Archive pour octobre 2010

Cow-boys contre chemins de fer

29 octobre 2010

Je viens de terminer avec Alain Lefebvre un ouvrage sur l’informatique intitulé « Cow-boys contre chemin de fer, ou que savez-vous vraiment de l’histoire de l’informatique? » Pour l’instant disponible au format électronique sur Amazon.com, bientôt sur iPad et après ça au format papier.

De quoi s’agit-il ? Pourquoi cow-boys contre chemins de fer ?

Aux débuts du Far West, les cow-boys étaient ceux qui acheminaient le bétail. Puis, au fur et à mesure que l’ouest des Etats-Unis s’est civilisé, on a commencé à transporter le bétail dans des trains. Et les compagnies de chemin de fer on peu à peu remplacé les cow-boys.

On observe ce phénomène dans la plupart des industries. Elles sont tout d’abord créées par des cow-boys, des entrepreneurs qui ont parfois bouleversé les conventions établies sans demander aucune autorisation. Mais au fur et à mesure que leur industrie a grandi, des structures se sont construites. Des réglementations se sont mises en place. Les compagnies ont du passer de plus en plus de temps à planifier chaque mouvement. Les entrepreneurs ont cédé la place aux PDG professionnels. En d’autres termes, les cow-boys ont été remplacés par les chemins de fers.

Sauf pour l’informatique qui semble faire tout à l’envers. Ce marché a en effet commencé par être dominé par des géants « chemins de fer » tels qu’IBM, Remington Rand ou Honeywell. Et ce n’est qu’ensuite que les cow-boys sont arrivés – et ont réussi à parfois remplacer les chemins de fer ! Quasiment tous les géants de l’informatique actuels – Microsoft, Apple, Google, Facebook, Amazon.com – ont commencé dans les années 70 pour les plus vieux, les années 2000 pour les plus jeunes, et ont été créés par des entrepreneurs dans leur garage.

Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il faut dénigrer les entreprises « chemin de fer » au profit des « cow-boys ». Les deux ont leur place en informatique. Les « chemin de fer » permettent d’avoir des produits et services stables. Les « cow-boys » permettent d’explorer de nouvelles voies. Même si les rapports entre les deux sont parfois tendus.

Ce livre raconte leur histoire…

 

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Apple et le Mac

22 octobre 2010

Le 20 Octobre dernier, Apple a organisé une conférence intitulée « Back to Mac« . Dans un précédent article, je pensais que le Mac n’occuperait plus la première page du site Web d’Apple à moins qu’il n’embarque un processeur ARM et ne fasse tourner iOS.

Apple a montré que je m’étais trompé sur ce point, car la Mac reste sous Intel pendant quelques jours la page de garde du site Apple a été entièrement consacrée au Mac. Pas seulement l’image centrale mais également les vignettes qui l’entourent. Le MacBook Air est bien sûr à l’honneur étant donné que c’est la seule machine annoncée (sur ce point, Apple n’a pas changé et vend toujours du matériel). Mais la page de garde présente également iLife 11 ainsi que la prochaine version de MacOS X, nom de code « Lion ».

Le Mac représente 33% des ventes d’Apple. D’un certain côté c’est beaucoup dans le sens où c’est une part non négligeable des revenus de la firme à la pomme. Mais d’un autre côté il faut comparer avec l’évolution de l’importance du Mac au sein d’Apple. De 100% des revenus il y a de ça 10 ans, le Mac ne représente plus qu’un tiers des revenus – et la tendance ne semble pas s’inverser. Il semble cependant que Steve garde plus d’intérêt au Mac que je ne lui ai donné crédit, ce qui montre qu’il sait être un très bon businessman bien qu’il navigue grandement à l’émotionnel. J’ai connu des compagnies qui ont sacrifié le produit qui rapportait plus de 90% des revenus parce qu’il n’avait pas grand avenir pour se concentrer sur les produits « cools » avant même qu’ils aient prouvés qu’ils soient une alternative valide.

Je persiste cependant à penser que le Mac n’innovera plus autant que par le passé car les ressources sont mises sur l’iPhone et l’iPad. Le nouveau MacBook Air est certes très sexy, il ne se distingue pas tant que ça de son prédécesseur. L’engineering a certes optimisé l’électronique pour qu’il soit plus mince, mais le premier MacBook Air utilisait déjà (en option) un disque SSD et était déjà très fin. Je persiste à penser que le Mac ne retrouvera véritablement grâce aux yeux de Steve que lorsqu’il se rapprochera de l’iPad.

Et c’est exactement ce qui se passe, pas du point de vue matériel mais du point de vue logiciel. Le Mac reste encore sur Intel, mais MacOS X « Lion » tente d’imposer la philosophie d’iOS au Mac. L’App Store, la manière d’organiser les applications comme sur un iPad, des applications qui prennent tout l’écran. Apple veut transformer l’ordinateur de bureau en un outil aussi facile à utiliser qu’une télévision.

Ce n’est qu’un début évidemment. Le challenge pour Apple sera d’avoir la même interface de saisie que l’iPad. A l’heure actuelle le Mac utilise une souris, un trackpad ou un Magic Trackpad mais pas d’écran tactile, ce qui implique que l’utilisateur ne manipule pas directement les objets qu’il voit à l’écran. Mais on peut penser qu’Apple planche là-dessus.

Et je continue de penser qu’un jour le Mac basculera sur iOS et un processeur ARM. Pas immédiatement. Il a fallu 3 ans pour passer de l’iPhone à l’iPad. Que le matériel soit suffisamment puissant pour supporter un iPad, et qu’il y ait suffisamment de développeurs iPhone. De la même manière, un passage vers un Mac iOS veut dire attendre que les processeurs ARM soient suffisamment puissants (ARM à multiple coeurs?) et qu’il existe suffisamment d’applications pour iPad.

IA et robotique – Illustration

8 octobre 2010

Dans un précédent article IA et robotique je montrais comment les prédictions sur la robotique étaient souvent éloignées de la réalité.

Voici une autre illustration avec quelques planches d’Ortax le Robot, une BD parue en 1978. Cette obscure BD de science fiction, kitch à souhait, est caractéristique de son genre jusque dans les années 80.

L’action se passe en 2080, où les héros découvrent un robot vieux « d’au moins 100 ans ». On retrouve le thème de SF commun à l’époque : tout le monde est habillé de manière uniforme en combinaison spatiale, et toutes les combinaisons ont les mêmes motifs, quel que soit le sexe et l’âge. Les jeunes du futur ne sont pas rebelles et s’habillent comme leurs parents ! Socialement, c’est toujours les femmes qui dont les travaux ménagers (étonnant à une époque où le MLF était encore actif)

Du côté robotique, ce n’est guère mieux : Ortax a un look « fignolé » dans le pur style « plus kitch tu meures. » Le fait que les robots de 2080 refusent de faire des travaux ménagers est plus une excuse pour centrer l’histoire autour d’un robot de 1985 qui créé la sensation.

Ortax indique qu’il a été créé en 1985. En d’autres termes, l’auteur pensait qu’en 7 ans ont pourrait avoir des robots ménagers doués d’une certaine intelligence qui peuvent faire le ménage, la cuisine, etc. Pas de bol, 32 ans plus tard on n’est toujours pas là.

Les robots du futur, quant à eux, ont un look très semblable à celui d’Ortax. Très peu d’évolution de style en 100 ans.

Ortax le Robot n’a certes jamais eu la prétention d’être de la SF sérieuse, mais elle reste caractéristique de beaucoup de prédictions. Trop d’optimisme à court terme (des robots dans 7 ans), trop de pessimisme à long terme (les robots du futur n’ont pas beaucoup évolué voire ont reculé point de vue fonctionnalités), et un zéro pointé pour le style des robots comme la mode du futur.

Note pour les bédéphiles : cette BD a été éditée dans les colonnes de la revue Pistil (envoyez moi un email si vous connaissez). C’est dans cette revue qu’ont débuté des dessinateurs tels que Dodier, Makyo et Vicomte qui ont collaboré par la suite sur d’autres projets plus connus (Jérôme K. Jérôme Bloche, Grimion Gant de Cuir, Ballade au Bout du Monde, Gully)

L’importance du prestige du PDG

1 octobre 2010

Nombreux sont les articles qui analysent les « coups de maître » des compagnies à succès. Comment Microsoft a réussi à faire un virage à 180 degré concernant Internet et détrôner Netscape. Comment Apple a réussi à créer une nouvelle source de revenus avec l’iPod, l’iPhone et l’iPad. Comment Apple (toujours) est au 1er rang de l’American Customer Satisfaction Index pour la 7e année consécutive, etc.

L’une des raisons trop peu souvent évoquée est l’importance du prestige du PDG. En quoi est-ce important ? Parce que les « coups de maître » se font rarement sans froissement. Ils impliquent souvent des sacrifices, qu’ils soient humains ou financiers. Et c’est là où le prestige et une « légitimité » facilitent grandement les choses à un PDG. Les employés sont plus à même d’accepter les changements. Le conseil d’administration est plus à même de laisser le PDG tranquille, même s’ils ne comprennent ou n’approuvent pas la stratégie.

« Prestige » et « légitimité » sont deux concepts fortement subjectifs, mais tous deux sont fortement liés au fait que le PDG soit fondateur. Prenons quelques exemples.

En mai 1995, Bill Gates a réalisé qu’il s’était trompé sur Internet et que c’était un marché que Microsoft se devait de conquérir. Il a écrit un mémo intitulé « The Internet tidal wave » (« La marée Internet ») qui a marqué le début d’un retournement spectaculaire. Mais on ne fait pas faire un virage à 180 degrés à une compagnie de la taille de Microsoft juste avec un mémo. De nombreuses forces agissaient contre une stratégie Internet. L’entreprise était à l’époque focalisée sur Windows 95 qui devait sortir en août. Internet, comme toute technologie disruptive, allait rapporter nettement moins que Windows 95 – surtout si Microsoft allait fournir Internet Explorer gratuitement. Mais Bill Gates est le cofondateur de Microsoft, et a mené Microsoft là où il était, c’est-à-dire une position très envieuse. Lorsque Bill dit « la priorité est Internet », le reste de la compagnie a donc suivi.

Mais le fait d’être cofondateur n’est en soi pas suffisant. Steve Jobs l’a appris à ses dépends en 1985, lorsqu’il a organisé une fronde contre John Sculley (à l’époque PDG d’Apple) et que le conseil d’administration s’est rangé derrière ce dernier. La citation d’un employé d’Apple de l’époque résume bien la situation: « Les employés avaient un sentiment mitigé sur [le départ de Steve]. Tout le monde avait été terrorisé par Steve Jobs à un moment ou à un autre et il y avait un certain soulagement du fait que le terroriste était partit, mais d’un autre côté je pense qu’il y avait un énorme respect pour Steve Jobs par les mêmes gens et nous étions tous très inquiets – que deviendrait la compagnie sans le visionnaire, sans le fondateur sans le charisme. » Pour le comité de direction, Steve était perçu comme une tête brulée qui n’avait aucun sens des réalités. Il avait certes été derrière le Macintosh, mais ce dernier ne se vendait pas car trop cher et avec très peu de logiciels. Mais Steve ne semblait pas s’en soucier. A une époque où tous les voyants viraient au rouge pour Apple, il pensait que tout allait bien et que les ventes du Mac allaient bientôt décoller.

Lorsque Jobs est revenu à la tête d’Apple 12 ans plus tard, la situation avait changé. Son exil l’ayant transformé en un excellent gestionnaire, Jobs a réussi à redresser la situation d’Apple de manière spectaculaire – chose que beaucoup considèrent comme le plus grand comeback des temps moderne. Il a réussi à redorer l’image du Mac, et la compagnie est très vite redevenue profitable. Si bien que le conseil d’administration ne se mettra plus jamais en travers du chemin de Jobs. Lorsque Steve a décidé qu’Apple devait se lancer sur le marché du baladeur MP3, on pouvait se douter d’une telle décision. C’était un choix qui semblait plus personnel qu’autre chose (Steve a toujours été un grand fan de musique) visant un marché incertain. De même, Jobs a toujours refusé de dépenser le trésor de guerre d’Apple (des dizaines de milliards en banque) au grand dépit des actionnaires qui aimeraient bien voir ces milliards transformés en dividendes ou au minimum réinvestits dans la compagnie. Mais on peut douter que le conseil d’administration fasse quoi que ce soit à ce sujet. Face aux employés, Steve est toujours un tyran, et certains employés prennent toujours l’escalier pour éviter de se trouver coincé dans l’ascenseur avec Jobs. Mais son prestige et sa légitimité sont telles que quasiment personne ne le contredira. Il peut faire subir les pires choses à ses employés ou briser des fiefs sans être inquiété. Et lorsque Steve dit qu’il est important que le service client soit impeccable, toute l’entreprise suit comme un seul homme.

Les exemples de Bill Gates et Steve Jobs sont à contraster avec celui de Mark Hurd, le PDG de Hewlett-Packard de 2005 à 2010, limogé des suites d’un scandale pour harcèlement sexuel. Selon le blogger Bob Cringley, Hurd est « le meilleur PDG de compagnie de PC de sa génération ». Il est en effet crédité d’avoir redressé les finances de HP. Hurd est brillant, mais aurait été licencié parce qu’il « n’avait pas beaucoup d’amis » au sein de la compagnie. Le motif de licenciement semble en effet être un prétexte, et il ne serait pas surprenant qu’en redressant la situation Hurd se soit mis à dos de nombreuses personnes haut placées. Mais croyez-vous vraiment que Steve Jobs a beaucoup d’amis au sein d’Apple ? Il existe sans doute des fiefs au sein de la firme à la pomme, sauf que tous les vice-présidents d’écrasent devant Jobs. Ce dernier a également été mêlé à un scandale (celui des stock options rétroactives) mais l’entreprise a tout fait pour le protéger. De la même manière, Bill Gates n’a jamais été connu pour être tendre avec ses employés, ses phrases préférées étant « c’est le chose la plus stupide que j’ai jamais entendu », « sérieusement, on vous paye pour travailler ici? » ou « vous voulez que je code ça [à votre place] pendant le weekend? » Mais Jobs comme Gates ont une légitimité que Hurd n’a jamais eue au sein de HP.

Enfin, Steve Ballmer est un cas mitigé. S’il n’a pas cofondé Microsoft, il a occupé un poste important depuis longtemps. Il a été embauché en 1980, devenant l’employé numéro 24. Il a également été pendant longtemps très proche de Bill. Certains pensent que cela l’a aidé à resté à son poste alors que l’action Microsoft stagnant depuis ces 10 dernières années. D’un autre côté, Ballmer n’a pas l’aura de Bill. On peut douter qu’il puisse faire changer la compagnie de direction comme Gates l’a fait. Ou qu’il soit aussi indéboulonnable.

Lorsque le fondateur part

Lorsque le fondateur quitte la compagnie, il est souvent remplacé par un PDG professionnel. Ce dernier a alors beaucoup plus de mal à diriger la compagnie, car il lui manque une légitimité. Les employés mettent en doute n’importe quel changement (« Ce n’est pas comme ça que l’on fait les choses ici »). Et le conseil d’administration est beaucoup plus sur le dos du PDG, demandant des résultats rapides. Le PDG n’a que quelques années pour réussir ou il prend la porte.

On peut faire un parallèle avec les partis politiques. En France, au cours des 30 dernières années, beaucoup des partis ont été dirigés par leur fondateur. Cela a permit à ces derniers de rester à la tête malgré plusieurs échecs électoraux : François Mitterrand avec le Parti Socialiste, Jacques Chirac avec le RPR, Jean-Marie Le Pen avec le Front National, François Bayrou avec le Modem, Olivier Besancenot avec le Nouveau Parti Anticapitaliste, etc.

Mais dés que le fondateur part, la dynamique change à jamais. Depuis la mort de François Mitterrand le PS n’est plus le même et a été envahit par les luttes internes, aucun des prétendants au trône ne réussissant à rassembler le parti. Et aux Etats-Unis où les deux principaux partis (Démocrates comme Républicains) ont été fondé au 19e siècle, les candidats n’ont qu’une seule chance à la présidentielle. En cas d’échec ils laissent la place à quelqu’un d’autre.

C’est pour cette raison qu’en France, François Bayrou et Olivier Besancenot ont dissout le parti dont ils étaient à la tête pour créer leur propre parti. C’est cependant une option qui n’est pas envisageable pour les PDGs professionnels.