Archive pour mai 2011

Nouvelles attaques contre Steve Ballmer

27 mai 2011

Pauvre Steve Ballmer !

Il est le PDG depuis 2000 de l’une des plus grosses compagnies informatique de la planète – Microsoft. Depuis 2000, la compagnie a continué à enregistrer une croissance importante – en revenus comme en profits. Pourtant, l’action est plate depuis 10 ans et nombreux sont ceux qui ont demandé sa démission.

Dernier en date, David Einhorn, président de Greenlight Capital, un fond de pension qui détient 9 millions d’actions Microsoft. Mr. Einhorn étant apparemment très connu dans le monde de la finance, sa critique acerbe du PDG de Microsoft en affirmant que ce dernier est le principal frein à l’action Microsoft a fait grand bruit.

Un risque pour Ballmer ?

Depuis plusieurs années, nombreux sont ceux qui espèrent que le comité de direction éjecte Ballmer – voire qui prédisent qu’il va démissionner.

J’imagine mal Ballmer démissionner. Certes, Microsoft n’est plus aussi puissant qu’il ne l’était et il doit en avoir plus qu’assez qu’on lui casse constamment du sucre sur le dos. Mais démissionner pour faire quoi ? A 55 ans, quelqu’un d’aussi énergétique que Ballmer est trop jeune pour prendre sa retraite. Diriger une autre compagnie d’une taille équivalente ? Pas forcément facile, surtout quand personne ne loue ses langes. Et surtout, mis à part deux aux où il a travaillé en tant qu’assistant de manager de produit chez Procter & Gamble, il n’a connu que Microsoft chez qui il a passé 31 ans.

Quant à un limogeage, Ballmer garde le soutien du comité de direction et de Bill Gates qui en fait partie. Autrement dit, Ballmer reste solidement en place. Les 0,11% de parts de Microsoft que détient Greenlight Capital font pâle figure face aux 4% que détient Steve Ballmer ou aux 10% que détient Bill Gates.

La manière la plus sûre de voire tomber Ballmer serait s’il s’avère que la compagnie ait truqué son bilan pour masquer une chute des revenus. Mais ne rêvons pas.

Remplacer par qui ?

Certes, Ballmer n’est peut-être pas la bonne personne pour Microsoft. Comme l’ont indiqué certaines personnes, ce n’est pas un visionnaire comme Steve Jobs, ni n’est un « techie » en phase avec l’engineering comme l’était Bill Gates. Mais remplacer Ballmer n’est pas pour autant la solution miracle. Car un PDG a bien moins de pouvoir sur l’entreprise que l’on pense. Une entreprise n’est certes pas une démocratie et un PDG a peut-être techniquement les plein pouvoirs, dans les faits de nombreux détails lui échappent. On ne change pas la culture d’une entreprise simplement en changeant de direction.

Il existe tout d’abord un filtrage des informations qui remonte au PDG. Un développeur de génie peut inventer une produit révolutionnaire, ce produit n’ira nulle part s’il ne correspond pas à la culture maison et n’arrivera jamais aux oreilles du PDG. De la même manière, le feedback en provenance du terrain n’est pas forcément entendu par le PDG car filtré par les couches de management successives.

Et les informations dans l’autre sens ne sont pas forcément mieux loties. Une petite phrase du PDG peut être très facilement répétée, amplifiée et déformée. Ces directives par contre peuvent ne pas être scrupuleusement appliquées à la lettre. Par exemple, un produit prend forme du fait d’une multitude de décisions prise par plusieurs personnes. Ballmer (ou son successeur) aura beau dire que l’aspect esthétique des produits devrait prendre plus d’importance, les décideurs à tous les échelons restent les mêmes. A tous les niveaux de l’échelle, les développeurs ont raison sur les non-techniciens chez Microsoft.

Pour compliquer les choses, il faut se souvenir que Microsoft n’a connu que deux PDG (Bill Gates et Steve Ballmer) et que tous deux ont une légitimité difficile à imiter. Bill Gates est le cofondateur et Ballmer fait partie de la maison depuis 1980. Un nouveau PDG n’ayant pas fait 20 ans chez Microsoft risque de rencontrer des résistances à tous les niveaux. Eric Schmidt, ancien PDG de Google, a connu le même problème lorsqu’il dirigeait Novell et n’a jamais réussi à se faire accepter.

Les « problèmes » de Microsoft (si on appelle ça problème – je rappelle qu’ils sont extrêmement profitables) sont avant tout culturels et stratégiques. Redmond est par exemple incapable de sortir des produits aussi bien pensés que ceux d’Apple (cela dit, nulle autre compagnie n’en n’est capable). Elle peut difficilement donner gratuitement Windows Phone 7 car c’est sa manière de se faire de l’argent, contrairement à Google qui peut se permettre de donner Android gratuitement étant donné que sa source de revenus principale est la publicité.

Remplacer le PDG de Microsoft a peu de chance d’aboutir à moins que le remplaçant soit un spécialiste du turnaround – et encore. En attendant, Ballmer possède un avantage qu’aucun de ses successeurs n’aura : le temps. La force de Microsoft a toujours été de persister jusqu’à ce que l’ennemi commette une faute. Fort de l’appui de Bill Gates, Ballmer peut se payer le luxe de suivre une telle stratégie, alors que son successeur aura beaucoup moins de temps pour obtenir des résultats avant qu’on lui montre la porte.

Microsoft s’offre Skype

13 mai 2011

Microsoft vient de s’offrir Skype pour la coquette somme de $8,5 milliards – le tout en liquide s’il vous plait !

Presque tous les analystes s’accordent à dire que le prix est beaucoup trop élevé (l’action Microsoft a d’ailleurs légèrement baissé). Pour comparaison, eBay avait acheté Skype en 2005 pour $3,1 milliards – pour le revendre 70% en 2009 à un prix bien moins élevé et après avoir reconnu qu’ils avaient payés trop cher.

Mais il faut se rappeler d’une chose : Microsoft n’est pas eBay et possède un énorme trésor de guerre avec $50 milliards en liquidités ou investissements à court terme. Et le géant de Redmond gagne plus de $8,5 milliards de profits en l’espace de deux trimestres. En d’autres termes, ce n’est pas un achat qui va mettre Redmond sur la paille.

Mais la raison de l’achat n’est pas très claire pour une telle somme.

Un achat technologique ?

Une première raison d’un tel rachat est bien évidemment pour la technologie. Microsoft a annoncé qu’il comptait intégrer Skype avec Office, la Xbox, Kinect et Windows Phone 7. Redmond possède pourtant déjà un outil comparable avec Lync, son programme de chat / téléphonie IP / visioconférence à deux destiné aux entreprises. Certes, Skype est connu pour être très robuste, mais il n’est pas dit que les utilisateurs voient la différence avec Lync. Skype possède en plus un risque : il est en effet rarement apprécié des administrateurs système car il consomme énormément de bande passante et est extrêmement opaque dans son fonctionnement.

On peut se demander si Microsoft n’essaie pas d’imiter Apple. Redmond souffre en effet que Cupertino ait le vent en poupe et génère autant de buzz quoi qu’il fasse. Or Apple pour fortement Facetime, son propre service de visioconférence. La plupart des appareils Apple sont désormais équipés d’une caméra frontale pour supporter Facetime : l’iPhone, l’iPad et le Mac (iMac comme Macbook). Si Facetime ne semble pas avoir un grand succès ni déchaîné les passions, il est possible que Microsoft essaie de couper l’herbe sous le pied à Apple.

Un domaine où Skype peut faire la différence en entreprise peut être la vidéoconférence (pas à deux personnes, mais dans une salle de conférence), un domaine où Microsoft a du mal à s’imposer face à Cisco.

Mais tout de même. $8,5 milliards représentent quand même beaucoup d’argent pour juste acquérir une technologie.

S’acheter 170 millions d’utilisateurs ?

Une autre raison d’un tel prix est de récupérer des utilisateurs. Skype revendique en effet 170 millions d’utilisateurs réguliers. Si $50 par utilisateur semble beaucoup (Skype est tout juste profitable), Skype reste très prisé des consommateurs qui veulent appeler à l’international pour pas cher. C’est là où Microsoft peut jouer la carte de l’intégration avec Windows Phone 7 qui a bien besoin d’un coup de pouce. Après tout, Microsoft a toujours aimé conquérir des marchés en s’appuyant sur sa plateforme (pensez Office ou Internet Explorer). Ballmer espère peut-être qu’il va pouvoir s’appuyer sur la base installée Skype pour fortifier WP7.

Si tel est le cas, on peut s’attendre à ce que la version Skype sur WP7 s’améliore et/ou que la version sur Android et iPhone se dégrade.

Mais là encore, le fait que Skype soit à la fois gourmand en bande passante et concurrence les appels téléphoniques traditionnels peut être un handicap. Certains pensent qu’intégrer le programme à WP7 pourrait refroidit certains opérateurs cellulaires.

Achat défensif ?

Bob Cringley pense sur son blog que la manoeuvre est plus défensive qu’offensive, et que le but était d’empêcher Google d’acquérir Skype. Je ne suis pas certain que Skype ait tellement aidé Google (pour les mêmes raisons que pour Microsoft). Mais il est vrai que ce qui compte est la perception de Steve Ballmer.

Microsoft panique ?

Quelles que soient les raisons, le rachat donne une impression de panique de la part de Microsoft. Malgré ses milliards en banque, la compagnie est en effet connue pour être pingre, or son offre serait deux fois plus importante que celle de Google.

L’avenir nous montrera ce que Skype va devenir avec Microsoft.

Le crash d’EC2

6 mai 2011

Une des nouvelles qui a fait grand bruit sur la toile a été le crash du service de Cloud Computing d’Amazon.com, EC2. Ce dernier a eu beau affirmer offrir un taux de disponibilité de 99,95% (soit environ 4 heures par an), plusieurs sites Web hébergés sur EC2 ont été hors-service pendant plus que ça – certain jusqu’à 36 heures.

Attentes différentes

Le fait qu’un site Web soit hors service n’est en soi n’est rien de nouveau. Les sites Web plantent, les infrastructures informatiques défaillent pour de nombreuses raisons. J’ai personnellement vu des pannes informatiques généralisées parfois dues à une erreur humaine (l’électricien qui déclenche par inadvertance l’alarme incendie dans la salle machine), parfois par malveillance (un employé du service réseau qui a fichu la pagaille après avoir appris qu’il était licencié).

Mais lorsque l’on délègue quelque chose – et que l’on paye pour cela – les attentes sont bien plus importantes. « Ce sont des professionnels, on peut leur faire confiance. » Pas toujours.

Tout d’abord, séparons les compagnies de Cloud Computing qui fournissent de la puissance de traitement pur à la demande des compagnies de SaaS (Service as a Service) qui louent sur site Web sous forme de service. Si ces dernières sont souvent l’interlocuteur du client final, elles hébergent rarement leurs propres serveurs et passent au contraire par des compagnies de Cloud Computing spécialisées. Amazon.com, Microsoft Azure, mais d’autres moins connus tels que GoGrid ou Rackspace Cloud.

Le premier problème est que les compagnies de SaaS se spécialisent plus dans l’aspect applicatif que dans l’aspect haute disponibilité, reléguant ce dernier aux compagnies de Cloud Computing. Mais lorsque l’on a affaire à de la haute disponibilité, tous les éléments de la chaîne peuvent mettre le site Web hors-service. Les machines comme l’application que construisent les compagnies de SaaS.

Dans le cas d’Amazon.com, le problème n’a cependant pas été au niveau du SaaS mais bel et bien du réseau de machines. Les systèmes comme le service EC2 d’Amazon ont des mécanismes de redondance en cas d’indisponibilité de certains éléments du réseau. En d’autres termes, ce sont des mécanismes de type non-Karenine, c’est-à-dire que pour qu’une panne survienne il faut que plusieurs problèmes se superposent. Dans le cas d’EC2, voici dans les grandes lignes ce qui est arrivé :

  • Amazon.com a voulu mettre à jour la capacité de stockage dans son réseau de Virginie. Pour cela, le trafic a dû être rerouté. Pour l’instant, rien d’anormal.
  • Le premier problème est survenu lorsque, du fait d’une erreur humaine, le trafic a été incorrectement rerouté vers un réseau de secours. Ce réseau s’est alors effondré, n’ayant pas la capacité pour supporter l’afflux de trafic.
  • Le deuxième problème a été qu’un bug dans l’architecture d’EC2 a fait que cet effondrement a provoqué la panique générale au sein des serveurs d’EC2.

Quelles sont les chances pour que les deux problèmes arrivent en même temps ? Sur le papier, quasi-impossible – j’ai même lu dans quelques articles que la panne de EC2 était soi-disant « impossible ». Du moins en pratique. Le problème est qu’un système non-Karenine entraîne un faux sentiment de sécurité. Car un ou plusieurs éléments du système ne peuvent ne pas fonctionner (ou ne fonctionnent qu’en intermittence) sans que l’on se rende compte de quoi que ce soit. Après tout, le système fonctionne correctement.

Et c’est ce qui arrivé chez Amazon.com : le bug dans l’architecture d’EC2 existait depuis toujours. Mais il est passé inaperçu pendant des années car le premier problème (le reroutage par inadvertance vers le mauvais réseau) ne s’était jamais produit.

Amazon.com n’est-il donc rempli que d’incapables ? Loin de là ! Rappelons que la compagnie doit génér un site Web qui doit résister au gros volume de ventes à la période de Noël sans jamais tomber en panne – toute mise hors service coûte fort cher en revenus perdus. Amazon.com a donc une expérience en matière de haute disponibilité et de traffic élevé.

Mais plus un système est complexe, plus n’importe quel changement peut entraîner des conséquences auxquelles on n’avait pas pensé. Pour empêcher la panne, Amazon.com aurait dû identifier tous les cas de scénarios de panne. Et si une panne peut être provoquée par la conjonction de N facteurs, s’assurer pour chacune des combinaisons que le réseau fonctionne toujours lorsque N – 1 facteur est présent.

Allez par contre tester ça en pratique…