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Les nouvelles plateformes de jeux vidéo

20 août 2010

Facebook et l’iPhone sont devenus les deux plateformes de jeux vidéo les plus « hot » du moment. Google vient de racheter Slide, un éditeur de jeux sociaux, et a investit dans Zynga, éditeur des très célèbres – et addictifs – Farmville ou Mafia Wars sur Facebook. De son côté, l’iPhone n’est pas en reste. Plusieurs compagnies de capital risque (venture capitalists) ont créé des fonds pour financer des startups développant sur l’iPhone.

Une des raisons de l’engouement est que l’on retrouve une atmosphère similaire au début des jeux vidéo. Dans les années 70 jusqu’au début des années 80, les jeux étaient souvent entièrement écrits par une seule personne. Le développeur était en effet également responsable des graphismes et de la bande sonore. C’est par exemple le cas de Pitfall! (1982). Les capacités des ordinateurs augmentant, les jeux ont pu avoir des graphismes plus poussés et se sont dotés d’une vraie bande sonore. Les équipes de développement se sont donc spécialisées. C’est ainsi que le développeur britannique Steve Bak a écrit de nombres jeux dans les années 80 et 90 en collaboration avec Pete Lyon (graphisme) et David Whittaker (musique).

Les capacités des ordinateurs continuant à augmenter, les jeux ont augmenté en complexité, demandant de plus en plus de monde. Désormais, la création d’un jeu vidéo sur PC ou console demande une équipe entière et de très gros moyens. En 1996 j’avais passé un entretien d’embauche chez Ubi Soft, et déjà un jeu demandait une équipe de dizaines de personnes. Même à l’époque, plusieurs développeurs ne travaillent pas sur des jeux mêmes mais sur la création d’outils pour aider au développement même des jeux. A l’heure actuelle, les jeux vidéo sur PC ou console demandent en moyenne entre $18 et $28 millions selon une étude du cabinet d’analyse M2 (« seulement » $10 million pour les jeux n’existant que sur une seule plateforme). Les jeux célèbres dépassent aisément les $40 millions. Et tout ça sans compter les coûts de promotion. Un des cas les plus extrêmes est Grand Theft Auto IV qui a mobilisé 1000 personnes pendant 3 ans et demi, pour un budget total de $100 millions. De quoi donner le vertige quand on sait que les coûts ne font qu’augmenter !

Certes, GTA 4 s’est vendu à plus de 17 millions d’exemplaires, et a rapporté plusieurs fois la mise. Mais lorsque l’on regarde le palmarès des ventes des jeux vidéo, on remarque que Pitfall sur Atari 2600 s’est vendu à 4 millions d’exemplaire, ce qui est le volume de vente de la plupart des jeux sur PS3 ou Xbox 360. La différence est que Pitfall est un jeu créé par une seule personne en seulement 1000 heures de programmation, soit seulement 6 mois en travaillant 40 heures par semaine !

C’est là où les nouvelles plateformes telles que Facebook ou l’iPhone ont un avantage : des coûts de développement bien moindre. De nombreuses applications iPhone ont été crées par une ou deux personnes. Zynga a été créé par 6 personnes. Et les compagnies de capital risque qui ont investit dans Zynga ont mit sur la table $29 millions. Pour un jeu traditionnel, une telle somme ne couvrerait qu’un seul jeu.

Autre avantage de ces deux nouvelles plateformes : une promotion et distribution moins onéreuse. Toutes deux permettent en effet d’installer facilement et immédiatement des applications (pas besoin d’aller au magasin le plus proche pour acheter un jeu), et sont conçues pour faire fonctionner le bouche à oreille. De nombreuses applications Facebook sont conçues pour avertir nos connexions des jeux que nous utilisons – voir de leur proposer d’installer l’application à leur tour. L’App Store d’Apple, quant à lui, a un système de notation permettant à des jeux d’être au hit parade des ventes ou des logiciels les plus appréciés – que le jeu ait fait de la promotion ou pas.

Finalement, ces deux plateformes sont devenues très populaires. Apple a vendu quelque chose comme 50 millions d’iPhones et plus d’une trentaine de millions d’iPod Touch. Nintendo, par comparaison, a vendu 74 millions de Wii. Facebook, quant à lui, a dépassé le demi-milliard d’utilisateurs.

Tout cela fait que quelques amateurs peuvent sortir des applications et avoir une chance d’avoir du succès. Le top 10 des applications mobiles contient en effet des titres de petits éditeurs (Doodle Jump de Lima Sky, Angry Birds de clickgamer.com ou Pocket God de Bolt Creative)

Le syndrome du loto

Il existe certains métiers dits « extensibles » (scalable en anglais), mais ils sont rares. Un avocat, aussi brillant soit-il, ne peut pas s’occuper de deux clients en même temps. Le nombre de cas qu’il peut traiter par an est donc limité, imposant du même coût une limite à ses revenus. Son métier n’est donc pas extensible. Un développeur de logiciel, par contre, peut vendre à un nombre virtuellement illimité d’utilisateurs. Sur Facebook ou iOS, l’extensibilité est d’autant plus importante que ces deux plateformes sont globales. Une petite équipe de développement totalement inconnue peut sortir un jeu culte et le vendre partout dans le monde, sans avoir à faire de la promotion dans tous les pays.

L’inconvénient des métiers extensibles est que n’importe qui d’autre peut vendre à tout le monde. La concurrence est donc beaucoup plus rude.

Or la plupart des géants des jeux vidéos actuels ont commencé dans les années 70-80, à une époque où le marché était grandement fragmenté. Electronic Arts (fondé en 1982) a commencé par faire des jeux sur Atari 800 et Commodore 64. Activision (1979) a été créé par des anciens d’Atari pour créer des jeux sur la console Atari 2600. Ubisoft (1986) a publié son tout premier jeu sur Amstrad CPC. Infogrammes (depuis devenu Atari Inc.) a commencé à développer sur la gamme Thomson TO7 / MO5 / TO7-70. Si Nintendo a été créée en 1889 (oui, oui, fin 19e siècle), ce n’est bien évidemment que dans les années 70 / 80 que le géant nippon s’est attaqué aux jeux vidéo, d’abord avec les jeux de poche et jeux d’arcade, puis en produisant des jeux pour sa propre console (1983)

Non seulement il existait énormément de plateformes de jeu à l’époque, mais elles étaient limitées géographiquement. Les consoles Nintendo ont pendant longtemps été cantonnées au Japon. L’Amstrad CPC s’est bien vendu en Europe mais a été absent aux Etats-Unis. Les éditeurs de l’époque ont donc eu une concurrence relativement locale. Les ordinateurs Thomson, par exemple, n’ayant été que très peu vendus en dehors de l’hexagone, la concurrence d’Infogrames sur ce marché s’est donc cantonnée à des éditeurs français (ironiquement, Infogrames a pendant des années boudé les ordinateurs Atari avant de racheter l’éditeur américain en 2003 et de reprendre son nom en 2009). Une concurrence restreinte a permit à plusieurs éditeurs de grandir en parallèle sur des marchés relativement protégés.

Car plus un métier est extensible, plus on se trouve dans le cas où une poignée de stars remportent la mise, laissant des miettes aux reste. C’est par exemple le cas de la musique où quelques superstars engrangent des dizaines de millions alors que la plupart des groupes ont du mal à survivre de leur art. C’est le phénomène du Loto, où tout le monde ne regarde que la poignée de gagnants qui empochent une fortune mais ignorent les millions de gens qui perdent systématiquement malgré avoir joué pendant des années.

Si le monde des jeux vidéo est global depuis des années, l’extensibilité s’est accentuée sur Facebook et iOS. Si désormais une équipe de particuliers peut tenter sa chance sur ces deux plateformes sans avoir à dépenser des budgets astronomiques, elle est en concurrence avec des équipes d’amateurs à faible budget du monde entier, et pas seulement des Etats-Unis et d’Europe.

Pas encore de killer game exclusif

Il est intéressant de noter que ces deux plateformes n’ont pas de killer game exclusif, c’est-à-dire de jeu qui justifient à eux seul l’achat d’un iPhone / iPad, ou de passer à Facebook (et qui ne sont disponibles que sur ces plateformes). Lorsque Sony a lancé sa PlayStation, le géant japonais avait plusieurs jeux tels que Toshinden qui ont convaincu à eux seuls de nombreux joueurs d’acheter la console. De même, Microsoft a eu la brillante idée de mettre la main sur Bungie, l’éditeur de Halo. Ce jeu a été la principale raison du succès de la Xbox.

Facebook ne semble pas être intéressé pour acquérir des éditeurs de jeux, sans doute du fait du succès de son service. Certes, Farmville ou Mafia Wars existent sur des sites concurrents tels que MySpace, mais la popularité de Facebook incite les joueurs de jeux sociaux de jouer sur Facebook et non sur MySpace. Mais Google ayant racheté Slide (et va certainement racheter d’autres compagnies), il ne serait pas surprenant que ce dernier ne développe plus que pour le (futur) service concurrent de Google.

Pour ce qui est d’Apple, si la firme à la pomme a toujours développé des logiciels, elle a tendance à développer uniquement des outils essentiels. Les premiers Mac avaient Mac Write, Mac Paint et Mac Draw (traitement de texte et logiciels de dessin de base), mais c’est Aldus et Adobe qui ont fournit les killer apps du Mac avec PageMaker ou Photoshop. Sur iPad, Apple a porté sa suite bureautique (Pages, Numbers and Keynote), mais c’est quasiment tout. Seules 12 malheureuses applications écrites par Apple sont disponibles sur l’App Store de l’iPhone et de l’iPad réunis. Le seul jeu Apple est un jeu de poker, alors que les jeux représentent une partie non négligeable des applications iOS téléchargées. Mais la firme à la pomme fait peu d’acquisitions, et lorsqu’il s’agit d’acquisitions d’éditeurs de logiciels, le but est bien souvent de s’approprier une technologie et non un logiciel complet. Pour Steve Jobs, avoir une plateforme qui rapporte le plus suffit (les possesseurs d’iPhone achètent plus d’applications que sur les autres plateformes mobiles). Mais cela ne veut pas dire que personne ne regarde Android. Beaucoup de jeux disponibles sur iOS sont également disponibles sur Android. Là encore, Google pourrait jouer les trouble-fêtes car la compagnie n’a jamais été frileuse quant il s’agit d’acquisitions et fait beaucoup d’efforts pour inciter les développeurs iPhone à porter leurs applications sur Android.

Faire appel à nos plus bas instincts

Une dernière note sur les jeux vidéo : un type de jeu qui marche très bien est celui qui fait appels à nos plus bas instincts.

Paradoxalement, le sexe n’est pas si couvert que ça par les jeux vidéos, malgré une influence importante (même si cachée) sur la haute technologie. Le Minitel rose a été le marché le plus rentable du Minitel. Sur Internet, les sites Web pour adultes foisonnent. Et on a attribué la victoire de format VHS sur Betamax lorsque l’industrie du X a supporté VHS. Mais c’est justement parce qu’il existe tant de produits liés au sexe que la demande de jeux vidéo adulte n’est pas si importante. Qui plus est, les jeux trop osés sont facilement censurés aux Etats-Unis, contrairement aux jeux violents.

Pour ce qui est de la violence par contre, le domaine est amplement couvert par les jeux vidéo. Les nombreux jeux de guerre ou de jeux de combat tels que Call of Duty, Mortal Kombat ou Mafia Wars nous permettent de tuer ou castagner sans le moindre danger et dans un contexte social acceptable. A noter Worms qui prend une approche originale au jeu de guerre : utiliser des vers de terre en guise de soldats. L’aspect comique et le manque volontaire de réalisme atténuent le sérieux de la chose. On fait toujours joujou avec des armes (bazookas, fusils, grenades, etc.) et on fait toujours tout péter, mais le style très dessin animé rend le tout nettement moins violent.

Mais au-delà de la violence, il existe quelques jeux qui font vraiment appel à nos plus bas instincts. Le très controversé Grand Theft Auto est peut-être l’exemple le plus criant. Le titre même indique le vol de voiture. Dans la 3e version (celle qui a vraiment fait décoller la série) il est même possible de tuer des officiers de police. On remarque d’ailleurs que l’éditeur de la série,  Take-2, est le seul éditeur de poids du marché qui ait été formé après les années 80 (1993). Ironiquement, la plus grande controverse aux Etats-Unis (où Hillary Clinton elle-même est monté au créneau) n’est pas la violence mais la découverte de certaines scènes cachées où le joueur peut avoir des rapports sexuels.

Un autre jeu est Pocket God, un jeu sur iPhone où l’on tient le rôle d’un dieu vénéré par des pygmées sur une ile au beau milieu de l’océan. Le jeu n’a pas de fin en elle-même, si ce n’est de faire trépasser les pygmées des manières les plus vicieuses possibles (on peut en recréer autant que l’on veut) : les envoyer dans l’eau où ils se noient, les balancer dans un volcan en activité, faire que la foudre leur tombe dessus, et de nombreuses autres manières d’assouvir nos instincts sadiques (chaque nouvelle version apporte des manières supplémentaires de tuer les pauvres pygmées). Ce jeu, dont la première version a été développée en une semaine par deux personnes (entre Noël 2008 et le Jour de l’an 2009), a été au top des ventes d’applications sur iPhone. Un an plus tard, deux millions de copies avaient été téléchargées. A noter qu’à l’instar de Worms, Pocket God utilise un style dessin animé qui atténue l’aspect sérieux du jeu.

Il semble qu’il y ait un filon.

Publicités

Publicités douteuses

1 juillet 2010

La collaboration inter sites Web devient de plus en plus à la mode.

Facebook avait déjà tenté (aux US du moins) le très controversé système beacon. Les gens qui allaient sur des sites partenaires envoyaient à leur insu des informations à Facebook. Ainsi, certains utilisateurs du site Blockbuster (le géant américain de la location vidéo) ont eu la surprise de voir que leur page sur Facebook avait été mise à jour, indiquant quelle vidéo ils avaient louée (il faut espérer pour eux que ce n’était pas une vidéo compromettante). Big Zuckerberg is watching you…

Facebook a depuis retiré beacon en septembre 2009 (il leur a juste fallu 2 ans), mais est a récemment lancé une API permettant à des sites Web tiers d’inclure des données de Facebook. Depuis peu, de nombreux sites, que ce soit aux Etats-Unis ou en France (comme lemonde.fr) affichent une boite Facebook, en tentant de pousser les articles que nos connexions ont lus. Ou permettent d’entrer des commentaires en utilisant notre login Facebook.

La publicité douteuse

La publicité est sans doute le domaine où l’intégration inter sites Web a été la plus poussée. Depuis le début les sites Web ont fait appel à des réseaux publicitaires en ligne. Plutôt que de démarcher eux-mêmes des annonceurs, ils passent par des réseaux publicitaires qui se chargent de signer les annonceurs, se prenant une commission sur les recettes publicitaires. DoubleClick a été un des pionniers avec les bandeaux d’annonces en haut de l’écran. Google suit le même modèle avec son programme AdSense, et il en existe plein d’autres.

De temps en temps, pour peu que l’on ait un navigateur Web décent, on est alerté qu’un site Web pourtant respectable fait appel à un site tiers jugé dangereux. Le site tiers s’immisce souvent en vendant de la publicité.

Mais récemment il est apparu un nouveau type de réseau publicitaire en ligne : les réseaux publicitaires bidons. Dans ce cas, le réseau publicitaires et les annonceurs ne semblent faire qu’un, car toutes les publicités présentées par certains réseaux semblent être des arnaques. Une mère au foyer qui gagne $6000 / mois en travaillant à la maison, un produit miracle pour gagner du muscle sans se fatiguer, comment avoir les dents blanches pour $5, etc.

Ara Lifestyle semble être une de ces compagnies, et est présente sur de nombreux sites Web d’actualités américains. Sur le site Web de la compagnie on trouve tout un tas d’offres qui, je l’avoue, n’ai pas vérifiées, mais qui semblent trop belles pour être vraies.

Mais il y a beaucoup d’autres « réseaux publicitaires » douteux. L’un d’entre eux (toujours publié sur des sites Web respectables) poste ce type d’annonces :

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Non seulement cela semble être trop beau pour être vrai (des iPad pour $24, ben voyons!) mais vous remarquerez que la jolie demoiselle n’est autre que la présentatrice télévisée française Mélissa Theuriau dans ce qui semble être une copie de LCI habilement retouchée ! Ces pubs sont disponibles sur le Web ici et . Au mieux il s’agit d’un cas de plagiat (je doute que Theuriau ait accepté de prêter son image pour ce type de pub), au pire d’une arnaque complète.

On peut imaginez que les publicités ci-dessus sont utilisées en dehors de l’hexagone. Le site Web de la compagnie qui héberge ces publicités, Advert Pro, reste très discret. Contacté, lci.fr n’a pas daigné faire de commentaire.

Mais Mélissa Theuriau est décidemment très populaire outre-Atlantique, car je suis tombé sur une autre publicité l’impliquant. Cette fois c’était sur le site de staradvertiser.com, un journal basé à Hawaii. Et la publicité mène vers un faux site Web d’actualité : http://www.channel6reports.com/health/index.php. Mélissa (renommée Julia pour l’occasion) y vante les mérites d’un produit miracle. Son nom de famille est par contre emprunté par une fausse présentatrice (Jennifer Theuriau, en haut de la page). Le site est à part ça habilement maquillé pour passer comme le site Web d’une chaîne d’information (Channel 6), avec ses commentaires dithyrambiques – commentaires désormais fermés « pour cause de spam ». Mais le site ne semble qu’avoir aucun autre article.

Responsabilité des sites qui publient ces publicités

On peut se poser la question de la responsabilité des vrais sites d’actualité qui affichent de telles pubs. Je suis certains que ces sites répondront qu’ils ne peuvent pas vérifier toutes les publicités, bla bla bla. Et de fait, je n’ai pas vérifié la véracité des promesses. Il n’empêche. Il n’y a pas besoin d’être Sherlock Holmes pour voir que beaucoup de ces publicités sont des arnaques. Mais les temps sont durs, il est plus facile de fermer les yeux et d’accepter les revenus publicitaires.

La bonne nouvelle est que l’on peut considérer ces pubs comme une aide à la presse (qui ne se porte pas très bien ces temps-ci) au détriment des idiots et des naïfs.

DailyMotion et les politiciens français

16 avril 2010

J’avais quelques commentaires à propos de l’annonce d’iPhone OS 4, mais j’ai décidé pour changer de ne pas parler d’Apple cette fois – ca sera pour la semaine prochaine.

Avec le temps, les internautes ont commencé à comprendre qu’il fallait faire attention à ce que l’on met sur le Réseau des réseaux, car cela a toutes les chances de ne jamais partir. La photo intime que l’on a prit sur son téléphone portable et que l’on pensait rester entre soi et son(sa) petit(e) ami(e) qui se retrouve sur Facebook. Le commentaire assassin à propos de sa compagnie que l’on met sur un forum qui trouve son chemin jusqu’à l’écran de son supérieur. Ou la photo de soi prise il y a des années où l’on était bourré qui revient nous hanter des années plus tard. Les exemples ne manquent pas.

Mais lorsque l’on est une célébrité le problème est encore pire. Particulièrement pour les personnalités politiques qui sont interviewées en permanence. Beaucoup de dérapages de politiciens ont terminés sur DailyMotion ces derniers temps. Le tristement célèbre « casses toi pauvre con » de Nicolas Sarkozy, « c’est quand il y en a plusieurs qu’il y a un problème » de Brice Hortefeux. Puis Xavier Bertrand qui assassine un journaliste (de la presse écrite) qui l’interroge lors d’une émission télévisée. Le dernier épisode en date est Jean-Luc Mélenchon qui perd son sang froid et insulte un étudiant en journalisme qui l’interviewait parce que ce dernier n’avait pas compris son argumentation.

En politique, l’une des choses que l’on apprend est l’art du direct. Savoir faire face à l’imprévu, ne pas s’emporter quoi qu’il arrive et savoir répondre du tac au tac. Or, fait intéressant, aucun de ces politiciens n’a été pris en traitre. Dans aucun des cas la caméra n’était cachée. Dans le cas de Xavier Bertrand et de Jean-Luc Mélenchon ils étaient même interviewés (difficile de dire qu’ils se sont fait piégés). Nicolas Sarkozy, quant à lui, était au salon de l’agriculture – un lieu où les politiciens vont justement pour se montrer. Seul Brice Hortefeux a une excuse (il racontait une blague entre proches), bien que ses propos ont été recueillis par des journalistes de Public Sénat et non pas par un téléphone portable comme l’a laissé sous-entendre Jean-François Copé.

Certains diront que le résultat n’est pas forcément loin de ce que désirait l’homme politique incriminé. Xavier Bertrand a utilisé des techniques rodées pour déstabiliser l’adversaire. Ayant affaire à un journaliste qui n’est pas habitué au direct, ca a été un jeu d’enfant de le descendre en flamme. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il semble aimer entretenir son image de « bouffeur de journaliste » – et aura ensuite beau jeu de dire qu’il est persécuté par la profession (Jean-Marie Le Pen aime lui aussi jouer à ce jeu). Mais il n’empêche que ces deux interviews ont montré un visage fort peu reluisant des deux hommes. De la part de politiciens professionnels d’envergure nationale, on pouvait s’attendre à mieux.

Mais si l’on y regarde bien, le véritable point commun de ces cas est que toutes ces vidéos étaient destinées à une petite audience. Nicolas Sarkozy a été filmé par un journaliste de Youpress, Brice Hortefeux par Public Sénat. MM Bertrand et Mélenchon, quant à eux, n’étaient même pas interviewés par des journalistes de télévision professionnels. Autrement dit, rien qui n’indiquait une diffusion à forte audience.

Du moins ca n’aurait pas été le cas avant le Web. Si Public Sénat a décidé de ne pas diffuser la vidéo de M. Hortefeux, cette dernière a été exploitée par Le Monde. Il y a 10 ans, tout ce qu’aurait pu faire le quotidien aurait été de retranscrire la petite phrase compromettante sur papier – ce qui aurait eu bien moins d’effet que de publier la vidéo sur son site Web. Quant à la vidéo de l’étudiant en journalisme, que serait-elle devenue sans le Web? A l’ère de DailyMotion les personnalités politiques doivent apprendre à considérer toutes les vidéos comme potentiellement d’audience nationales. Il semble que nombreux sont les politiciens qui ont gardés les réflexes et ne sont sur leur garde que lorsqu’ils pensent avoir affaire à des grosses audiences.

Certains y verront le fait qu’il est difficile d’être en alerte 24h sur 24. Les plus cyniques y verront que les politiciens montrent leur vrai visage lorsqu’ils ne pensent pas que leurs propos vont avoir une grande diffusion.

Apple contre Amazon

12 février 2010

Apple et Amazon.com sont dans une lutte pour être les distributeurs du contenu numérique du futur.

La lutte n’est pas nouvelle entre le constructeur californien et le libraire en ligne de Seattle. Depuis longtemps, les deux compagnies ont leur service de vente et de location de films et séries télévisées en ligne, même si aucun n’a réussi à percer. Par contre, fort du succès de son iPod, Apple a imposé iTunes Store comme le magasin d’achat de musique numérique en ligne. La firme de Jeff Bezos, elle, propose un service concurrent (Amazon MP3) qui est le numéro deux du marché – même s’il reste loin derrière iTunes Store.

Les hostilités sont montées d’un cran lorsqu’Apple a annoncé l’iPad, positionnant ce dernier en concurrence directe avec le Kindle, le livre électronique d’Amazon.com. En 2007, ce dernier a en effet lancé le premier e-reader qui a un tant soi peu marché dans l’espoir de créer le marché du livre numérique afin de mieux le contrôler – un peu comme Apple a créé et contrôlé le marché de la musique numérique.

Mais Apple arrive avant qu’Amazon.com n’ait verrouillé le marché, qui plus est avec un iPad qui représente une concurrence redoutable au Kindle. Si le Kindle de base (écran 6″) coûte $260 aux Etats-Unis, le Kindle DX (écran 9,7″, comme l’iPad) coûte $480, soit le prix de l’iPad de base. Sauf que ce dernier a un écran couleur et fait en plus navigateur Web, console de jeu vidéo, et accepte toutes les applications iPhone.

La pression est donc forte sur Amazon.com pour remettre doper son offre. Déjà, la dotcom de Seattle a annoncé un SDK pour le Kindle afin que des éditeurs tiers développent des applications sur ce dernier. Et elle vient tout juste d’acheter TouchCo, un constructeur d’écrans tactiles.

Le gros contentieux entre les deux compagnies se situe à l’heure actuelle au niveau des ventes de livre au format numérique – c’est pour cette raison que cette chronique se focaliser sur ce segment. Mais à terme les deux compagnies se concurrencent également sur d’autres types de média: musique, journaux, films et séries TV.

Deux logiques opposées

Entre Amazon.com et Apple, deux logiques s’affrontent.

Amazon.com d’un côté a toujours eu une culture de très faibles marges. La compagnie n’a en effet historiquement pas hésité à perdre de l’argent pour sécuriser un marché avant tout le monde. A ses débuts, le mot d’ordre était GBF (pour Get Big Fast – Devenir Gros Rapidement). Il fallait grossir et développer l’image de marque le plus rapidement possible. Satisfaire le client à tout prix, même si cela signifie perdre de l’argent sur les ventes. Et pendant des années le libraire en ligne perdait des millions chaque année . Si le géant américain est depuis devenu profitable, il est toujours habitué à de faibles marges (moins de 4% en 2009)

Apple, d’un autre côté, a toujours voulu maintenir des confortables marges. Outre les somptueuses marges sur le matériel qu’elle vend, la firme californienne prend 30% sur tous les achats effectués sur son magasin en ligne – musique, applications pour iPhone en bientôt livres.

Une autre différence entre les deux compagnies est leur conception de la vente. Amazon.com a démarré comme une grande surface en ligne. Il s’intéresse aux ventes de livres. Pour la firme de Jeff Bezos, le Kindle est plus un moyen qu’une fin – faire que les gens achètent des livres numériques sur Amazon.com. C’est pour cette raison que le Kindle existe sous forme d’application pour iPhone, BlackBerry, PC et Mac. Et cela ne m’étonnerait pas qu’une version iPad soit prévue – si Apple accepte toutefois cette application.

Pour Apple c’est l’inverse. La firme à la pomme reste fondamentalement un constructeur de matériel. L’iPad est une fin en soi. Les bénéfices des ventes sur iTunes Store et l’App Store sont un bonus, mais certainement pas une fin en soi pour Steve Jobs. iTunes (le logiciel) a certes été porté sur Windows, mais c’est plus pour supporter l’iPod que pour vendre de la musique.

La guerre du livre

Contrairement en France où les prix des livres sont fixés, les libraires américains peuvent faire des remises parfois importantes. A ce sujet, Amazon.com a toujours cassé les prix des livres, avec des remises de 45% à 60%! Les prix publics des livres sont de l’ordre de $20-$24, mais Amazon.com les vend souvent en dessous de $15. Sachant que les maisons d’éditions vendent $12 un livre aux libraires (tarif de gros), Amazon.com se fait quelques dollars par vente.

Fait intéressant, le prix de $12 pour un livre est le même qu’il soit pour la version papier ou la version électronique! Ce qui n’a pas empêché Amazon.com de casser les prix de ses livres numériques en vendant les bestsellers à $9,99. Une fois de plus, la firme de Jeff Bezos n’a pas hésité à perdre de l’argent ($2 par livre) pour être le premier à conquérir un marché.

Mais c’était sans compter l’arrivée de l’iPad et d’un modèle de vente différent. Si Apple se prend 30% des ventes, il laisse les maisons d’éditions décider du prix, en leur conseillant un prix allant de $13 à $15, ce qui leur laisse de $9 à $10.

Au final, si les maisons d’édition gagnent plus d’argent pour chaque vente sur Amazon.com que sur Apple ($12 contre $9-$10), elles préfèrent faire affaire avec ce dernier. Car Amazon.com n’a pas que des amis dans le monde de l’édition. Ses constantes pressions pour obtenir des remises sur les livres traditionnels ne sont pas du goût de tout le monde. Et beaucoup d’éditeurs craignent que le consommateur s’habitue au prix de $9,99 qu’essaie d’imposer Amazon.com – même si pour le moment ce prix se fait pas au dépend de leurs marges.

Car les maisons d’édition n’ont que peu intérêt à ce que les ventes de livres numérique décollent. Si ces derniers coûtent moins cher (l’impression et le stockage des livres constitue 30% du prix), elles craignent que le consommateur exige des réductions bien plus grandes que 30%, diminuant au final leurs marges. Qui plus est, le concept du livre électronique tue le modèle du livre relié / livre broché. Ce modèle permet en effet à la fois de faire payer un extra au public peu sensible au prix (le livre relié, qui ne coûte pas beaucoup plus cher qu’un livre broché) et d’atteindre le public économe (qui doit attendre la parution du livre broché). Or avec un livre au format numérique le prix est le même pour tout le monde.

Ironiquement, on observe un scénario semblable à ce qui s’est passé dans le domaine de la musique. Fort de sa position dominante sur les ventes de musique en ligne, Steve Jobs a pendant longtemps refusé que le prix des chansons individuelles ne dépasse la barre symbolique des $0,99. A tel point qu’un jour Universal Studio – la plus grosses maisons de disque des 5 majors – a refusé de renégocier son contrat avec Apple aux conditions existantes, entraînant la disparition de son catalogue sur iTunes Store. En faisant pression lors des négociations et en jouant la carte de la concurrence avec Amazon MP3, les majors ont réussi à faire plier Jobs qui a dû faire marche arrière et accepter une hausse des prix ($1,29 désormais pour certaines chansons)

Cette fois-ci, les rôles sont inversés. Amazon.com, fort de sa position dominante, a imposé le prix symbolique de $9,99 pour un livre au format électronique – au grand dam des maisons d’éditions. Et récemment McMillan – l’un des plus gros éditeurs de l’industrie – a refusé de renégocier son contrat aux anciens termes. A tel point qu’Amazon.com a retiré les livres de McMillan le temps d’un weekend. Mais face à cette nouvelle concurrence qu’est l’iPad, Amazon.com a laissé entendre qu’il devrait céder sur le prix. Aux dernières nouvelles, la firme de Jeff Bezos proposerait bientôt des prix similaires à Apple avec un même partage des recettes (70 / 30)

Y aura-t-il un gagnant?

Mais quelle que soit l’issue de la bataille, il n’est pas dit que le grand public plébiscite le magasin en ligne du vainqueur. Car si iTunes a eu du succès, ce n’est pas uniquement grâce à l’iPod. D’autres facteurs ont eu une influence nécessaire.

Le premier facteur est le dégroupage: beaucoup des consommateurs n’achètent plus d’album de musique mais seulement les chansons qui les intéressent. Autrement dit, une des clés du succès d’iTunes est d’avoir effectué un dégroupage en permettant d’acheter à l’unité. Si le problème ne se pose pas avec les livres ou les films, il existe encore pour les journaux et sans doute les séries télévisées. Apple serait en effet en discussion avec plusieurs chaînes de télévision américaines pour diffuser leur contenu sur l’iPad. Mais contrairement au modèle de la télévision par câble où l’on doit acheter un abonnement fort cher pour avoir des centaines de chaînes et n’en regarder que 1%, Steve Jobs veut proposer « le meilleur de la télévision » (comprenez: seulement les quelques chaînes populaires). Sauf que les chaînes ne sont pas intéressées. De même, pour ce qui est des publications de journaux, ni Amazon.com ni Apple ne semblent avoir de projet d’abonnement multi-publications – un abonnement qui permette de lire quelques articles parmi un vaste choix de journaux.

Le deuxième facteur est le support de format tiers: même si Apple a dés le début poussé pour son propre format de musique propriétaire, il a également dés le début supporté le format MP3. Mieux, iTunes permet d’importer ses CD sur l’iPod. Le Kindle, lui, accepte quelques formats de livres électroniques (ainsi qu’un piètre support de PDF), mais se base surtout sur son propre format propriétaire. Et il ne permet pas à ma connaissance de convertir les livres achetés auprès d’Amazon au format numérique (ce qu’Amazon.com pourrait techniquement faire facilement). Pour ce qui est de l’iPad, les formats supportés sont pour l’instant inconnus. Va-t-il supporter des formats de livres ou de vidéo autres que ceux d’Apple? Pourra-t-on transférer ses DVD sur l’iPad? Réponse dans un mois.

Enfin, le dernier facteur a été l’abandon de la protection électronique (Digital Rights Management ou DRM): après avoir défendu pendant des années son système de protection électronique, Steve Jobs a fait volte-face en 2007 en demandant publiquement aux maisons de disque de leur laisser vendre de la musique sans protection, ce que les majors de musique ont finalement (et à contrecœur) accepté. Pour le bienfait de tous, car le consommateur n’aime pas acheter du contenu dont il a l’impression qu’il ne contrôle pas. Mais le Kindle comme l’iPad ne semblent pas suivre cette voie. Les livres numériques que vend Amazon sont tous protégés (utilisant qui plus est un format propriétaire). Pour ce qui est de l’iPad, si ce dernier supportera le format ouvert ePub, ce format laisse le champ libre au type de DRM – laissant à Apple la possibilité de verrouiller les livres à ses propres appareils. Pour ce qui est de la vidéo, elle est à l’heure actuelle toujours protégée lorsqu’achetée depuis l’iTunes Store.

L’arrivée d’un troisième concurrent?

Mais on aurait tort de croire que le match ne se passe qu’entre Amazon.com et Apple. Un troisième concurrent pourrait pointer le bout de son nez. Non, je ne parle pas de Google. Je veux parler du piratage.

Le piratage de livres existe depuis longtemps, mais est pour l’instant limité et n’a pas eu d’impact significatif pour les maisons d’éditions. Si les bestsellers sont tous disponibles sur n’importe quel site Bittorrent, peu de gens aiment lire un livre sur leur ordinateur. Mais si des tablettes comme l’iPad (de nombreux concurrents sont annoncés) se démocratisent et rendent la lecture de livres numérique plus facile, il est fort possible que le piratage s’envole.

De même que c’est le piratage qui a forcé l’industrie du disque à se mettre aux ventes de musique en ligne, ce même piratage pourrait convaincre les maisons d’édition de revoir leur politique numérique.

« Le contenu est roi! » Vraiment?

18 décembre 2009

Au début des années 90 on a commencé à entendre « hardware is dead » (le matériel est mort). Comprenez: le matériel n’est plus le centre de l’informatique. C’était à l’époque où Microsoft venait de voler le contrôle du marché du PC à IBM. L’époque où AMD certifiait ses microprocesseurs « conçu pour Windows » (le monde à l’envers pour les techies de l’époque)

Peu de temps après, quelques-un ont emboîtés avec « software is dead too » (le logiciel est mort lui aussi). C’était à l’époque où Bill Gates commençait à racheter du contenu en grande quantité, comme les droits sur certains travaux de Léonard de Vinci. Le contenu (films, séries télévisées, musique, etc.) apparaissait comme être le futur Graal.

En théorie, cela semble logique. Pour le consommateur moyen (j’exclue volontairement les fanas d’informatique), le matériel comme le logiciel ne sont pas une fin en soi mais un moyen d’accéder au contenu.

En théorie.

En pratique, le contenu n’est pas si souvent roi que ça. Si c’était le cas, Rupert Murdoch ne pesterait pas constamment contre Google News et autres aggrégateurs d’actualité (qui ne possèdent ni ne créent aucun contenu). Les éditeurs de livres américains ne seraient pas victimes du joug que leur impose Amazon.com (là encore un site Web qui ne possède aucun contenu), les forçant à lui accorder des fortes remises. Et Apple (un constructeur de matériel) n’aurait pas autant de poids au sein de l’industrie du disque – au grand dam des majors.

Que se passe-t-il donc?

Une offre fragmentée

Le cœur du problème pour les fournisseurs de contenu vient du fait que l’offre est extrêmement fragmentée. Conséquence de quoi, il est quasiment impossible d’avoir un monopole sur le contenu – quel que soit son marché de niche.

Microsoft possède un monopole virtuel sur le système d’exploitation: si vous voulez un système où vous pouvez faire tourner quasiment n’importe quelle application du marché, il vous faut Windows. Qui plus est, avec Windows vous pouvez ignorer les autres OS (Windows jouit de 90% de parts du marché du système d’exploitation). Google possède un monopole virtuel sur le référencement de site Web. Vous voulez que les internautes trouvent votre site Web, il vous faut passer par Google (70% des recherches Web). Si vous êtes bien référencé par Google vous pouvez oublier les autres moteurs de recherche. Mais aucun film, chanson, livre ou série TV ne peut se vanter d’avoir une telle emprise sur son marché – je ne suis pas certain qu’un seul titre dépasse les 10% de part de marché dans son secteur. Même des titres à succès comme la saga Harry Potter n’ont pas le monopole sur les livres pour jeunes. Certes, un libraire se devra d’avoir la série en stock. Certes, la compétition est rude et les libraires se battent pour avoir les meilleurs prix – Amazon.com reconnaît qu’il ne se fait pas d’argent avec les ventes de la série. Mais les libraires ne peuvent pas se permettre d’ignorer pour autant tous les autres livres visant les jeunes.

Qui plus est, Harry Potter est une exception plus que la règle. Certes, le top 50 de chaque industrie reçoit tant de promotion que le public va souvent chercher où les acheter. Mais la plupart des titres ne sont vendus que si le consommateur tombe dessus chez son vendeur favori – qu’il s’agisse d’un livre, d’un film en DVD ou d’un album de musique. Dans ce cas-là, le contenu est dépendant du distributeur. D’où l’importance du placement des titres dans le magasin (qu’il s’agisse de la Fnac ou de Carrefour pour la grande distribution) – emplacement qui se monnaye au prix fort. A ce sujet, Amazon.com vend peut-être les aventures d’Harry Potter à marges nulles, mais il a sans doute réussi à avoir une remise de Arthur A. Levine Books – peut-être parce que ce dernier veut également vendre le reste de ses livres sur Amazon.com.

Finalement, le public achète plusieurs titres. Cela veut dire qu’aucun éditeur de contenu – qu’il soit de films, de séries télévisées, de livres ou de musique – n’a une offre qui permette au public d’oublier la concurrence. Même Universal – qui est le plus gros des 5 majors – peut difficilement lancer son offre de vente de musique en ligne tout seul. Le consommateur veut une offre qui comprend les titres de toutes les grandes maisons de disque et pas seulement Universal. S’il est relativement facile pour tous les majors de s’allier – il n’y en a que 5 – aucun n’a de monopole individuel.

Le matériel est mort. Pour les PC uniquement.

Lorsque l’on a commencé à dire que le matériel était mort, c’était en ayant pour cadre de référence les PC. De fait, le logiciel a siphonné la plupart des profits. Les fabricants de PC se battent pour des marges minimes. Les constructeurs de machine Unix, quant à eux, ont commencé une longue descente aux enfers. Ils ont depuis quasiment tous disparus quand ils ne se sont pas fait racheter (Digital, Silicon Graphics, Sun). Deux exceptions à la règle cependant: Intel et Apple se portent tous deux très bien pour des entreprises qui vendent des produits « morts ».

Mais le contenu numérique n’est plus simplement consommé sur des PC. Il est désormais accédé sur une multitude d’autres appareils. Et sur ces marchés en cours de développement le matériel reste roi. L’iPod l’a prouvé, ainsi que l’iPhone ou le TiVo.

Dans le cas de matériel autre qu’un ordinateur, on peut penser que le contenu ait autant besoin du matériel qu’inversement, ce qui favoriserait les accords commerciaux. En fait, ce n’est pas toujours vrai.

Car beaucoup de ces appareils ont eu du succès sans avoir à passer d’accord. L’iPod a récupéré le contenu des CDs que possédait le consommateur… quand ce dernier n’a pas téléchargé illégalement de la musique. Le TiVo enregistre les émissions auxquelles le consommateur a accès par le biais de son abonnement câble ou satellite. L’iPhone, quant à lui, n’était pas une machine dédiée au départ au contenu (les premières versions ne permettaient pas encore l’installation d’applications tierces). Il n’en n’a pas eu besoin pour se vendre comme des petits pains. Et tous ont eu du succès parce qu’ils battaient la concurrence en terme de facilité d’utilisation et/ou de fonctionnalité – PAS par leur offre du contenu. Et si, comme le prétend la rumeur, Apple sort sa tablette Internet, cette dernière devra son succès plus à ses fonctionnalités que le contenu tiers fourni.

Mais une fois qu’ils ont développé une forte base installée, ces appareils peuvent revendiquer un certain poids dans la balance. C’est ce qu’a fait Apple, fort du succès de l’iPod. Si demain le TiVo propose un service de location numérique par Internet, il peut se targuer d’avoir des millions d’utilisateurs lorsqu’il veut signer les droits avec les maisons de production. Et si la tablette hypothétique d’Apple se vend bien, elle sera en position de force pour s’attaquer au marché des livres électroniques.

Certains appareils, cependant, offrent uniquement un accès au contenu. Dans ce cas-là, ils se doivent de passer des partenariats avant d’être commercialisés. Ce fut le cas de l’Apple TV comme de n’importe quel livre électronique. Mais il est intéressant de noter que si tous les livres électroniques du marché permettent d’acheter des ouvrages auprès de tous les éditeurs, le consommateur va comparer les livres électroniques et non l’offre des éditeurs – il va prendre ces derniers pour acquis. La raison est que le consommateur va acheter un livre électronique, mais plusieurs ouvrages en ligne – probablement de plusieurs éditeurs. Le fait que le consommateur achète un appareil et/ou logiciel pour accéder au contenu mais plusieurs titres joue en défaveur des fournisseurs de contenu.

Conclusion

Il existera peut-être un jour où l’accès au contenu sera tellement facile que tous les appareils se ressembleront. Ce jour-là, est-ce que les fournisseurs de contenu auront plus de poids? Pas forcément. Car un constructeur peut encore tirer les ficelles du jeu s’il est arrivé à avoir imposé son format propriétaire.

Car un Amazon.com et autres Apple veulent tous imposer leur propre format de livre ou film au format numérique – comprenez: format qui ne peut être lu que sur le matériel vendu par Amazon.com ou Apple. Un constructeur qui arrive à imposer son standard propriétaire possède un avantage certain (demandez à Microsoft): le consommateur n’aura pas envie de perdre l’accès aux titres qu’il a patiemment acheté. C’est pour cette raison que le Blu-Ray et le HD-DVD ont dés le début fourni une compatibilité avec les DVD, ayant réalisé que le consommateur n’allait pas racheter toute sa bibliothèque au nouveau format.

Devant ce risque, c’est aux fournisseurs de contenu de se mettre d’accord sur le format et ne pas laisser les constructeurs imposer leurs choix. La solution la plus facile est encore de ne pas utiliser de protection – le tatouage numérique est sans doute aussi efficace, sans avoir les inconvénients de la protection physique. Les fournisseurs de contenu sont toujours réticents à poursuivre cette option. C’est pourtant en décidant de vendre leur musique au format MP3 – non protégé donc – que les majors de musique ont contribué à ce que d’autres distributeurs qu’Apple puissent vendre de la musique aux possesseurs d’iPod. Et ainsi de contraindre Apple d’augmenter ses prix.

Google et les médias

18 septembre 2009

Ce n’est une nouvelle pour personne, la presse écrite a durement été affectée par Internet. Les abonnements sont en chute libre et la presse n’arrive pas à compenser la manque à gagner par les revenus de la publicité sur Internet.

Fort du succès du Wall St Journal qui fait payer son contenu en ligne, sa maison mère, News Corp, compte adopter le même modèle pour tous les journaux du groupe. Rupert Murdoch, le célèbre magnat de la presse australien, a récemment affirmé que tous les sites Web du groupe seraient désormais payants d’ici à l’été 2010. Mais le WSJ est un cas à part – je doute que ses lecteurs se soucient du prix, surtout quand c’est l’employeur qui paye. Convaincre le grand public de mettre la main à la poche sera une autre paire de manche.

Il y a quelques mois j’avais écrit un article sur le sujet où j’exprimais mes doutes quant à un abonnement en ligne calé sur le modèle traditionnel. Partant du principe qu’Internet a habitué les lecteurs à ne plus être restreints par le nombre de publications qu’ils lisent, je voyais plus d’avenir en un abonnement multi-publications. J’avais même demandé l’avis de plusieurs rédactions de journaux de presse français – Je n’ai reçu aucune réponse.

En attendant, Google espère lancer un service similaire. Dans un manifeste de 8 pages intitulé Google’s proposal to the Newspaper Association of America, le géant de la recherche en ligne courtise la presse américaine et propose sa solution pour les aider à survivre. L’idée générale est de permettre aux lecteurs d’avoir accès à plusieurs publications par le biais d’un seul abonnement.

Je ne serais pas surpris si Amazon.com propose une solution similaire d’ici peu. La firme de Jeff Bezos est en effet très impliquée dans la vente de médias au format numérique. Elle possède même son propre eBook – le Kindle – qui est le premier du type à avoir un certain succès (le Kindle n’est cependant disponible qu’aux Etats-Unis)

Les enjeux pour Google

Google n’a que très peu à perdre dans cette histoire. Tout d’abord, son service existant, Google News, n’a pas bonne réputation au sein des groupes de presse. Rupert Murdoch a à maintes fois critiqué ce service – même si jusqu’alors News Corp accepte que ses articles soient indexés par Google News. La proposition de la firme de Mountain View ne peut qu’améliorer ses relations avec la presse écrite. Car cette fois-ci, Google propose un partenariat avec la presse avec source de revenu supplémentaire à la clé. Une grande différence avec Google News que le géant de la recherche en ligne a développé sans consulter personne ni payer quiconque.

L’autre aspect est bien sûr l’aspect financier. Dans son manifeste, Google compare le modèle qu’il propose à celui d’Apple et son AppStore – autrement dit, le géant de Mountain View prendrait 30% des ventes en échange d’une solution clé en main. Mais les revenus des abonnements sont bien moins attrayants que les revenus de la publicité. La Newspaper Assocation of America citée dans le manifeste représente la presse écrite quotidienne américaine, soit en 2008 un tirage total de 500 millions de journaux. Je ne sais pas combien cela représente en chiffre d’affaire ($5 milliards tout au plus?), mais c’est sans doute inférieur aux $38 milliards de recettes publicitaires qui se sont divisés comme suit (source: Newspaper Association of America): $25 milliards pour la publicité papier, $10 milliards pour les petites annonces (en pleine dégringolade du fait d’Internet) et $3 milliards pour la publicité en ligne. Autrement dit, un joli gâteau.

Qui plus est, Google essaie une fois de plus d’avoir le grand public comme client direct. Pour l’instant, 99% de ses revenus proviennent de sites Web tiers qui achètent des encarts publicitaires et autres « liens sponsorisés ». Le consommateur moyen ne donne quasiment jamais son numéro de carte bleue à Google. Mountain View a bien essayé de changer cela en lançant son service de paiement en ligne Google Checkout, mais non seulement ce service a fait un bide, mais il a tendu les relations avec eBay. Ce dernier n’a en effet pas apprécié que Google – un de ses partenaires – entre en concurrence directe avec son propre service PayPal. Mais avec son ambition de devenir un distributeur d’articles de presse, Google espère donner un sérieux coup de pouce à Google Checkout.

A noter que son initiative Google Books s’inscrit dans la même lignée: Google veut pouvoir vendre des livres au format numérique au grand public.

La solution de Google peut-elle marcher?

Une telle solution telle que Google propose peut-elle marcher? En théorie, possible, car Mountain View reste réaliste sur bien des points.

Tout d’abord, Google a reconnu que les internautes sont habitués à lire quelques articles d’une multitude de journaux et non plus beaucoup d’articles d’une poignée de publications. Mis à part quelques publications spécialisées, l’abonnement spécifique à une seule publication en ligne n’a que très peu de chances d’être accepté.

Ensuite, Moutain View sait que l’achat article par article a toutes les chances d’être un échec. Une transaction financière pour chaque article de presse, aussi minime soit-elle, tuerait la lecture impulsive. D’où son idée de fournir différents types d’abonnements multi-publications – suivant le nombre de publications que le lecteur désire voir couvrir. Si Google envisage un système de micropaiement pour les articles non couverts par son abonnement, il ne prévoit pas que le micropaiement soit la norme.

Google est également réaliste sur le type de contenu à vendre. Dans son manifeste, la compagnie souligne que les internautes ne vont pas payer pour l’actualité pure car ils peuvent la trouver n’importe où gratuitement. Elle insiste donc sur le fait que les articles doivent apporter une certaine valeur ajoutée: reportage exclusif, éditorial, analyse poussée, etc.

La presse va-t-elle accepter?

Il est cependant facile pour Google d’être réaliste, car ce n’est pas de son bifteck qu’il s’agit. Il est toujours plus facile de voir et d’accepter un changement lorsque cela ne nous affecte pas directement. La presse écrite a, elle, beaucoup plus à perdre.

Pour son projet Google Books, Google a cependant réussi à conclure un accord commercial avec le monde de l’édition américain (les opposants sont des autres acteurs du marché, comme Amazon ou Microsoft). Il est donc possible qu’il arrive à conclure un accord avec la presse écrite américaine.

Il est intéressant de noter que les maisons d’éditions étrangères n’ont pas été aussi enthousiasmées. Il ne serait donc pas étonnant que la presse étrangère soit moins ouverte à faire affaire avec le géant américain.

La prochaine lutte d’influence

Si la presse accepte de faire affaire avec un nouveau type de distributeur – la distribution en ligne – elle devra s’engager dans une partie de bras de fer avec cette dernière. Entre le fournisseur de contenu (la presse) et le distributeur (qu’il soit Google ou autre), qui dictera ses conditions à l’autre?

La presse ferait bien d’étudier le cas d’autres médias qui ont fait affaire avec des distributeurs en ligne: l’édition papier et la musique.

Dans le monde de l’édition papier, si les éditeurs avaient le haut sur les distributeurs, ils décideraient du prix des livres lorsqu’ils sont vendus en ligne ainsi que des marges des distributeurs. Mais ce n’est pas toujours le cas. Aux Etats-Unis, la popularité d’Amazon.com fait en effet que ce dernier est en position de force. Il impose ainsi des diminutions de prix aux maisons d’édition, lui permettant de vendre à prix cassés (en France la loi interdit une telle pratique). Et lorsqu’Amazon a sorti son eBook, il a pu négocier le prix symbolique de $9,99 pour les best-sellers – prix jugé beaucoup trop bas par de nombreux professionnels de l’édition.

Dans le domaine de la musique, les maisons de disques aimeraient qu’Apple ait moins d’influence. Le succès de l’iPod a propulsé Apple comme poids lourd de la distribution de musique au format numérique. Steve Jobs a pu négocier le prix symbolique de $0,99 par chanson – prix jugé beaucoup trop bas par de nombreux professionnels de la musique. Ces derniers ont d’ailleurs eu beaucoup de mal à forcer Apple à augmenter ses prix.

Il est intéressant de noter que le manifeste de Google mentionne l’AppStore d’Apple, car là aussi la firme à la pomme a le haut sur les fournisseurs de contenu – les éditeurs de logiciels pour l’iPhone et l’iPod Touch. Par contre, ces derniers fixent eux-même leur prix.

La raison pour laquelle Amazon et iTunes ont pu acquérir une telle position de force sur leur marché respectif est que les maisons d’édition et les majors de musique leur ont initialement laissé le champ libre. Sans doute parce que ces derniers n’étaient pas sûrs de la manière d’aborder le tournant Internet, mais sans doute aussi parce qu’ils pensaient être indispensables étant donné qu’ils fournissaient le contenu.

Mais passé une certaine taille, Amazon et Apple ont réussi à avoir une influence plus importante qu’escomptée. Pour essayer de diminuer l’influence d’Apple, les maisons de disque ont finalement autorisé des compagnies comme Amazon.com à vendre de la musique au format MP3 afin d’atteindre les possesseurs d’iPod. Mais la décision a été prise beaucoup trop tard. La firme de Jeff Bezos a à peine égratigné les parts de marché d’Apple, et ce malgré qu’elle vende des MP3 souvent moins cher qu’iTunes et tout aussi facile à installer sur un iPod. L’inertie des internautes fait qu’iTunes reste la destination numéro un des achats de musique numérique.

Leçon pour la presse

La leçon à en tirer est que la presse doit prendre partie active dans son approche du contenu payant et ne pas laisser des compagnies tierces s’occuper de tout – sur ce point Rupert Murdoch a raison. Cela ne veut pas forcément dire faire tout soi-même, mais de n’avoir qu’une confiance limitée dans les distributeurs. Eviter de laisser à ces derniers le choix des standards à utiliser par exemple. Que les lecteurs puissent sauvegarder des articles en un format non contrôlé par le distributeur, comme le format Acrobat d’Adobe (PDF)

Et surtout, dés le début s’assurer qu’il existe plusieurs distributeurs, afin que le public soit dés le début habitué à comparer ces derniers. Je suis certain qu’Amazon serait intéressé, même dans les pays où son Kindle n’est pas disponible. En France il existe également Relay qui, outre le fait de déjà distribuer la presse écrite traditionnellement, a développé son kiosque numérique. Et qui sait, peut-être d’autres compagnies comme la Fnac…

De la même manière, s’intéresser aux eBooks n’est pas un luxe inutile. Il est possible que ces types d’appareils ne soient jamais populaires pour lire les journaux. Beaucoup d’internautes ont pris l’habitude de lire la presse au travail, donc n’ont pas besoin d’un eBook. Mais on ne sait jamais. Occuper le terrain dés le début peut éviter un casse-tête à plus long terme.

La presse a été très rapide à adopter Internet dans les années 90. Mais elle a loupé l’aspect multi-publications que désiraient les internautes. Un vide qui a donné lieu à la naissance de Google News. Parfois, ignorer un seul modèle peut amener à des regrets au long terme.

Nouvelle guerre des format de musique

11 septembre 2009

L’industrie du disque va une nouvelle fois être confrontée à une guerre des formats numériques.

La précédente guerre des formats a été gagnée par le format MP3, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le MP3 a occupé le terrain avant tout le monde. A une époque où l’industrie du disque restait fixées sur les ventes de CD, le grand public commençait déjà à télécharger des MP3 sur Napster.

D’autres formats ont été crées pour concurrencer MP3, mais l’absence de contrainte de ce dernier a prévalu (pas de restriction pour la copie, etc.). Même Apple, pourtant fervent adorateur des formats propriétaires, supporte le MP3. Au final, les maisons de disques se sont à contrecœur ralliées derrière ce format dans l’espoir de diminuer l’influence d’Apple dont le magasin en ligne iTunes domine les ventes numériques.

Mais le MP3 a eu un impact sur les ventes d’album. Surprise, surprise, le public n’est que peu intéressé par acheter un album où seulement une ou deux chansons l’intéresse – il préfère acheter des chansons individuellement. Très mauvaise nouvelle pour une industrie habituée à arrondir ses fins de mois grâce aux compilations, best of et autres megamix.

Le renouveau de l’album… enfin une tentative

L’industrie du disque a fini par accepter le fait que pour survivre, l’album doit offrir plus qu’un simple groupe de chansons. L’idée du jour est de vendre une « application » au lieu d’un album. En d’autres termes, un programme qui va vous permettre de jouer de la musique, mais aussi de visionner les vidéos associées, afficher la jaquette, télécharger les sonneries pour portable, etc.

Qui dit « application » dit nouveau format. C’est donc naturellement qu’Apple a sorti son propre format, nom de code « iTunes LP » (LP = « long play » – 33 tours en anglais). Comme de bien entendu propriétaire, c’est-à-dire uniquement disponible sur iTunes et fonctionnant uniquement sur iPod et iPhone. Si les maisons de disques sont en partenariat avec Apple (ce dernier ne pourrait pas lancer des albums sous son propre format sans leur accord), ils comptent néanmoins sortir leur propre format concurrent, nom de code CMX. Pourquoi? Pour la même raison qu’ils ont adopté le MP3: pour permettre à d’autres magasins de vendre de la musique en ligne.

Mais cette fois ils n’ont plus de format ouvert concurrentiel – en d’autres termes, il n’existe pas un MP3 de l’album numérique. Les applications CMX ne seront certainement pas disponibles sur iTunes, mais il est à parier qu’elles fonctionneront sur l’iPod – les majors arriveront certainement à forcer Apple à accepter que l’iPhone ait une application permettant lire les CMX. Par contre, je doute que la solution CMX soit aussi facile d’accès que la solution d’Apple sur un iPod.

Mais les deux solutions seront certainement bardées de protection électronique – le genre même qui a rebuté le consommateur. Si l’idée d’une « application musicale » prend, je serais curieux de savoir si un format ouvert va se développer. A priori il semblerait difficile, car il. Mais qui sait…? A moins qu’une alternative se développe en Flash.

Une autre manière de regagner la faveur du public

Maintenant, il y a autre chose que les maisons de disque peuvent faire pour regagner les faveurs du public: améliorer les relations directes avec le consommateur et récompenser les fans qui dépensent beaucoup pour leurs artistes favoris.

Certes, le public a été habitué avec le téléchargement illégal d’avoir des chansons gratuitement, et a accepté plus tard de les payer à un prix modeste. Mais cela ne veut pas dire qu’il refuse de mettre la main à la poche. Les sonneries pour portables sont plus chères que leur équivalent MP3, mais tout aussi populaires auprès des jeunes. De même, une place de concert coûte beaucoup plus qu’un album CD. Les concerts sont d’ailleurs la première source de revenus des artistes. Il est très difficile pour ces derniers de gagner de l’argent par les ventes de CD uniquement (du moins aux Etats-Unis, je ne sais pas comment les contrats sont en France)

En d’autres termes, un petit pourcentage des fans représente un gros pourcentage du chiffre d’affaire de la musique. Et avec la vente en ligne il est extrêmement facile de repérer ces fans.

Imaginez un système où le consommateur, lorsqu’il achète un album ou une place de concert, est automatiquement inscrit à une tombola mensuelle, et où chaque $ (ou euro) dépensé représente autant de tickets achetés. Les prix à gagner? Un accès privilégié à l’artiste. Cela peut être des places de concert, ou ne serait-ce que la possibilité d’envoyer un email aux artistes avec garantie qu’ils le liront (avec notification lorsque cela arrive). Plus un fan dépense pour son/ses artiste(s) préféré(s), plus il a de chance d’entrer en contact avec eux.

L’accès à l’artiste est quelque chose que les maisons de disque peuvent contrôler – et monnayer – bien mieux que quiconque. Cerise sur le gâteau, ca ne leur coûte pas grand chose.

La question est: les maisons de disque vont-elles penser à une telle solution? J’en doute.