards de dollars tous les ans), il a su tempérer ses ardeurs au court terme pour gagner sur le long terme. C’est ainsi qu’il a réussi à s’attaquer au marché chinois en bradant ses produits et en fermant les yeux sur le piratage.

Mais le plus gros défaut de Microsoft face aux technologies disruptives est qu’il ne sait pas faire simple. Tout doit avoir encore plus de fonctionnalités, et tout doit être lié à Windows. Redmond ne peut admettre que parfois, avoir moins de fonctionnalités est une bonne chose.

Hostilités Google / Microsoft

10 juillet 2009

Les hostilités sont lancées. Google et Microsoft s’attaquent ouvertement au marché historique de l’autre.

Après que Microsoft ait gagné du terrain sur le marché du moteur de recherche avec Bing, Google vient d’annoncer son système d’exploitation Google Chrome OS pour la fin de l’année.

Dans les deux cas, on ne va pas assister à un bouleversement rapide, mais à terme cela peut avoir des conséquences.

Microsoft Bing à l’Assaut de Google

Après un départ prometteur, Bing a conforté sa position. Sergey Brin a effectivement du soucis à se faire. Microsoft a toutes les chances de viser les types de recherches qui sont à même de générer le plus de publicité – car c’est le marché de la publicité que Redmond vise.

Que peut faire Google? Bien évidemment améliorer son produit. Il est vrai que le moteur de recherche numéro un n’a pas eu de grandes améliorations depuis longtemps. Un peu de concurrence ne fera de mal à personne.

Mais Google ferait bien d’éviter les erreurs qu’a commis Netscape en perdant des yeux l’objectif principal. Lorsque Microsoft a lancé Internet Explorer contre Netscape, ce dernier contrôlait la très grande majorité du marché du navigateur Web. Mais, obsédé par l’idée de remplacer Microsoft, Netscape a voulu trop en faire. Au lieu de vouloir faire que son navigateur Web soit le plus agréable à utiliser, il a voulu le transformer en un super programme d’entreprise avant l’heure. Résultat, alors que Netscape 3 était un excellent produit, Netscape 4 était beaucoup trop lourd et beaucoup trop lent. Certes, les méthodes douteuses de Redmond n’ont pas aidé, mais Netscape aurait pu beaucoup mieux résister s’il ne s’était pas fait rattraper techniquement par Internet Explorer.

Pour Google, cela veut dire résister la tentation de trop complexifier son moteur de recherche, et se focaliser sur la manière de faciliter d’avantage la recherche sur Internet. Le service pourrait par exemple proposer des précisions lorsque la recherche peut prêter à ambiguïté – lorsque je cherche « avocat », est-ce que je cherche des informations sur la personne de loi ou sur le fruit? Mais garder la simplicité à tout prix.

Car c’est quelque chose que Microsoft ne sera pas faire: rester simple. Tous les produits de Redmond ont subi le même sort au fil du temps. De plus en plus complexes et lourds à chaque version.

Google Chrome OS à l’assaut des Netbooks

Google Chrome OS exauce (du moins sur le papier) un de mes vœux le plus cher: un système d’exploitation qui se charge en quelques secondes et qui n’affiche qu’un navigateur Web sans s’encombrer de traitement de texte.

Chrome OS est une technologie disruptive dans la mesure où ce produit ne doit pas être vu comme un remplacement de Windows (la très grande majorité des articles qui ont couvert l’annonce ont commis cette erreur). Les utilisateurs qui ont besoin d’un traitement de texte n’auront que faire de Chrome OS. Mais il existe toute une catégorie d’utilisateurs qui peuvent être intéressés: ceux qui ne veulent se servir que d’un navigateur Web, ainsi que ceux qui n’ont pas d’ordinateurs, trouvant ces derniers trop compliqués.

Les critiques de Chrome que j’ai lu font tous partie du premier type d’utilisateurs et ne comprennent pas que certaines personnes n’ont pas besoin de Microsoft Office.

Finalement, il est possible que beaucoup d’utilisateurs veuillent utiliser Chrome OS en complément de Windows – c’est mon cas. Utiliser leur système d’exploitation favori pour lancer leurs applications favorites, mais pouvoir également rapidement surfer sur le Web lorsque leur ordinateur est éteint.

Les deux facteurs qui vont influer le plus sont le positionnement officiel de Chrome OS ainsi que la couche matérielle.

Le positionnement est important, car Google ferait bien d’éviter de présenter Chrome OS comme un remplacement de Windows. Affirmer par exemple que Google Document peut remplacer Microsoft Word est une blague qui promet un retour de bâton à coup sûr.

L’autre aspect est la couche matérielle: quels types d’ordinateurs vont utiliser Chrome OS? Vont-ils se comporter comme un ordinateur ou une borne Internet? Google va-t-il réussir à convaincre des constructeurs de PC d’installer Chrome OS en parallèle de Windows?

Si Google réussi à générer de l’intérêt autour de son système d’exploitation, Chrome OS peut se creuser une niche sur les PC d’entrée de gamme. A commencer par les Netbooks, ce qui le met en concurrence directe avec Windows 7 Starter Edition, conçu exclusivement pour ce marché. Windows 7 Starter Edition sera sans doute bon marché (dans les $50 par licence), mais quand on sait que les netbooks ont de faibles marges, $50 veut dire de 10% à 15% du prix total de la machine.

Microsoft étant par nature paranoïaque, il va vouloir contrer Google – même si officiellement Redmond va railler Chrome OS, comme il l’a fait pour l’iPod et l’iPhone. Il peut utiliser deux angles d’attaque.

Tout d’abord convaincre ses utilisateurs qu’ils ont besoin de Windows. Sur ce terrain-là, je ne suis pas certain que Redmond ait grande influence. Son pouvoir de persuasion a fortement diminué depuis Windows 95, comme l’a prouvé le flop médiatique de Vista. Le consommateur a plus de chance d’ignorer Chrome OS si Google fait un mauvais travail de promotion que si Redmond fait un bon travail de sape.

L’autre angle est d’attaquer par les partenaires, et s’assurer que les constructeurs de PC ne vont pas installer des produits Google. Sur ce point, les constructeurs de PC ont des rapports ambivalents avec Redmond. D’une part, ce dernier leur impose une chape de plomb: il les force à fournir le support technique de Windows, leur interdit de trop personnaliser le système d’exploitation, etc. Mais d’un autre côté Windows est une excellente source de revenu pour les constructeurs de PC, car chaque nouvelle version – plus gourmande ne ressources – pousse à l’achat de nouvelles machines – Vista a été un parfait exemple.

Le seul problème est l’engouement du public pour les Netbooks force les vendeurs à limiter les prix. Même Sony, qui a clamé pendant longtemps qu’il ne se lancerait jamais de Netbook en clamant que c’était une « course vers le fond », a finalement annoncé un Netbook. Il est donc probable que les constructeurs de PC aient une attitude schizophrène vis-à-vis de Redmond. Pour leur marché haut de gamme où les fonctionnalités priment sur le prix, Windows est indétrônable. Pour les PC d’entrée de gamme, par contre, la donne change. Le prix est un facteur d’achat important et les marges sont plus faibles. Dans ces conditions, un système d’exploitation gratuit est très tentant.

La grande question est de savoir le type de matériel qui va se développer autour de Chrome OS. Le système d’exploitation est une chose, mais sans machine un tant soi peu sexy autour il sera voué à l’échec.