Archives de février 2010

Compatibilité logicielle de Google Android

27 février 2010

Android commence à prendre son envol. En seulement un an, le système d’exploitation mobile de Google est disponible sur une douzaine de smartphones ainsi que d’autres appareils tels que l’Internet Tablet du français Archos ou le Nook, l’eReader du plus gros libraire américain, Barnes & Noble. Et si ses parts de marché sont encore faibles, sa croissance est excellente. Il se vend plus de smartphones sous Android que de smartphones sous Windows Mobile

(Parenthèse sur Windows Mobile. Etant donné que Microsoft a annoncé Windows Phone 7 pour la fin de l’année, je ne serais pas surpris que les ventes de Windows Mobile 6.5 chutent, laissant Microsoft en chute libre sur le marché du mobile pendant plusieurs mois. Quelques éditeurs comme Skype ont en effet déjà annoncés qu’ils arrêtaient de supporter ce système d’exploitation pour se concentrer sur son successeur. Quant au public, qui voudrait d’un OS dont ont a annoncé la mort prochaine? Fin de la parenthèse)

Mais cette ascension rapide a son revers. Dans le cas d’Android, le risque est un manque de compatibilité logicielle. Car avec la diversification des appareils supportant Android, écrire une application qui fonctionne sur tous ces appareils relève de plus en plus du cauchemar.

Microsoft connait le problème: le nombre de configurations matérielles que Windows doit supporter entraîne de temps en temps des hics lorsqu’il s’agit de reconnaître tel ou tel pilote de périphérique. Android étant en logiciel libre, Google a encore moins de contrôle que Microsoft. Et les fabricants de matériel cherchant à se différentier de la concurrence, il est normal qu’ils tentent de personnaliser Android.

C’est là où Google a intérêt à faire preuve d’ingéniosité.

Le cœur du problème

La solution couramment utilisée pour remédier à ce problème est d’isoler les applications du matériel en utilisant une couche logicielle entre les deux. Windows utilise ainsi HAL (pour Hardware Abstraction Layer ou couche d’abstraction matérielle) pour tout appel au matériel. HAL a par la suite été complété par DirectX pour améliorer les performances graphiques (principalement pour les jeux vidéo). Un logiciel n’a donc qu’une vue « virtuelle » du matérielle. Dans le cas de DirectX, le logiciel ne sait pas si les calculs graphiques sont effectués par le système d’exploitation ou par la carte graphique, ni de la qualité du rendu – DirectX masque tout cela. De son côté, Sun a développé la plateforme Java pour permettre d’écrire des applications qui peuvent être déployées sur du matériel très varié. Macromedia, lui (depuis racheté par Adobe) a développé Flash, qui est utilisé sur de nombreux sites Web lorsqu’ils veulent des fonctionnalités évoluées tournant (pratiquement) quelle que soit le navigateur Web.

Une couche d’abstraction entre les applications et le matériel fonctionne dans la plupart des cas, même si elle n’est pas toujours 100% efficace. Java par exemple n’a pas complètement rempli ses promesses d’être 100% portable.  Dans le cas de Windows et de Flash cependant, la compatibilité logicielle reste excellente: les développeurs doivent rarement tester leur application sur une pléthore de systèmes différents.

Mais Android isole déjà (ou tente d’isoler) le matériel du logiciel. Mais ça n’est pas suffisant dans le cas de l’informatique mobile. Car autant Windows a toujours été aidé par un certain standard matériel (le PC), autant Android (et les smartphones en général) est confronté à un concept beaucoup plus flou.

Il n’existe en effet pas de tel standard matériel pour les smartphones – et encore moins pour les appareils qui supportent Android comme le Nook de Barnes & Noble ou l’Internet Tablet d’Archos. Suivant les modèles, un smartphone peut avoir – ou ne pas avoir – un GPS, un écran tactile, un accéléromètre (et il n’est pas certains qu’ils se comportent tous de la même manière). Une application qui utilise le GPS – même pour une fonctionnalité minimale – risque de se planter si le smartphone ne possède pas de GPS ou si ce dernier est désactivé par défaut. Sur le PC, le BIOS (Basic Input/Output System, la couche qui permet de gérer les périphériques comme le disque dur) est standardisé. Pas sur les smartphones.

Face à ce problème, Apple a adopté la solution de tout contrôler et de limiter les combinaisons matérielles. Cupertino contrôle le matériel utilisé par ses iPhones ainsi que les applications qui tournent dessus, et peut donc s’assurer que toutes les applications (officielles) pour iPhone fonctionnent correctement. Mais même dans ce cas, certains développeurs d’applications achètent un iPhone et un iPod Touch pour s’assurer que leur application fonctionne parfaitement sur les deux appareils. Google n’étant présent sur le marché des smartphones qu’au niveau du système d’exploitation (mis à part le Nexus One), une telle solution n’est de toute façon pas envisageable.

Google pourrait se baser sur Flash pour avoir une bonne compatibilité logicielle. Mais l’inconvénient est que c’est une technologie propriétaire, qui s’accorde donc peu avec un système d’exploitation libre. Et il n’est pas dit que Flash arrive à tirer le meilleur d’un smartphone. Sur ce point, Steve Jobs a raison: Flash peut ralentir les performances et est très souvent à la base des crashs du navigateur Web.

S’il n’y a pas de recette miracle, Google pourrait améliorer l’état des choses en segmentant les types d’application pour smartphone.

Les applications haut de gamme: pas de recette miracle

Il existe beaucoup d’application que j’appellerais « haut de gamme ». Des applications qui utilisent grandement les capacités du matériel: que ce soient les jeux ou autres applications poussées. Ici, pas de miracle. Les jeux auront besoin de tirer partie de toutes les possibilités du matériel s’ils veulent rivaliser avec leurs concurrents sur iPhone.

Pour éviter un casse-tête pour les développeurs, Google devra standardiser encore plus certaines couches matérielles des appareils qui veulent utiliser Android (comme un BIOS).

Entre temps, il est possible que certain constructeurs payent des développeurs pour supporter leurs appareils. Des constructeurs tels que HTC ou Motorola qui ont grandement investit sur Android pourraient envisager de courtiser des développeurs pour s’assurer que, si ces derniers ne testent leurs logiciels que sur une marque de smartphone, ce soit la leur.

Les applications plus simples

Mais il existe beaucoup d’autres applications qui sont beaucoup plus simples et qui ne sont ni plus ni moins un remake d’un site Web. L’application Facebook est un exemple, mais il en existe plein d’autre. Sur le site Web d’Apple, certaines des applications iPhone présentées sont des recettes de cuisine et des applications d’actualités. Elles n’apportent ni plus ni moins la même information que l’on trouve sur le Web, mis au format iPhone. Et beaucoup de ces applications sont gratuites.

Pourquoi donc ces applications existent-elles? Pourquoi leurs développeurs ont-ils accepté de subir le tristement célèbre processus de sélection des applications iPhone alors qu’il s’agit souvent de réinventer ce qui existe déjà sur le Web?

La raison est une histoire de packaging. Si on peut certes aller sur Facebook depuis son iPhone, une application Facebook sera optimisée pour le smartphone. Les données affichées sont formattées pour l’écran de ce dernier. On a une icône Facebook depuis l’écran principal, au côté des autres applications. Et l’application peut être intégrée avec les autres fonctionnalités de l’iPhone (carnet d’adresse, téléphone, GPS, etc.)

Mais c’est là où Google a une carte à jouer: permettre de packager une application Web en une application Android. Remplacer les contrôles HTML par des contrôles ayant un look & feel Android. De même que certains sites Web ont un sous-domaine en mobile (http://mobile.monsiteweb.com) optimisé pour les smartphones, on pourrait imaginer que qu’ils développent un http://android.monsiteweb.com optimisé pour Android. Google possède déjà certaines technologies clé telles que Google Gears qui permet à un site Web de sauvegarder localement des données. Et de la même manière que l’URL « mailto: » indique au navigateur Web qu’il s’agit d’une adresse email, on peut imaginer un format tel que « phone: » ou « contact: » pour appeler d’autres fonctionnalités du smartphone.

Bien évidemment, cette solution ne marcherait pas pour tous les types d’applications. De plus, cela nécessiterait une connexion Internet constante (cependant beaucoup des applications d’information telles que Facebook ont de toute façon besoin d’une connexion Internet constante). Mais il serait bon de simplifier le développement d’applications mobiles lorsque cela est possible. Car force est de constater que l’on a assisté à un retour en arrière à ce sujet. Autant le développement d’applications Web a simplifié le processus, autant le développement d’applications pour smartphone reprend le même modèle que les applications traditionnelles pour PC ou Mac. Utilisation d’un SDK propriétaire et souvent complexe (alors qu’on peut créer un site Web dynamique avec quasiment n’importe quel langage). Dans le cas de l’iPhone, le SDK ne fonctionne que sur le Mac, et on doit passer par un processus de certification fort contraignant.

Permettre de packager une application Web en une application Android permettrait à n’importe quel designer de site Web de facilement adapter leur site pour Android. Sous le capot ce n’est que du HTML et un peu de Javascript. Mais pour l’utilisateur cela se comporte comme une application.

Le Web a eu le succès que l’on connait grâce à la simplicité du HTML. N’importe qui pouvait développer son site Web facilement, avec un budget très limité et sans demander d’accord à personne. Google aurait beaucoup à gagner en simplifiant l’écriture d’applications pour Android et de faire qu’il soit aussi facile de créer une application Android qu’un site Web sur Internet ou un intranet. Cela pourrait lui apporter énormément d’applications gratuites. Cela lui donnerait l’avantage sur le BlackBerry, qui nécessite de coûteuses licences serveur pour déployer des applications BlackBerry au sein d’une entreprise. Et cela lui permettrait même peut-être de prendre l’ascendant sur Apple en termes de logithèque, car je ne suis pas certain que ce dernier suivrait Google dans cette direction.

La guerre du mobile s’intensifie

19 février 2010

Il y a quelques jours nous avons eu droit à deux annonces sur le marché de l’informatique mobile. D’une part, Microsoft a annoncé Windows Phone 7, le remplaçant de Windows Mobile 6.5 et qui sera disponible fin de l’année. Et d’autre part Intel et Nokia ont annoncé un nouveau système d’exploitation basé sur Linux: MeeGo.

Ces deux annonces proviennent de trois compagnies en perte de vitesse sur le marché du mobile.

Microsoft, tout d’abord, a vu ses parts de marché diminuer lentement mais sûrement ces dernières années. Fin 2009, Microsoft avait 18% de parts de marché des smartphones, 3e derrière l’iPhone (25,3%) et BlackBerry (41,6%). Pas fantastique (l’iPhone a dépassé Windows Mobile), mais pas abyssale non plus. Le gros problème vient des parts de marchés des ventes de nouveaux smartphones. Selon le cabinet ABI Research, Windows Mobile a dégringolé en un an de 12,5% de parts de marchés à 7,9% fin 2009 (ventes de nouveaux téléphones). L’iPhone quant à lui a grimpé de 10,8% à 16,6% pendant la même période. Et Android a fait un bond de spectaculaire de 1,7% à 8,5%, toujours en un an. En d’autres termes, il se vend plus de smartphones sous Android – et deux fois plus d’iPhones – que de smartphones sous Windows Mobile.

Nokia, quant à lui, reste le plus gros vendeur de téléphones mobiles du monde avec 39% des parts de marché, mais en termes de smartphones (là où les marges sont les plus confortables), le constructeur finlandais n’a pas sorti de téléphone qui ait fait sensation depuis fort longtemps. Symbian, le système d’exploitation principalement utilisé par Nokia, est en perte de vitesse.

Intel, finalement, est pour l’instant grandement absent du marché des téléphones portables. Ses processeurs compatibles x86 sont trop gourmands en énergie – caractéristique critique dans le monde du mobile. C’est la raison pour laquelle tous les smartphones utilisent des processeurs basés sur l’architecture ARM. La société ARM ne faisant que concevoir des processeurs et non pas les construire, les processeurs ARM sont construits par des compagnies possédant des fonderies telles qu’IBM, Freescale… ou Intel. Ce dernier cherche cependant à promouvoir ses propres processeurs.

Assiste-t-on donc à des futurs renversements de situation ou à un baroud d’honneur? Il est trop tôt pour le dire, d’autant plus qu’on n’en sait encore que très peu sur ces deux systèmes annoncés.

Une chose et sûre: pour se faire une place sur le marché déjà encombré de l’informatique mobile, il faudra offrir quelque chose de véritablement nouveau. L’iPhone a séduit les foules en proposant un appareil résolument novateur, avec des fonctionnalités radicalement différentes de ce qui existait déjà. Tout le monde a depuis copié Apple, mais plagier ne suffit pas pour voler la vedette. Android, quant à lui, a gagné des parts de marché en proposant un système d’exploitation de bonne qualité sous forme de logiciel libre, c’est-à-dire gratuit et qui permet au constructeur de personnaliser le téléphone. Depuis, personne n’a su créer autant d’enthousiasme. Palm a par exemple dévoilé son Tréo avec un système multitâche et un vrai clavier dans l’indifférence quasi-générale.

Dans ces conditions, que peuvent apporter Windows Phone 7 et MeeGo?

Pour ce qui est de Windows Phone 7, il faut reconnaître à Microsoft qu’ils ont enfin compris que les smartphones n’étaient pas des PC (comme l’a explicitement reconnu un des pontes de Microsoft) et par conséquent ne devaient pas se comporter comme tels. Windows Phone 7 indique donc un changement radical par rapport à Windows CE et Windows Mobile qui étaient beaucoup plus orientés professionnels. L’accent n’est plus sur l’intégration MS-Office mais sur l’intégration avec le Zune ainsi que Xbox Live. Et pour une fois Redmond n’a pas essayé de copier l’iPhone (ce que quasiment tout le monde a fait pour l’instant). Fonctionnalité intéressante, la possibilité pour un programme de modifier son icône sur la page de garde est une bonne option (la page de garde peut enfin contenir des informations utiles). Seule ombre au tableau, l’interface graphique semble très moche comparée à celle de l’iPhone. C’est peut-être un détail superficiel, mais un détail qui peut avoir de son importance, surtout sur le marché du grand public. Les nouvelles fonctionnalités seront-elles suffisantes pour convaincre les consommateurs? Windows Phone 7 sera-t-il aussi intéressant en réalité que sur le papier? L’avenir le dira.

Pour ce qui est de MeeGo, si le but officiel est d’être disponible sur une grande variété d’appareils – smartphones, netbooks, tablettes Internet, TV – le fait qu’Intel soit impliqué veut dire que le processeur utilisé sera un Intel (de fait, il semble que les appareils MeeGo fonctionneront avec un Intel Atom). On peut donc douter de l’efficacité de MeeGo sur le marché des smartphones, l’Intel Atom consommant beaucoup trop d’énergie. Sur le marché des netbooks, MeeGo a peu de chance face à Windows, comme peuvent en témoigner de nombreux Netbooks sur Linux. Reste les autres appareils (tablettes Internet, TV, etc.). Tout dépendra de ce qu’arrive à construire Nokia. Mais ni Nokia ni Intel n’étant connu pour leur force dans le domaine du logiciel, on peut douter que le système d’exploitation même va séduire les foules.

Apple contre Amazon

12 février 2010

Apple et Amazon.com sont dans une lutte pour être les distributeurs du contenu numérique du futur.

La lutte n’est pas nouvelle entre le constructeur californien et le libraire en ligne de Seattle. Depuis longtemps, les deux compagnies ont leur service de vente et de location de films et séries télévisées en ligne, même si aucun n’a réussi à percer. Par contre, fort du succès de son iPod, Apple a imposé iTunes Store comme le magasin d’achat de musique numérique en ligne. La firme de Jeff Bezos, elle, propose un service concurrent (Amazon MP3) qui est le numéro deux du marché – même s’il reste loin derrière iTunes Store.

Les hostilités sont montées d’un cran lorsqu’Apple a annoncé l’iPad, positionnant ce dernier en concurrence directe avec le Kindle, le livre électronique d’Amazon.com. En 2007, ce dernier a en effet lancé le premier e-reader qui a un tant soi peu marché dans l’espoir de créer le marché du livre numérique afin de mieux le contrôler – un peu comme Apple a créé et contrôlé le marché de la musique numérique.

Mais Apple arrive avant qu’Amazon.com n’ait verrouillé le marché, qui plus est avec un iPad qui représente une concurrence redoutable au Kindle. Si le Kindle de base (écran 6″) coûte $260 aux Etats-Unis, le Kindle DX (écran 9,7″, comme l’iPad) coûte $480, soit le prix de l’iPad de base. Sauf que ce dernier a un écran couleur et fait en plus navigateur Web, console de jeu vidéo, et accepte toutes les applications iPhone.

La pression est donc forte sur Amazon.com pour remettre doper son offre. Déjà, la dotcom de Seattle a annoncé un SDK pour le Kindle afin que des éditeurs tiers développent des applications sur ce dernier. Et elle vient tout juste d’acheter TouchCo, un constructeur d’écrans tactiles.

Le gros contentieux entre les deux compagnies se situe à l’heure actuelle au niveau des ventes de livre au format numérique – c’est pour cette raison que cette chronique se focaliser sur ce segment. Mais à terme les deux compagnies se concurrencent également sur d’autres types de média: musique, journaux, films et séries TV.

Deux logiques opposées

Entre Amazon.com et Apple, deux logiques s’affrontent.

Amazon.com d’un côté a toujours eu une culture de très faibles marges. La compagnie n’a en effet historiquement pas hésité à perdre de l’argent pour sécuriser un marché avant tout le monde. A ses débuts, le mot d’ordre était GBF (pour Get Big Fast – Devenir Gros Rapidement). Il fallait grossir et développer l’image de marque le plus rapidement possible. Satisfaire le client à tout prix, même si cela signifie perdre de l’argent sur les ventes. Et pendant des années le libraire en ligne perdait des millions chaque année . Si le géant américain est depuis devenu profitable, il est toujours habitué à de faibles marges (moins de 4% en 2009)

Apple, d’un autre côté, a toujours voulu maintenir des confortables marges. Outre les somptueuses marges sur le matériel qu’elle vend, la firme californienne prend 30% sur tous les achats effectués sur son magasin en ligne – musique, applications pour iPhone en bientôt livres.

Une autre différence entre les deux compagnies est leur conception de la vente. Amazon.com a démarré comme une grande surface en ligne. Il s’intéresse aux ventes de livres. Pour la firme de Jeff Bezos, le Kindle est plus un moyen qu’une fin – faire que les gens achètent des livres numériques sur Amazon.com. C’est pour cette raison que le Kindle existe sous forme d’application pour iPhone, BlackBerry, PC et Mac. Et cela ne m’étonnerait pas qu’une version iPad soit prévue – si Apple accepte toutefois cette application.

Pour Apple c’est l’inverse. La firme à la pomme reste fondamentalement un constructeur de matériel. L’iPad est une fin en soi. Les bénéfices des ventes sur iTunes Store et l’App Store sont un bonus, mais certainement pas une fin en soi pour Steve Jobs. iTunes (le logiciel) a certes été porté sur Windows, mais c’est plus pour supporter l’iPod que pour vendre de la musique.

La guerre du livre

Contrairement en France où les prix des livres sont fixés, les libraires américains peuvent faire des remises parfois importantes. A ce sujet, Amazon.com a toujours cassé les prix des livres, avec des remises de 45% à 60%! Les prix publics des livres sont de l’ordre de $20-$24, mais Amazon.com les vend souvent en dessous de $15. Sachant que les maisons d’éditions vendent $12 un livre aux libraires (tarif de gros), Amazon.com se fait quelques dollars par vente.

Fait intéressant, le prix de $12 pour un livre est le même qu’il soit pour la version papier ou la version électronique! Ce qui n’a pas empêché Amazon.com de casser les prix de ses livres numériques en vendant les bestsellers à $9,99. Une fois de plus, la firme de Jeff Bezos n’a pas hésité à perdre de l’argent ($2 par livre) pour être le premier à conquérir un marché.

Mais c’était sans compter l’arrivée de l’iPad et d’un modèle de vente différent. Si Apple se prend 30% des ventes, il laisse les maisons d’éditions décider du prix, en leur conseillant un prix allant de $13 à $15, ce qui leur laisse de $9 à $10.

Au final, si les maisons d’édition gagnent plus d’argent pour chaque vente sur Amazon.com que sur Apple ($12 contre $9-$10), elles préfèrent faire affaire avec ce dernier. Car Amazon.com n’a pas que des amis dans le monde de l’édition. Ses constantes pressions pour obtenir des remises sur les livres traditionnels ne sont pas du goût de tout le monde. Et beaucoup d’éditeurs craignent que le consommateur s’habitue au prix de $9,99 qu’essaie d’imposer Amazon.com – même si pour le moment ce prix se fait pas au dépend de leurs marges.

Car les maisons d’édition n’ont que peu intérêt à ce que les ventes de livres numérique décollent. Si ces derniers coûtent moins cher (l’impression et le stockage des livres constitue 30% du prix), elles craignent que le consommateur exige des réductions bien plus grandes que 30%, diminuant au final leurs marges. Qui plus est, le concept du livre électronique tue le modèle du livre relié / livre broché. Ce modèle permet en effet à la fois de faire payer un extra au public peu sensible au prix (le livre relié, qui ne coûte pas beaucoup plus cher qu’un livre broché) et d’atteindre le public économe (qui doit attendre la parution du livre broché). Or avec un livre au format numérique le prix est le même pour tout le monde.

Ironiquement, on observe un scénario semblable à ce qui s’est passé dans le domaine de la musique. Fort de sa position dominante sur les ventes de musique en ligne, Steve Jobs a pendant longtemps refusé que le prix des chansons individuelles ne dépasse la barre symbolique des $0,99. A tel point qu’un jour Universal Studio – la plus grosses maisons de disque des 5 majors – a refusé de renégocier son contrat avec Apple aux conditions existantes, entraînant la disparition de son catalogue sur iTunes Store. En faisant pression lors des négociations et en jouant la carte de la concurrence avec Amazon MP3, les majors ont réussi à faire plier Jobs qui a dû faire marche arrière et accepter une hausse des prix ($1,29 désormais pour certaines chansons)

Cette fois-ci, les rôles sont inversés. Amazon.com, fort de sa position dominante, a imposé le prix symbolique de $9,99 pour un livre au format électronique – au grand dam des maisons d’éditions. Et récemment McMillan – l’un des plus gros éditeurs de l’industrie – a refusé de renégocier son contrat aux anciens termes. A tel point qu’Amazon.com a retiré les livres de McMillan le temps d’un weekend. Mais face à cette nouvelle concurrence qu’est l’iPad, Amazon.com a laissé entendre qu’il devrait céder sur le prix. Aux dernières nouvelles, la firme de Jeff Bezos proposerait bientôt des prix similaires à Apple avec un même partage des recettes (70 / 30)

Y aura-t-il un gagnant?

Mais quelle que soit l’issue de la bataille, il n’est pas dit que le grand public plébiscite le magasin en ligne du vainqueur. Car si iTunes a eu du succès, ce n’est pas uniquement grâce à l’iPod. D’autres facteurs ont eu une influence nécessaire.

Le premier facteur est le dégroupage: beaucoup des consommateurs n’achètent plus d’album de musique mais seulement les chansons qui les intéressent. Autrement dit, une des clés du succès d’iTunes est d’avoir effectué un dégroupage en permettant d’acheter à l’unité. Si le problème ne se pose pas avec les livres ou les films, il existe encore pour les journaux et sans doute les séries télévisées. Apple serait en effet en discussion avec plusieurs chaînes de télévision américaines pour diffuser leur contenu sur l’iPad. Mais contrairement au modèle de la télévision par câble où l’on doit acheter un abonnement fort cher pour avoir des centaines de chaînes et n’en regarder que 1%, Steve Jobs veut proposer « le meilleur de la télévision » (comprenez: seulement les quelques chaînes populaires). Sauf que les chaînes ne sont pas intéressées. De même, pour ce qui est des publications de journaux, ni Amazon.com ni Apple ne semblent avoir de projet d’abonnement multi-publications – un abonnement qui permette de lire quelques articles parmi un vaste choix de journaux.

Le deuxième facteur est le support de format tiers: même si Apple a dés le début poussé pour son propre format de musique propriétaire, il a également dés le début supporté le format MP3. Mieux, iTunes permet d’importer ses CD sur l’iPod. Le Kindle, lui, accepte quelques formats de livres électroniques (ainsi qu’un piètre support de PDF), mais se base surtout sur son propre format propriétaire. Et il ne permet pas à ma connaissance de convertir les livres achetés auprès d’Amazon au format numérique (ce qu’Amazon.com pourrait techniquement faire facilement). Pour ce qui est de l’iPad, les formats supportés sont pour l’instant inconnus. Va-t-il supporter des formats de livres ou de vidéo autres que ceux d’Apple? Pourra-t-on transférer ses DVD sur l’iPad? Réponse dans un mois.

Enfin, le dernier facteur a été l’abandon de la protection électronique (Digital Rights Management ou DRM): après avoir défendu pendant des années son système de protection électronique, Steve Jobs a fait volte-face en 2007 en demandant publiquement aux maisons de disque de leur laisser vendre de la musique sans protection, ce que les majors de musique ont finalement (et à contrecœur) accepté. Pour le bienfait de tous, car le consommateur n’aime pas acheter du contenu dont il a l’impression qu’il ne contrôle pas. Mais le Kindle comme l’iPad ne semblent pas suivre cette voie. Les livres numériques que vend Amazon sont tous protégés (utilisant qui plus est un format propriétaire). Pour ce qui est de l’iPad, si ce dernier supportera le format ouvert ePub, ce format laisse le champ libre au type de DRM – laissant à Apple la possibilité de verrouiller les livres à ses propres appareils. Pour ce qui est de la vidéo, elle est à l’heure actuelle toujours protégée lorsqu’achetée depuis l’iTunes Store.

L’arrivée d’un troisième concurrent?

Mais on aurait tort de croire que le match ne se passe qu’entre Amazon.com et Apple. Un troisième concurrent pourrait pointer le bout de son nez. Non, je ne parle pas de Google. Je veux parler du piratage.

Le piratage de livres existe depuis longtemps, mais est pour l’instant limité et n’a pas eu d’impact significatif pour les maisons d’éditions. Si les bestsellers sont tous disponibles sur n’importe quel site Bittorrent, peu de gens aiment lire un livre sur leur ordinateur. Mais si des tablettes comme l’iPad (de nombreux concurrents sont annoncés) se démocratisent et rendent la lecture de livres numérique plus facile, il est fort possible que le piratage s’envole.

De même que c’est le piratage qui a forcé l’industrie du disque à se mettre aux ventes de musique en ligne, ce même piratage pourrait convaincre les maisons d’édition de revoir leur politique numérique.

Google est-il le prochain Netscape?

5 février 2010

Après beaucoup d’inertie, Microsoft semble de nouveau retrouver son mordant, et Google s’est trouvé un adversaire avec Bing. On retrouve beaucoup de parallèles avec la bataille entre Microsoft et Netscape pour le contrôle du navigateur Web.

Microsoft contre Netscape

En 1995, Netscape était au top. Son navigateur Web, Netscape Navigator, jouissait de 90% de parts de marché. Constatant le manque de revenus du Web, Microsoft a au début ignoré ce marché. Mais lorsqu’il s’est aperçu de l’impact du Web, Bill Gates a finalement décidé qu’il fallait contrôler le navigateur Web. Les premières versions d’Internet Explorer étaient tout sauf mémorables, mais Redmond ne lâche jamais prise et a persisté. Si bien que la 3e version d’Internet Explorer s’est rapproché de Netscape en termes de fonctionnalités (Microsoft semble devoir avoir besoin de 3 versions pour faire les choses correctement). Netscape Navigator, quant à lui, a pris la mauvaise route. Si Navigator 3 était un excellent navigateur Web, Navigator 4 s’est révélé fort décevant car beaucoup trop lent – beaucoup plus lent par exemple que son prédécesseur pour certaines opérations. Netscape a en effet voulu que son navigateur devienne une plate-forme sur laquelle développer des applications Web, et a perdu de vue l’objectif principal: fournir la meilleure expérience Web possible.

Mais Microsoft ne s’est pas arrêté au produit. Il s’est à sa grande habitude appuyé sur Windows pour installer en standard Internet Explorer, forçant la main aux utilisateurs. En parallèle, il a fait de nombreuses offres aux divers fournisseurs d’accès Internet en leur proposant beaucoup de logiciels gratuits s’ils fournissaient exclusivement Internet Explorer à leurs abonnés.

On connait la suite: au début, renverser Netscape semblait impossible. Internet Explorer a commencé avec des parts de marché pitoyables. Et puis, petit à petit, IE a grignoté des parts à Netscape, pour finalement devenir le navigateur numéro un.

Microsoft contre Google

En 2009, Google était au top. Son moteur de recherche jouissait de 80% de parts de marché. Trop occupé à battre Netscape, Microsoft a au début ignoré ce marché. Mais lorsqu’il s’est rendu compte des sommes que Google se faisait, Bill Gates a finalement décidé qu’il fallait contrôler le moteur de recherche. Ses premières tentatives (MSN Search et Windows Live Search) se sont révélées infructueuse. Mais Redmond ne lâche jamais prise et a persisté. Si bien qu’avec Bing, Redmond semble avoir trouvé la formule gagnante pour grappiller des parts de marché.

En parallèle, Microsoft a utilisé ses méthodes habituelles. Windows 7 est bien évidemment fourni avec Internet Explorer 8, qui par défaut utilise Bing – qui plus est, il est n’est pas facile de changer le moteur de recherche par défaut. Bref, tout est fait pour empêcher les utilisateurs d’utiliser Google. Les plus anti-Microsoft pensent même que le bug qui a momentanément frappé Internet Explorer 6 et qui forçait ses utilisateurs à utiliser Bing a été volontaire.

Microsoft a également dépensé beaucoup d’argent pour promouvoir Bing. Outre un énorme budget publicitaire à la télévision, à la radio et sur le Web, Microsoft. Il a déboursé beaucoup d’argent pour que Yahoo! utilise Bing. Il a également payé Verizon (1er opérateur mobile américain) pour que Bing soit le moteur de recherche par défaut sur ses smartphones. Et Microsoft serait en négociations avec Apple pour qu’il en soit de même avec l’iPhone.

Différences

Il existe cependant certaines différences entre les deux scénarios.

Tout d’abord, Google semble être conscient de la menace que représente Bing, contrairement à Netscape qui pensait être invincible. Sergei Brin aurait dés l’annonce de Bing rassemblé une équipe de ses plus brillants ingénieurs pour voir comment contrer la dernier produit de Microsoft. Nous n’avons toujours pas vu le résultat (s’il c’est vraiment quelque chose que Microsoft ne pourra pas facilement copier, cela prendra plus qu’un an à mettre en œuvre). En attendant, le moteur de recherche de Google ne s’est pas alourdi et reste toujours aussi facile et rapide.

Google a également, contrairement à Netscape, un pied sur le marché de la plate-forme. Son navigateur Web, Chrome, a en un an récupéré 5% du marché, dépassant Safari et Opera. Firefox reste stable (et utilise Google par défaut), ce qui donne à Google une assise sur un tiers des navigateurs Web. Si Internet Explorer, quant à lui, reste le navigateur numéro un, il n’en n’a pas moins enregistré une érosion lente mais certaine. Après la chute de Netscape en 2002-2003, il occupait 95% du marché. Début 2010 il est redescendu à 60%. Sur le marché du mobile, Google pousse son propre système d’exploitation Android. Même si ce dernier n’est qu’à 4% du marché, sa progression n’en n’est pas moins fulgurante (autant que l’iPhone à ses débuts). Le seul hic est qu’au moins à court terme, Android est sans doute la raison pour laquelle Apple considérerait abandonner Google pour Bing.

Une autre différence est que Microsoft n’a pas la pression financière qu’il peut exercer sur Google. Dans la guerre contre Netscape, Redmond a livré gratuitement Internet Explorer et IIS avec Windows, forçant Netscape à livrer gratuitement son navigateur et concurrençant dangereusement  les ventes de son serveur Web. Cette tactique a directement touché le portefeuille de Netscape. Mais dans la guerre contre Google, Microsoft n’a pas cette marge de manœuvre. Il peut certes faire des aux annonceurs, mais ces derniers resteront sur Google tant que ce dernier possède tout le trafic.

La dernière différence en faveur de Google est une histoire de timing. Microsoft s’est attaqué au marché du navigateur en pleine explosion du Web. Cela veut dire que de nombreux utilisateurs n’avaient pas l’habitude de leur navigateur Web. Lorsqu’Internet Explorer a commencé à être livré en standard sur Windows, les internautes ont été habitués dés le début à IE. Lorsque Bing a par contre été lancé, le marché était déjà saturé. En d’autres termes, les internautes ont déjà leur moteur de recherche préféré. Bing a donc une plus forte pente à grimper qu’Internet Explorer. A ce sujet, une des choses qui peut sauver Google est le manque de sophistication des internautes. La guerre du moteur de recherche par défaut du navigateur Web consiste en effet à changer le moteur utilisé lorsque l’utilisateur utilise la fonction de recherche du navigateur. Or cette fonctionnalité est sous-utilisée. Beaucoup d’utilisateurs tapent en effet « www.google.com » dans la barre d’URL – ils n’utilisent même pas les favoris – ignorant l’imposante barre d’outil Bing que Microsoft a installé sur Internet Explorer. J’en ai même vu des cas où les utilisateurs retapaient l’URL de Google alors qu’ils étaient déjà sur le site de Google.

En d’autres termes, la partie est loin d’être gagnée pour Microsoft… ni d’être perdue non plus. Redmond semble avoir retrouvé son mordant. Mais je serais curieux de savoir si Microsoft, obnubilé par Google, risque une fois de plus d’ignorer un marché qui s’avère critique par la suite.