Archive pour mars 2012

L’évolution du document en entreprise

17 mars 2012

La force majeure du PC a été la bureautique, le tableur et le traitement de texte en tête. Ces deux logiciels ont été les killer apps du PC, permettant à Microsoft s’assoir son emprise sur cette plateforme.

Mais, comme toujours en informatique, le monde change. Le traitement de texte, quant à lui, n’a suivi que timidement cette évolution. Par conséquence, il commence à montrer des aspects obsolètes face à la page Web qui a des avantages incomparables.

L’évolution des technologies influence les habitudes

Il faut se rappeler que le traitement de texte a été conçu à une époque où tous les documents étaient imprimés. La manière la plus simple de « publier » un document Office -c’est à dire en un format que l’on ne peut plus modifier- est de l’imprimer.

Si le fameux « bureau sans papier » des années 80 a été un bide, il devient de plus en plus une réalité. Après avoir explosée entre 1980 et 2000, la consommation de papier au bureau a par contre baissée au cours de la dernière décennie. Les gens sont de plus en plus habitués à lire sur l’écran. Alors que jadis on allait imprimer autant de copies d’un document qu’il y avait de participants à une réunion, désormais on envoie le document par email, document que tout le monde regarde sur son portable PC.

Il existe plusieurs raisons à cette évolution. Tout d’abord, la technologie a évoluée. Il est plus facile de lire en ligne lorsque tout le monde est équipé d’un PC portable avec un réseau Wi-Fi. Qui plus est, la nouvelle génération d’employés est habituée à lire sur un écran.

Et la popularisation de la lecture sur écran a une influence sur le format du document. Là où un document Word typique commence par une page de garde et souvent un sommaire, une page Web affiche le contenu dés la première page, avec un entête réduit. Microsoft a beau railler Google Docs pour le manque de fonctionnalités élémentaires telles que la mise en page, les marges ou les numéros de page, ces fonctionnalités ne sont plus utiles lorsque l’on n’imprima pas. Au contraire, elles deviennent encombrantes.

Qui plus est, le Web nous a habitués à des liens entre documents avec des chargements rapides. Au-delà du Web, les textos, Twitter et Facebook nous ont habitués à des brèves de 140 caractères ou moins. La page d’entête et le sommaire sont moins au moins courants.

Microsoft a certes tenté d’intégrer le Web à Office avec SharePoint. Mais cela reste du bricolage, la philosophie de base n’ayant pas changée : devoir lire un document avec MS Office. Ouvrir un document reste bien plus lent qu’ouvrir une nouvelle page Web sur un intranet – il faut charger Office, et bien souvent un message s’affiche (se plaignant du format, etc.)

De son côté, le site Web s’est amélioré. Les wikis d’entreprise ont permit de maintenir des documents en ligne facilement. Et de plus en plus d’applications d’entreprise permettent d’afficher des rapports présentant données en temps réel, graphiques à l’appui.

Quel avenir pour MS Office ?

Si Word commence à être sérieusement concurrencé en entreprise, Excel l’est nettement moins. Il existe de nombreuses solutions qui permettent d’éditer facilement un document HTML au sein d’une entreprise. Mais bien plus rarement une feuille de calcul. Il existe certes Google Spreadsheet, mais le service peine à s’imposer – peut-être parce qu’il stocke les documents à l’extérieur de l’entreprise et ne peut pas facilement s’intégrer avec le système d’authentification de la compagnie.

Car Microsoft a été très agressif pour promouvoir sont architecture Office + Exchange + Active Directory + SharePoint. La vache à lait Office n’est pas prête de s’arrêter.

Mais s’il existe un vide, c’est qu’il existe une opportunité. Car le partage de document Excel reste toujours frustrant. On utilise parfois SharePoint, mais la plupart du temps on envoie un fichier en attachement d’un email, et au cours des retouches on se retrouve avec d’innombrables versions dans sa boite aux lettres. Les logiciels d’entreprise qui permettent déjà de créer des pages HTML auraient tout à gagner à permettre à permettre de partager une feuille de calcul aussi facilement que le fait Google Docs, le tout en permettant aux utilisateurs de s’authentifier avec leur compte Windows. Cela ne remplacera pas les documents Excel contenant des formules complexes ou des macros écrites en Excel Basic, mais cela concurrencerait les feuilles Excel que les gens créent à la va vite, comme pour se partager les tâches.

Reste à savoir si un éditeur va un jour se lancer…

Google est vraiment devenu le nouveau Microsoft

3 mars 2012

Google a ces temps-ci fait parler de lui, et pas exactement en bien. La compagnie s’est d’ailleurs attirée les « inquiétudes » du département de la justice américain, et devient de plus en plus le nouveau Microsoft.

Diversification extrême

Tout d’abord, Google suit depuis plusieurs années la stratégie de diversification tous azimuts de Microsoft. La firme de Bill Gates s’est en effet diversifié dans les années 80 et 90, bien au-delà de Windows et Office. La compagnie s’est logiquement attaquée aux marchés naturels (elle a suivi l’évolution des PC côté serveur), aux marchés jugés stratégiques ou potentiellement dangereux pour Windows (comme le navigateur Web). Mais elle s’est également attaquée à des marchés juste parce qu’ils rapportaient de l’argent (des baladeurs MP3 à la recherche en ligne). Sans compter de multiples autres domaines : les jeux vidéo sur PC, les consoles de jeu, les claviers, souris, logiciels d’entreprise divers, etc.

Google a fait de même en s’étendant (ou en tentant de s’étendre) aux marchés jugés critiques comme les smartphones et les sites sociaux. Mais il s’est également lancé dans des services tels que Wikipedia ou Groupon non pas parce qu’ils occupent un marché stratégique, non pas parce qu’ils se font beaucoup d’argent (Wikipedia est à but non lucratif) mais uniquement parce qu’ils ont du succès. Un site Web devient très populaire ? Google cherchera soit à le racheter, soit à le concurrencer.

D’un certain côté, Google se diversifie plus que Microsoft. Redmond n’a par exemple jamais sorti de site concurrent à Facebook ou à Groupon. Et le Zune mis à part, Microsoft n’a jamais sorti son propre matériel en concurrence directe avec ses partenaires. Google, lui, n’a pas hésité à faire concurrence avec ses partenaires Android en sortant son propre smartphone (même si construit par HTC), en rachetant Motorola Mobile et en sortant ses Chrome Notebooks.

S’appuyer sur ses produits phares

Google utilise depuis peu une stratégie chère à Microsoft : s’appuyer sur ses produits phares pour conquérir de nouveaux marchés. C’est ainsi que la compagnie a lancé la grande offensive Google+ en l’intégrant au plus grand nombre de ses autres services. A tel point que les 90 millions d’utilisateurs que se targue d’avoir Google+ ne sont pas forcément des utilisateurs qui veulent être sur le réseau social de Google, mais qui peuvent tout simplement avoir créé un compte Google pour avoir accès à un autre service.

Car la firme de Larry Page cherche tous les prétextes pour que ses utilisateurs créent -et utilisent- un compte Google. Google Chrome est ainsi le premier navigateur Web qui incite à utiliser un compte Google (pour synchroniser son historique, ses marque-pages, etc.). Même Microsoft n’a jamais fait ça !

Pratiques controversées

Microsoft a eu son lot de pratiques controversées, ce qui lui a valu les foudres de plusieurs départements de justice. Google est lui aussi dans le collimateur de plusieurs régulateurs. Sous prétexte d’uniformiser les règles de confidentialité de ses différents services, ces derniers s’échangent désormais des données sur les utilisateurs. Les vidéos que l’on aime sur YouTube peuvent se retrouver sur d’autres services. Et Google s’est fait prendre la main dans le sac en train de court-circuiter des mécanismes de protection de confidentialité de certains navigateurs Web. Si Google se défend de toute malversation (et il est possible qu’ils pensent sincèrement), il n’empêche qu’elle a retiré l’utilisation de cette pratique depuis le scandale.

Résultats

Tout comme Microsoft à son heure de gloire, Google reçoit énormément de CVs, et donc peut se permettre d’être extrêmement pointilleux sur les candidats qu’il embauche. Pour le reste, si Microsoft a réussi à siphonner la majorité des profits de l’écosystème du PC (sa plateforme de prédilection), Google n’a pas réussi à faire de même sur le Web.

Les tentatives du géant de Mountain View pour détrôner les autres sites Web populaires ont rarement réussi. Certes, Google Maps a détrôné Mapquest, mais ce service n’était pas un poids lourd du Web. Google Knol, un concurrent de Wikipedia, a fait un bide. Google Offers, le concurrent de Groupon, n’a pas décollé. Google+ s’en tire à peine mieux. Si le concurrent de Facebook a réussi à faire parler de lui, le service piétine avec bien moins d’activités, son nombre « d’utilisateurs » étant certainement artificiellement gonflé. Bon point pour les utilisateurs cependant, Google+ a forcé Mark Zuckerberg à revoir sa position sur le sujet de post ciblé, Facebook permettant dorénavant de poster des messages à un groupe restreint de personnes (famille, amis, travail, etc.). La plus grande réussite de Google mis à part son célèbre moteur de recherche a été le rachat de YouTube. Ce succès est par contre à relativiser, ce service n’étant que tout juste profitable et n’étant pas près d’atteindre les marges que le moteur de recherche jouit.

Cela ne veut pas dire que Google n’a pas eu de succès. Son navigateur Web, Chrome, a réussi une très belle percée. Mais surtout, Android a réussi l’exploit de dépasser Apple sur le terrain de prédilection de Steve Jobs – le matériel orienté grand public. Sur ce point, la comparaison avec Microsoft est troublante. Google a en effet réussi à dépasser Apple en termes de parts de marché en s’appuyant sur une multitude de constructeurs, ce qui a comme défaut d’avoir un système fragmenté (comme les PC).

Mais, comme pour Microsoft, la grande diversification de leur offre a ses effets pervers. Page, Brin et les hauts dirigeants de Google ne peuvent en effet pas être sur tous les fronts. Mauvais point pour Google, sa vache à lait (le moteur de recherche) est bien moins stable que celles de Microsoft (Windows et Office). Bon point cependant, la compagnie a réussi à se faire une bonne place sur un nouveau marché (le marché des smartphones), contrairement à Microsoft qui a piétiné en-dehors de la plateforme PC.

L’avenir dira si Google arrivera à capitaliser sur Android.