Archive for the ‘Ordinateurs de poche’ category

Convergence tablette / PC : sous quelle forme?

18 octobre 2013

Depuis qu’Apple a lancé l’iPad en 2010, tout le monde a redoublé d’effort pour permettre aux tablettes d’être mieux adaptées aux applications de productivité – sans grand succès. Apple vend un clavier Bluetooth pour iPad. Plusieurs compagnies ont lancé des portables PC avec un clavier amovible. Logitech et tant d’autres vendent des claviers / étuis pour iPad. Mais pour l’instant, personne n’a trouvé la formule gagnante.

Challenges matériel ET logiciel

On parle beaucoup de convergence entre tablettes et PC, mais elle tarde à arriver. Il faut dire qu’elle se heurte à deux obstacles :

  • Un obstacle matériel : comment pouvoir facilement rajouter un clavier à une tablette, pour pas trop cher, avec un résultat qui tienne la route ? Un portable PC a l’avantage d’avoir un écran fermement attaché au clavier, ce qui lui permet de garder un écran vertical même sur ses genoux.
  • Un obstacle logiciel : comment s’assurer que le système d’exploitation comme les applications soient aussi faciles à utiliser avec un écran tactile qu’avec une souris ou un trackpad ? Certaines applications PC sont conçues pour fonctionner sur un grand écran et/ou de cliquer avec une grande précision. Certaines applications mobiles, quant à elles (particulièrement des jeux) demandent de sauter rapidement d’un bout à l’autre de l’écran (Fruit Ninja) ou de tapoter le plus de fois possibles.

L’approche Microsoft

Sans grande surprise, Microsoft a depuis 2001 « adapté » Windows pour qu’il tourne sur une tablette. Windows XP comme Vista n’avaient cependant comme seule adaptation le support d’écran tactile. Les tablettes devaient avoir un écran tactile très grand, ce qui a entraîné un prix beaucoup trop élevé (dans les $3000). Redmond a depuis corrigé sa copie avec Windows 8 en remplaçant l’interface graphique traditionnelle par l’interface de Windows Phone.

Côté matériel, la tablette Surface de Microsoft a un prix plus raisonnable, un écran plus petit format 16:9 (conçu donc pour être lu en mode paysage). Et son atout majeur est son clavier amovible.

Mais force est de constater qu’en voulant satisfaire les deux camps, le résultat est loin d’avoir fait l’unanimité. Le monde du PC n’aime pas le changement et regrette l’ancienne interface Windows. Et le monde mobile ne s’est pas rué sur la Surface pour autant. Il faut dire que la Surface à base de processeur ARM est incompatible avec Windows et de ce fait n’a que peu de logiciels. Quant à la Surface Pro (à base d’Intel), son prix élevé la met plus en concurrence avec les Ultrabooks PC qu’avec les autres tablettes du marché.

Microsoft est ici handicapé par les demandes matérielles de Windows. Développé sur PC, ce dernier est beaucoup plus gourmand en ressources qu’iOS ou Android. Une Surface 32 Go n’a par exemple que 12 Go de libre, le reste étant occupé par Windows. Quand à la Surface Pro, les resources necéssaires pour faire tourner Windows Intel ont augmenté le prix de la machine.

L’approche Google

Google pour l’instant ne semble pas chercher la convergence. Le géant de la recherche en ligne maintient deux systèmes d’exploitation en parallèle. Android pour les smartphones et tablettes d’un côté, et Chrome OS pour ses Chromebooks de l’autre.

Ubuntu travaille cependant sur « Ubuntu pour Android ». Cette distribution de Linux en cours de développement permettra de faire tourner Ubuntu sur un smartphone, en parallèle d’Android. Elle permettra également de brancher le smartphone à un écran, le transformant en ordinateur. Le site d’Ubuntu pour Android n’explique cependant pas quelles applications Ubuntu seront disponibles (étant souvent compilées pour processeur Intel) ni si elles seront utilisables de manière optimale à la fois en configuration smartphone et en configuration ordinateur.

Que ferait Apple ?

Apple étant orienté grand public, le marché professionnel n’est pas son coeur de cible. Mais la firme de Tim Cook pourrait être intéressée d’étendre le marché de l’iPad en remplaçant Windows auprès du grand public. Steve Jobs s’est une fois plaint du fait qu’en entreprise, les acheteurs n’étaient pas les utilisateurs – phénomène qui change avec le concept du BYOD (Bring Your Own Device) où les employés apportent leur propre matériel au bureau.

Un écran tactile ne sera jamais idéal pour des applications de productivité, mais la firme à la pomme pourrait apporter de nombreuses améliorations à iOS si elle le désirait. Comme rajouter les touches de curseur au clavier ou tout autre moyen de pouvoir facilement sélectionner du texte avec précision.

Mais Apple pourrait faire bien plus que cela. Si l’histoire est un guide, la compagnie préfère vendre deux appareils séparés plutôt qu’un appareil multifonctions. Dés la sortie de l’iPhone j’avais imaginé une station d’accueil en forme de PC portable où l’on insère son iPhone, transformant ce dernier en un portable avec un vrai clavier et un grand écran. Au lieu d’avoir un iPhone et une station d’accueil qui partagent le même coeur (processeur, mémoire et espace de stockage), Apple a préféré vendre deux appareils séparés – un smartphone ET une tablette – et travailler sur une synchronisation des données comme des applications entre les deux appareils.

On peut donc imaginer qu’au lieu de vouloir transformer l’iPad en un Ultrabook, Apple préfèrerait synchroniser l’iPad avec le MacBook.

Une première solution est évidemment de faire tourner iOS sur Mac. Cela veut dire utiliser un processeur ARM, quitte à se débarrasser du processeur Intel. Ca ne serait pas la première fois qu’Apple brise la compatibilité logicielle Mac. Pour les MacBook Pro cependant, souvent utilisés en entreprise, MS Office reste de mise. Apple pourra difficilement se passer d’Intel, mais on peut imaginer un MacBook Pro avec les deux processeurs. Pour la forme d’un Mac sous iOS, le challenge n’est pas mince, qu’il s’agisse d’un MacBook ou d’un iMac. Un tel ordinateur devrait avoir un écran tactile tout en gardant le clavier physique et la souris/trackpad pour les opérations de précision. Cependant, l’écran d’un ordinateur portable ou de bureau est à la verticale. Essayez d’utiliser un écran tactile à la verticale et vos bras vont vite fatiguer. Pour résoudre le problème il faudrait que l’écran puisse facilement basculer entre une position verticale et une position horizontale, cachant le clavier et/ou le trackpad par la même occasion. Mais Apple est une compagnie qui excelle dans ce type d’exercice.

Une autre solution serait de garder le Mac tel qu’il est, sans écran tactile, mais en se focalisant sur la couche logiciel. Apple contrôle déjà les applications qui sont distribuées sur iOS, et impose ses exigences en termes d’ergonomie. La firme à la pomme peut un jour décider que les applications iOS (ou du moins les applications de productivité) doivent désormais également prendre en compte une interface clavier/souris. Apple pourrait même faire que son kit de développement produise deux exécutables pour chaque application : un pour processeur ARM (iPhone et iPad) et un pour processeur Intel (Mac)

Cela sous-entend cependant qu’Apple est intéressé par une convergence Mac / iPad. Il est possible que la firme de Tim Cook ne soit intéressée que par le marché mobile, délaissant de plus en plus le marché des ordinateurs traditionnels.

Microsoft trouve une bonne nouvelle pour Surface

4 octobre 2013

La nouvelle a été répétée presque en boucle par les médias informatique : Delta Airlines compte remplacer les iPad utilisés dans les cockpits de ses avions par des tablettes Surface 2. Autant dire que le marketing de Microsoft avait bien besoin d’une telle nouvelle.

Selon Apple Insider, les pilotes de la compagnie se sont battus pour garder leur iPad. Un pilote affirmerait que c’est une histoire « d’argent, de contrats de voyages, et du département informatique de Delta qui est au lit avec Microsoft. »

Cet épisode reflète parfaitement la différence d’approche entre Apple et Microsoft. Steve Jobs a une fois dit que ce qu’il aimait avec le marché grand public était que les gens choisissaient d’eux-mêmes, alors que sur le marché d’entreprise, les utilisateurs ne décidaient pas et que les décideurs étaient parfois confus. Il a de même plusieurs fois comparé les directeurs informatiques à des « orifices » par lsequels il fallait passer pour atteindre les utilisateurs d’entreprise.

Je n’ai pas d’information sur la manière dont se sont déroulées les négociations entre Delta et Microsoft, mais on peut facilement imaginer ce qui s’est passé. D’un côté, Microsoft a du leur proposer un prix de gros et leur promettre d’utiliser Delta pour tous les déplacements d’affaires de ses employés. Qui plus est, Redmond a sous doute tissé au cours des années des liens avec le DI de Delta. La compagnie aérienne semble utiliser principalement Windows, ce qui facilite l’intégration des tablettes Surface à son système d’information. De l’autre côté, Apple ne s’est sans doute pas décarcassé pour garder le marché, étant focalisé sur le grand public. J’imagine que la firme à la pomme n’a pas proposé des prix de gros – elle donne des rabais de misères aux opérateurs cellulaires qui lui achètent des millions d’iPhone, pourquoi offrirait-elle un rabais pour « seulement » 11000 iPads ? De même, je doute qu’ils aient cherché à proposer un meilleur deal que Microsoft. Si les utilisateurs choisissaient par eux-mêmes comme Steve Jobs préférait, l’iPad serait sans doute resté au sein de Delta. Mais le département informatique en a décidé autrement – et pas forcément pour de mauvaises raisons.

Plus généralement, cet épisode montre que les meilleures chances de Surface sont de viser :

  1. Le marché d’entreprise. C’est le marché où Microsoft est vraiment à l’aise et a une emprise. De nombreuses compagnies ont des département informatiques très ouverts à Microsoft à tel point que beaucoup n’ont plus que des compétences Microsoft. Essayer de rendre Surface « cool » à l’aide de pubs à la chorégraphie impeccable est à côté de la plaque.
  2. Les non-utilisateurs de PC. Les utilisateurs de tablettes en entreprise sont principalement des gens qui n’ont pas de PC, et qui sont intéressés par un appareil plus petit et léger qu’un portable PC (dans certains cas, quelque chose qu’ils peuvent mettre dans leur poche). Sur le marché du PC traditionnel, Surface a bien plus de chance de remplacer un portable PC (au mieux un MacBook) qu’un iPad. Et contrairement à ce que Bill Gates pense, les pilotes de Delta n’ont pas besoin de MS Office.

Reste à savoir si Microsoft a enfin reçu le message.

Le dilemme des constructeurs

27 septembre 2013

(cet article ne couvre pas grand chose que je n’ai pas déjà écris, mais couvre un angle différent)

Toute compagnie cherche à se différentier de la concurrence. Quel aspect différentiateur va convaincre le client d’acheter son produit ou service plutôt que celui de la concurrence ? S’il n’en existe pas, la différentiation se fait sur le prix, ce qui entraîne une course vers les marges les plus faibles.

Les deux principaux facteurs de différentiation pour un constructeur d’ordinateur, smartphone ou tablette sont 1) le matériel et 2) le logiciel.

Le problème survient lorsque des standards émergent. S’ils ont de nombreux avantages, les standards peuvent saper l’aspect différentiateur, transformant ce dernier d’un avantage en un handicap. Imaginez un frigidaire très économe en énergie demandant… une prise 330V ! Parfois, la différentiation est à la fois un avantage et un handicap. Le connecteur de l’iPhone a des avantages sur le port micro-USB, mais les câbles coûtent bien plus cher, et on ne peut pas les réutiliser pour d’autres appareils mobiles.

Passons en revue quelques marchés pour voir comment ils ont évolué. A noter que dans le reste de cet article je parle d’aspect différentiateur tangible pour l’utilisateur. Par exemple, le fait que la Xbox 360 et la PlayStation 3 utilisent une architecture interne différente n’apporte pas grand chose au consommateur, les deux consoles offrant des performances similaires. Par contre, le fait que Kinect ne soit disponible que sur la Xbox est un aspect différentiateur tangible.

Le marché des ordinateurs personnels

Voici quelques constructeurs d’ordinateurs personnels, avec la date à laquelle ils sont entrés sur le marché.

Apple (1976) Commodore (1977) IBM (1981) Compaq (1982) Amstrad (1984) Dell (1984)
Se différentie sur le matériel X X X X X
Se différentie sur le logiciel X X X

Les premiers ordinateurs personnels se différentiaient sur le matériel comme sur le logiciel, principalement parce qu’à l’époque il n’existait pas de composants standards. Ces constructeurs ne concevaient pas leur propre processeur et ont parfois licencié des logiciels tiers (Apple a par exemple licencié le langage de programmation BASIC à Microsoft), mais la compatibilité logicielle était quasiment inexistante, souvent même entre plusieurs modèles d’ordinateurs provenant d’un même constructeur.

Le changement est survenu lorsqu’IBM a introduit son PC en 1981, suivi par des « clones » compatibles PC. En introduisant (involontairement) une architecture matériel standard et un système d’exploitation tiers (MS-DOS puis Windows), IBM a sapé l’aspect différentiateur matériel ET logiciel. Certaines compagnies telles qu’Amstrad ont eu du succès pendant un temps sans être compatible PC – et certaines se sont mis à vendre des compatibles PC. Mais le changement a été trop brutal, et aucun des constructeurs qui ont commencé en se différentiant sur le matériel et le logiciel n’a survécu au PC. Ils ont tous soit disparu soit se sont retirés su marché. Apple est l’exception qui confirme la règle, gardant une différentiation matérielle comme logicielle, ainsi que sur des aspects tels que le design. La firme à la pomme a par contre échappée de peu au dépôt de bilan, et a été aidée par le Web qui a permit au Mac d’avoir une certaine compatibilité logicielle (bénéficiant de la « logithèque » du Web) tout en se différentiant des PC (l’argument du « ça marche » et « le Mac n’a pas de virus »)

De la même manière, des constructeurs tels qu’IBM ou Compaq ont continué à tenter de se différentier sur le matériel en concevant leur propre carte-mère, en vain. Des vendeurs spécialisés sont apparus avec des économies d’échelles telles que le modèle Dell s’est imposé : ne se différentier ni sur le matériel ni sur le logiciel, mais sur d’autres aspects tels que le prix, le service, le circuit de distribution ou le marketing. Michael Dell s’est d’ailleurs vanté pendant des années du faible investissement en R&D de sa compagnie.

Le marché des smartphones

Les smartphones ont suivi une trajectoire similaire au PC, à une différence près. Pour l’instant, tous les constructeurs continuent de se différentier sur le matériel (BlackBerry possède même une infrastructure réseau)

BlackBerry (1999) Palm (2002) Nokia (2003) Apple (2007) Android (2008) Dell (2010)
Se différentie sur le matériel X X X X X X
Se différentie sur le logiciel X X X X

A l’exception de Windows Phone, les constructeurs de smartphone se sont pendant longtemps également différentiés sur le logiciel, chacun ayant leur système d’exploitation propriétaire : BlackBerryOS, PalmOS, Symbian, iOS, etc.

Ce modèle a été sévèrement endommagé par Android. Tout comme l’IBM PC, Android a écrasé tous les systèmes d’exploitation propriétaires. Tout comme pour le PC, Apple est l’exception qui confirme la règle, mais pour des raisons différentes : la firme de Tim Cook a eu grâce à l’iPhone une longueur d’avance, et bénéficie donc d’une dynamique en termes d’applications (de même, il est plus facile de se faire de l’argent sur iOS que sur Android)

Mais Android n’est qu’un standard logiciel. Les smartphones utilisent certains standards matériel tels que le port microUSB, mais contrairement au PC n’ont pas de standard d’architecture matérielle. Phonebloks est une initiative qui va dans ce sens mais reste un projet qui va demander au mieux des années avant d’aboutir – s’il aboutit. Concevoir un appareil de petite taille qui tienne la route est plus difficile que d’assembler les composants d’un PC de bureau.

Ce nouveau paysage est difficile pour de nombreux constructeurs. Dell, qui tente désespérément de s’implanter sur le marché de l’informatique mobile, n’est pas habitué à se différentier sur le matériel (soudain, le manque de R&D devient un handicap). Et les constructeurs de smartphones pre-iPhone ne sont pas habitués à ne PAS se différentier sur le logiciel. La plupart ont d’ailleurs disparu. Palm s’est fait racheter par HP pour finalement être abandonné. Même avant l’annonce d’une tentative de devenir privée, BlackBerry en était à un point où les dirigeants reconnaissaient explorer toutes les options y compris un rachat (une compagnie n’avoue JAMAIS qu’elle est ouverte à un rachat)

Nokia, quant à lui, a basculé sur Windows Phone et est sur le point de se faire racheter par Microsoft. D’un certain côté, en utilisant exclusivement Windows Phone, Nokia continue à se différentier sur le logiciel, étant le seul constructeur à sérieusement supporter le système d’exploitation mobile de Microsoft. Mais on peut argumenter que Nokia sait (ou savait ?) se différentier uniquement sur le matériel. Après tout, le constructeur finlandais est connu pour ses téléphones portables traditionnels – des téléphones qui n’ont quasiment pas de logiciel.

Autres marchés

La dynamique est la même pour tout autre marché. Lorsqu’un standard s’impose, il devient extrêmement difficile de lutter contre ce dernier, même si sa propre alternative a énormément d’avantages. Et c’est ce changement qui pose tant de problème aux constructeurs.

Parallèle PC / Mobile

4 septembre 2013

Les derniers chiffres du marché du smartphone mondial confirment qu’Android consolide sa position de leader. l’iPhone est en recul, mais reste un solide deuxième choix en particulier sur le territoire américain – et en termes de ventes pures augmente. Windows Phone, en distant troisième, augmente ses parts de marché, passant de 3,1% à 3,7% des ventes.

Sur le marché des tablettes, l’iPad recule et observe un tassement des ventes, mais reste la première tablette vendue.

Ces chiffres ne racontent évidemment pas tout, car ils mettent dans le même panier les smartphones haut de gamme à $700 comme ceux d’entrée de gamme à $100. Sur le marché des tablettes, L’iPad reste le roi incontesté des tablettes grand format, Android s’étant trouvé un marché qu’Apple ignore avec les tablettes 7″ à bas prix.

Mais on observe une dynamique similaire à celle qui s’est déroulée sur le marché du PC.

Parallèles entre PC et Mobile

Le premier parallèle est qu’un marché a tendance à évoluer vers un duopole de systèmes d’exploitation. Windows et MacOS sur le PC de bureau et PC portable. Windows et Linux sur les serveurs PC. Android et iOS sur les appareils mobiles.

De nombreux systèmes d’exploitation ont tenté de détrôner Windows sur le poste client depuis plus de 20 ans : IBM OS/2, NeXTSTEP, Linux, BeOS. Tous ont échoué. Certains comme OS/2 ont disparu. D’autres se sont fait racheter avec plus ou moins de succès : NeXTSTEP s’est fait racheté par Apple pour devenir MacOS X. BeOS s’est fait racheté par Palm pour devenir PalmOS, puis par HP pour devenir WebOS… pour finalement disparaître. Linux, quant à lui, reste un marché de niche sur le poste client.

La morale est que lorsqu’un marché est occupé par deux systèmes d’exploitation, il est extrêmement difficile pour un troisième système de s’imposer à part sur un marché de niche. Et c’est exactement ce qui arrive sur les appareils mobiles. Bien qu’arrivé très tôt sur ce marché, Microsoft ne s’est réellement adapté à ses exigences que trop tard, et de se fait doit surmonter de gros challenges pour espérer devenir numéro deux. De la même manière, Samsung a annoncé son propre système d’exploitation mobile Tizen, mais je suis sceptique quant à son succès.

Sur le marché du mobile, Android est le nouveau Windows, suivant une logique d’intégration horizontale. Apple reste le nouvel Apple et garde ses bonnes vieilles méthodes : intégration verticale et gamme de produit très limitée.

Les résultats pour la firme à la pomme sont les mêmes que sur le PC : d’excellents profits au dépend de ses parts de marché. Apple n’offre par exemple qu’un seul smartphone – un haut de gamme, bien plus cher que les smartphones Android qui commencent à $50. La seule version « entrée de gamme » disponible est l’iPhone ancienne génération (du moins pour l’instant). Cela permet de n’avoir qu’une seule chaîne de production et de concentrer ses ressources sur le prochain iPhone, mais l’offre de Cupertino s’en trouve réduite. Cette stratégie est à contraster avec celle de compagnies comme Samsung qui offrent des dizaines de modèles, de taille et de prix très variés. De manière générale, le fait qu’Android soit ouvert fait qu’il est utilisé par une pléthore de constructeurs qui ont produit une multitude de smartphones et tablettes. Si individuellement il est difficile de rivaliser avec l’iPhone ou l’iPad en termes de ventes, collectivement les appareils Android ciblent nettement plus de monde.

La stratégie d’Apple a le même résultat avec le Mac qu’avec l’iPhone ou l’iPad : elle se fait au détriment des parts de marché mais permet à Cupertino de se faire une somme disproportionnée d’argent.

On observe également que les constructeurs de smartphone pré-iPhone sont confrontés au même dilemme que les constructeurs d’ordinateurs personnels pré-PC des années 80 : garder son système d’exploitation propriétaire ou passer à Android ? BlackBerry comme Nokia ont été confrontés à ce cruel dilemme qui n’offre aucune solution idéale. Garder son système d’exploitation propriétaire à l’instar de BlackBerry est de plus en plus difficile sur un marché où les applications sont clé. Mais passer à Android implique sacrifier un aspect différentiateur important. Et tout comme les assembleurs de PC, les fabricants de smartphones Android ont rarement des marges faramineuses. Nokia a opté pour une troisième voie en passant à Windows Phone. Mais ce n’est que reculer pour mieux sauter, car le constructeur finlandais serait devenu un constructeur Windows Phone parmi les autres si ce dernier était devenu populaire – et si Microsoft ne voulait pas le racheter.

Différences

Aucun parallèle n’est parfait, et celui-là n’échappe pas à la règle.

Tout d’abord, Android est un système d’exploitation libre alors que Windows est commercial. Google a de ce fait nettement moins de contrôle sur les constructeurs de smartphones et tablettes que Microsoft en a sur les vendeurs de PC. Si ces derniers veulent avoir le droit de préinstaller Windows sur leurs PCs, ils doivent se plier aux exigences de Microsoft. Au contraire, les constructeurs de smartphones peuvent customiser Android à leur gré et même réécrire certaines parties du système d’exploitation. Autant dire que cela n’aide pas lutter contre la fragmentation de l’écosystème Android.

Une différence en faveur d’Apple est que le marché est désormais orienté grand public, alors que les ventes du PC ont pendant longtemps été dominées par les ventes en entreprise, un marché que la firme de Steve Jobs n’a jamais aimé.

Par contre, une autre différence joue en sa défaveur. Sur le marché des smartphones, un autre intermédiaire vient s’interposer entre les constructeurs et le consommateur : les opérateurs mobiles. Apple aime bien dicter ses conditions sur un marché où les opérateurs mobiles ont traditionnellement mené la danse. Or aucune customisation n’est tolérée avec l’iPhone. L’opérateur ne peut installer aucune application tierce ni avoir son nom apparaître lors du démarrage de l’iPhone. Si Cupertino est arrivé au début à imposer ses conditions, son pouvoir sur les opérateurs mobiles d’effrite. Apple n’a pas encore passé d’accord avec China Mobile, le premier opérateur chinois, limitant grandement son expansion dans ce pays même si la marque à la pomme y jouît d’un prestige important.

Finalement, les constructeurs de smartphones sont plus intégrés verticalement que les assembleurs de PC. Concevoir un smartphone le plus fin possible avec une autonomie importante et de bonnes performances est plus complexe qu’assembler les composants d’un PC. Et Samsung est sans doute le constructeur Android le plus verticalement intégré. Le géant coréen en effet bien plus qu’un assembleur, et fabrique plusieurs de ses propres composants, qu’il s’agisse de microprocesseurs, d’écrans tactiles ou de batteries. Ce qui explique que Samsung est bien plus profitable que les autres constructeurs de smartphones (Apple mis à part).

Conclusion

Sur le PC de bureau ou le PC portable, personne n’a réussi à se créer une place face à Windows et au Mac. Ce n’est pas de bon augure pour tous ceux qui poussent un autre système d’exploitation mobile tel que Microsoft avec Windows Phone, Mozilla avec Firefox OS, Ubuntu avec Ubuntu Phone ou Samsung avec Tizen.

De même, l’intégration verticale matériel + système d’exploitation (tout en gardant des partenaires) que poursuivent Google (qui a racheté Motorola Mobility) et Microsoft (qui a travaillé en partenariat serré avec Nokia avant d’essayer de le racheter) n’a pas porté ses fruits de manière indiscutable.  Le problème de Nokia a moins été ses smartphones que le manque d’intérêt pour Windows Phone. Se faire racheter par Microsoft ne changera pas cet aspect – à moins que Redmond soit plus intéressé dans l’expertise Nokia pour créer des tablettes PC ?

Samsung, quant à lui, reste un modèle d’intégration vertical unique, restant à la pointe pour la production de nombreux composants – lui évitant de devenir le Dell des smartphones.

Pour le reste, Apple mis à part, tous les constructeurs d’ordinateurs personnels pré-PC ont mordu la poussière. A part le Mac, tous les ordinateurs individuels qui ne faisaient pas tourner Windows ont disparu. Leurs constructeurs ont parfois tenté de s’adapter au modèle d’intégration horizontale du PC, mais aucun n’y est arrivé. Tout ça n’est pas de bon augure pour BlackBerry, le seul constructeur qui garde un système d’exploitation propriétaire (là encore Apple mis à part). Palm a déjà disparu, Nokia devrait être racheté par Microsoft, et BlackBerry a récemment avoué explorer « toutes les options » y compris la vente de l’entreprise – en d’autres termes, ils savent que c’est le début de la fin.

Cela ne veut pas dire qu’aucun autre système d’exploitation mobile n’a de chance. Google comme Apple ne sont pas à l’abri d’une grosse erreur. Mais si l’histoire est un guide, s’imposer face à Android et iOS reste un challenge quasiment insurmontable.

Les utilisateurs d’iPad « frustrés » selon Bill Gates

13 mai 2013

Lors d’une interview à CNBC, Bill Gates a affirmé que beaucoup d’utilisateurs d’iPad étaient « frustrés » parce qu’ils ne « peuvent pas créer de document, ils n’ont pas Microsoft Office. »

Cette petite phrase a fait grand bruit. Nombreux sont ceux qui ont raillé ce commentaire, notant que les ventes de l’iPad se portaient très bien pour des utilisateurs « frustrés » – surtout comparé aux ventes de Surface, la tablette de Microsoft. D’autres ont remarqué que Surface n’est pas livrée en standard avec un clavier. Ce dernier coûte $129, soit le prix d’un clavier pour iPad. Et si la tablette d’Apple n’a pas MS Office, elle a d’autres suites bureautiques.

Il est bien évident que Bill Gates a un point de vue biaisé. D’une part il supporte sa compagnie (c’est de bonne guerre), mais il prédit également ce qu’il souhaite voir arriver. A savoir, un monde où Windows et Office sont omniprésents.

Bill a raison sur un point…

Bill a cependant raison sur un point : l’iPad est loin d’être idéal pour prendre des notes, même sans aller jusqu’à faire de la bureautique poussée. Je n’ai que peu essayé Surface, mais je ne doute pas qu’elle soit meilleure pour ce genre d’opération.

Une partie importante des applications de productivité sont les raccourcis clavier pour rapidement changer d’application, copier/coller ou autres opérations. Même si Surface n’est pas livrée en standard avec un clavier, cela reste son premier atout en tant que tablette. Cela veut dire que tous les logiciels sont conçus avec le clavier en tête – raccourcis clavier y compris.

Sur l’iPad par contre, si les claviers physiques introduisent quelques raccourcis claviers, ils n’ont toujours pas l’équivalent d’Alt-Tab pour passer rapidement d’une application à une autre. De même, parce que l’utilisation d’un clavier avec l’iPad est loin d’être standard, les applications ne sont pas forcément conçues avec le clavier en tête.

…Mais il continue d’avoir un angle mort

Cela dit, je ne suis pas convaincu de la convergence tant prédite/désirée par Bill Gates. Car dans beaucoup de cas il n’y a pas besoin d’une telle convergence.

De manière toute naturelle, Gates voit le monde du point de vue des utilisateurs qui sont au coeur du succès de Microsoft : les utilisateurs de MS Office. Ce sont principalement des professionnels qui sont soit derrière son bureau soit en meeting. De fait, ces professionnels là ne sont pas intéressés par un iPad. J’en connais au moins un, fan de l’iPad dés la première heure, qui a essayé d’utiliser sa tablette au travail avant de se rabattre sur un MacBook Air.

Mais il existe d’autres types d’utilisateurs qui ne sont pas forcément intéressés par une convergence :

  • Le grand public tout d’abord, qui aime la légèreté et la facilité d’utilisation d’une tablette – même si elle n’est pas idéale pour prendre des notes. Si les particuliers ont parfois besoin d’un traitement de texte ou d’un tableur, ils utilisent alors leur PC. Dans ce cas de figure, l’iPad ne remplace pas le PC mais empiète sur le budget informatique – autrement dit, les particuliers risquent de changer de moins en moins souvent de PC. Il existe cependant un risque majeur pour Microsoft si quelqu’un trouve la bonne formule pour une suite bureautique sur iPad ou tablettes Android. Les particuliers n’ont en effet pas besoin de toutes les fonctionnalités de MS Office et peuvent se satisfaire d’une autre suite bureautique moins complexe – surtout si elle est à moindre prix. Paradoxalement, ces mêmes particuliers continuent de plébisciter MS Office sur PC. Mais en changeant d’environnement, ils sont prêts à changer leurs habitudes. Microsoft a bénéficié de cet effet en son temps. Dans les années 90, les utilisateurs sont en effet passé à MS Word et Excel sous Windows alors qu’ils étaient habitués à WordPerfect et Lotus 1-2-3 sous MS-DOS.
  • Les professionnels qui n’ont pas de PC. On pourrait penser que tout le monde a désormais un PC au bureau. Ca serait sans compter les nombreuses personnes qui ne travaillent pas derrière un bureau. Les ouvriers du bâtiments, les enseignants, les employés de magasin, etc. Certain d’entre eux gagneraient à être informatisés, mais n’ont pas de PC car ils n’ont pas envie de transporter un portable PC tout le temps avec eux (ni même une tablette). Leur outil de choix est un smartphone avec les quelques applications nécessaire à leur travail – mais pas de suite bureautique. Pour un employé dans un magasin, une application pour les aider à obtenir des informations sur la marchandise en stock, voire pour passer une commande et lire une carte de crédit (comme c’est le cas dans un Apple Store). A ce sujet, la killer app professionnelle sur iOS ou Android est peut-être la solution application/extension qui remplace la caisse enregistreuse et le lecteur de carte bleue. Mais dans aucun cas ces professionnels n’ont besoin d’une suite bureautique.
  • Les professionnels qui ont un PC mais qui n’ont pas besoin de toute la puissance d’un PC ni même d’une suite bureautique. Pensez aux employés derrière un guichet qui n’utilisent souvent qu’une seule application.

Bill a à la fois raison et tort

En conclusion, Bill Gates à la fois raison et tort. D’un côté, je ne serais pas étonné qu’il ait parlé principalement à des utilisateurs de MS Office qui ont été tenté d’emmener un iPad en réunion car bien plus léger qu’un portable PC. De fait, il y a de forte chance que beaucoup de ces utilisateurs soient frustrés.

Mais d’un autre côté, Bill semble oublier le reste du monde. En commençant par les particuliers qui sont très contents d’avoir un iPad en parallèle de leur PC. Mais également tous les professionnels qui n’ont pas besoin de MS Office. Une très grande partie des professionnels à qui vous avez affaire en tant que particulier n’ont pas besoin d’une suite bureautique : enseignants, employés de chez Carrefour ou de la Poste, policiers, etc.

ARM pourrait-il menacer les serveurs?

21 janvier 2013

L’informatique mobile est ce qu’on appelle une technologie disruptive dans la mesure où elle offre moins de performance que ce qui existe déjà. Même si les tablettes contiennent des processeurs de plus en plus puissants, elles restent bien moins puissantes que les PC.

Boosté par ses processeurs à faible consommation, ARM équipe désormais quasiment tous les smartphones et tablettes du marché – au grand dam d’Intel. L’écosystème mobile – ARM en premier – pourra-t-il s’étendre à d’autres marchés ? Après tout, le PC a commencé comme ordinateur de bureau avant de devenir un ordinateur portable puis concurrencer les serveurs Unix.

Avant de remplacer les portables PC et PC de bureau, les tablettes devront surmonter de gros challenges. En particulier, surmonter la déconnexion entre leur interface utilisateur actuelle (tactile et peu précise) et une interface clavier/souris (précise) sur un grand écran. Il existe plusieurs solutions pour résoudre le problème. Microsoft propose une housse/clavier avec sa tablette Surface. On peut également imaginer à terme un moniteur tactile incliné sur lequel on travaille directement dessus.

Un domaine qui semble encore plus inatteignable pour les tablettes est le marché des serveurs d’entreprise. On imagine mal un rack d’iPad en salle machine faisant tourner un site Web. Mais il faut se rappeler que personne en 1975 ne pensait que les ordinateurs personnels concurrenceraient un jour les serveurs. Bien évidemment, les premiers PC utilisés comme serveurs n’avaient pas grand chose à voir avec les premiers ordinateurs individuels que l’on montait soi-même, fer à souder à la main.

Si les tablettes en tant que telles ne sont pas conçues pour être utilisées comme serveurs, leur écosystème le pourrait. Que ce soit les entreprises qui dominent le marché de l’informatique mobile (comme Samsung) comme la philosophie : la notion d’App Store, de gestion par interface tactile ou un système plus opaque que Windows ou Linux. Et bien évidemment les processeurs ARM. L’énergie est en effet un facteur de plus en plus important pour les serveurs, un domaine où les processeurs ARM brillent. Les fermes de serveurs dégagent une quantité d’énergie considérable, nécessitant d’énormes moyens pour les refroidir. Plusieurs constructeurs comme Samsung, HP ou Dell travailleraient sur des serveurs à base d’ARM. Samsung construisant ses propres processeurs ARM ainsi que ses propres smartphones, il est naturel que le géant coréen soit intéressé pour s’attaquer au marché des serveurs. Le manque de logiciel reste un frein, mais on peut imaginer une adaptation rapide des principaux logiciels libres si le besoin se fait sentir.

Une compagnie comme Google pourrait être également un pionnier en la matière. Le géant de la recherche en ligne utilise en effet des centaines de milliers de PC grandement customisés. Fait opportun, Google n’utilise pas forcément les processeurs les plus puissants. Ce qui compte avant tout est le rapport puissance / énergie dégagée. Si un jour un ordinateur customisé à base d’ARM a un meilleur rapport que ses serveurs actuels, Google pourrait bien faire la transition – après tout, il contrôle complètement les logiciels qui tournent dessus.

Intel contre-attaque

Le plus gros obstacle pour ARM reste cependant Intel. Certes, ses processeurs ne sont pas aussi économes en énergie. Mais le marché du PC est capital pour Intel. Lorsqu’ils sont menacés par une technologie disruptive, les géants établis sont parfois tentés de « fuir » vers des marchés plus haut de gamme, offrant des marges plus juteuses. Mais Intel n’a pas ce luxe. S’il n’arrive pas à capturer le marché du smartphone ou contrer l’iPad, il lui reste les PC. Mais s’il perd des parts de marché du PC, il n’a nulle part où aller. Le marché des supercalculateurs est trop petit, et Intel a besoin de grosses économies d’échelles.

Or rien n’est plus dangereux qu’une compagnie le dos au mur. Intel travaille en effet d’arrache pied à optimiser ses processeurs, et si la compagnie sent que son avenir est en jeu dépensera sans compter.

Les processeurs Intel ont un handicap face aux processeurs ARM : ils doivent préserver la compatibilité x86, ce qui a un coût. Par exemple, les processeurs Intel modernes contiennent deux processeurs arithmétiques : celui historique introduit en 1980 (le x87, qui était à l’époque un processeur séparé), et un plus récent et plus efficace, introduit avec le Pentium 3 en 1999 (le SSE). Intel peut par contre essayer de compenser par d’autres techniques, comme arriver à diminuer la taille des processeurs. Après tout, le géant de l’électronique peut investir des milliards en R&D.

Intel a récemment pu savourer une mini-victoire avec le bide de Windows RT. Surface RT n’a en effet pas eu les ventes escomptées, et les principaux constructeurs de PC ne se pressent pas pour sortir des tablettes Windows à base d’ARM. La semaine dernière, Windows RT était quasiment absent au Consumer Electronics Show de Las Vegas – alors que de nombreuses tablettes Windows 8 Pro étaient présentées. Pour la seconde fois de son histoire, Microsoft a porté Windows sur d’autres processeurs que ceux d’Intel (les premières versions de Windows NT dans les années 90 étaient également disponibles sur DEC Alpha et sur MIPS). Et encore une fois, le public a plébiscité la compatibilité x86 quand il s’agit de Windows.

Au contraire, Intel compte mener la charge sur les PC tactiles. Détenteur de l’appellation Ultrabook, Intel exige désormais que tout PC désirant cette appellation possède un écran tactile. L’écosystème PC est en marche pour tenter de contrer l’écosystème mobile.

3 nouveaux produits et de nombreux challenges

27 octobre 2012

Cette semaine a été chargée d’annonces, Apple, Google et Microsoft lançant chacun un nouveau produit. Mais bien que je n’en n’ai essayé aucun, je peux par contre affirmer que les trois produits devront surmonter plusieurs challenges – et pas des moindres.

L’iPad Mini

Apple tout d’abord a annoncé l’iPad Mini. Si la tablette a l’air de bonne facture, à $330 elle est nettement plus chère que les tablettes 7″ qui tournent entre $160 (Kindle Fire avec publicités) et $200 (Google Nexus 7). Son gros avantage est un écran légèrement plus grand que la concurrence (7,9″) et une plus grande capacité (16 GB contre 8 GB). Pour le reste, je comprends que l’iPad Mini garde la même résolution que l’iPad 2 pour une raison de compatibilité logicielle, mais il possède néanmoins une résolution moindre que les autres tablettes 7″ – un comble pour Apple !

Le public est habitué à payer plus cher pour un produit Apple. Mais dans ce cas la firme à la pomme devra convaincre le consommateur de payer 65% de plus pour une tablette 7″+.

Apple donne à ce sujet l’impression de reprendre ses bon vieux réflexes. Historiquement, la compagnie a toujours eu l’habitude de faire payer ses produits beaucoup plus cher que la concurrence. Le Mac n’était pas beaucoup plus cher que le PC pendant un temps, mais ça n’a pas duré. Avec l’iPad par contre, la firme à la pomme a frappé très fort en proposant un prix que la concurrence a le plus grand mal à égaler. Pour le Mac Mini par contre, le prix n’est plus du tout concurrentiel. De la même manière, Apple a utilisé pendant longtemps sa propre interface propriétaire Firewire pour connecter ses Mac aux périphériques. La compagnie a finalement abandonné Firewire au profit d’USB 2.0. Mais elle récidive avec son connecteur « Lightening » pour son iPhone et iPad plutôt que d’utiliser un port micro-USB. Le port Apple a certes l’avantage de pouvoir être connecté dans les deux sens, mais les câbles et adaptateurs sont vendus fort cher. Comble de l’arrogance, Apple a mis une puce spéciale dans ses connecteurs Lightening afin d’éviter des copies.

Chasse ton naturel, il revient au galop…

Surface

Cette même semaine, Microsoft sortait en grande pompes sa tablette Surface – du moins la version à base de processeur ARM. Et Surface a elle aussi son lot d’obstacles à surmonter.

Tout d’abord, le prix. Elle coûte en effet $600 avec sa housse/clavier (étant donné le battage médiatique autour du clavier, j’imagine mal d’acheter Surface sans) et est donc plus chère qu’un iPad à capacité égal. Windows RT prendrait en effet 12 GB d’espace disque (contrairement à 1 GB pour iOS), ce qui explique pourquoi la version de base de Surface est équipée de 32 GB de disque – même si l’utilisateur n’en n’aura que 20 de libre. Même à $500 (version sans clavier) elle reste nettement plus chère que la Kindle Fire HD à $300.

Autre challenge de Surface : démontrer qu’elle peut se comporter à la fois comme une tablette et comme un portable PC sans sacrifier l’expérience utilisateur. Car vouloir offrir le meilleur des deux mondes peut amener à offrir le pire des deux mondes. C’est une tablette mais toutes les photos que l’on voit la montrent avec un clavier. Est-il possible de l’utiliser tout aussi facilement en tant que tablette (écran tactile uniquement) comme en mode PC (clavier + trackpad uniquement) ? C’est un portable PC, mais la housse-clavier fait que Surface n’est pas aussi stable qu’un portable lorsqu’on la pose sur ses genoux (toutes les photos la montrent posée sur une table). C’est une tablette mais la résolution 1366×768 fait qu’elle n’est pas idéale pour être regardée verticalement.

Microsoft devra également éviter la confusion auprès des consommateurs. Car Surface RT est une tablette estampillée Windows mais qui ne se comporte pas comme le Windows que l’on connait, et qui ne supporte pas les applications Windows qui nous sont familières. L’interface risque donc de décontenancer les utilisateurs. De même, je ne suis pas sûr que tous les consommateurs soient au courant de la différence entre Windows RT et Windows 8, même si les deux se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Ceux qui achètent une Surface RT en pensant installer leurs applications Windows favorites risquent d’être déçus…

Car le dernier challenge pour Surface RT sera de convaincre les développeurs de porter leurs logiciels sur l’environnement Windows Metro. Car pour l’instant Windows RT manque cruellement d’applications.

Il faut cependant reconnaître à Microsoft qu’ils ont su innover et n’ont pas bêtement copié l’iPad, que ce soit pour l’interface de Windows RT et pour la housse-clavier. Reste à savoir si cela sera suffisant. Vouloir marier deux mondes très peu compatibles – celui des tablettes et celui du PC – en un seul et unique produit n’est pas une mince affaire.

Google Chromebook

Au milieu de tout ça, Google a lancé la dernière version de son Chromebook, dans l’indifférence générale. Le prix du dernier Chromebook devient intéressant à $250, mais n’est pas assez bas pour un achat impulsif. Car le concept de Chromebook est relativelement nouveau, et Google doit convaincre le public. C’est certainement possible – Apple l’a bien fait avec l’iPad – mais n’est pas Apple qui veut. En particulier, le marketing de Google semble très peu efficace pour promouvoir Chromebook.

En d’autres termes, le challenge pour Google est de 1) s’assurer que les consommateurs soient au courant du Google Chromebook et 2) de leur vendre le concept de portable qui n’est ni un portable PC ni un portable Mac.