Archive pour avril 2010

IA et robotique

30 avril 2010

L’intelligence artificielle et la robotique ont depuis longtemps inspiré l’imagination des foules. Mais force est de constater que la fiction est souvent aux antipodes de la réalité.

L’ordinateur rebelle

Le concept de l’ordinateur rebelle reste puissant dans l’imagination populaire. « Rester maître du temps, et des ordinateurs » chante France Gall (on est maître du temps? Depuis quand?) Et le cinéma n’est pas en reste. Skynet de Terminator veut carrément supprimer l’humanité entière. Pareil pour la matrice du film Matrix. HAL de 2001: L’Odyssée de l’Espace reste sans doute le cas d’intelligence artificielle qui a le plus marqué les esprits. Et pour cause: c’est l’un des rares cas où le programme a une voix et une apparence – l’inquiétant œil rouge.

Dans la réalité, la seule « révolte » de l’ordinateur s’appelle le bug – et elle n’est même pas de sa faute. Et sa plus grande incarnation – le bug de l’an 2000 – a certes causé quelques problèmes (et beaucoup de frayeurs) mais n’a pas rayé l’humanité de la carte. Le bug a par contre toujours été une source de frustration constante chez les humains, et coûte fort cher.

En attendant, aucun programme n’a jamais réussi à passer le test de Turing sensé déterminer si un programme a atteint l’intelligence artificielle. Ce test se passe comme suit: un juge engage une conversation via un terminal avec un humain d’une part et un ordinateur d’autre part – sans savoir qui est qui. Si le juge n’arrive pas à déterminer qui est l’ordinateur et qui est l’humain, le logiciel a passé avec succès le test.

S’il existe une compagnie qui peut créer un programme qui a une chance de passer le test de Turing, je nommerais Google. Le géant de la recherche en ligne s’est en effet spécialisé dans l’analyse de très grandes quantités de données pour en dériver des résultats. Le service de traduction automatique de Google se base par exemple sur des millions de documents traduits par les Nations Unies plus que sur des règles grammaticales. Google pourrait donc créer un programme qui cherche une phrase similaire à celle du juge parmi de vastes quantités de données (comme les millions de forums sur le Web) et fournisse la réponse trouvée dans le document. Il faudrait peut-être améliorer l’algorithme, mais vous voyez le principe.

Mais si un tel programme passait le teste de Turing, cela veut-il dire que Google a créé un service intelligent? Pas sûr. Et il n’y a pas grand chose à craindre d’un tel programme.

Robots humanoïdes

RoombaMais les robots, du T-800 de Terminator (le véritable méchant du film, et non Skynet) à Bender de Futurama, ont bien plus captivé l’imagination que l’intelligence artificielle. Pas surprenant, un robot est beaucoup plus visuel qu’un logiciel.

Mais une fois de plus la fiction n’a pas grand chose à voir avec la réalité.

Une des obsessions a en effet d’imaginer des robots à forme humanoïde – en particulier dans les ouvrages de science fictions et illustrations diverses. Si c’est le cas de beaucoup des robots que l’on a construit, les robots construit à usage véritablement pratique sont eux tout sauf humanoïdes. A commencer par le robot ménager Roomba (voir illustration). Pareil pour les robots sur une chaîne de montage. Le cas de robot le plus « humain » à usage pratique est peut-être le BigDog de la startup BostonDynamics, un robot à usage militaire dont le but est d’accompagner les soldats partout où ils vont (voir vidéo ci-dessous)

L’obsession humanoïde est compréhensible, l’homme étant très égocentrique. Mais dans la réalité vouloir suivre un tel schéma est se compliquer la vie. Je ne suis pas un expert en anthropologie, mais j’ai cru comprendre que l’être humain se tient sur deux pattes pour mieux courir. L’homme est peut-être loin d’être l’animal le plus rapide à la course à pied, mais c’est celui qui a le plus d’endurance. Aucun autre animal ne peut courir les distances que l’homme peut parcourir. Une des raisons est que le fait de se tenir droit permet un meilleur refroidissement en cas d’effort prolongé.

Mais en termes de robotique ce détail n’a pas d’importance, et la modèle humanoïde possède des gros problèmes en termes d’équilibre. Les robots qui sont réellement utilisés sur le terrain ont quatre pattes et souvent des centres de gravités les plus bas possibles.

Fantasmes robotiques
Le fantasme de tomber amoureux d’un robot n’est pas nouveau. Asimov traite par exemple le sujet dans son livre « Les robots de l’aube » (1983). Dans son livre « Love and sex with robots » (2007) David Levy affirme qu’en 2050 il sera commun de tomber amoureux d’un robot voire d’en épouser un dans certaines parties du globe. On voit cependant une certaine constante: dans l’imagination populaire il semble que seules les femmes tombent amoureuses des robots – et uniquement les jolies filles. Les hommes eux utilisent les robots pour des raisons plus bassement physiques (Blade Runner étant une exception). Et dans aucun cas la fiction ne suggère que l’utilisation d’un robot est un acte désespéré.

Les illustrations, elles, ne manquent pas, comme celles ci-dessous de l’artiste Franz Steiner. Ici le robot a un design moderne. Il n’est ni métallique ni carré, mais possède des courbes lisses, une coque en plastique et un visage qui a une expression humaine.

Robot

Dans la réalité, des robots à consommation féminine existent depuis longtemps. Leur usage est cependant plus physique que sentimental, ils n’ont pas l’allure d’un robot et ne répliquent qu’une partie de l’anatomie humaine (je vous laisse deviner de quoi je parle). Un robot humanoïde à consommation masculine (et bientôt féminine) a par contre été annoncé en janvier 2010: le Roxxxy, sensé être un compagnon virtuel et être plus qu’une poupée gonflable améliorée. Si la compagnie affirme que le robot est doté d’une intelligence artificielle, elle emploie néanmoins le terme de « sex robot », laissant imaginer la principale utilisation du joujou.

Mais en terme de design, la grosse différence entre les illustrations de Franz Steiner (la fiction) et le Roxxxy (la réalité) est que ce dernier tente de ressembler le plus possible à un être humain, que ce soit visuellement comme au toucher. De fait, la version de Steiner ne semble pas très confortable pour les câlins.

Source de divergence

Pourquoi donc une telle divergence entre la fiction et la réalité? Parce que l’image de l’IA et de la robotique comme imaginées par la fiction produisent de meilleures histoires, tout simplement.

L’imagination populaire va plus être piquée par l’histoire d’un logiciel qui veut détruire l’humanité que d’un programme qui va se planter au mauvais moment ou faire perdre de grosses sommes d’argent. Que donnerait un film où le héros peut vaincre le grand méchant ordinateur simplement en le débranchant? De quoi auraient l’air les illustrations si les robots ressemblaient parfaitement à des humains?

iPhone OS 4 et iAd

23 avril 2010

Apple vient d’annoncer iPhone OS 4, la prochaine mouture du système d’exploitation de l’iPhone et de l’iPod Touch. L’élément le plus attendu est bien évidemment le multitâche. Mais c’est loin d’être la fonctionnalité la plus importante du système d’exploitation.

iAd

L’élément qui risque d’avoir le plus d’impact est l’arrivée d’iAd, une plate-forme de publicité mobile. Avec iPad, Apple permet d’un côté aux développeurs d’ajouter facilement de la publicité dans leur application afin de gonfler leurs revenus. De l’autre il crée un environnement de développement pour aider les annonceurs à créer un « nouveau type » de publicité. En bonne vision Jobsienne, les publicités supportées par cette plate-forme seront hébergées et distribuées par Apple qui devient un réseau publicitaire en mettant les deux en contacts et en se prenant 40% du chiffre d’affaire.

En d’autres termes, Apple veut devenir le Google de l’iPhone. Non, pas le moteur de recherche, le géant de la publicité en ligne.

Dans sa conférence de présentation d’iPhone OS 4, Steve Jobs a émit la vision suivante: si sur les ordinateurs le moteur de recherche est le passage obligé de l’internaute (et donc la meilleure plate-forme de publicité), sur les smartphones ce n’est pas le cas. Tout tourne autour des applications. Selon Jobs, lorsqu’un utilisateur d’iPhone cherche des informations sur un film il ne va pas sur Google mais utilise directement une application qu’il a au préalablement téléchargé.

Steve s’est même livré à quelques chiffres: un utilisateur d’iPhone passe en moyenne 30 minutes par jour à utiliser des applications de l’iPhone. Si on met une publicité toutes les 3 minutes (« à peu près la même chose que sur la télévision [aux Etats-Unis] » selon Jobs), cela revient à 10 publicités par utilisateur et par jour. Sachant qu’Apple compte atteindre 100 millions d’utilisateurs, cela revient à un milliard de publicités par jour.

Mais la firme à la pomme ne veut pas se contenter d’être un réseau publicitaire comme les autres et veut « changer la qualité des publicités » en aidant les publicitaires à fournir des pubs « encore plus interactives que le Web » et qui ont « autant d’émotion que les publicités télévisées ». iAd est donc une plate-forme qui permet de créer facilement de telles publicités.

Mais quand on regarde les raisons du succès de Google, force est de constater que peu de ces raisons ne sont valables avec iAd – même s’il existe plusieurs manières de se faire de l’argent avec la publicité.

Tout d’abord, le système publicitaire de Google est basé sur les mots-clé que les utilisateurs entrent dans son moteur de recherche. Cela permet un ciblage suffisamment fin pour faire payer certains mots-clé au prix fort par un système d’enchères. On peut penser qu’Apple va utiliser un mécanisme comme Google AdSense où la publicité trouve des mots-clé en analysant le site Web (dans le cas d’iAd, l’application hôte). Mais AdSense est loin d’être aussi précis que du texte entré par les utilisateurs même.

Ensuite, la vision Jobsienne de ce support publicitaire semble très complexe. Autant il est extrêmement facile d’acheter une publicité sur Google, autant créer une publicité pour iAd prendra plus de temps, même si elle est sensée être relativement facile. Ne serait-ce que dessiner les images prend en effet du temps. Apple semble vouloir viser le marché des publicités Flash où un petit nombre de publicitaires professionnels créent des publicités pour des comptes qui ont suffisamment d’argent pour payer le développement. Les publicités Google, elles, sont utilisées par un très grand nombre de publicitaires, professionnels comme amateurs.

Conséquence de quoi, Google a un modèle qui couvre des marchés extrêmement diversifiés car définis par des millions d’utilisateurs d’un côté et des millions d’annonceurs de l’autres. Au contraire, Apple possède un modèle beaucoup plus restreint avec d’un côté un nombre beaucoup plus limité d’applications (150.000 applications font pâle figure face à 88 milliards de requêtes Google par mois) comme d’annonceurs. En quoi cela est-il important? Plus un marché est diversifié, plus le réseau publicitaire peut atteindre des niches. Par exemple, un des mots-clé les plus chers sur Google est DUI (pour Driving under Influence ou conduite en état d’ivresse, quelque chose qui coûte fort cher aux Etats-Unis). Suivant la région, une publicité utilisant un tel mot-clé peut rapporter à Google plus de $40 par click. Lorsqu’un possesseur d’iPhone s’est fait arrêter pour conduite en état d’ivresse et cherche désespérement des informations, existe-t-il une telle application iPhone pour cela? Va-t-il la trouver? Désolé Steve, la solution la plus simple est de faire une recherche sur Google plutôt que de chercher une application et l’installer. Qui plus est, en refusant des applications « adultes », Apple se coupe de tout une partie lucrative du marché publicitaire.

Steve Jobs pense que la raison pour laquelle la publicité télévisée est le médium qui rapporte le plus est parce qu’elle délivre une émotion que la publicité ne ligne est loin d’égaler. C’est peut-être vrai. Mais une des raisons est également que la publicité télévisée ne donne aucune idée du retour sur investissement. La publicité en ligne par contre permet de savoir très précisément son effet sur les ventes – et le retour sur investissement s’est avéré moins que prévu. iAd ne fera sans doute pas exception.

Enfin, lorsque Larry Page et Sergey Brin ont décidé (à contrecœur) de mettre de la publicité sur son Google, ils ont par contre mis un point d’honneur à ce qu’elle soit le moins intrusive possible. Clairement définie comme lien sponsorisé, qui n’entrave pas la lecture et surtout uniquement au format texte (à l’époque les bannières en haut de l’écran étaient monnaie courante). Ce petit détail a été salutaire dans la mesure où cela n’a pas impacté la lisibilité du site. Dans le cas d’iAd par contre, la démo d’Apple suggère que la publicité sera visible sous forme d’encarts graphiques qui prennent un espace non négligeable sur un écran déjà fort petit. Et si Apple rend facile l’ajout de publicité sur les applications iPhone, il sera intéressant de voir si un impact négatif se dégage – après tout, les publicités Flash des sites Web nuisent grandement au confort de lecture. Quant au format de ces nouvelles publicités, Steve Jobs semble avoir pensé iAd principalement avec Pixar en tête. L’exemple de recherche qu’il a donné a été de chercher un film, et l’exemple de publicité montré était pour… Toy Story 3!

Le but d’iAd est bien évidemment de convaincre les développeurs iPhone de ne pas aller ailleurs. Il n’empêche, c’est peut-être une des rares fois où Apple ne pense pas aux utilisateurs.

Les petites clauses d’iPhone OS 4

Mais le SDK d’iPhone OS 4 introduit quelques petits autres changements sur lequel la firme à la pomme est restée très discrète. Ainsi, il est désormais interdit d’utiliser des outils de développement multiplateforme (comme Creative Suite d’Adobe).

Le but est double: encourager les développeurs à n’écrire que des applications pour l’iPhone (ou les décourager d’écrire des applications pour la concurrence), et les encourager à utiliser les fonctionnalités de l’iPhone. L’iPhone étant à l’heure actuelle le marché mobile ayant le plus la cote, Apple ne craint pas que les développeurs fuient vers Android. Mais Steve Jobs n’a certainement pas envie que les développeurs iPhone puissent facilement porter leurs applications vers les plateformes concurrentes – en d’autres termes, qu’Android et compagnie bénéficient du temps que passent les développeurs à créer des applications iPhone. Surtout quand on sait qu’Apple dépense beaucoup d’énergie à aider les développeurs iPhone à faire que leur application soit la plus conviviale possible.

Pire, les applications multiplateformes sapent l’aspect différentiateur de l’iPhone. Si une application a le même look quelle que soit la plate-forme, le type de smartphone perd en importance – quelque chose qu’Apple s’est toujours bagarré contre. Au contraire, Apple a tout intérêt à ce que les applications iPhone utilisent toutes les possibilités de l’appareil.

Mais le contrat d’iPhone OS 4 possède une autre petite clause qui peut avoir ses conséquences: « L’utilisation de logiciels tiers dans votre application pour collecter ou envoyer des données de l’appareil vers un site tiers pour traitement ou analyse est expressément prohibé. » Les logiciels tiers de publicité (autre qu’iAd s’entend) sont donc dans le collimateur d’Apple. Car si un réseau publicitaire ne peut pas cibler l’utilisateur, il ne peut pas faire payer ses publicités grand chose.

A tel point qu’on peut se demander si Steve Jobs n’a pas peur d’Android bien qu’il affiche une assurance sans faille. Si iAd est tellement extraordinaire, pourquoi vouloir saboter la concurrence? Si l’iPhone est tellement mieux que la concurrence, qu’est-ce qu’Apple a à craindre? Contrairement au match Mac / PC, l’iPhone est au même prix que la concurrence et possède le plus d’applications.

DailyMotion et les politiciens français

16 avril 2010

J’avais quelques commentaires à propos de l’annonce d’iPhone OS 4, mais j’ai décidé pour changer de ne pas parler d’Apple cette fois – ca sera pour la semaine prochaine.

Avec le temps, les internautes ont commencé à comprendre qu’il fallait faire attention à ce que l’on met sur le Réseau des réseaux, car cela a toutes les chances de ne jamais partir. La photo intime que l’on a prit sur son téléphone portable et que l’on pensait rester entre soi et son(sa) petit(e) ami(e) qui se retrouve sur Facebook. Le commentaire assassin à propos de sa compagnie que l’on met sur un forum qui trouve son chemin jusqu’à l’écran de son supérieur. Ou la photo de soi prise il y a des années où l’on était bourré qui revient nous hanter des années plus tard. Les exemples ne manquent pas.

Mais lorsque l’on est une célébrité le problème est encore pire. Particulièrement pour les personnalités politiques qui sont interviewées en permanence. Beaucoup de dérapages de politiciens ont terminés sur DailyMotion ces derniers temps. Le tristement célèbre « casses toi pauvre con » de Nicolas Sarkozy, « c’est quand il y en a plusieurs qu’il y a un problème » de Brice Hortefeux. Puis Xavier Bertrand qui assassine un journaliste (de la presse écrite) qui l’interroge lors d’une émission télévisée. Le dernier épisode en date est Jean-Luc Mélenchon qui perd son sang froid et insulte un étudiant en journalisme qui l’interviewait parce que ce dernier n’avait pas compris son argumentation.

En politique, l’une des choses que l’on apprend est l’art du direct. Savoir faire face à l’imprévu, ne pas s’emporter quoi qu’il arrive et savoir répondre du tac au tac. Or, fait intéressant, aucun de ces politiciens n’a été pris en traitre. Dans aucun des cas la caméra n’était cachée. Dans le cas de Xavier Bertrand et de Jean-Luc Mélenchon ils étaient même interviewés (difficile de dire qu’ils se sont fait piégés). Nicolas Sarkozy, quant à lui, était au salon de l’agriculture – un lieu où les politiciens vont justement pour se montrer. Seul Brice Hortefeux a une excuse (il racontait une blague entre proches), bien que ses propos ont été recueillis par des journalistes de Public Sénat et non pas par un téléphone portable comme l’a laissé sous-entendre Jean-François Copé.

Certains diront que le résultat n’est pas forcément loin de ce que désirait l’homme politique incriminé. Xavier Bertrand a utilisé des techniques rodées pour déstabiliser l’adversaire. Ayant affaire à un journaliste qui n’est pas habitué au direct, ca a été un jeu d’enfant de le descendre en flamme. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il semble aimer entretenir son image de « bouffeur de journaliste » – et aura ensuite beau jeu de dire qu’il est persécuté par la profession (Jean-Marie Le Pen aime lui aussi jouer à ce jeu). Mais il n’empêche que ces deux interviews ont montré un visage fort peu reluisant des deux hommes. De la part de politiciens professionnels d’envergure nationale, on pouvait s’attendre à mieux.

Mais si l’on y regarde bien, le véritable point commun de ces cas est que toutes ces vidéos étaient destinées à une petite audience. Nicolas Sarkozy a été filmé par un journaliste de Youpress, Brice Hortefeux par Public Sénat. MM Bertrand et Mélenchon, quant à eux, n’étaient même pas interviewés par des journalistes de télévision professionnels. Autrement dit, rien qui n’indiquait une diffusion à forte audience.

Du moins ca n’aurait pas été le cas avant le Web. Si Public Sénat a décidé de ne pas diffuser la vidéo de M. Hortefeux, cette dernière a été exploitée par Le Monde. Il y a 10 ans, tout ce qu’aurait pu faire le quotidien aurait été de retranscrire la petite phrase compromettante sur papier – ce qui aurait eu bien moins d’effet que de publier la vidéo sur son site Web. Quant à la vidéo de l’étudiant en journalisme, que serait-elle devenue sans le Web? A l’ère de DailyMotion les personnalités politiques doivent apprendre à considérer toutes les vidéos comme potentiellement d’audience nationales. Il semble que nombreux sont les politiciens qui ont gardés les réflexes et ne sont sur leur garde que lorsqu’ils pensent avoir affaire à des grosses audiences.

Certains y verront le fait qu’il est difficile d’être en alerte 24h sur 24. Les plus cyniques y verront que les politiciens montrent leur vrai visage lorsqu’ils ne pensent pas que leurs propos vont avoir une grande diffusion.

Les premiers jours de l’iPad

9 avril 2010

L’iPad est sorti samedi dernier aux Etats-Unis, et a bien évidemment fait les gros titres de la presse, aux Etats-Unis comme en France. Oui, j’ai été essayé l’engin en magasin. Non, je ne ferais pas une nième revue, il y en a déjà eu assez.

Informatique ouverte ou fermée?

Les commentaires sur l’iPad ont été nombreux, avant même que l’engin soit disponible. Mais une grande partie compare l’iPad avec un ordinateur portable. Les plus positifs donnent la liste des fonctionnalités qu’ils aimeraient voir sur l’iPad. Comme cet article de PC World où l’auteur aimerait voir 1) la possibilité de rajouter une extension mémoire 2) un port USB 3) une caméra vidéo 4) le multitâche et 5) un navigateur Web alternatif à Safari. D’autres avis, plus négatifs, déplorent l’aspect totalement fermé de l’engin (pas de personnalisation possible, on doit installer les applications approuvées par Apple, etc.) et regrettent le temps de l’Apple II où la machine était complètement ouverte.

Mais ces critiques oublient que l’iPad n’est pas un ordinateur portable. Si techniquement parlant il en est très proche (son système d’exploitation a le même noyau que Mac OS X), du point de vue fonctionnalités l’iPad a été conçu pour être un appareil domestique et non un PC ou un Mac. Prenez par exemple un magnétoscope numérique, un téléphone portable ou une console de jeu. Exige-t-on qu’on puisse augmenter la mémoire, choisir son propre navigateur Web ou installer n’importe quelle application? Si c’est parfois techniquement faisable (on peut installer Linux sur certaines PlayStation 3), ca ne fait pas partie des première choses que l’on demande.

Il n’en reste pas moins que l’iPad représente une évolution vers l’informatique fermée. Ce processus n’est ni nouveau ni unique. Jusque dans les années 80 on pouvait facilement « bidouiller » les voitures. Beaucoup de gens (principalement des hommes) effectuaient les réparations eux-mêmes (dans les années 60 les garçons avaient d’ailleurs des cours de mécanique à l’école). De nos jours, réparer soi-même sa voiture est souvent impossible. Dés que l’électronique est impliquée il n’y a qu’un garage (ou quelqu’un de très bien équipé) pour pouvoir faire face. En d’autres termes les voitures sont de plus en plus fermées. Parallèlement, l’intérêt pour la mécanique a chuté. S’il existe toujours des passionnés de voitures, on se focalise sur l’aspect fonctionnalités: que la voiture ait bonne allure, qu’elle ait du punch… et qu’elle démarre au quart de tour quand on tourne la clé de contact. On se fiche de savoir comment ça fonctionne à l’intérieur.

L’iPad représente une étape visible de cette évolution vers un système fermé, mais n’est pas la première. Les portables PC sont en effet plus fermés que les ordinateurs de bureau. Il est plus difficile de monter de toute pièce un portable ou de changer un composant comme l’écran. Et je ne serais pas étonné si de moins en moins de gens (geeks mis à part) changent des composants de leur PC de bureau.

Mais cela ne veut pas dire que le  modèle de l’iPad va s’imposer du jour au lendemain, ni qu’il va complètement remplacer l’informatique ouverte. Les PC de bureau sont là pour rester, même s’ils s’orientent vers un marché haut de gamme. Mais il n’est pas impossible que l’on trouve de plus en plus de cas d’informatique fermée.

iPad contre Kindle. Ou avec Kindle?

Côté logiciel, l’une des nouveautés de l’iPad est sa fameuse application iBooks, la librairie en ligne d’Apple. Si l’application a l’air de fort bonne facture (mais peut-on s’en étonner de la part d’Apple?) l’apparition d’iBooks a amené beaucoup à surnommer l’iPad le « Kindle killer« , en référence au livre électronique d’Amazon.

Mais Apple et Amazon.com ne sont pas forcément tellement en concurrence que ça, même si Steve Jobs voit sans doute les choses autrement.

Tout d’abord, les deux compagnies ont des buts différents. Pour Amazon.com, le but est avant tout de vendre des livres au format numérique. Le Kindle est moins une fin en soi qu’un moyen: aider à se développer le livre numérique et imposer son standard. C’est pour cette raison que Kindle existe également sous forme d’application disponible sur PC, Mac, BlackBerry, iPhone… et iPad (une version Android serait en préparation).

Pour Apple, au contraire, iBooks est un moyen. La fin en soi est la vente de matériel, à savoir l’iPad. C’est pour cette raison que je doute que les livres achetés sur iBooks ne soient jamais lisibles sur du matériel autre qu’Apple (si iBooks utilise le standard ePub pour ses livres, la protection numérique, elle, est propriétaire à Apple).

Et c’est là où Amazon.com apporte de l’eau au moulin iPad. Car si on n’est pas près de voir un standard en matière de protection numérique de livre (les maisons d’édition n’y ont pas grand intérêt), le format d’Amazon.com est ce qu’il y a de plus proche: un format relativement indépendant du matériel. Le fait que l’application Kindle existe sur l’iPad peut ainsi séduire certains consommateurs qui ne partagent pas entièrement la vision de Steve et n’aiment pas l’idée d’acheter des livres numériques liés au matériel Apple. L’offre Amazon.com possède également nettement plus de titres que celle d’Apple (450.000 contre 60.000). Cela ne convaincra peut-être pas tout le monde, mais avoir le choix ne peut pas faire de mal aux ventes d’iPad.

En retour, l’iPad aide à promouvoir le livre électronique. Cela n’aide peut-être pas Amazon.com directement, mais cela aide à agrandir le marché. En particulier, l’engouement pour l’iPad va pousser la concurrence, tout comme l’iPhone a encouragé la concurrence. HP a déjà annoncé une tablette à base de Windows 7, mais il y en aura d’autres. Et Amazon n’a pas grande concurrence sur tout autre appareil que l’iPad.

Le Kindle (le livre électronique, pas l’application) est-il pour autant mort? Je n’en suis pas si sûr. Si le Kindle DX a peu de chances de survie (il reste au même prix que l’iPad), le Kindle de base a encore un créneau: le marché des lecteurs assidus – ceux-là même qui achètent beaucoup de livres. Ces consommateurs lisent beaucoup et se soucient plus d’avoir tous leurs livres sous la main que de pouvoir surfer le Web. Ils apprécieront un prix plus bas que l’iPad (moitié moins cher), un écran mieux adapté pour la lecture (la technologie E-Ink est très agréable à lire pour le noir et blanc), un temps de charge plus long, un lecteur plus léger (290g contre 700g pour l’iPad) et un format relativement portable.

Marché du mobile

2 avril 2010

Selon le cabinet d’étude AdMob, Android serait en passe de rattraper l’iPhone sur le marché du système d’exploitation aux Etats-Unis. Le trafic Android serait en effet tout juste derrière celui de l’iPhone OS en février 2010 (44% de parts de marché pour l’iPhone OS contre 42% pour Android). Dans le monde, Android reste loin derrière iPhone OS (24% contre 50%) mais continue une forte ascension alors que les parts de marché de ce dernier stagnent.

De leur côté, les autres systèmes d’exploitation mobiles sont en baisse, voire chute libre. Symbian, BlackBerry, Windows Mobile, Web OS (Palm). Symbian n’a jamais réussi à s’adapter aux nouveaux entrants tels que l’iPhone ou Android. Le BlackBerry et Windows Mobile, étant trop orienté professionnel et pas assez grand public, ont enregistré une lente érosion de leurs parts de marché (peut-être aussi parce que le marché a grandi). WebOS (Palm), quant à lui, a eu un bref soubresaut avec le Palm Pre en 2009, mais l’essai ne semble pas être transformé.

Il existe certes plusieurs  manières de mesurer les parts de marché (AdMob regarde le trafic et non le nombre de smartphones vendus), et je suis certain que d’autres cabinets d’étude ont des chiffres différents. Mais il est indéniable qu’Android est l’OS mobile qui enregistre la plus grosse hausse.

Pas étonnant que Steve Jobs ait une dent contre Google. Le scénario d’Android doit lui rappeler de très mauvais souvenirs, à savoir la guerre entre le Macintosh et le PC. En 1984, Apple créait la sensation en lançant le Macintosh. Les PC ont rapidement tenté d’imiter le Mac avec Microsoft Windows ou GEM de Digital Research. Mais rester techniquement et esthétiquement en avance n’a pas suffit au Mac pour repousser la concurrence, et le modèle d’intégration vertical du Mac a perdu face au PC sous Windows.

Aujourd’hui, l’iPhone est le nouveau Mac. Il a créé la sensation en 2007, à tel point que la concurrence s’est acharné à l’imiter depuis – Android en tête. Ce dernier est quant à lui le nouveau Windows: un système d’exploitation qui essaie d’imiter l’iPhone et adopté par de nombreux constructeurs. Certes, le parallèle avec le Mac n’est pas parfait. Cette fois l’iPhone est au même prix que la concurrence et cette fois c’est l’iPhone qui a l’avantage de la compatibilité (deux des raisons qui ont plombé le Mac étaient son prix élevé et son manque de logiciels). Mais peut facilement imaginer que dans l’esprit de Steve Jobs, Google est le nouveau Microsoft (Steve a même affirmé que Google voulait « tuer l’iPhone »).

Apple améliore ses applications

En attendant, Apple garde toujours son avantage dont il jouit côté applications. Et à ce sujet, j’ai eu la confirmation de la part d’un développeur d’application pour iPhone que le processus s’est nettement amélioré. La dernière version d’une de ses applications a été approuvée en 24h. Qui plus est, Apple dépense beaucoup d’énergie à aider les développeurs à améliorer leurs programmes. Tout d’abord, le manuel de développement de l’iPhone donne un grand nombre de règles fonctionnelles (comment positionner les éléments graphiques sur l’écran, améliorer l’aspect fonctionnel de l’application, etc). Et Apple ne rejette plus les applications sans explication – du moins dans le cas de mon contact. Ce dernier a en effet reçu des explications détaillées pour lesquelles son application pour iPad avait été rejetée – et comment y remédier. Il a eu le temps d’effectuer les modifications et de resoumettre son application à temps pour qu’elle fasse partie des applications disponibles dés la sortie de l’iPad (la date limite était le 31 mars). On voit ici l’obsession du détail de Steve Jobs. Certes, mon contact est un fan d’Apple et donc biaisé, mais on a du mal à imaginer Microsoft ou Google avoir un tel processus.

Je me demande cependant si beaucoup de développeurs indépendants développent sur plusieurs plates-formes. Car si c’est le cas, il est possible que les applications Android bénéficient des suggestions d’Apple. Mais mise à part les quelques gros éditeurs, je doute que la grande majorité des développeurs sont soit sur iPhone soit sur Android. Par exemple, la célèbre compagnie de capital risque Kleiner Perkins avait déjà en 2008 créé un fond de $100 millions nommé iFund, dédié à supporter des startups qui créent des applications prometteuses pour l’iPhone. Trois jours avant la sortie officielle de l’iPad, Kleiner Perkins a annoncé qu’elle rajoutait $100 millions à iFund afin d’investir également dans des compagnies qui développent des applications pour l’iPad.

Car avec son nouvel engin, Apple essaie bel et bien d’assoir sa position en consolidant sa logithèque.