Archives de mai 2009

Pourquoi le Mac résiste toujours

29 mai 2009

Selon l’opinion communément admise, le Macintosh d’Apple devrait couler, tué par le modèle d’intégration horizontal. Le PC aurait du lui faire mordre la poussière comme il l’a fait pour Commodore, Atari, Sinclair et tant d’autres.

Pourquoi donc? Parce qu’une fois qu’un marché change d’un modèle d’intégration vertical à un modèle horizontal, il est très difficile – voire impossible – de revenir en arrière. Il est en effet très difficile de lutter contre les économies d’échelles des vendeurs spécialisés.  Dans les années 80 et 90, Compaq a par exemple dépensé des millions en recherche & développement pour concevoir ses propres cartes-mères et avoir ainsi un avantage concurrentiel. Tout ça pour voir la dite concurrence acheter à très bon prix des cartes-mères Intel de fort bonne facture, et sans dépenser un sou en R&D.

Mais contre toute attente, non seulement Steve Jobs a enrayé la chute du Mac, mais il a réussi à lui faire remonter la pente. Le Mac a à l’heure actuelle près de 10% de parts de marché (c’est redescendu en 2009 avec la crise). S’il est loin de renverser Windows, Apple se rapproche des gros constructeurs de PC comme Dell. Qui plus est, la firme à la pomme jouit de marges pensées impossibles dans le monde des constructeurs d’ordinateurs de bureau.

Pour comprendre ce phénomène contre-intuitif, commençons par nous poser la question: pourquoi les gens choisissent-ils un Mac? Parce que ce sont des machines sexy, réputées faciles d’utilisation et stables (« ça marche »), et réputées plus fiables que le PC (moins de virus). Ce dernier avantage doit cependant beaucoup au fait que le Mac est un petit marché. Les hackers se concentrent en effet sur les produits les plus utilisés. Si demain le Mac devient aussi populaire que Windows, il est à parier que l’on verra beaucoup de virus proliférer.

Maintenant, analysons les raisons sous-jacentes du succès du Mac.

La chance, où comment le Web a changé le marché

Si le Web n’a pas remplacé Windows, il a sérieusement diminué son importance – du moins auprès des particuliers. La plupart des les applications que les utilisateurs veulent à tout prix avoir sont en effet sur le Web: Facebook, Hotmail, Google Maps, etc. Pour le reste, le Mac a des applications équivalentes. Picasa (un programme de gestion de photos) a peut-être mis du temps à être disponible sur le Mac, mais ce dernier est livré depuis longtemps avec iLife qui gère (entre autres) les photos.

Dans ces conditions, pour peu que l’on n’ait pas des besoins trop spécifiques, avoir un Mac est une possibilité. C’est pour cette raison que les entreprises ont été beaucoup plus réfractaires au Mac: elles utilisent beaucoup plus de logiciels spécialisés que les particuliers.

Si le Web n’avait pas été inventé, est-ce que le Mac serait aussi populaire? Si les sites Web populaires comme FaceBook, Google Maps ou Wikipedia devaient être portés sur le Mac pour fonctionner sur ce dernier, pensez-vous que les gens soient si excités par Mac OS X? Probablement pas.

L’industrie du PC a involontairement aidé Apple en améliorant le PC

L’avantage d’un modèle horizontal tel que le suit l’industrie du PC est que cela favorise la création de nombreuses compagnies spécialisées.

Mais un modèle horizontal ne peut fonctionner que si les standards entre les différents composants sont clairement définis. Ca aurait été le cas il y a bien longtemps si le PC n’avait pas évolué. De nouveaux standards sont apparus au cours des années (USB remplacé par USB 2.0, PCI remplacé par AGP remplacé par PCI Express, etc.) ainsi que de nombreux périphériques. D’autant plus de risques de briser la compatibilité entre composants.

Microsoft a par exemple mis à mal la compatibilité des PC avec Windows Vista, ce dernier ne supportant pas nombres d’applications et périphériques. Autre exemple, l’essor d’Internet a généré la création de la Webcam. Il y aura peut-être un jour où les pilotes de Webcam seront standardisés (un peu comme le standard TWAIN pour les scanners), mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. Résultat de quoi, les Webcams ne marchent pas forcément 100% correctement sur PC.

Apple contrôlant complètement le matériel du Mac (à l’exception des périphériques), cela limite le nombre de combinaisons avec qui Mac OS X doit faire affaire. Par exemple, le fait d’intégrer une Webcam sur quasiment tous les Macs permet au système d’exploitation de savoir exactement la liste des Webcams qu’il peut rencontrer.

Le Mac s’est rapproché du modèle horizontal

Si Steve Jobs est très fier de son modèle d’intégration vertical et proclame à qui veut entendre qu’Apple est la seule compagnie qui est spécialisée dans le matériel ET le logiciel, Apple ne s’en n’est pas moins rapproché du modèle horizontal sur de nombreux aspects.

Fini le temps où les Macs ne fonctionnaient qu’avec une imprimante Apple. De nos jours, ils acceptent n’importe quelle imprimante. De même, les Macs utilisent les mêmes processeurs graphiques que l’on trouve dans les PC. Apple s’est également converti au standard USB pour connecter les périphériques, sacrifiant l’interface Firewire qu’il a pourtant aidé à développer. Malgré tout son dédain du PC, Apple a su tirer partie des avantages de ce dernier.

L’un des arguments d’Apple pour passer au Mac est que vous pouvez émuler Windows si besoin est en utilisant VMware ou Virtual Desktop. Mais cette facilité n’est possible que parce que le Mac a finalement rejoint le rang et adopté des processeurs Intel – un séisme psychologique sans précédant au sein de la firme à la pomme qui a dénigré les processeurs Intel pendant des années.

En d’autres termes, Apple garde un modèle d’intégration verticale, mais uniquement lorsque cela apporte une valeur ajoutée.

Il conçoit toute l’électronique (processeurs exceptés) car cela lui permet d’être beaucoup plus exigeant sur le design de ses machines. Il conçoit parfois ses propres batteries pour les mêmes raisons: avoir des batteries carrées pour moins perdre d’espace dans ses portables. Il a développé sa propre chaîne de magasins car cela lui permet de mieux promouvoir ses produits et d’offrir un meilleur service à ses clients. Mais garder son propre standard de connexion de périphérique n’a que peu d’avantages et limite les périphériques que le Mac accepte.

Des produits sexy

Il faut donner à Steve ce qui est à Steve: il a toujours réussi à produire des machines sexy. Non seulement il a eu de nombreuses fois une vision (qu’il l’ait volée ailleurs ou non), mais il a réussi à diriger une équipe pour transformer cette vision. Depuis que Jobs est revenu chez Apple, ses produits génèrent beaucoup de buzz.

L’obsession de Steve pour le design couplée à l’intégration verticale ont permit à Apple de sortir exactement les machines dont Steve rêvait. Apple peut en effet faire que ce soit le boîtier du Mac qui dicte ses lois à l’électronique interne et non l’inverse.

Les fabricants de PC pourraient aussi concevoir des produits sexy, mais ils le font rarement. Ils copient trop souvent l’existant. Si vous voulez générer du buzz, il faut être le premier à sortir une innovation. HP ou Dell peuvent demain sortir des ordinateurs portables extra-fins, mais à moins qu’ils ne soient encore plus fins que le MacBook Air cela provoquera l’indifférence générale.

Cela ne veut pas dire que les fabricants de PC ne savent pas innover. Certains ont par exemple développé leurs ordinateurs de bureau tout-en-un. Mais ce n’est pas un processus aussi naturel que chez Apple.

Quand la concurrence imite Apple

L’imitation est la forme la plus sincère de flatterie dit-on. Si c’est le cas, l’industrie approuve les méthodes d’Apple:

  • Après avoir tenté en vain de s’attaquer au marché du baladeur MP3 en signant des partenariats avec des constructeurs, Microsoft est passé à un modèle d’intégration vertical avec le Zune.
  • Microsoft a annoncé créer sa propre chaîne de magasins pour promouvoir ses produits, à l’instar des Apple Stores.
  • Dell a annoncé des ordinateurs portables « de luxe » avec la gamme Adamo. Ecran en verre, boîtier en aluminium, design mis en avant (tiens, tiens, ça me rappelle quelque chose)… et même un prix plus élevé qu’un MacBook à configuration équivalente!

Conclusion

Si une compagnie habituée à l’intégration verticale ne peut pas ignorer le modèle horizontal, elle peut cependant y résister. Apple l’a fait grâce à un subtil mélange entre modèle horizontal et intégration verticale. La firme à la pomme a certes eu de la chance avec l’avènement du Web, mais doit une part de son succès en sortant des produits qui sortent de l’ordinaire.

Il est cependant à noter que c’est un combat difficile, et le Mac, même s’il a regagné en popularité, reste un marché de niche. En attendant, c’est un marché fort lucratif pour Apple.

Les successeurs de Google

22 mai 2009

C’est un signe que Google n’est plus une startup: la presse désormais ne cesse d’annoncer des successeurs.

Qu’il y ait de nombreuses startups qui veulent devenir le prochain Google n’est pas nouveau. Il faut dire que l’histoire du géant de la recherche en ligne a de quoi faire de nombreux émules. Arrivé tard sur un marché déjà bondé, Google a néanmoins réussi à devenir le numéro un de la recherche sur Internet, et ce uniquement grâce à la qualité de son service. Et en faisant payer les publicités liées aux recherches il a bâti un empire financier.

Ce qui est plus nouveau est que la presse parle de ces « successeurs ». En juillet 2008 la presse grand public annonçait Cuil, un moteur de recherche sur le même modèle que Google qui affirme être « le plus gros moteur de recherche du Monde ». Quelques mois plus tard, c’était au tour Aardvark d’avoir ses 15 minutes de succès. Il y a quelques jours, CNN.com postait un article New search engines aspire to supplement Google (« Des nouveaux moteurs de recherche aspirent à compléter Google »).

Parmi tous ces prétendants au trône, il existe deux types: les moteurs de recherche Web « traditionnels » qui essaient de trouver des meilleures manières de chercher sur la toile et/ou de présenter les informations différemment (c’est le cas de Cuil). D’autres sites essaient eux de répondre aux questions des internautes en exploitant d’autres ressources que les pages du Web. C’est par exemple le cas d’Aardvark qui va rediriger vos questions à un autre utilisateur du site sensé s’y connaître sur le sujet. Wolfram Alpha, quant à lui, est un « moteur de connaissance » (computational knowledge engine) qui essaie de répondre aux questions – principalement d’ordre scientifique – en interrogant des bases de données. De même, nombreux sont ceux qui essaient d’exploiter les nombreux Tweets de Twitter pour fournir des informations en temps réel.

Mais le problème est que beaucoup de ces sites sont annoncés beaucoup trop tôt au grand public. Et cela nuit à la future concurrence de Google. D’une part, on n’a jamais une seconde chance de donner une autre première impression. Et sur Internet la patience est minimale. Quand le public entend parler d’un nouveau moteur de recherche il va bien souvent faire un tour, ne serait-ce par curiosité. Mais il ne va tester ce service qu’en quelques requêtes uniquement. Si le résultat n’est pas satisfaisant, il risque de quitter le site à jamais. C’est ce qui s’est passé pour Cuil qui n’était pas encore au point lorsqu’il a été annoncé.

L’autre risque est de fatiguer le grand public à force de ces annonces excessives. On risque de créer du scepticisme, ce qui rend la patience pour tester encore plus courte.

Mais même si un site a du succès, pour devenir le prochain Google il lui faudra franchir une autre étape: monnayer son succès de manière très lucrative. Twitter gagne peut-être en popularité, mais le site n’a encore aucun revenu. Et il ne sera pas forcément facile d’avoir des revenus publicitaires lorsque l’on fait du microblogging.

Car ce qui différentie un Google ou un Microsoft du reste des entreprises est que leur activité principale est tellement lucrative qu’ils peuvent se lancer dans beaucoup d’autres activités, mêmes si ces dernières ne sont pas profitables. Très peu de divisions de Microsoft sont rentables, mais les divisions Windows et MS-Office compensent largement. Pareil pour Google: les recettes publicitaires de son moteur de recherche sont tellement importantes qu’il peut se permettre de lancer une pléthore d’autres services gratuits. C’est ce qui permet à Google ou à Microsoft d’avoir autant d’influence sur le marché de l’informatique.

Microsoft contre Apple, deuxième round

15 mai 2009

Apple et Microsoft se sont affrontés dans les années 80 pour le contrôle du marché des micro-ordinateurs (PC, Mac et autres machines depuis tombées dans l’oubli). C’est bien sûr Microsoft qui a gagné, conséquence de quoi la firme de Bill Gates règne en maître sur nos ordinateurs de bureau et ordinateurs portables.

Redmond pensait être définitivement débarrassé de Cupertino. Mais voila que 20 ans plus tard les deux géants en décousent à nouveau, cette fois sur le marché des smartphones et plus généralement des ordinateurs de poche (baladeurs MP3 / assistants numériques / smartphones)

On pourrait penser que l’histoire risque de se répéter et que Microsoft va une fois de plus remporter la mise en utilisant ses méthodes habituelles. Apple a certes créé la sensation avec son iPhone, mais il faut se rappeler qu’il avait également fait sensation en 1984 en lançant le Macintosh.

Mais il existe plusieurs différences entre les micro-ordinateurs et les ordinateurs de poche. Différences qui donnent cette fois un avantage à Apple et un handicap à Microsoft.

IBM n’est plus là pour aider Microsoft

Microsoft a gagné en surfant sur la vague du PC. Mais ce type de micro-ordinateur n’aurait jamais été nulle part s’il n’avait pas été lancé par IBM.

Lorsqu’il a lancé son PC, IBM, pressé par le temps, a décidé d’assembler de toutes pièces son ordinateur en utilisant des composants du marché. Ce modèle, dit d’intégration horizontale, a été très favorable à Microsoft (qui ne concevait que le système d’exploitation) et a handicapé Apple. Ce dernier, habitué à concevoir quasiment tous les composants de ses ordinateurs, a eu du mal à résister aux économies d’échelles du PC (pourquoi le Mac existe toujours est le sujet d’un prochain article). En d’autres termes, c’est le PC plus que Microsoft qui a vaincu le Mac.

Mais ce modèle d’intégration horizontale n’a fonctionné que parce que IBM était derrière le PC. Un tel modèle apporte une grande flexibilité mais se fait au détriment des performances. L’intégration horizontale a été lancée beaucoup trop tôt pour les micro-ordinateurs. Le PC a en effet mis entre 10 et 15 ans pour combler ses lacunes face à la concurrence (Mac, Atari ST, Amiga). Mais IBM était à l’époque le géant incontesté de l’informatique, ce qui lui a permit d’imposer le PC dans le monde de l’entreprise malgré ses défauts.

Sur le marché des smartphones, Apple a démontré avec l’iPod puis l’iPhone l’avantage d’un modèle d’intégration vertical lorsqu’on veut sortir des produits vraiment novateurs et plus compacts que la concurrence. Il lui aurait en effet été très difficile de développer un iPhone avec un système d’exploitation du marché.

Il existe cependant des systèmes d’exploitation qui suivent une approche horizontale. C’est le cas de Symbian ou Google Android. Mais ces systèmes d’exploitation ne réclament pas de royalties et, dans le cas d’Android, est personnalisable.

Microsoft peut donc suivre un modèle horizontal mais possède un handicap, ou il peut également utiliser un modèle vertical et développer son propre smartphone, comme le veut une rumeur.

Le marché est dirigé par les particuliers, pas l’entreprise

Si la micro-informatique a initialement commencé comme un marché de particuliers dans les années 70, elle s’est étendue au marché des entreprises avec le PC d’IBM. Puis, petit à petit, le PC a envahi le marché des particuliers. En d’autres termes, c’est la micro-informatique d’entreprise qui a défini le marché. Tant pis pour Apple qui a toujours été plus à l’aise sur ce marché des particuliers.

Pour les téléphones portables (et par extension les smartphones) nous observons l’inverse. Initialement conçus pour le monde de l’entreprise, ils se sont étendus vers le marché des particuliers qui est devenu le marché leader. Et pour cause: si nous sommes loin d’avoir tous besoin d’un téléphone portable sur le lieu de travail, nous avons quasiment tous un portable à la maison. C’est ainsi que l’iPhone a d’abord séduit le grand public et s’est ensuite attaqué au monde de l’entreprise en mettant en avant sa connectivité avec Microsoft Exchange.

Si le marché des smartphones était mené par le marché d’entreprise, Microsoft aurait pu avoir une chance de contrôle en misant sur l’intégration avec l’existant (l’intégration avec Office est l’une des premières fonctionnalités que Redmond a ajoutées à ses ordinateurs de poche). Mais les particuliers se fichent de l’intégration avec les produits Microsoft.

Le produit compte pour faire alliance avec les opérateurs télécom

Microsoft peut essayer de faire comme sur le marché des PC: imposer son produit en signant le plus de partenariats possibles, même si ledit produit ne vaut pas celui d’Apple. Par exemple, les ventes U.S. du Blackberry Curve – distribué par les 4 plus gros opérateurs mobiles – ont dépassé celles de l’iPhone

Mais, si comme le veut la rumeur, Redmond développerait son smartphone avec Verizon, un des gros opérateurs mobiles aux Etats-Unis. Cela l’empêcherait donc de signer avec d’autres opérateurs – tout comme Apple a un partenariat exclusif avec AT&T aux USA.

Mais quoi qu’il en soit, l’attrait du smartphone a beaucoup d’importance. Historiquement les opérateurs mobiles dictaient leurs conditions. Mais avec l’iPhone Apple a changé la donne. La firme à la pomme est en effet le premier constructeur à dicter ses conditions aux opérateurs: c’est ainsi qu’il touche une partie de l’abonnement mobile et a limité le logo de l’opérateur sur l’iPhone – du jamais vu dans cette industrie.

Mais étant donné que l’iPhone a rapporté à AT&T quelques 7 millions d’abonnés, Apple est en bonne position face aux opérateurs. A tel point que Verizon – initialement peu intéressé par les conditions posées par Steve Jobs – serait en négociations avec Apple pour commercialiser deux nouveaux produits: un iPhone allégé et une tablette Internet. Pour Apple cela permettrait d’atteindre un plus grand public.

Il est donc important pour Apple que son smartphone reste à la pointe – c’est sa meilleure arme de négociation. Si Microsoft a moins de problème pour forger des alliances, son smartphone doit cependant être suffisamment bon pour se faire entendre au milieu de toute la concurrence.

Microsoft peut-il créer un iPhone killer?

Redmond va-t-il arriver à sortir un « iPhone killer » comme le voudrait Steve Balmer? Le challenge n’est pas mince. Car pour voler la vedette à Apple il ne suffit pas de sortir un iPhone à la sauce Microsoft mais bel et bien de concevoir un smartphone qui ébahisse les foules.

L’iPhone ne s’est pas rendu célèbre en étant juste un autre smartphone estampillé Apple. Son successeur devra faire de même. Pour voler la vedette à l’iPhone un smartphone doit avoir deux atouts: être novateur et avoir un bon design.

Le design, même s’il est superficiel, est extrêmement important mais n’est pas le point fort de Microsoft. Pas que ce dernier soit incapable de se préoccuper de cet aspect, mais parce que comme beaucoup de compagnies à forte culture d’ingénieur le design n’est pas un réflexe. On s’en préoccupe uniquement si l’on sent que c’est important.

L’autre aspect d’un iPhone killer est l’aspect novateur. Je ne parle pas de petites innovations (fonctionnalités mineures) mais d’innovations majeures – le type qui va faire que les gens ont l’impression d’avoir affaire à un produit à part. Et sur ce point Redmond a encore une fois un handicap.

Comme le design, l’innovation n’est pas centrale chez Microsoft comme elle l’est chez Apple. Redmond ne se préoccupe d’être innovant uniquement lorsque c’est considéré nécessaire. Même avec la majorité du marché des baladeurs MP3 Apple continue sans cesse d’innover sa gamme d’iPod. Internet Explorer, par contre, n’a que très peu évolué une fois le marché du navigateur Web conquis.

L’autre problème est que beaucoup des innovations de Microsoft sont peu visibles. Le Zune a beaucoup de belles fonctionnalités, mais personne n’en parle car elles sont difficiles à expliquer. L’iPhone a fait sensation car ses innovations étaient visibles et sexy. Augmenter la taille de l’écran en utiliser un écran tactile pour simuler un clavier a certes des défauts, mais la méthode est élégante et immédiatement séduisante. Pareil pour les senseurs qui détectent si l’iPhone est à l’horizontale ou à la verticale.

La compatibilité est désormais en faveur d’Apple

Une des raisons pour laquelle Windows a gagné face au Macintosh est la compatibilité. Compatibilité avec n’importe quel ordinateur PC pour commencer, mais également et surtout compatibilité logicielle. Avec Windows on pouvait continuer de faire tourner les applications MS-DOS.

Sur le marché des smartphones, Apple a une bonne longueur d’avance pour ce qui est de la compatibilité logicielle. La firme à la pomme a en effet fêté il y a quelques semaines la milliardième application iPhone/iPod Touch téléchargée de son App Store qui compte désormais quelques 35.000 applications. Le tout en un peu plus de neuf mois.

Qui plus est, selon une étude de la société Compete, les utilisateurs d’iPhone téléchargent beaucoup plus d’applications que les utilisateurs d’autres smartphones. Seuls 3% des utilisateurs d’iPhone eux n’ont jamais téléchargé aucune application – 82% en ont téléchargé plus de 5. Par comparaison, seul un quart des utilisateurs d’autres smartphones ont téléchargé plus de 5 applications, et d’un quart à un tiers n’a jamais rien téléchargé. La simplicité d’installer une application iPhone semble avoir fait des merveilles.

Il reste cependant à savoir si la logithèque grandissante de l’iPhone est suffisante pour verrouiller les utilisateurs. Dans le domaine des consoles de jeux par exemple ce phénomène n’existe pas – le consommateur s’intéresse à la dernière console et se fiche des anciens jeux.

Finalement, l’iPhone jouit d’une certaine compatibilité matérielle: celle des accessoires et périphériques. Avec l’iPod on est certain que tous les périphériques pour baladeur MP3 sont compatibles. La même chose est en train de se produire pour l’iPhone. Si un constructeur automobile travaille à l’heure actuelle sur une intégration entre ses voitures et un smartphone, sur quel smartphone croyez-vous qu’il va travailler en premier?

L’éternel problème du prix

Le perfectionnisme de Steve Jobs fait qu’il a toujours voulu vendre des produits haut de gamme avec des marges confortables. Lorsque l’iPhone a été annoncé, Steve Balmer s’est immédiatement moqué de ce produit, argumentant qu’un smartphone à $400 ne se vendrait pas. Sauf qu’Apple a très rapidement divisé les prix par deux. Si l’iPhone n’est pas gratuit il reste du même ordre de prix que la concurrence.

Un bémol cependant: même si les achats en volume d’Apple lui permettent de négocier des rabais auprès de ses fournisseurs (Steve est un excellent négociateur), le prix restera toujours un handicap pour Apple. Microsoft, lui, est prêt à vendre ses smartphones à perte – comme il a fait pour sa Xbox – pour avoir des parts de marché.

Conclusion

Lorsqu’Apple a lancé le Macintosh en 1984, faisant découvrir au monde l’interface graphique, Microsoft avait déjà 3 ans d’avance. Pas une avance technologique mais une avance stratégique: depuis 1981 la firme de Bill Gates occupait déjà un marché-clé grâce au PC: le marché d’entreprise. C’est ce marché qui lui a permit de conquérir la micro-informatique.

Apple a cette fois non seulement le buzz mais est en avance sur Microsoft: il occupe une très bonne position sur le marché-clé des smartphones: le marché des particuliers.

Mais cela ne veut pas dire que tout est joué. Apple va devoir constamment innover s’il veut éviter que la concurrence le rattrape. Et sur ce point, Microsoft n’est pas forcément son ennemi le plus redoutable. Symbian, le Blackberry et surtout Linux représentent un danger tout aussi grand.

Victoires et défaites de Microsoft

8 mai 2009

Suite de l’article Microsoft ne peut plus miser sur tous les chevaux. Faisons un tour d’horizon des marchés que Steve Balmer considère comme stratégiques.

Historiquement, Redmond a un excellent palmarès lorsqu’il s’agit de renverser des géants établis et de s’approprier leur marché:

  • IBM en lui volant le contrôle du PC
  • Wordperfect qui était le traitement de texte numéro 1 de son temps
  • Lotus qui, avec 1-2-3 avait le tableur numéro 1 de son temps et était le plus gros éditeur de logiciel du monde
  • Novell qui avec Netware était le leader du système d’exploitation en réseau
  • Palm qui a fait décoller le marché de l’assistant numérique
  • Netscape qui a été le navigateur Web le plus populaire du début du Web

Les méthodes utilisées pour gagner ont été variées, parfois d’une légalité et/ou d’une moralité douteuse. Mais on retrouve certaines constantes. S’appuyer sur Windows et/ou le PC, former le plus de partenariats possibles, et surtout jouer sur le long terme: continuer à attaquer jusqu’à ce que le concurrent commette une erreur – comme WordPerfect et Lotus ont loupé le tournant Windows, laissant le champ libre à Microsoft d’imposer Word et Excel comme les outils bureautique sous Windows.

A ce jour, Microsoft n’a jamais perdu aucun marché qu’il a réussi à conquérir.

Mais depuis l’avènement du Web, force est de constater que le palmarès de Redmond est loin d’être brillant. Microsoft a conforté son emprise sur le poste client et est en bonne position sur le marché des serveurs, mais il patine sur bien d’autres marchés. Netscape est en effet sa dernière grande victoire en dehors des systèmes d’exploitation – et cela remonte à plus de 10 ans!

Le système d’exploitation

C’est bien évidemment le marché où Microsoft a le plus d’influence.

Côté serveur, Microsoft a réussi à gagner du terrain face aux machines Unix. L’arrivée de Linux a certes un peu dérangé les plans de Redmond qui n’est désormais plus le seul à surfer sur la vague PC. Mais cela ne devrait pas empêcher la firme de Steve Balmer d’engranger des profits confortables pendant encore longtemps.

Côté client, Microsoft a réussi à empêcher que Linux ne devienne l’OS favori des netbooks. Mais il existe deux risques à plus long terme.

Tout d’abord le risque que le système d’exploitation devienne une commodité aux yeux du consommateur. Il y a 14 ans, Microsoft lançait en grandes pompes Windows 95. A l’époque on a presque assisté à une hystérie collective. La presse spécialisée n’arrêtait pas de commenter l’évènement. Les magasins d’ordinateur avaient des listes d’attentes pour avoir le privilège d’acheter Windows 95 dés qu’il serait disponible. Même la télévision a couvert le lancement.

Onze ans plus tard, le lancement de Vista a tourné au cauchemar médiatique. Certes, le fait que Vista soit gourmand en ressources et ait des problèmes de compatibilité n’a pas aidé. Mais Windows 95 a eu le même type d’imperfections. Le vrai problème est que Vista ne fait pas rêver. Autant les consommateurs se sont rués sur Windows 95, autant ils ont baillé face à Vista et sont très contents de rester sous Windows XP. Autrement dit, le public ne s’intéresse plus aux nouvelles versions de Windows.

Ce manque d’intérêt est une mauvaise nouvelle pour Microsoft. Certes, Steve Balmer peut nous forcer à passer à Vista ou Windows 7 lorsque l’on achète un nouveau PC. Mais Redmond a tout intérêt à ce que les gens changent de PC de plus en plus souvent, ce qui a peu de risque d’arriver lorsque le public n’est pas intéressé par la dernière version de Windows.  Et il est encore plus difficile de faire passer le concept de location du système d’exploitation ou de la suite bureautique – quelque chose que Redmond rêve depuis longtemps.

Le second gros risque est de voir un certain public abandonner purement et simplement Windows complètement au profit d’un « appareil Internet ». En gros, un ordinateur qui n’a pas l’air d’un ordinateur (lire Le besoin d’une borne Internet simple). Avons-nous tous besoin d’un PC dernier cri équipé de Windows Vista 64bit pour simplement surfer sur le Net? Bien sûr que non.

Une offre « 100% Internet » est une technologie disruptive, ce qui veut dire que Microsoft ne verrait pas grand changement dans le court terme. Au début, seuls les utilisateurs qui ont des faibles besoins seront intéressés – voire des gens qui n’ont pas d’ordinateurs. Mais à terme, de plus en plus de particuliers peuvent se laisser séduire.

Le navigateur Web / plate-forme du Web

La plus grande victoire de Microsoft sur Internet a indéniablement été d’enterrer Netscape et d’imposer Internet Explorer comme le navigateur numéro un du Web. Cette victoire se relève cependant creuse. Car le but était de contrôler la plate-forme du Web par le navigateur et de la lier le plus possible à Windows, chose qui n’est pas arrivée. Nombreux ont en effet été ceux qui ont tenté d’imposer leurs standards pour palier aux limites d’HTML. Microsoft a bien évidemment été l’un d’eux.

On aurait pu penser que contrôler Internet Explorer aurait été déterminant, mais il n’en n’a rien été. Une des raisons est que Netscape – devenu depuis Firefox – a su reprendre une minorité de blocage. Firefox n’est peut-être pas majoritaire, mais il est suffisamment important pour que la plupart des sites Web veuillent supporter les deux navigateurs. Cela veut dire ignorer les technologies Microsoft, fortement liées à Internet Explorer.

Au final ce ne sont ni ActiveX ni Java qui ont gagné mais des technologies ouvertes comme AJAX ainsi que certains standards d’Adobe.

Adobe a en effet réussi à imposer Acrobat (PDF) comme le format de document sur Internet, et Flash comme la technologie pour animer les sites Web. Flash a même réussi à faire reculer la technologie Microsoft. La vidéo en streaming basée sur Microsoft Media Player a en effet quasiment disparu du Web. Depuis YouTube, tout le monde est passé à la vidéo en streaming à base de Flash.

Les services Internet

Sur le marché des services Internet, Microsoft s’est lancé contre Google. Mais à ce jour Windows Live est loin d’avoir écorné l’avance du géant de la recherche.

Redmond vient également de lancer son offre de cloud computing dénommée Azure Services Platform afin de concurrencer les offres de Google et d’Amazon.com. Affaire à suivre…

Les consoles de jeu vidéo

Microsoft a su très bien manœuvrer sur le marché des jeux vidéos et a profité d’un cafouillage de la part de Sony avec sa PlayStation 3 pour prendre une longueur d’avance avec sa Xbox 360. En 2008 les ventes de Xbox ont surpassé celles de PS3 aux Etats-Unis (ce n’est cependant pas le cas en Europe). Mais cette victoire est à mitiger par deux facteurs.

Tout d’abord, le marché du jeu vidéo est extrêmement volatile. Contrairement au monde du PC où la compatibilité avec l’existant prime, le monde du jeu vidéo peut changer très vite d’une console à l’autre. Un vendeur n’est aussi bon que sa dernière console. Le succès de Microsoft n’est donc en rien un gage pour l’avenir.

Ensuite, la console numéro 1 du marché est la Nintendo Wii, pas la Xbox 360 ni la PlayStation 3. Microsoft et Sony insistent sur le fait que la Wii n’est pas réellement un concurrent patati patata, mais c’est une réponse de mauvais perdant. Pire pour Microsoft, Nintendo a réussi à atteindre un public de non-joueurs. Car Redmond n’a pas développé sa Xbox pour son amour des jeux vidéos ou pour atteindre les gamers mais bien pour contrôler toute l’électronique de salon.

Les appareils de poche

Microsoft a su reconnaître très tôt le danger potentiel de l’assistant personnel Palm. Il a donc utilisé sa méthode habituelle: développer une version légère de Windows (Windows CE) et signer nombre de partenariats avec des concurrents du Palm. Si bien que Microsoft a su gagner le marché des assistants numériques. Même certains modèles de Palm utilisent Windows au lieu du PalmOS.

Mais après des débuts prometteurs, Microsoft commence à perdre la main sur le marché des ordinateurs de poche. Selon Gartner, Windows Mobile (dédié aux smartphones) a vu ses parts de marché descendre de 23% en 2004 à 12% fin 2008.

Il faut dire que Windows Mobile est pris entre deux feux.

Il est attaqué sur le flanc droit par les systèmes d’exploitation gratuits – petit détail qui a son importance lorsque l’on vend des millions d’unités. Symbian, co-développé par Ericsson, Nokia, Motorola et Psion, est le leader avec 47% du marché des systèmes d’exploitation pour smartphones. Google Android se range également dans cette catégorie, et est en plus ouvert, donc personnalisable à souhait – autre détail important pour les constructeurs qui cherchent tous à se différentier de la concurrence. Nombreux sont d’ailleurs ceux qui ont noté que lorsque le PDG de Motorola – un gros partenaire de Microsoft – a annoncé fin mars 2009 la sortie de plusieurs smartphones d’ici à la fin de l’année, il n’a parlé que de Google Android et n’a pas dit un mot sur Windows Mobile.

Mais le système d’exploitation de Microsoft est également attaqué sur le flanc gauche par les systèmes propriétaires comme l’iPhone et sa version légère de Mac OS X. Apple a en effet démontré avec son iPod puis son iPhone qu’une forte intégration entre le matériel et la couche logicielle permet de sortir des produits plus performants, plus compact et plus simple d’utilisation pour les achats en ligne que la concurrence.

A tel point que Microsoft s’oriente de plus en plus vers une intégration verticale pour les appareils de poche. Après avoir tenté de pousser sa technologie auprès des constructeurs de baladeur MP3, il a sorti en 2006 son propre baladeur, le Zune. Et des rumeurs circulent comme quoi Redmond serait en train de développer un smartphone avec Verizon (un des gros opérateurs mobiles aux Etats-Unis) pour concurrencer l’iPhone.

Mais passer à une intégration verticale ne sera pas un remède miracle. D’une part, le Zune n’a jamais vraiment décollé. Et si Redmond développe effectivement son propre smartphone il se pose en concurrent direct de ses propres clients. Le risque est donc qu’un smartphone made-in-Redmond nuise à Windows Mobile.

Pour ce qui est de la guerre entre Microsoft et Apple sur le marché des smartphones, cela fera l’objet d’un futur article.

Conclusion

Il serait prématuré d’enterrer Microsoft. Le géant a gardé de nombreux atouts: il a toujours été très bon lorsqu’il s’agit de forger des alliances et de créer des partenariats. Il possède également un énorme trésor de guerre qui lui permet de perdre de l’argent à court terme et viser sur le long terme. Après tout, Microsoft a réussi une très bonne performance dans le domaine des jeux vidéo, domaine où il avait très peu d’expérience et a du utiliser un modèle horizontal nouveau pour lui.

Sur de nombreux marchés cependant, Microsoft semble impuissant.

Redmond s’est souvent appuyé sur le PC ou sur Windows pour conquérir d’autres marchés. Cette stratégie a été très efficace pendant des années, mais plus Balmer convoite des marchés éloignés du PC plus cette méthode montre ses limites. Dans le cas du PDA, Microsoft s’est imposé en formant des partenariats. Cette stratégie a fonctionné lorsqu’il n’y avait que Palm en face de lui. Mais lorsque Apple ou Google sont entrés en scène, Redmond a du revoir sa copie.

Dans de nombreux marchés, la meilleure manière de détrôner les géants établis est de faire un coup d’éclat. Sony a imposé sa PlayStation parce que ses performances était nettement au-delà de ce qui existait. Pareil pour Google. Mais Microsoft n’est pas spécialisé dans des coups d’éclats. Le seul qu’il a fait dans toute sa carrière a été Windows 95 – et c’est parce que quasiment personne ne s’est rendu compte que Windows ne faisait que rattraper une partie de son retard sur Mac OS.

Qui plus est, Microsoft a en face de lui plusieurs concurrents fort redoutables: Google, Apple et Adobe. Tous trois sont des compagnies fort novatrices, qui sont bien placées dans leur domaine respectifs et qui ont également des milliards de dollars en réserve.

Microsoft a encore de beaux jours devant lui, mais il est loin d’avoir l’influence qu’il a eue par le passé.

Le Web, 15 ans plus tard

2 mai 2009

15 ans après l’avènement du Web, il est intéressant de faire un tour d’horizon des prédictions de l’époque et de les comparer à la réalité.

La conclusion? Nos prédictions sont fausses la plupart du temps. Si nous avons tous très vite réalisé que le Web changerait nos vies, nous nous sommes trompés sur quasiment tout le reste.

Ce n’est pas Netscape qui est devenu le poids lourd d’Internet mais Google. Les gens n’achètent toujours pas leurs légumes en ligne mais ils ne regardent quasiment plus les petites annonces dans les journaux (du moins aux Etats-Unis). Certaines compagnies comme Amazon.com ou eBay ont su prendre avantage d’être les premiers sur leur marché, alors que des compagnies plus récentes comme Google ou Facebook ont réussi à se faire une place au soleil.

Un petit tour des différentes prédictions:

  • Mythe: la fin de l’intermédiaire. Internet était sensé nous débarrasser des intermédiaires. Les clients achèteraient directement sur le site Web des vendeurs, court-circuitant l’intermédiaire.
  • Réalité: si Internet a enlevé la difficulté physique de faire affaire avec une entreprise, il a apporté d’autres challenges. 1) trouver la dite entreprise parmi les millions d’autres sites Web. 2) avoir suffisamment confiance dans ce site pour lui donner son numéro de carte de crédit. Il faut se rendre à l’évidence: Google, eBay, Amazon.com ou PayPal sont des intermédiaires, et ils sont plus puissants que jamais.
  • Mythe: la montée du Network Computer au détriment du PC.
  • Réalité: le navigateur Web a considérablement évolué au court des 10 dernières années grâce à des technologies comme Flash ou AJAX. Par conséquent, les utilisateurs ont remplacé certaines de leurs applications par leur équivalent en ligne. Mais « certaines » ne veut pas dire « toutes ». A ce sujet, Internet a créé toute une nouvelle classe d’applications: des clients IM, des clients peer-to-peer, etc. Même Google a du passer par un client lourd avec Google Earth pour avoir le résultat désiré. S’il existe un besoin d’une borne Internet, cette dernière ne remplacera pas le PC rapidement.
  • Mythe: la fin des magasins « en dur » au profit des magasins en ligne.
  • Réalité: il existe des produits pour lesquels le consommateur n’est pas intéressé par l’achat en ligne. C’est par exemple le cas des fruits et légumes – toutes les expériences dans ce domaine ont échoué. De nombreux magasins ont cependant été durement touchés par Internet, car beaucoup de consommateurs testent les produits en magasin puis vont chercher en ligne le meilleur prix.
  • Mythe: la montée de la presse indépendante et des « citoyens journalistes »
  • Réalité: 99,999% des blogs se basent exclusivement des informations disponibles sur Internet. Ils sont peut-être indépendants, mais les blogs d’actualité n’en reste pas moins dépendant des informations de l’AFP et autres agences de presse.
  • Mythe: le modèle « push », promu par des compagnies comme PointCast où l’information est « poussée » vers l’utilisateur au lieu qu’il la « tire » lorsqu’il le désire.
  • Réalité: le modèle « push » a été à la mode pendant un an ou deux, avant de disparaître. La forme de push la plus proche est le fil RSS – même s’il est loin d’être connu par l’utilisateur lambda. La différence? Le RSS est un format ouvert et simple.

Quelques changements non prévus

  • La montée du contenu fourni par les utilisateurs: le modèle initial du Web est que les propriétaires des sites Web fournissaient la plupart du contenu. Bien sûr, dans les années 90 les gens se sont amusés à créer leurs petites pages Web sur Mygale et compagnie, mais le processus était trop complexe pour un novice en informatique. Mais le Web a, au fil du temps, grandement simplifié les choses. Les blogs permettent à n’importe qui de publier leurs pensées. YouTube et Dailymotion permettent aux utilisateurs de partager leurs vidéos amateur. Wikipédia permet à n’importe qui de contribuer à une encyclopédie globale. Le contenu est parfois de qualité amateur comparé aux sites qui fournissent du contenu professionnel (un peu comme la télé-réalité ne se compare pas toujours aux programmes TV traditionnels), mais les sites Web qui ont su capitaliser sur ce phénomène ont souvent récolté d’énormes bénéfices. Demandez donc aux fondateurs de YouTube, revendu quelques milliards de dollars à Google.
  • La montée des interactions entre utilisateurs: de même que les utilisateurs ont de plus en plus fourni le contenu, certains sites Web ont eu un énorme succès en devenant un simple médium entre utilisateurs. L’interaction entre utilisateurs devient plus importante que le contenu du site même. Cela a commencé avec les sites Web d’email en ligne (Hotmail), les messageries IM (ICQ), eBay ou même le peer-to-peer. Une classe très spéciale de sites Web sont les sites de réseautage: Friendster, MySpace, Facebook, LinkedIn, Viadeo, mais également les sites de rencontre en ligne (Meetic) qui sont les rares types de sites qui arrivent à faire payer leurs utilisateurs un abonnement mensuel. Du presque jamais vu sur la toile. Mais l’importance des interactions entre utilisateurs ne devrait pas être une surprise. Après tout, la première killer application sur Internet a été le courrier électronique, inventé dans les années 60.
  • Des services que l’on pensait être « trivial » ne sont pas forcément des commodités après tout. Lorsque Eric Schmidt, alors PDG de Novell, a été invité à rencontrer les fondateurs de Google, il a été fortement réticent. A l’époque, personne ne pensait que c’était un marché porteur. Après tout, il suffit juste d’indexer les pages Web, non? Google lui a prouvé le contraire. La leçon à apprendre? Quelque chose qui peut sembler trivial peut devenir un marché fort convoité. Le tout est de dépasser ce qui existe.
  • L’explosion du malware: jusqu’en 1993-1994 la Netiquette était strictement appliquée sur Internet. Postez sur les mauvais forums et vous vous faisiez remettre au pas vite fait. Les tout premiers spammers (un couple d’avocat en immigration) se sont tellement fait bombarder d’emails que leur boite aux lettres électronique a explosée. Mais le Web a ouvert Internet au grand public. Et lorsque le nombre de nouveaux utilisateurs mensuel a dépassé le nombre d’anciens utilisateurs, la Netiquette a disparue. Cela a commencé par le spam, mais a empiré avec le temps. Virus, phishing, etc.

Leçons

  • On ne sait jamais quel sera le prochain géant. En 2003 le Web semblait suffisamment occupé, et pourtant des compagnies comme YouTube ou Facebook sont apparues de nulle part pour devenir des poids lourds du Web. Une chose cependant: avec les circonstances actuelles il est possible qu’on voie apparaître moins de nouveaux géants. La raison est que si beaucoup d’entrepreneurs veulent fonder le prochaine Google, les investisseurs veulent financer le prochaine YouTube.
  • Les interactions entre utilisateurs sont critiques. La première killer app sur Internet était le courrier électronique – bien avant le Web. L’email a depuis été remplacé dans une certaine mesure par l’IM, mais le concept reste le même. Les interactions entre humains font partie de nos besoins fondamentaux.
  • Il y aura toujours des besoins humains qui feront toujours vendre. Les sites de rencontres en ligne sont ceux qui le moins de problème à faire payer leurs utilisateurs. De même, les sites pour adultes sont souvent de bons générateurs de revenus. Et l’un des principaux sujets du spam est la vente de Viagra. Cela ne devrait pas être une surprise. Pendant l’age d’or du Minitel une très grosse partie du marché provenait du Minitel rose. Mais au-delà du sexe, les gens ont des besoins de base qu’ils chercheront (et oui, l’interaction avec d’autres humains est l’une d’entre elles).
  • Toute technologie sera détournée à de mauvaises fins.
  • Toujours prendre les prédictions avec un grain de sel, car elles s’avèrent le plus souvent être complètement erronées. On a tendance à être trop optimistes sur certains aspects (le modèle push, la soi-disante nouvelle économie) et en même temps on est trop souvent pris par surprise par d’autres technologies (la montée de Google).

Le besoin d’une borne Internet simple

1 mai 2009

Malgré le fait qu’Internet fasse désormais partie intégrante de notre vie, l’outil numéro un pour accéder au Web reste l’ordinateur. On aurait pu penser que depuis le temps quelqu’un aurait conçu une borne Web moins chère qu’un ordinateur, demandant moins de maintenance et qui s’allume instantanément – qui n’a jamais voulu consulter juste une information sur le Web et a dû démarrer son ordinateur? Malheureusement, aucune offre n’a réussi à ne serait-ce que sérieusement concurrencer l’ordinateur.

Il est certes possible d’accéder au Web par le biais d’appareils de poche: iPhone, iPod Touch et autres smartphones. Mais soyons réaliste: leur écran reste encore trop petit pour une utilisation prolongée.

Les Netbook

Les Netbooks étaient très prometteurs en tant que borne Internet, mais ils se sont orientés dans la mauvaise direction. Tous les fabricants de Netbooks étant avant tout des fabricants de PC, c’est en toute logique qu’ils ont vu le Netbook comme une continuité des ordinateurs portables au lieu d’un nouveau type d’appareil.

C’est ainsi que le Netbook Hewlett-Packard est livré avec Windows Vista. Oui, oui, HP a installé un système d’exploitation gourmand en ressources sur un PC très légèrement équipé. Vista est tellement mal adapté aux Netbooks que ces derniers sont le seul type d’ordinateur pour lesquels Microsoft accepte de vendre Windows XP. De son côté, l’Asus EeePC, le pionnier du Netbook, ressemble de plus en plus à un ordinateur portable bas de gamme: chaque modèle est plus puissant que le précédent, avec plus de mémoire, un écran plus grand… et un prix plus élevé. Et ne pensez pas que les Netbooks à base de Linux soient logés à une meilleure enseigne: tous sont livrés avec une suite bureautique. Je les ai tous essayé en espérant en trouver un qui n’affiche QUE un navigateur Web au démarrage. Sans succès.

Je suis certain que le choix de Windows Vista a coulé de source pour HP. Tous les autres Netbooks sont livrés avec Windows XP, le leur est livré avec Vista. C’est pas un avantage compétitif ça? Pareil pour les suites bureautiques sous Linux:  les fabricants sont habitués à livrer une suite bureautique avec leur PC (bien souvent Microsoft Works). Il faut donc en livrer une sous Linux. N’est-ce pas ce que les clients demandent?

Si bien qu’à l’heure actuelle il n’existe aucun Netbook qui démarre en moins de 30 secondes, même lorsqu’ils utilisent une version légère de Linux et de la mémoire Flash comme disque. Pas étonnant qu’avec tout ça Windows XP se soit imposé comme le système d’exploitation de choix sur Netbook.

Internet sur la télévision

Il n’est pas prouvé que le public soit intéressé pour consulter ses emails sur son écran de téléviseur. Par contre, il existe de nombreuses vidéos en provenance du Web qui gagnent à être affichée sur une TV – c’est la principale raison pour laquelle certains connectent leur PC à leur téléviseur. L’offre vidéo sur le Web est très variée: offres de location / achat de vidéo à la demande, contenu divers sur YouTube et autres DailyMotion, séries télévisées à la demande financés par la publicité (hulu.com), enregistreur numérique en ligne, etc.

Le pionnier dans le domaine a été WebTV. Mais cette compagnie n’a pas eu un succès à la hauteur des espoirs qu’elle suscitait – et encore moins depuis son rachât par Microsoft. Il faut dire que ce dernier n’a pas grand intérêt à concurrencer l’ordinateur, principale source de ses revenus. L’offre n’est également pas spécialement orientée vers la vidéo sur Internet et pourrait être meilleur marché: $200 pour le boitier, plus $10 par mois.

Apple a également avec tenté de s’attaquer à ce marché avec l’Apple TV. Mais là encore, cet appareil est loin d’être un succès. Il faut dire que l’offre d’Apple est loin d’être convaincante: 300€ pour le « privilège » de louer ou acheter des films en ligne – exclusivement en provenant de l’offre en ligne d’Apple.

L’appareil qui a le plus de succès est lecteur Roku (disponible uniquement aux Etats-Unis) qui pour $100 permet de connecter sa télévision à Internet et de louer à la demande des séries TV et des films en provenance des offres de Netflix (12000 titres disponibles en ligne) et Amazon.com (25000 titres disponibles).

Autres appareils

Aux Etats-Unis, le Kindle (l’e-book d’Amazon.com) permet de se connecter à Wikipedia et possède un navigateur Web de base. Cerise sur le gâteau, le prix inclus un accès 3G gratuit (donc pas d’abonnement pour accéder à Internet). Mais le navigateur Web est trop primitif pour beaucoup de sites Web, et est plus destiné à accéder Wikipedia.

Espoirs

Il existe cependant plusieurs autres espoirs.

A tout seigneur tout honneur, depuis que des fuites ont affirmé qu’Apple a commandé des écrans 10″ tactiles à un fournisseur asiatique, les rumeurs vont bon train. Apple va-t-il annoncer une tablette Internet? Sa version du Netbook? Autre chose? Allez savoir.

Asustek de son côté est en train d’expérimenter un Netbook équipé de Google Android. Mais il faudra plus que revoir la couche logicielle pour faire une différence. Après tout, certains de ses EeePC utilisent déjà Lipnus (une version allégée de Linux), ce qui n’a pas été suffisant pour sérieusement concurrencer Windows XP.

Un autre espoir vient de Freescale, un fabriquant de semi-conducteurs qui a annoncé un Netbook à $200 pour la fin de l’année. L’avantage de Freescale est que ce n’est pas un constructeur de PC, il est donc moins biaisé que ces derniers. C’est ainsi qu’au lieu d’utiliser un Intel Atom comme les autres Netbooks, Freescale compte utiliser son propre processeur basé sur l’ARM qui combine le processeur central, le processeur graphique et le pont mémoire. Au final leur Netbook est sensé être très petit et être très peu gourmand en électricité: 3 Watts contre 14 Watts pour l’Intel Atom. Ils ont bien évidemment dû sacrifier la compatibilité Windows, chose que les fabricants de PC ne feront jamais.

Finalement, un des plus gros espoirs est avec le français Archos qui propose déjà des tablettes Internet – et depuis plusieurs années. La dernière gamme de tablettes Internet a un écran allant de 5″ à 7″. 7 pouces, c’est la taille d’écran d’un lecteur DVD portable bas de gamme. On commence donc à avoir une taille raisonnable. Avec la capacité de se connecter sur Internet et sur la TV, les tablettes Internet d’Archos sont très séduisantes… du moins sur le papier. Lorsqu’on regarde les commentaires en ligne, on trouve que plusieurs utilisateurs ont eu des problèmes avec et/ou sont frustrés de la nécessité d’acheter de nombreux plug-ins. Il est à espérer que les prochaines versions seront de meilleure facture.