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Questions autour de Windows 8

3 juin 2011

Microsoft vient de dévoiler des informations sur Windows 8, prévu fin 2012.

Ce n’est bien évidemment qu’une preview, il serait donc hâtif de dire si Windows 8 va être un succès ou pas. Quelques observations cependant.

La première impression est l’utilisation du même type de page d’accueil que Windows Phone 7, avec les « tuiles » interactives. Contrairement à l’iPhone ou l’iPad où les icônes sont statiques, les pages d’accueil de WP7 et Windows 8 peuvent afficher des informations dynamiquement telles que l’heure, une notification d’un nouveau message, etc. Le seul regret est que Microsoft ne semble pas avoir compris que cette interface a beau être pratique, elle reste très moche. Quand est-ce que Redmond se décidera-t-il a utiliser des tuiles aux coins carrés et avec un dégradé ? La plupart des couleurs de la copie d’écran dévoilée par Microsoft proviennent d’images statiques qui ne semblent avoir aucun usage. Peut-être la version finale sera-t-elle mieux…

Conception du marché

Il existe plusieurs appareils à l’heure actuelle qui font plus ou moins office d’ordinateurs : les smartphones, les tablettes, les ordinateurs portables et de bureau. Apple comme Microsoft ont deux approches différentes car les deux compagnies se sont toutes basées sur leur succès.

Apple s’est basé sur le succès de l’iPhone et a adapté pour l’iPad l’écosystème développé autour de l’iPhone : le système d’exploitation (iOS), les développeurs et bien sûr les applications. Continuant sur sa lancée, la firme à la pomme a emprunté certaines fonctionnalités de l’iPad pour la future version de MacOS X (nom de code « Lion ») : un App Store pour facilement acheter et installer des applications, le launchpad similaire à la page d’accueil de l’iPad, des applications en mode plein écran, et une plus grande utilisation du toucher par le biais du mouse pad. A noter cependant que l’adaptation reste encore lente. Apple ne bouleverse pas (encore?) l’interface graphique du Mac.

Microsoft se base comme toujours sur son succès : Windows. Là où Apple utilise iOS pour les smartphones et les tablettes et MacOS X pour ses ordinateurs, Microsoft veut utiliser Windows pour les PC comme les tablettes et Windows Phone 7 pour les smartphones. L’idée est donc d’adapter Windows pour tourner sur les tablettes plutôt que d’adapter Windows Phone 7. Ca ne m’étonnerait pas que Redmond considère WP7 comme temporaire et le remplace par Windows le jour où les smartphones sont suffisant puissants pour faire tourner ce dernier.

Challenges

Microsoft n’a pour l’instant pas réussi à percer sur le marché du mobile. Windows 8 doit faire face à plusieurs challenges importants.

Le premier est de taille : Windows 8 arrivera-t-il à faire le pont entre les PC et les tablettes d’un point de vue fonctionnel ? Les deux types d’appareils sont très différents, que ce soit d’un point de vue saisie que d’un point de vue perception.

Dans une première vidéo produite par Microsoft on apprend que « because it’s a PC, it has a filesystem » (parce que c’est un PC, il possède un système de fichiers), montrant l’explorer de Windows pour accéder aux fichiers. La fenêtre semble être exactement la même que celle de Windows 7, à tel point qu’on peut se demander quelle sera la fonctionnalité effective sur une tablette. Windows 7 est en effet prévu pour les écrans d’une certaine taille, se base largement sur le clic droit de la souris, sur les raccourcis claviers et sur le clic de gauche de la sourie associé à la touche majuscule. De la même manière, l’iPad a habitué les gens à ce que la tablette soit une boite noire, sans fichiers sous-jacents (visibles), patch ou drivers à installer. Accepteront-ils de ne serait-ce que voir le gestionnaire de fichiers ?

Challenge associé spécifique à Windows 8 pour processeurs ARM : les tablettes Windows 8 pourront-elles effectuer une sauvegarde complète de l’environnement comme le font l’iPad (des données jusqu’aux applications installées). Windows ne permet pas une telle chose étant donné que les applications peuvent installer et sauvegarder les données où bon leur semble, contrairement à iOS où les applications sont rigoureusement contrôlées. Windows ARM permettra-t-il d’installer n’importe quelle application, ou seulement les applications qui permettent au système de les sauvegarder entièrement ?

A l’autre bout du spectre, la nouvelle interface va-t-elle enthousiasmer ou rebuter les habitués de Windows ? Si en 1995 le public s’est rué sur Windows 95 pour sa nouvelle interface graphique, depuis Windows XP, le même public est beaucoup moins ouvert aux changements. Il a été tout sauf enthousiasmé par la nouvelle interface de Windows Vista, et nombreux sont les utilisateurs de MS-Office qui détestent l’interface de Office 2007. Pas qu’elle soit mauvaise, bien au contraire, mais parce qu’elle a forcé tout le monde à réapprendre comment trouver les diverses fonctionnalités. Le sujet n’est donc pas une affaire d’ergonomie (l’interface de Windows 8 semble offrir beaucoup de possibilités) mais de perception et de résistance au changement.

La dernière inconnue concerne la compatibilité logicielle entre Windows 8 et Windows Phone 7. Le fait que Windows 8 existera en version ARM (pour tablette) aide à combler le fossé, mais ce n’est pas suffisant. A moins que Windows 8 contienne une partie du code de Windows Phone, les deux systèmes seront incompatibles. Certes, la logithèque WP7 fait pâle figure face à l’immense logithèque Windows (là encore, Microsoft préfère peut-être se baser sur son succès). Mais c’est tout de même mieux que rien car au moins les applications WP7 sont conçues pour un écran tactile. Au tout début du Macintosh, beaucoup d’éditeurs de logiciels (Microsoft entre autres) ont commit l’erreur de développer des applications Mac en gardant la philosophie du mode texte, alors en vigueur. Ils enrobaient des applications texte d’une fenêtre sans vraiment prendre partie des nouvelles fonctionnalités du mode graphique. Le même risque existe pour les applications Windows, surtout si les éditeurs veulent que la même application soit utilisée sur PC comme sur une tablette. Le risque pour Windows 8 ARM est de ne bénéficier que d’une poignée d’applications provenant du monde PC (et portées vite fait mal fait) et aucune des applications WP7.

Windows Everywhere

Steve Ballmer a annoncé la stratégie de Microsoft (qui n’étonnera personne) : « Windows will run everywhere« . Windows tournera partout.

On se rappelle que c’est parce que Microsoft a vu les smartphones comme des mini-PC qu’il a laissé le champ libre à RIM puis Apple et même Google (Redmond a finalement rectifié le tir avec Windows Phone 7). Avec les tablettes, la compagnie de Steve Ballmer voit toujours ces dernières comme des ordinateurs, mais cette fois a modifié l’interface graphique pour mieux prendre en compte leurs possibilités. L’avenir dira si ce sera suffisant…

Hostilités Google / Microsoft

10 juillet 2009

Les hostilités sont lancées. Google et Microsoft s’attaquent ouvertement au marché historique de l’autre.

Après que Microsoft ait gagné du terrain sur le marché du moteur de recherche avec Bing, Google vient d’annoncer son système d’exploitation Google Chrome OS pour la fin de l’année.

Dans les deux cas, on ne va pas assister à un bouleversement rapide, mais à terme cela peut avoir des conséquences.

Microsoft Bing à l’Assaut de Google

Après un départ prometteur, Bing a conforté sa position. Sergey Brin a effectivement du soucis à se faire. Microsoft a toutes les chances de viser les types de recherches qui sont à même de générer le plus de publicité – car c’est le marché de la publicité que Redmond vise.

Que peut faire Google? Bien évidemment améliorer son produit. Il est vrai que le moteur de recherche numéro un n’a pas eu de grandes améliorations depuis longtemps. Un peu de concurrence ne fera de mal à personne.

Mais Google ferait bien d’éviter les erreurs qu’a commis Netscape en perdant des yeux l’objectif principal. Lorsque Microsoft a lancé Internet Explorer contre Netscape, ce dernier contrôlait la très grande majorité du marché du navigateur Web. Mais, obsédé par l’idée de remplacer Microsoft, Netscape a voulu trop en faire. Au lieu de vouloir faire que son navigateur Web soit le plus agréable à utiliser, il a voulu le transformer en un super programme d’entreprise avant l’heure. Résultat, alors que Netscape 3 était un excellent produit, Netscape 4 était beaucoup trop lourd et beaucoup trop lent. Certes, les méthodes douteuses de Redmond n’ont pas aidé, mais Netscape aurait pu beaucoup mieux résister s’il ne s’était pas fait rattraper techniquement par Internet Explorer.

Pour Google, cela veut dire résister la tentation de trop complexifier son moteur de recherche, et se focaliser sur la manière de faciliter d’avantage la recherche sur Internet. Le service pourrait par exemple proposer des précisions lorsque la recherche peut prêter à ambiguïté – lorsque je cherche « avocat », est-ce que je cherche des informations sur la personne de loi ou sur le fruit? Mais garder la simplicité à tout prix.

Car c’est quelque chose que Microsoft ne sera pas faire: rester simple. Tous les produits de Redmond ont subi le même sort au fil du temps. De plus en plus complexes et lourds à chaque version.

Google Chrome OS à l’assaut des Netbooks

Google Chrome OS exauce (du moins sur le papier) un de mes vœux le plus cher: un système d’exploitation qui se charge en quelques secondes et qui n’affiche qu’un navigateur Web sans s’encombrer de traitement de texte.

Chrome OS est une technologie disruptive dans la mesure où ce produit ne doit pas être vu comme un remplacement de Windows (la très grande majorité des articles qui ont couvert l’annonce ont commis cette erreur). Les utilisateurs qui ont besoin d’un traitement de texte n’auront que faire de Chrome OS. Mais il existe toute une catégorie d’utilisateurs qui peuvent être intéressés: ceux qui ne veulent se servir que d’un navigateur Web, ainsi que ceux qui n’ont pas d’ordinateurs, trouvant ces derniers trop compliqués.

Les critiques de Chrome que j’ai lu font tous partie du premier type d’utilisateurs et ne comprennent pas que certaines personnes n’ont pas besoin de Microsoft Office.

Finalement, il est possible que beaucoup d’utilisateurs veuillent utiliser Chrome OS en complément de Windows – c’est mon cas. Utiliser leur système d’exploitation favori pour lancer leurs applications favorites, mais pouvoir également rapidement surfer sur le Web lorsque leur ordinateur est éteint.

Les deux facteurs qui vont influer le plus sont le positionnement officiel de Chrome OS ainsi que la couche matérielle.

Le positionnement est important, car Google ferait bien d’éviter de présenter Chrome OS comme un remplacement de Windows. Affirmer par exemple que Google Document peut remplacer Microsoft Word est une blague qui promet un retour de bâton à coup sûr.

L’autre aspect est la couche matérielle: quels types d’ordinateurs vont utiliser Chrome OS? Vont-ils se comporter comme un ordinateur ou une borne Internet? Google va-t-il réussir à convaincre des constructeurs de PC d’installer Chrome OS en parallèle de Windows?

Si Google réussi à générer de l’intérêt autour de son système d’exploitation, Chrome OS peut se creuser une niche sur les PC d’entrée de gamme. A commencer par les Netbooks, ce qui le met en concurrence directe avec Windows 7 Starter Edition, conçu exclusivement pour ce marché. Windows 7 Starter Edition sera sans doute bon marché (dans les $50 par licence), mais quand on sait que les netbooks ont de faibles marges, $50 veut dire de 10% à 15% du prix total de la machine.

Microsoft étant par nature paranoïaque, il va vouloir contrer Google – même si officiellement Redmond va railler Chrome OS, comme il l’a fait pour l’iPod et l’iPhone. Il peut utiliser deux angles d’attaque.

Tout d’abord convaincre ses utilisateurs qu’ils ont besoin de Windows. Sur ce terrain-là, je ne suis pas certain que Redmond ait grande influence. Son pouvoir de persuasion a fortement diminué depuis Windows 95, comme l’a prouvé le flop médiatique de Vista. Le consommateur a plus de chance d’ignorer Chrome OS si Google fait un mauvais travail de promotion que si Redmond fait un bon travail de sape.

L’autre angle est d’attaquer par les partenaires, et s’assurer que les constructeurs de PC ne vont pas installer des produits Google. Sur ce point, les constructeurs de PC ont des rapports ambivalents avec Redmond. D’une part, ce dernier leur impose une chape de plomb: il les force à fournir le support technique de Windows, leur interdit de trop personnaliser le système d’exploitation, etc. Mais d’un autre côté Windows est une excellente source de revenu pour les constructeurs de PC, car chaque nouvelle version – plus gourmande ne ressources – pousse à l’achat de nouvelles machines – Vista a été un parfait exemple.

Le seul problème est l’engouement du public pour les Netbooks force les vendeurs à limiter les prix. Même Sony, qui a clamé pendant longtemps qu’il ne se lancerait jamais de Netbook en clamant que c’était une « course vers le fond », a finalement annoncé un Netbook. Il est donc probable que les constructeurs de PC aient une attitude schizophrène vis-à-vis de Redmond. Pour leur marché haut de gamme où les fonctionnalités priment sur le prix, Windows est indétrônable. Pour les PC d’entrée de gamme, par contre, la donne change. Le prix est un facteur d’achat important et les marges sont plus faibles. Dans ces conditions, un système d’exploitation gratuit est très tentant.

La grande question est de savoir le type de matériel qui va se développer autour de Chrome OS. Le système d’exploitation est une chose, mais sans machine un tant soi peu sexy autour il sera voué à l’échec.