Archives de juillet 2010

Le prochain bug de l’an 2000

30 juillet 2010

Le bug de l’an 2000 a fait couler beaucoup d’encre et a provoqué de grandes peurs. Ces peurs ont permit de débloquer beaucoup de fonds pour résoudre le problème – trop de fonds selon certains.

Mais on aurait tort de croire que c’est fini. Le bug de l’an 2000 a en effet des successeurs, tels que le bug de l’an 2038. A cette date, tous les systèmes qui stockent l’heure dans des entiers 32-bits en tant que le nombre de secondes depuis le 1er janvier 1970 arriveront à bout de capacité. Cela concerne la plupart des systèmes Unix actuels, mais également d’autres systèmes d’exploitation.

Mais le problème le plus pressant est le manque d’adresses IP disponibles – et cela pourrait survenir dés l’année prochaine. Avec la structure actuelle d’Internet (protocole IP version 4, ou IPv4), le nombre d’adresses IP est limité à 4 milliards.

Parallèle avec les limites mémoire

De la même manière que 640 Ko semblait bien suffisant en 1981 (comme Bill Gates l’a fameusement dit), 4 milliards d’adresses IP semble conséquent – c’est plus que la population mondiale qui a accès à Internet, Chine y compris. Mais c’est sans compter toutes les machines qui utilisent des adresses IP : serveurs, routeurs, smartphones, systèmes embarqués, etc.

Comme pour tout, il existe des solutions pour contourner la limite, qu’il s’agisse d’adressage mémoire ou d’adresses IP. Par exemple, bien que MS-DOS (et par extension Windows, jusqu’à Windows ME) a toujours considéré que la mémoire de l’ordinateur est limitée à 1 Mo (640 Ko utilisateurs, 384 Ko système), on a trouvé dés 1984 des combines matérielles et/ou logicielles pour que les PC dépassent cette limite : EMS (Expanded Memory System), XMS (eXtended Memory System), memory extender, etc. Mais au bout du compte, la véritable solution a été de se débarrasser de MS-DOS et de passer à un système 32 bit, ce qui n’est arrivé qu’avec Windows XP en 2001. A leur tour, les 4 Go adressable des systèmes 32-bit semblent de plus en plus retreints, mais c’est une autre histoire.

De la même manière, il existe plusieurs manières d’économiser les adresses IP. Tout d’abord, être plus strict sur les allocations d’adresses (elles ont été très grassement attribuées au début). Ensuite, certaines techniques comme le subnetting permettent d’utiliser plus d’adresses IP que l’on a réellement. A ce sujet, le subnetting fonctionne un peu sur le même principe que l’EMS de MS-DOS : utiliser une « fenêtre » pour accéder à une plus grande plage mémoire ou d’adresses IP.

Mais ces techniques sont utilisées depuis des années déjà, et au bout du compte on se trouve le dos au mur. Selon les experts, on pourrait manquer d’adresses IP dés juillet 2011 (d’autres pensent 2012).

Le filon IPv6

La solution idéale est de passer à IPv6, la 6e version du protocole IP. IPv6 permet 3,4×1038 adresses IP – autrement dit suffisamment pour supporter n’importe quel bidule électronique jamais produit dans le monde.

Le passage à IPv6 a déjà commencé, mais il reste de nombreux challenges, IPv4 étant tellement répandu. Mais c’est la solution que préconisent de nombreux fournisseurs informatique. Car pour beaucoup d’entre eux, le passage à IPv6 est une aubaine. Le sentiment d’urgence a toutes les chances de débloquer les budgets pour des mises à jour massives. Pour passer à IPv6 il faut en effet s’assurer que tous les systèmes d’exploitations / cartes réseau / modems / routeurs supportent ce protocole. Cela implique beaucoup de dépenses… ou beaucoup de revenus, selon le point de vue où l’on se place.

Pour Microsoft par exemple, le manque d’adresse IP est une occasion unique pour inciter les utilisateurs à se mettre à jour leur vieille copie de Windows XP. Ce dernier ne supporte en effet pas IPv6, contrairement à Vista ou Windows 7. Il existe certes des implémentations développeur pour XP, mais quel intérêt a Redmond à les déployer ? Entre IPv6 et Windows 7 qui compense le camouflet Vista, la fin de Windows XP approche à grands pas. Attendez-vous à voir le chiffre d’affaire de Microsoft confortablement augmenter dans les 1-2 ans à venir… pour se tasser les années suivantes, une fois que tout le monde aura migré.

Les utilisateurs étant restés sur XP ayant des ordinateurs d’un certain âge, il devront acheter un nouveau PC – pour le plus grand plaisir des constructeurs tels que Dell, HP et autres Lenovo.

Pour ce qui est des utilisateurs d’Apple, MacOS X supporte IPv6 depuis 2003 avec sa version 10.3 « Panther », donc pas de soucis. Pour l’iPhone par contre, iOS 4 semble être la première version qui supporte IPv6. Je ne sais donc pas ce qu’il va advenir des anciennes versions de l’iPhone.

Cisco sera bien évidemment le grand bénéficiaire, étant donné que le passage à IPv6 veut dire énormément d’achat de matériel réseau.

La presse s’y met

Quoi qu’il en soit, on commence tout juste à entendre parler de la fameuse échéance dans la presse grand public. Préparez vous au successeur de l’an 2000, le cirque médiatique ne fait que commencer.

Apple contre Microsoft, encore et toujours

24 juillet 2010

Quelques mois après qu’Apple ait dépassé Microsoft en termes de capitalisation boursière, la presse s’est demandé ces derniers jours si la firme de Steve Jobs allait dépasser ce trimestre la firme de Steve Ballmer en termes de revenus. Se basant sur des estimations de Wall St et après un trimestre record d’Apple ($15,7 milliards), certains ont même vendus la peau de l’ours en titrant « Apple is winning« .

Sauf que Microsoft a dégagé plus de revenus qu’anticipés au dernier trimestre en annonçant $16 milliards de revenus, continuant à devancer la firme à la pomme. Mais étant donné que cette dernière enregistre une progression plus forte que Microsoft, ce n’est que partie remise pour le prochain trimestre. Il faut dire que c’est la première fois depuis bien longtemps que les revenus des deux compagnies sont si proches (1996 pour être exact)

Beaucoup ont spéculé qu’Apple dépasserait Microsoft tout en relativisant la nouvelle, argumentant que Microsoft dégage bien plus de profits, qu’on ne peut pas comparer les deux compagnies car une vend du matériel et l’autre du logiciel, etc.

Cet épisode est néanmoins révélateur et suit une tendance. Tout d’abord se faire dépasser en capitalisation boursière. Ensuite, Redmond n’arrive pas à attirer l’attention sur ses nouveaux produits. La compagnie a par exemple récemment annoncé Kinect (le périphérique « mains libres » destiné à sa Xbox 360) dans une indifférence quasi-générale. On peut par contre parier que si demain Apple annonce une console de jeu concurrente à la Nintendo Wii, la presse sautera sur la nouvelle (certains pensent que la firme à la pomme va capitaliser sur l’engouement des éditeurs de jeux vidéo pour la plate-forme iOS pour relancer l’Apple TV)

On peut faire le parallèle avec l’évolution de la relation Microsoft / IBM dans les années 90. Microsoft a « renversé » Big Blue non pas en ayant de plus gros revenus. Même à l’heure actuelle, Armonk engrange plus de revenus que Redmond. Mais la firme de Bill Gates lui a par contre ravi le contrôle de l’écosystème du PC, lui permettant de donner le ton sur le marché de la micro-informatique et accessoirement de siphonner la plupart des profits du secteur. De la même manière, ce n’est plus Steve Ballmer mais bien Steve Jobs qui influence le plus l’informatique ces temps-ci. Apple n’a pas été le pionnier ni des baladeurs MP3, ni des smartphones, ni des tablettes Internet, mais il a néanmoins bouleversé ces trois marchés en imposant sa vision (tout les produits concurrents copient désormais les produits Apple), imposant en prime son modèle d’App Store. Microsoft garde la mainmise sur le marché lucratif du PC… tout comme IBM garde la mainmise sur le marché lucratif des mainframes. En d’autres termes, il dégage des profits colossaux dans l’indifférence générale.

Les revenus d’Apple et de Microsoft ne sont peut-être pas comparables. Nous avons peut-être assisté à un pétard mouillé. Mais je doute qu’au moins une personne s’en fiche : Bill Gates. Bill étant de notoriété publique hyper-compétitif, on peut imaginer que le bruit que fait la presse autour d’Apple qui « dépasse » Microsoft doit le faire fulminer. Steve Ballmer est également quelqu’un de très compétitif, et il est peut-être enragé que la presse annonce à l’avance qu’Apple « a gagné », mais il s’escrime déjà depuis des années à battre Apple sans succès, que ce soit avec le Zune ou avec Windows Mobile.

Bill a par contre officiellement quitté la direction de Microsoft depuis des années. C’est pour cela que je ne serais pas étonné s’il revenait à la tête de la compagnie pour remplacer Steve Ballmer. A l’instar du fondateur de Starbucks qui est revenu à la tête de la célèbre chaîne pour la remettre dans le droit chemin.

Le problème n’est pas les revenus ou les profits du géant de Redmond. Ils sont excellents et ont un futur solide. Le problème est avec le court de l’action Microsoft, qui stagne en effet depuis 10 ans, date à laquelle Bill Gates a passé la main à Steve. L’action Microsoft a d’ailleurs légèrement baissé (-1,4%) après l’annonce des revenus plus élevés que les estimations de Wall St ($16 milliards au lieu de $15,2 milliards). Comparer les revenus des deux compagnies ne veut peut-être rien dire. Comparer les capitalisations boursières est une autre histoire.

Il n’est pas dit que Steve Ballmer quitte la tête de Microsoft sous peu. Ni même que Bill Gates veuille redevenir PDG de la compagnie qu’il a cofondé. Et il serait dangereux de croire que Microsoft est vaincu. Mais il est possible (pas forcé, possible) que Bill Gates décide de revenir dans la bataille après avoir cru qu’Apple était définitivement vaincu.

Dell dans la tourmente

16 juillet 2010

Dell est dans la tourmente avec une poursuite en justice publique.

Au début des années 2000, un fabriquant japonais de composants électroniques a produit des millions de condensateurs défectueux. Ces condensateurs fuyaient ou explosaient, grillant de même coup la carte-mère des ordinateurs qui les embarquaient.

Plusieurs constructeurs d’ordinateurs ont été affectés : HP, Apple, etc. Mais aucun autant que Dell qui se prend une poursuite en justice.

Pourquoi uniquement Dell ? La raison est que le fabricant de PC texan, selon la plainte, aurait sciemment vendu des PC en sachant pertinemment que les condensateurs de leurs cartes-mère étaient défectueux, entraînant des gros risques de panne (jusqu’à 97% de chance de panne sur 3 ans apparemment)

Et, lorsque les clients ont reporté les pannes, le support Dell a tout fait pour nier toute responsabilité. Selon un article du New York Times, Dell aurait trouvé plusieurs excuses pour expliquer les pannes à certains de leurs clients. Dans le cas d’A.I.T. (la compagnie qui poursuit Dell en justice) la cause officielle aurait été que le client aurait trop taxé les ordinateurs dans un espace trop petit et trop chaud. Selon Dell, A.I.T. a essayé d’utiliser des Optiplex (un PC de bureau) comme serveur alors qu’ils n’étaient pas prévus pour ça. Dans le cas de l’Université du Texas qui a également subi de nombreuses pannes, Dell aurait affirmé que le client a surchargé ses machines en leur faisant faire des opérations mathématiques difficiles. Les pauvres petits nordinateurs ont eu mal à la tête parce qu’on leur a trop fait faire de maths !

Le problème porterait sur potentiellement 12 millions d’ordinateurs – des Dell Optiplex vendus entre 2003 et 2005.

Autant dire que Dell est dans une mauvaise passe.

Prouver que le constructeur texan a essayé d’ignorer toute responsabilité une fois que les clients ont rapporté des pannes ne devrait pas être trop difficile. Si Dell a effectivement inventé des excuses bidons telles que faire faire trop d’opérations mathématiques difficiles au PC, cela laisse peu de doute sur ses intentions. Qui plus est, Dell n’a effectué aucun rappel sur sa gamme Optiplex.

Mon expérience personnelle avec le support Dell semble aller dans le même sens. J’ai en effet eu affaire avec leur support technique quelques fois (pour moi comme pour des tiers) parce que des composants avaient des problèmes sur un PC sous garantie (carte graphique, lecteur CD). A chaque fois le support par téléphone ou par IM s’est révélé totalement inefficace. Chaque interlocuteur m’a demandé de faire plusieurs fois la même manipulation, a tenté de me faire croire que le problème était une mauvaise configuration du système d’exploitation, et a parfois même essayé de me vendre un contrat de maintenance supplémentaire. Ce n’est qu’en envoyant un email expliquant que je ne suis pas un utilisateur lambda (j’ai parfois acheté des Dell Powervault) et en menaçant de leur faire une mauvaise publicité que j’ai obtenu gain de cause – Dell a envoyé un technicien remplacer gratuitement le composant défectueux. Je ne sais pas si mes interlocuteurs du support téléphone IM étaient au courant, mais certaines personnes au sein de Dell savaient que certains types de composants avaient beaucoup de pannes. Dell n’a, au mieux, pas fait trop d’effort pour avertir ses équipes du support, au pire tenté de camoufler le problème. Pour être tout à fait honnête cependant, je n’ai jamais eu affaire à des PC Lenovo ou HP, donc ne sais pas ce qu’ils donnent lorsqu’un problème survient.

Voilà pour l’attitude du constructeur face aux pannes. Par contre, prouver que Dell a sciemment vendu des PCs qu’ils savaient défectueux sera plus difficile – mais pas impossible.

Mais dans tous les cas, je ne pense pas que la poursuite en elle-même va couler la compagnie (contrairement à mon ami Alain Lefebvre qui pense que Dell est mort). Dell possède en effet plus de $10 milliards en banque. Ils négocieront avec A.I.T. qui demande $40 millions – et avec n’importe qui d’autre lançant une plainte. Le plus gros risque est pour sa réputation.

Dell n’a en effet jamais eu une réputation de fabriquer des produits de grande qualité. Son avantage historique a été de développer une chaîne d’approvisionnement extrêmement efficace lui permettant d’avoir très peu de stocks, d’être moins cher que la concurrence et permettant aux clients de configurer en ligne exactement le PC qu’ils désirent acheter.

Ce modèle a apporté à Dell un avantage compétitif à pendant des années – mais pas un avantage compétitif éternel. Lorsque le constructeur a lancé son premier magasin en 2006, la presse a remarqué que la compagnie était en perte de vitesse car la concurrence l’avait rattrapé (l’initiative a été un échec et le magasin a été fermé début 2008). Je ne connais pas les prix de maintenance que Hewlett-Packard offre aux entreprises par rapport à Dell, mais sur le marché des particuliers, HP permet depuis des années de configurer son PC en ligne avec des prix du même ordre que ceux de Dell (parfois un tantinet moins cher)

Le seul avantage compétitif qui reste à Dell reste son image de marque – le fait que les clients aient comme réflexe d’aller sur son site Web plutôt que de comparer avec d’autres constructeurs. Or l’accusation d’A.I.T. est grave. Vendre sciemment des ordinateurs défectueux et mentir aux clients avec des arguments bidons ne peut que ternir l’image de marque de Dell – que l’accusation soit vraie ou fausse.

Reste à savoir jusqu’a quel point cette affaire va impacter Dell. Il faudra peut-être attendre l’issue du procès.

Microsoft et le marché grand public

9 juillet 2010

Aux Etats-Unis, Microsoft vient d’arrêter le Kin, une sorte de semi-smartphone, pourtant sorti il y a seulement deux mois. Ce court délai a surpris beaucoup de monde, surtout de la part de Redmond qui a l’habitude de ne jamais lâcher prise. Mais les ventes seraient abyssales – on parle de moins de 10000 exemplaires vendus aux Etats-Unis.

Plusieurs raisons ont été invoquées pour expliquer ce Trafalgar. L’une d’elle est que si le téléphone était moins cher que la concurrence, son abonnement ($70 / mois) était du même ordre que celui d’un iPhone ou un smartphone Android. Pourquoi s’embêter à acheter un sous-smartphone dans ces conditions ?

Mais l’autre raison est que, en règle générale, Microsoft a des difficultés à toucher le marché du grand public.

Certes, il existe des contre-exemples. Le premier a été Windows 95. Mais à cette époque, l’interface graphique n’était pas encore mature, et le public (professionnel comme grand public) s’est donc jeté sur toute amélioration, en l’occurrence Windows 95. Microsoft n’a depuis jamais répété ce scénario d’engouement. L’autre contre-exemple est la Xbox. Mais une grande partie du succès de cette console est le jeu Halo qui a joué le rôle de killer app – le jeu qui justifie à lui seul l’achat de la console. Et Halo n’a pas été développé en interne. Microsoft a en effet réussi à mettre la main sur le bon éditeur de jeux vidéo.

Microsoft a toujours été beaucoup plus à l’aise sur le marché d’entreprise que sur le marché du grand public. Il a pourtant commencé sur le marché grand public, vendant son BASIC aux constructeurs de micro-ordinateurs dans les années 70 à une époque où ce marché était quasi-exclusivement grand public. Mais Bill Gates a saisi dés qu’il a pu l’occasion de passer côté professionnel, en particulier quand IBM est venu frapper à sa porte pour son PC. Et a depuis toujours gardé une certaine orientation professionnelle.

C’est ainsi que Microsoft a dés le début orienté ses PDA et ses smartphones sur le marché d’entreprise, et a été pris complètement au dépourvu lorsqu’Apple a lancé l’iPhone qui lui visait le grand public. Ce n’est qu’avec Windows Phone 7 (prévu pour la fin de l’année) que Redmond a compris qu’il lui fallait sortir un smartphone pour le grand public. En attendant, nombreuses sont les initiatives grand public de Microsoft qui se sont soldées par des échecs : Microsoft Bob (une tentative de recréer l’interface graphique) ; le Zune (le baladeur MP3 de MS), pourtant créé par la même équipe qui nous a apporté la Xbox. Avec le Kin, non seulement la firme de Steve Ballmer a tenté de s’attaquer au grand public, mais à l’un des marchés grand public les plus difficiles qui soient : les adolescents.

Une interview de Steve Jobs le juin dernier lors de la conférence D8 : All things digital donne une idée de la différence entre ces deux marchés :

« Ce que j’aime avec le marché grand public et que j’ai toujours détesté avec le marché d’entreprise et qu’on crée un produit, on essaie d’en parler à tout le monde, et tout le monde vote pour soi-même, il disent oui ou non. Et s’il y a suffisamment de oui, on a encore du travail demain. Voilà comment ca marche, c’est très simple. Alors que le marché d’entreprise n’est pas aussi simple. Les gens qui utilisent les produits ne décident pas, et les gens qui prennent ces décisions sont parfois désorientés. Nous adorons essayer de créer les meilleurs produits du monde pour les gens, et que ces derniers nous disent en votant avec leur portefeuille si nous sommes sur la bonne voie ou non. »

Bien évidemment, Steve Jobs voit midi à sa porte. Je suis certain que Steve Ballmer trouve bien plus facile de vendre en entreprise. Il n’y a qu’à convaincre une poignée de décideurs et l’entreprise entière achète les produits Microsoft comme un seul homme. Mais non seulement les décideurs sont différents sur les deux marchés mais les décisions mêmes sont prises différemment. En particulier, la force de Steve Jobs pour le marché grand public est d’être quelqu’un d’extrêmement visuel. Peut-être est-ce ces trip au LSD qu’il a pris lors de sa jeunesse? (il a une fois dit que ses expériences avec le LSD ont été « l’une des deux ou trois expériences les plus importantes » de sa vie) Peut-être Steve a toujours été comme ça. Quoi qu’il en soit, cette caractéristique, couplée à une obsession du détail de Steve, ont été deux facteurs faisant qu’Apple sait sortir des produits extrêmement séduisants. Non seulement des produits qui ont bonne allure mais qui se comportent visuellement brillamment, des icônes utilisées à l’aspect intuitif des applications. C’est également pour cela que les claviers Apple sont souvent peu confortables, Steve préférant sacrifier ce dernier au profit du look. Or l’aspect visuel compte beaucoup plus sur le marché du grand public que sur le marché d’entreprise. En entreprise, personne ne se soucie de l’aspect visuel d’un serveur. L’important est le prix et les fonctionnalités.

Bill Gates et Steve Ballmer ont par contre une personnalité très différente de Steve Jobs. Ce sont en effet des businessmen. D’excellents businessmen, mais pas du tout visuel, et pas du tout synchronisés sur les goûts du grand public. Bill Gates a tellement été la tête dans le guidon pendant des années qu’il a pendant longtemps ignoré jusqu’au nom de certains show télévisés célèbres.

Or la personnalité du fondateur et/ou du PDG influe grandement une compagnie car ils s’entourent de personnes avec qui ils peuvent naturellement travailler. Steve Jobs s’est entouré de Jonathan Ive, un designer britannique qui a conçu l’esthétique de nombreux produits Apple. Et au sein de la firme à la pomme les équipes de design ont au moins autant voix au chapitre que les développeurs – peut-être même plus.

Steve Ballmer par contre est connu pour être exceptionnellement doué pour les nombres. La légende veut que lors d’une réunion avec les autres grands dirigeants de la compagnie il distribue des feuilles bourrées de nombres et pousse même le vice jusqu’à ne pas ajouter de pourcentage pour pouvoir mettre plus de nombres. Autant dire que pour travailler avec Ballmer demande d’être à l’aise avec les nombres. On peut douter que Jonathan Ive puisse travailler avec Steve Ballmer.

Et ce sont ces grands dirigeants qui décident la direction que prend la compagnie. Ce sont eux qui vont choisir quels produits sont lancés par la compagnie, quels marchés sont jugés stratégiques – et quels marchés ne le sont pas.

Cela ne veut pas dire que Microsoft est incapable de s’attaquer au marché grand public. De même, la compagnie a sans doute des employés qui tentent d’orienter le géant dans cette direction. Mais Redmond a naturellement plus de difficultés à penser grand public que professionnel.

Publicités douteuses

1 juillet 2010

La collaboration inter sites Web devient de plus en plus à la mode.

Facebook avait déjà tenté (aux US du moins) le très controversé système beacon. Les gens qui allaient sur des sites partenaires envoyaient à leur insu des informations à Facebook. Ainsi, certains utilisateurs du site Blockbuster (le géant américain de la location vidéo) ont eu la surprise de voir que leur page sur Facebook avait été mise à jour, indiquant quelle vidéo ils avaient louée (il faut espérer pour eux que ce n’était pas une vidéo compromettante). Big Zuckerberg is watching you…

Facebook a depuis retiré beacon en septembre 2009 (il leur a juste fallu 2 ans), mais est a récemment lancé une API permettant à des sites Web tiers d’inclure des données de Facebook. Depuis peu, de nombreux sites, que ce soit aux Etats-Unis ou en France (comme lemonde.fr) affichent une boite Facebook, en tentant de pousser les articles que nos connexions ont lus. Ou permettent d’entrer des commentaires en utilisant notre login Facebook.

La publicité douteuse

La publicité est sans doute le domaine où l’intégration inter sites Web a été la plus poussée. Depuis le début les sites Web ont fait appel à des réseaux publicitaires en ligne. Plutôt que de démarcher eux-mêmes des annonceurs, ils passent par des réseaux publicitaires qui se chargent de signer les annonceurs, se prenant une commission sur les recettes publicitaires. DoubleClick a été un des pionniers avec les bandeaux d’annonces en haut de l’écran. Google suit le même modèle avec son programme AdSense, et il en existe plein d’autres.

De temps en temps, pour peu que l’on ait un navigateur Web décent, on est alerté qu’un site Web pourtant respectable fait appel à un site tiers jugé dangereux. Le site tiers s’immisce souvent en vendant de la publicité.

Mais récemment il est apparu un nouveau type de réseau publicitaire en ligne : les réseaux publicitaires bidons. Dans ce cas, le réseau publicitaires et les annonceurs ne semblent faire qu’un, car toutes les publicités présentées par certains réseaux semblent être des arnaques. Une mère au foyer qui gagne $6000 / mois en travaillant à la maison, un produit miracle pour gagner du muscle sans se fatiguer, comment avoir les dents blanches pour $5, etc.

Ara Lifestyle semble être une de ces compagnies, et est présente sur de nombreux sites Web d’actualités américains. Sur le site Web de la compagnie on trouve tout un tas d’offres qui, je l’avoue, n’ai pas vérifiées, mais qui semblent trop belles pour être vraies.

Mais il y a beaucoup d’autres « réseaux publicitaires » douteux. L’un d’entre eux (toujours publié sur des sites Web respectables) poste ce type d’annonces :

.

Non seulement cela semble être trop beau pour être vrai (des iPad pour $24, ben voyons!) mais vous remarquerez que la jolie demoiselle n’est autre que la présentatrice télévisée française Mélissa Theuriau dans ce qui semble être une copie de LCI habilement retouchée ! Ces pubs sont disponibles sur le Web ici et . Au mieux il s’agit d’un cas de plagiat (je doute que Theuriau ait accepté de prêter son image pour ce type de pub), au pire d’une arnaque complète.

On peut imaginez que les publicités ci-dessus sont utilisées en dehors de l’hexagone. Le site Web de la compagnie qui héberge ces publicités, Advert Pro, reste très discret. Contacté, lci.fr n’a pas daigné faire de commentaire.

Mais Mélissa Theuriau est décidemment très populaire outre-Atlantique, car je suis tombé sur une autre publicité l’impliquant. Cette fois c’était sur le site de staradvertiser.com, un journal basé à Hawaii. Et la publicité mène vers un faux site Web d’actualité : http://www.channel6reports.com/health/index.php. Mélissa (renommée Julia pour l’occasion) y vante les mérites d’un produit miracle. Son nom de famille est par contre emprunté par une fausse présentatrice (Jennifer Theuriau, en haut de la page). Le site est à part ça habilement maquillé pour passer comme le site Web d’une chaîne d’information (Channel 6), avec ses commentaires dithyrambiques – commentaires désormais fermés « pour cause de spam ». Mais le site ne semble qu’avoir aucun autre article.

Responsabilité des sites qui publient ces publicités

On peut se poser la question de la responsabilité des vrais sites d’actualité qui affichent de telles pubs. Je suis certains que ces sites répondront qu’ils ne peuvent pas vérifier toutes les publicités, bla bla bla. Et de fait, je n’ai pas vérifié la véracité des promesses. Il n’empêche. Il n’y a pas besoin d’être Sherlock Holmes pour voir que beaucoup de ces publicités sont des arnaques. Mais les temps sont durs, il est plus facile de fermer les yeux et d’accepter les revenus publicitaires.

La bonne nouvelle est que l’on peut considérer ces pubs comme une aide à la presse (qui ne se porte pas très bien ces temps-ci) au détriment des idiots et des naïfs.