Convergence tablette / PC : sous quelle forme?

Publié 18 octobre 2013 par lpoulain
Catégories : Ordinateurs de poche

Depuis qu’Apple a lancé l’iPad en 2010, tout le monde a redoublé d’effort pour permettre aux tablettes d’être mieux adaptées aux applications de productivité – sans grand succès. Apple vend un clavier Bluetooth pour iPad. Plusieurs compagnies ont lancé des portables PC avec un clavier amovible. Logitech et tant d’autres vendent des claviers / étuis pour iPad. Mais pour l’instant, personne n’a trouvé la formule gagnante.

Challenges matériel ET logiciel

On parle beaucoup de convergence entre tablettes et PC, mais elle tarde à arriver. Il faut dire qu’elle se heurte à deux obstacles :

  • Un obstacle matériel : comment pouvoir facilement rajouter un clavier à une tablette, pour pas trop cher, avec un résultat qui tienne la route ? Un portable PC a l’avantage d’avoir un écran fermement attaché au clavier, ce qui lui permet de garder un écran vertical même sur ses genoux.
  • Un obstacle logiciel : comment s’assurer que le système d’exploitation comme les applications soient aussi faciles à utiliser avec un écran tactile qu’avec une souris ou un trackpad ? Certaines applications PC sont conçues pour fonctionner sur un grand écran et/ou de cliquer avec une grande précision. Certaines applications mobiles, quant à elles (particulièrement des jeux) demandent de sauter rapidement d’un bout à l’autre de l’écran (Fruit Ninja) ou de tapoter le plus de fois possibles.

L’approche Microsoft

Sans grande surprise, Microsoft a depuis 2001 « adapté » Windows pour qu’il tourne sur une tablette. Windows XP comme Vista n’avaient cependant comme seule adaptation le support d’écran tactile. Les tablettes devaient avoir un écran tactile très grand, ce qui a entraîné un prix beaucoup trop élevé (dans les $3000). Redmond a depuis corrigé sa copie avec Windows 8 en remplaçant l’interface graphique traditionnelle par l’interface de Windows Phone.

Côté matériel, la tablette Surface de Microsoft a un prix plus raisonnable, un écran plus petit format 16:9 (conçu donc pour être lu en mode paysage). Et son atout majeur est son clavier amovible.

Mais force est de constater qu’en voulant satisfaire les deux camps, le résultat est loin d’avoir fait l’unanimité. Le monde du PC n’aime pas le changement et regrette l’ancienne interface Windows. Et le monde mobile ne s’est pas rué sur la Surface pour autant. Il faut dire que la Surface à base de processeur ARM est incompatible avec Windows et de ce fait n’a que peu de logiciels. Quant à la Surface Pro (à base d’Intel), son prix élevé la met plus en concurrence avec les Ultrabooks PC qu’avec les autres tablettes du marché.

Microsoft est ici handicapé par les demandes matérielles de Windows. Développé sur PC, ce dernier est beaucoup plus gourmand en ressources qu’iOS ou Android. Une Surface 32 Go n’a par exemple que 12 Go de libre, le reste étant occupé par Windows. Quand à la Surface Pro, les resources necéssaires pour faire tourner Windows Intel ont augmenté le prix de la machine.

L’approche Google

Google pour l’instant ne semble pas chercher la convergence. Le géant de la recherche en ligne maintient deux systèmes d’exploitation en parallèle. Android pour les smartphones et tablettes d’un côté, et Chrome OS pour ses Chromebooks de l’autre.

Ubuntu travaille cependant sur « Ubuntu pour Android ». Cette distribution de Linux en cours de développement permettra de faire tourner Ubuntu sur un smartphone, en parallèle d’Android. Elle permettra également de brancher le smartphone à un écran, le transformant en ordinateur. Le site d’Ubuntu pour Android n’explique cependant pas quelles applications Ubuntu seront disponibles (étant souvent compilées pour processeur Intel) ni si elles seront utilisables de manière optimale à la fois en configuration smartphone et en configuration ordinateur.

Que ferait Apple ?

Apple étant orienté grand public, le marché professionnel n’est pas son coeur de cible. Mais la firme de Tim Cook pourrait être intéressée d’étendre le marché de l’iPad en remplaçant Windows auprès du grand public. Steve Jobs s’est une fois plaint du fait qu’en entreprise, les acheteurs n’étaient pas les utilisateurs – phénomène qui change avec le concept du BYOD (Bring Your Own Device) où les employés apportent leur propre matériel au bureau.

Un écran tactile ne sera jamais idéal pour des applications de productivité, mais la firme à la pomme pourrait apporter de nombreuses améliorations à iOS si elle le désirait. Comme rajouter les touches de curseur au clavier ou tout autre moyen de pouvoir facilement sélectionner du texte avec précision.

Mais Apple pourrait faire bien plus que cela. Si l’histoire est un guide, la compagnie préfère vendre deux appareils séparés plutôt qu’un appareil multifonctions. Dés la sortie de l’iPhone j’avais imaginé une station d’accueil en forme de PC portable où l’on insère son iPhone, transformant ce dernier en un portable avec un vrai clavier et un grand écran. Au lieu d’avoir un iPhone et une station d’accueil qui partagent le même coeur (processeur, mémoire et espace de stockage), Apple a préféré vendre deux appareils séparés – un smartphone ET une tablette – et travailler sur une synchronisation des données comme des applications entre les deux appareils.

On peut donc imaginer qu’au lieu de vouloir transformer l’iPad en un Ultrabook, Apple préfèrerait synchroniser l’iPad avec le MacBook.

Une première solution est évidemment de faire tourner iOS sur Mac. Cela veut dire utiliser un processeur ARM, quitte à se débarrasser du processeur Intel. Ca ne serait pas la première fois qu’Apple brise la compatibilité logicielle Mac. Pour les MacBook Pro cependant, souvent utilisés en entreprise, MS Office reste de mise. Apple pourra difficilement se passer d’Intel, mais on peut imaginer un MacBook Pro avec les deux processeurs. Pour la forme d’un Mac sous iOS, le challenge n’est pas mince, qu’il s’agisse d’un MacBook ou d’un iMac. Un tel ordinateur devrait avoir un écran tactile tout en gardant le clavier physique et la souris/trackpad pour les opérations de précision. Cependant, l’écran d’un ordinateur portable ou de bureau est à la verticale. Essayez d’utiliser un écran tactile à la verticale et vos bras vont vite fatiguer. Pour résoudre le problème il faudrait que l’écran puisse facilement basculer entre une position verticale et une position horizontale, cachant le clavier et/ou le trackpad par la même occasion. Mais Apple est une compagnie qui excelle dans ce type d’exercice.

Une autre solution serait de garder le Mac tel qu’il est, sans écran tactile, mais en se focalisant sur la couche logiciel. Apple contrôle déjà les applications qui sont distribuées sur iOS, et impose ses exigences en termes d’ergonomie. La firme à la pomme peut un jour décider que les applications iOS (ou du moins les applications de productivité) doivent désormais également prendre en compte une interface clavier/souris. Apple pourrait même faire que son kit de développement produise deux exécutables pour chaque application : un pour processeur ARM (iPhone et iPad) et un pour processeur Intel (Mac)

Cela sous-entend cependant qu’Apple est intéressé par une convergence Mac / iPad. Il est possible que la firme de Tim Cook ne soit intéressée que par le marché mobile, délaissant de plus en plus le marché des ordinateurs traditionnels.

Publicités

Microsoft trouve une bonne nouvelle pour Surface

Publié 4 octobre 2013 par lpoulain
Catégories : Microsoft, Ordinateurs de poche

La nouvelle a été répétée presque en boucle par les médias informatique : Delta Airlines compte remplacer les iPad utilisés dans les cockpits de ses avions par des tablettes Surface 2. Autant dire que le marketing de Microsoft avait bien besoin d’une telle nouvelle.

Selon Apple Insider, les pilotes de la compagnie se sont battus pour garder leur iPad. Un pilote affirmerait que c’est une histoire « d’argent, de contrats de voyages, et du département informatique de Delta qui est au lit avec Microsoft. »

Cet épisode reflète parfaitement la différence d’approche entre Apple et Microsoft. Steve Jobs a une fois dit que ce qu’il aimait avec le marché grand public était que les gens choisissaient d’eux-mêmes, alors que sur le marché d’entreprise, les utilisateurs ne décidaient pas et que les décideurs étaient parfois confus. Il a de même plusieurs fois comparé les directeurs informatiques à des « orifices » par lsequels il fallait passer pour atteindre les utilisateurs d’entreprise.

Je n’ai pas d’information sur la manière dont se sont déroulées les négociations entre Delta et Microsoft, mais on peut facilement imaginer ce qui s’est passé. D’un côté, Microsoft a du leur proposer un prix de gros et leur promettre d’utiliser Delta pour tous les déplacements d’affaires de ses employés. Qui plus est, Redmond a sous doute tissé au cours des années des liens avec le DI de Delta. La compagnie aérienne semble utiliser principalement Windows, ce qui facilite l’intégration des tablettes Surface à son système d’information. De l’autre côté, Apple ne s’est sans doute pas décarcassé pour garder le marché, étant focalisé sur le grand public. J’imagine que la firme à la pomme n’a pas proposé des prix de gros – elle donne des rabais de misères aux opérateurs cellulaires qui lui achètent des millions d’iPhone, pourquoi offrirait-elle un rabais pour « seulement » 11000 iPads ? De même, je doute qu’ils aient cherché à proposer un meilleur deal que Microsoft. Si les utilisateurs choisissaient par eux-mêmes comme Steve Jobs préférait, l’iPad serait sans doute resté au sein de Delta. Mais le département informatique en a décidé autrement – et pas forcément pour de mauvaises raisons.

Plus généralement, cet épisode montre que les meilleures chances de Surface sont de viser :

  1. Le marché d’entreprise. C’est le marché où Microsoft est vraiment à l’aise et a une emprise. De nombreuses compagnies ont des département informatiques très ouverts à Microsoft à tel point que beaucoup n’ont plus que des compétences Microsoft. Essayer de rendre Surface « cool » à l’aide de pubs à la chorégraphie impeccable est à côté de la plaque.
  2. Les non-utilisateurs de PC. Les utilisateurs de tablettes en entreprise sont principalement des gens qui n’ont pas de PC, et qui sont intéressés par un appareil plus petit et léger qu’un portable PC (dans certains cas, quelque chose qu’ils peuvent mettre dans leur poche). Sur le marché du PC traditionnel, Surface a bien plus de chance de remplacer un portable PC (au mieux un MacBook) qu’un iPad. Et contrairement à ce que Bill Gates pense, les pilotes de Delta n’ont pas besoin de MS Office.

Reste à savoir si Microsoft a enfin reçu le message.

Le dilemme des constructeurs

Publié 27 septembre 2013 par lpoulain
Catégories : Evolution, Ordinateurs de poche

(cet article ne couvre pas grand chose que je n’ai pas déjà écris, mais couvre un angle différent)

Toute compagnie cherche à se différentier de la concurrence. Quel aspect différentiateur va convaincre le client d’acheter son produit ou service plutôt que celui de la concurrence ? S’il n’en existe pas, la différentiation se fait sur le prix, ce qui entraîne une course vers les marges les plus faibles.

Les deux principaux facteurs de différentiation pour un constructeur d’ordinateur, smartphone ou tablette sont 1) le matériel et 2) le logiciel.

Le problème survient lorsque des standards émergent. S’ils ont de nombreux avantages, les standards peuvent saper l’aspect différentiateur, transformant ce dernier d’un avantage en un handicap. Imaginez un frigidaire très économe en énergie demandant… une prise 330V ! Parfois, la différentiation est à la fois un avantage et un handicap. Le connecteur de l’iPhone a des avantages sur le port micro-USB, mais les câbles coûtent bien plus cher, et on ne peut pas les réutiliser pour d’autres appareils mobiles.

Passons en revue quelques marchés pour voir comment ils ont évolué. A noter que dans le reste de cet article je parle d’aspect différentiateur tangible pour l’utilisateur. Par exemple, le fait que la Xbox 360 et la PlayStation 3 utilisent une architecture interne différente n’apporte pas grand chose au consommateur, les deux consoles offrant des performances similaires. Par contre, le fait que Kinect ne soit disponible que sur la Xbox est un aspect différentiateur tangible.

Le marché des ordinateurs personnels

Voici quelques constructeurs d’ordinateurs personnels, avec la date à laquelle ils sont entrés sur le marché.

Apple (1976) Commodore (1977) IBM (1981) Compaq (1982) Amstrad (1984) Dell (1984)
Se différentie sur le matériel X X X X X
Se différentie sur le logiciel X X X

Les premiers ordinateurs personnels se différentiaient sur le matériel comme sur le logiciel, principalement parce qu’à l’époque il n’existait pas de composants standards. Ces constructeurs ne concevaient pas leur propre processeur et ont parfois licencié des logiciels tiers (Apple a par exemple licencié le langage de programmation BASIC à Microsoft), mais la compatibilité logicielle était quasiment inexistante, souvent même entre plusieurs modèles d’ordinateurs provenant d’un même constructeur.

Le changement est survenu lorsqu’IBM a introduit son PC en 1981, suivi par des « clones » compatibles PC. En introduisant (involontairement) une architecture matériel standard et un système d’exploitation tiers (MS-DOS puis Windows), IBM a sapé l’aspect différentiateur matériel ET logiciel. Certaines compagnies telles qu’Amstrad ont eu du succès pendant un temps sans être compatible PC – et certaines se sont mis à vendre des compatibles PC. Mais le changement a été trop brutal, et aucun des constructeurs qui ont commencé en se différentiant sur le matériel et le logiciel n’a survécu au PC. Ils ont tous soit disparu soit se sont retirés su marché. Apple est l’exception qui confirme la règle, gardant une différentiation matérielle comme logicielle, ainsi que sur des aspects tels que le design. La firme à la pomme a par contre échappée de peu au dépôt de bilan, et a été aidée par le Web qui a permit au Mac d’avoir une certaine compatibilité logicielle (bénéficiant de la « logithèque » du Web) tout en se différentiant des PC (l’argument du « ça marche » et « le Mac n’a pas de virus »)

De la même manière, des constructeurs tels qu’IBM ou Compaq ont continué à tenter de se différentier sur le matériel en concevant leur propre carte-mère, en vain. Des vendeurs spécialisés sont apparus avec des économies d’échelles telles que le modèle Dell s’est imposé : ne se différentier ni sur le matériel ni sur le logiciel, mais sur d’autres aspects tels que le prix, le service, le circuit de distribution ou le marketing. Michael Dell s’est d’ailleurs vanté pendant des années du faible investissement en R&D de sa compagnie.

Le marché des smartphones

Les smartphones ont suivi une trajectoire similaire au PC, à une différence près. Pour l’instant, tous les constructeurs continuent de se différentier sur le matériel (BlackBerry possède même une infrastructure réseau)

BlackBerry (1999) Palm (2002) Nokia (2003) Apple (2007) Android (2008) Dell (2010)
Se différentie sur le matériel X X X X X X
Se différentie sur le logiciel X X X X

A l’exception de Windows Phone, les constructeurs de smartphone se sont pendant longtemps également différentiés sur le logiciel, chacun ayant leur système d’exploitation propriétaire : BlackBerryOS, PalmOS, Symbian, iOS, etc.

Ce modèle a été sévèrement endommagé par Android. Tout comme l’IBM PC, Android a écrasé tous les systèmes d’exploitation propriétaires. Tout comme pour le PC, Apple est l’exception qui confirme la règle, mais pour des raisons différentes : la firme de Tim Cook a eu grâce à l’iPhone une longueur d’avance, et bénéficie donc d’une dynamique en termes d’applications (de même, il est plus facile de se faire de l’argent sur iOS que sur Android)

Mais Android n’est qu’un standard logiciel. Les smartphones utilisent certains standards matériel tels que le port microUSB, mais contrairement au PC n’ont pas de standard d’architecture matérielle. Phonebloks est une initiative qui va dans ce sens mais reste un projet qui va demander au mieux des années avant d’aboutir – s’il aboutit. Concevoir un appareil de petite taille qui tienne la route est plus difficile que d’assembler les composants d’un PC de bureau.

Ce nouveau paysage est difficile pour de nombreux constructeurs. Dell, qui tente désespérément de s’implanter sur le marché de l’informatique mobile, n’est pas habitué à se différentier sur le matériel (soudain, le manque de R&D devient un handicap). Et les constructeurs de smartphones pre-iPhone ne sont pas habitués à ne PAS se différentier sur le logiciel. La plupart ont d’ailleurs disparu. Palm s’est fait racheter par HP pour finalement être abandonné. Même avant l’annonce d’une tentative de devenir privée, BlackBerry en était à un point où les dirigeants reconnaissaient explorer toutes les options y compris un rachat (une compagnie n’avoue JAMAIS qu’elle est ouverte à un rachat)

Nokia, quant à lui, a basculé sur Windows Phone et est sur le point de se faire racheter par Microsoft. D’un certain côté, en utilisant exclusivement Windows Phone, Nokia continue à se différentier sur le logiciel, étant le seul constructeur à sérieusement supporter le système d’exploitation mobile de Microsoft. Mais on peut argumenter que Nokia sait (ou savait ?) se différentier uniquement sur le matériel. Après tout, le constructeur finlandais est connu pour ses téléphones portables traditionnels – des téléphones qui n’ont quasiment pas de logiciel.

Autres marchés

La dynamique est la même pour tout autre marché. Lorsqu’un standard s’impose, il devient extrêmement difficile de lutter contre ce dernier, même si sa propre alternative a énormément d’avantages. Et c’est ce changement qui pose tant de problème aux constructeurs.

Parallèle PC / Mobile

Publié 4 septembre 2013 par lpoulain
Catégories : Ordinateurs de poche

Les derniers chiffres du marché du smartphone mondial confirment qu’Android consolide sa position de leader. l’iPhone est en recul, mais reste un solide deuxième choix en particulier sur le territoire américain – et en termes de ventes pures augmente. Windows Phone, en distant troisième, augmente ses parts de marché, passant de 3,1% à 3,7% des ventes.

Sur le marché des tablettes, l’iPad recule et observe un tassement des ventes, mais reste la première tablette vendue.

Ces chiffres ne racontent évidemment pas tout, car ils mettent dans le même panier les smartphones haut de gamme à $700 comme ceux d’entrée de gamme à $100. Sur le marché des tablettes, L’iPad reste le roi incontesté des tablettes grand format, Android s’étant trouvé un marché qu’Apple ignore avec les tablettes 7″ à bas prix.

Mais on observe une dynamique similaire à celle qui s’est déroulée sur le marché du PC.

Parallèles entre PC et Mobile

Le premier parallèle est qu’un marché a tendance à évoluer vers un duopole de systèmes d’exploitation. Windows et MacOS sur le PC de bureau et PC portable. Windows et Linux sur les serveurs PC. Android et iOS sur les appareils mobiles.

De nombreux systèmes d’exploitation ont tenté de détrôner Windows sur le poste client depuis plus de 20 ans : IBM OS/2, NeXTSTEP, Linux, BeOS. Tous ont échoué. Certains comme OS/2 ont disparu. D’autres se sont fait racheter avec plus ou moins de succès : NeXTSTEP s’est fait racheté par Apple pour devenir MacOS X. BeOS s’est fait racheté par Palm pour devenir PalmOS, puis par HP pour devenir WebOS… pour finalement disparaître. Linux, quant à lui, reste un marché de niche sur le poste client.

La morale est que lorsqu’un marché est occupé par deux systèmes d’exploitation, il est extrêmement difficile pour un troisième système de s’imposer à part sur un marché de niche. Et c’est exactement ce qui arrive sur les appareils mobiles. Bien qu’arrivé très tôt sur ce marché, Microsoft ne s’est réellement adapté à ses exigences que trop tard, et de se fait doit surmonter de gros challenges pour espérer devenir numéro deux. De la même manière, Samsung a annoncé son propre système d’exploitation mobile Tizen, mais je suis sceptique quant à son succès.

Sur le marché du mobile, Android est le nouveau Windows, suivant une logique d’intégration horizontale. Apple reste le nouvel Apple et garde ses bonnes vieilles méthodes : intégration verticale et gamme de produit très limitée.

Les résultats pour la firme à la pomme sont les mêmes que sur le PC : d’excellents profits au dépend de ses parts de marché. Apple n’offre par exemple qu’un seul smartphone – un haut de gamme, bien plus cher que les smartphones Android qui commencent à $50. La seule version « entrée de gamme » disponible est l’iPhone ancienne génération (du moins pour l’instant). Cela permet de n’avoir qu’une seule chaîne de production et de concentrer ses ressources sur le prochain iPhone, mais l’offre de Cupertino s’en trouve réduite. Cette stratégie est à contraster avec celle de compagnies comme Samsung qui offrent des dizaines de modèles, de taille et de prix très variés. De manière générale, le fait qu’Android soit ouvert fait qu’il est utilisé par une pléthore de constructeurs qui ont produit une multitude de smartphones et tablettes. Si individuellement il est difficile de rivaliser avec l’iPhone ou l’iPad en termes de ventes, collectivement les appareils Android ciblent nettement plus de monde.

La stratégie d’Apple a le même résultat avec le Mac qu’avec l’iPhone ou l’iPad : elle se fait au détriment des parts de marché mais permet à Cupertino de se faire une somme disproportionnée d’argent.

On observe également que les constructeurs de smartphone pré-iPhone sont confrontés au même dilemme que les constructeurs d’ordinateurs personnels pré-PC des années 80 : garder son système d’exploitation propriétaire ou passer à Android ? BlackBerry comme Nokia ont été confrontés à ce cruel dilemme qui n’offre aucune solution idéale. Garder son système d’exploitation propriétaire à l’instar de BlackBerry est de plus en plus difficile sur un marché où les applications sont clé. Mais passer à Android implique sacrifier un aspect différentiateur important. Et tout comme les assembleurs de PC, les fabricants de smartphones Android ont rarement des marges faramineuses. Nokia a opté pour une troisième voie en passant à Windows Phone. Mais ce n’est que reculer pour mieux sauter, car le constructeur finlandais serait devenu un constructeur Windows Phone parmi les autres si ce dernier était devenu populaire – et si Microsoft ne voulait pas le racheter.

Différences

Aucun parallèle n’est parfait, et celui-là n’échappe pas à la règle.

Tout d’abord, Android est un système d’exploitation libre alors que Windows est commercial. Google a de ce fait nettement moins de contrôle sur les constructeurs de smartphones et tablettes que Microsoft en a sur les vendeurs de PC. Si ces derniers veulent avoir le droit de préinstaller Windows sur leurs PCs, ils doivent se plier aux exigences de Microsoft. Au contraire, les constructeurs de smartphones peuvent customiser Android à leur gré et même réécrire certaines parties du système d’exploitation. Autant dire que cela n’aide pas lutter contre la fragmentation de l’écosystème Android.

Une différence en faveur d’Apple est que le marché est désormais orienté grand public, alors que les ventes du PC ont pendant longtemps été dominées par les ventes en entreprise, un marché que la firme de Steve Jobs n’a jamais aimé.

Par contre, une autre différence joue en sa défaveur. Sur le marché des smartphones, un autre intermédiaire vient s’interposer entre les constructeurs et le consommateur : les opérateurs mobiles. Apple aime bien dicter ses conditions sur un marché où les opérateurs mobiles ont traditionnellement mené la danse. Or aucune customisation n’est tolérée avec l’iPhone. L’opérateur ne peut installer aucune application tierce ni avoir son nom apparaître lors du démarrage de l’iPhone. Si Cupertino est arrivé au début à imposer ses conditions, son pouvoir sur les opérateurs mobiles d’effrite. Apple n’a pas encore passé d’accord avec China Mobile, le premier opérateur chinois, limitant grandement son expansion dans ce pays même si la marque à la pomme y jouît d’un prestige important.

Finalement, les constructeurs de smartphones sont plus intégrés verticalement que les assembleurs de PC. Concevoir un smartphone le plus fin possible avec une autonomie importante et de bonnes performances est plus complexe qu’assembler les composants d’un PC. Et Samsung est sans doute le constructeur Android le plus verticalement intégré. Le géant coréen en effet bien plus qu’un assembleur, et fabrique plusieurs de ses propres composants, qu’il s’agisse de microprocesseurs, d’écrans tactiles ou de batteries. Ce qui explique que Samsung est bien plus profitable que les autres constructeurs de smartphones (Apple mis à part).

Conclusion

Sur le PC de bureau ou le PC portable, personne n’a réussi à se créer une place face à Windows et au Mac. Ce n’est pas de bon augure pour tous ceux qui poussent un autre système d’exploitation mobile tel que Microsoft avec Windows Phone, Mozilla avec Firefox OS, Ubuntu avec Ubuntu Phone ou Samsung avec Tizen.

De même, l’intégration verticale matériel + système d’exploitation (tout en gardant des partenaires) que poursuivent Google (qui a racheté Motorola Mobility) et Microsoft (qui a travaillé en partenariat serré avec Nokia avant d’essayer de le racheter) n’a pas porté ses fruits de manière indiscutable.  Le problème de Nokia a moins été ses smartphones que le manque d’intérêt pour Windows Phone. Se faire racheter par Microsoft ne changera pas cet aspect – à moins que Redmond soit plus intéressé dans l’expertise Nokia pour créer des tablettes PC ?

Samsung, quant à lui, reste un modèle d’intégration vertical unique, restant à la pointe pour la production de nombreux composants – lui évitant de devenir le Dell des smartphones.

Pour le reste, Apple mis à part, tous les constructeurs d’ordinateurs personnels pré-PC ont mordu la poussière. A part le Mac, tous les ordinateurs individuels qui ne faisaient pas tourner Windows ont disparu. Leurs constructeurs ont parfois tenté de s’adapter au modèle d’intégration horizontale du PC, mais aucun n’y est arrivé. Tout ça n’est pas de bon augure pour BlackBerry, le seul constructeur qui garde un système d’exploitation propriétaire (là encore Apple mis à part). Palm a déjà disparu, Nokia devrait être racheté par Microsoft, et BlackBerry a récemment avoué explorer « toutes les options » y compris la vente de l’entreprise – en d’autres termes, ils savent que c’est le début de la fin.

Cela ne veut pas dire qu’aucun autre système d’exploitation mobile n’a de chance. Google comme Apple ne sont pas à l’abri d’une grosse erreur. Mais si l’histoire est un guide, s’imposer face à Android et iOS reste un challenge quasiment insurmontable.

Steve Ballmer va quitter Microsoft

Publié 24 août 2013 par lpoulain
Catégories : Microsoft

Après de nombreuses années de prédictions sur le départ de Steve Ballmer, c’est finalement arrivé : le PDG de Microsoft a annoncé son départ d’ici à 12 mois.

Un an semble beaucoup pour trouver une succession lorsque la compagnie avait affirmé déjà avoir un plan de succession au cas où Ballmer décèderait prématurément – une pratique standard pour les entreprises de cette taille. Je ne serais pas étonné que ce délai soit plus pour que Ballmer ne perde pas la face et n’apparaisse pas éjecté comme un malpropre. Même si ce n’est jamais agréable de voir l’action de sa compagnie bondir de 7% à l’annonce de son départ.

Les incertitudes

Le prochain PDG de Microsoft devrait idéalement comprendre à la fois le marché de l’entreprise ET le marché grand public. Le premier fournit le gros des revenus de la compagnie. Et le deuxième gouverne le marché des smartphones et des tablettes – le marché que Redmond essaie désespérément de conquérir.

Concrètement, cela veut comprendre que les deux marchés sont très différents, et qu’essayer de vendre le même produit aux deux ne fonctionne plus. Cela veut dire avoir un goût de l’esthétique et comprendre que plus de fonctionnalités n’est pas forcément une bonne chose pour le grand public. Steve Ballmer est très à l’aise sur le marché d’entreprise. Sous son égide, Microsoft a beaucoup de succès sur ce marché, consolidant les franchises Windows et Office, poussant les autres produits d’entreprise (SQL Server, Exchange, SharePoint, Lync, Dynamics, etc) et même une offre Internet Windows Azure. Ballmer ne comprend par contre pas du tout le marché grand public.

Une grande question se pose : le prochain PDG viendra-t-il de Microsoft ou sera-t-il quelqu’un d’externe ? Les deux ont leurs avantages comme leurs inconvénients. Un PDG externe peut avoir des idées fraiches, mais aura du mal à changer la culture maison. Difficile de se faire respecter au sein d’une compagnie où beaucoup d’employés sont là depuis des décennies. L’ancien PDG de Google Eric Schmidt a eu le même problème lorsqu’il a était à la tête de Novell.

Un PDG interne aura plus de facilité à se faire accepter, mais n’apportera pas de sang neuf. Lorsqu’on passe trop de temps dans une entreprise, il est difficile de voir ce qui doit changer.

Quelques constantes

Mais quel que soit le PDG, il reste quelques constantes. Comme je l’ai déjà écrit, le gros des revenus et de la croissance de Microsoft proviennent du marché d’entreprise, ce qui influence grandement sa culture. L’autre constante s’appelle Bill Gates. Même s’il n’est plus directement impliqué dans la gestion de sa compagnie, il reste à la tête du comité de direction et est le plus gros actionnaire. Il reste une éminence grise, comme en 2010 où il a enterré un projet de tablette destiné aux étudiants, préférant l’option d’adapter Windows aux tablettes. Gates est un homme d’affaire hors du commun. Mais comme Ballmer il ne comprend que peu le marché grand public. Sa réflexion sur les utilisateurs « frustrés » de l’iPad est caractéristique.

Bill a déjà indiqué qu’il serait impliqué dans le choix du prochain PDG. Approuverait-il un PDG qui compte dramatiquement changer la stratégie de la compagnie ? J’en doute.

En d’autres termes, la stratégie Microsoft a peu de chances de changer.

Quand ne pas avoir le sens des affaires est un atout

Publié 25 juillet 2013 par lpoulain
Catégories : Evolution

L’une des choses qui m’a le plus surpris en ayant coécrit un livre sur l’histoire de l’informatique est le nombre de prédictions complètement erronées que les experts ont émis au cours des décennies.

En quoi cela a-t-il un rapport avec le titre de cet article ? En quelques lignes, nous sommes tous exécrables à faire des prédictions – et donc de savoir si une idée va révolutionner le monde ou être un pétard mouillé. Par conséquent, la plupart des géants technologiques actuels sont partis d’idées qui semblaient ridicules à l’époque. Tellement ridicules que les gens qui avaient du bon sens les ont ignorées, laissant la place à ceux qui n’avaient pas le sens des affaires.

1. Nous sommes tous mauvais à faire des prédictions

On parle beaucoup de « visionnaires », mais il faut se rendre à l’évidence : nous sommes tous exécrables lorsqu’il s’agit de faire des prédictions – surtout lorsqu’il s’agit de prédictions technologiques à long terme. Certains arrivent parfois à voir juste sur quelques points, mais il s’agit souvent plus d’un coup de chance (souvent motivé par ce qu’ils désirent voir venir) que d’une véritable vision.

L’une des raisons est qu’un produit est constitué d’une multitude de « couches », et que chaque couche se développe à son rythme sans avoir aucune idée de la direction prise par les autres couches.

Prenons l’exemple de l’iPhone. Ce smartphone se base sur plusieurs technologies comme l’écran tactile ou l’accéléromètre. Il a fallu attendre qu’elles deviennent suffisamment bon marché, fiables et de petite taille pour être utilisées par un smartphone. Mais elles se sont développées sans avoir aucune idée de la manière dont elles seraient utilisées. Tout comme le processeur ARM qui équipe tous les smartphones – il avait été conçu dans les années 80 pour équiper des ordinateurs de bureau. Il a fallu que quelques personnes pensent à combiner ces technologies d’une certaine manière pour en faire l’iPhone.

De la même manière, Apple n’avait aucune idée de la manière dont l’iPhone serait utilisé et quel type d’applications tierces seraient développées sur cette plateforme.

Notre monde est trop complexe pour pouvoir imaginer toutes les possibilités d’utilisation. C’est la raison pour laquelle la plupart des inventions ne sont pas utilisées de la manière originellement pensées. Le gramophone avait été imaginé comme moyen de remplacer le courrier papier (l’idée étant de permettre aux utilisateurs d’enregistrer leur message sous forme de disque). Le téléphone avait été imaginé pour que les gens aisés puissent appeler leurs domestiques au sous-sol sans avoir à quitter leur chambre. Et si dans les années 70 il avait fallu parier sur la technologie qui allait révolutionner les communications, les gens auraient misé sur la radio CB et non pas les ordinateurs personnels (qui à l’époque n’étaient même pas en réseau !)

2. Les idées révolutionnaires semblaient idiotes à l’époque

Une des implications est que quasiment tous les géants actuels de l’informatique ont démarré à base d’une idée qui à l’époque semblait sans avenir voire complètement idiote : Microsoft, Apple, Google, Facebook. Microsoft a par exemple commencé en 1975 par vendre son BASIC de $30 à $60 par copie pour l’Altair 8800, sur un marché ridiculement petit et à l’avenir incertain. Beaucoup d’argent pour deux jeunes gens, mais pas assez pour intéresser une compagnie déjà établie.

Si les idées avaient un tant soi peu de sens, les géants existants se les seraient accaparés. C’est ce qui est arrivé au marché des tous premiers ordinateurs dans les années 40. La taille des budgets débloqués par l’armée américaine pour se doter d’ordinateurs a mis en appétit les géants de l’époque tels qu’IBM ou Honeywell, ne laissant aucune chance aux startups de l’époque.

3. Cela élimine les personnes sensées, laissant la place aux ignorants

Mais dans beaucoup de cas, les idées révolutionnaires semblent à leur naissance sans avenir – justement parce que personne n’aurait pu prédire comment elles évolueraient. Par conséquent, n’importe quelle personne qui a un tant soi peu le sens des affaires les ignorera. Et de telles idées qui naissent au sein d’une compagnie au-delà d’une certaine taille mourront ou migreront vers des compagnies de plus petites tailles. C’est ce qui est arrivé à de nombreuses idées crées au sein du Xerox PARC. Ce fameux parc de recherche a été le berceau de l’interface graphique moderne ou d’Ethernet, mais Xerox n’a pas su capitaliser sur ces technologies car elles n’avaient pas grand sens pour un constructeur de photocopieuses.

Tout le monde impliqué dans les futurs géants de l’informatique n’étaient pourtant pas dépourvu de sens des affaire, que ce soit les capital risqueurs qui ont investit dans Apple et autre Google, ou quelqu’un comme Bill Gates qui a toujours eu un sens aigu des affaires.

Mais les capital risqueurs savent que lorsqu’ils misent sur 10 compagnies, la moitié d’entre elles vont déposer le bilan et que s’ils sont chanceux une seule sur les 10 va vraiment rapporter gros. En d’autres termes, ils savent que malgré être des professionnels qui interviewent des dizaines de compagnies, ils ont 1 chance sur 10 de miser sur un futur géant (au mieux !). Quant à Bill Gates, je n’ai pas réussi à trouver à quand son fameux mot d’ordre « un ordinateur sur chaque bureau et dans chaque foyer » date (1980 ?). Je ne suis pas sûr qu’il ait prévu l’explosion des ordinateurs dés 1975. Après tout, il est retourné faire un semestre à Harvard après avoir cofondé Microsoft.

L’exemple de Google

Paradoxalement, c’est parce que Larry Page et Sergey Brin n’avaient pas le sens des affaires qu’ils ont réussi à créer un géant de l’informatique. Tout aussi paradoxalement, c’est parce que la concurrence avait le sens des affaires qu’ils ont échoué là où Google a réussi.

Larry Page et Sergey Brin étaient tout sauf des entrepreneurs. Initialement réticent à créer une compagnie, ils voulaient terminer leur thèse et rester dans le milieu universitaire. Ils ont tenté de licencier leur technologie à tous les moteurs de recherche de l’époque : Yahoo, Excite, InfoSeek, etc. Tous leur ont répondu par la négative. Le PDG d’Excite de l’époque, George Bell, a même trouvé que la technologie de Page et Brin était trop bonne, expliquant qu’il voulait qu’Excite soit « 80% aussi bon que les autres moteurs de recherche. » Pourquoi ? Parce que si les utilisateurs trouvaient tout de suite les bons sites ils ne resteraient pas sur Excite. Or la meilleure manière de gagner de l’argent à l’époque était de garder les utilisateurs le plus longtemps sur son site afin d’augmenter ses recettes publicitaires. Bell était cependant tout sauf incompétent. Mais il était difficile de prévoir à l’époque la manière dont les moteurs de recherche finiraient par faire de l’argent.

Google a dû son modèle économique grâce à Bill Gross, un entrepreneur qui a le sens des affaire et avait déjà fait fortune en créant et vendant des compagnies. Gross a inventé l’ancêtre des liens sponsorisés. Il a en effet eu l’idée géniale de reconnaître qu’un lien vers un site Web était quelque chose qui pouvait se monnayer, et que le prix n’était pas fixe, contrairement aux publicités de l’époque. Sa compagnie, Goto.com, a de ce fait été très rapidement profitable, même si elle ne proposait que des liens sponsorisés.

Au contraire, Google a galéré pendant quelques années avant de trouver son business model. Mais lorsque Google a copié et amélioré le concept de Goto.com, il offrait non seulement des liens sponsorisés mais également un moteur de recherche bien plus performant que la concurrence. En d’autres termes, les internautes visitaient Google même lorsqu’ils ne cherchaient pas à acheter quelque chose. De son côté, Goto.com  tirait une majorité de son chiffre d’affaire par le biais de sites partenaires. Affaire lucrative, mais qui a limité sa marge de manoeuvre. Il était en effet difficile de se focaliser sur le site Web lorsque la gros des revenus provient de sites tiers partenaires.

Ironiquement, Larry Page et Sergey Brin voulaient vendre leur technologie et ont fini par créer un géant de l’informatique. Bill Gross, quant à lui, voulait créer un géant de l’informatique mais a fini par vendre sa société.

Penser d’abord aux utilisateurs puis au business model semble peut-être une évidence après coup. Mais il ne fait pas oublier que cette philosophie a été suivie par la plupart des dotcoms dans les années 90, et que très peu d’entre elles ont survécu à l’éclatement de la bulle Internet.

Le facteur chance

Le fait que tant de personnes aient réussi parce qu’elles n’avaient pas le sens des affaires peut cependant être trompeur.

Si la plupart des idées révolutionnaires semblait saugrenues à leur début, 99,99% des idées saugrenues sont vraiment saugrenues. Il est facile de penser à Google, Facebook ou Apple, mais cela serait oublier la myriade de startup qui ont fait faillite parce que leurs idées sont tout simplement sans avenir. Parfois le management n’était pas à la hauteur. Parfois le timing a été mauvais. Mais parfois l’idée était tout simplement mauvaise.

Trouver et développer une idée révolutionnaire pourrait être comparé à essayer d’atteindre une cible noyée au milieu d’une myriade de fausses cibles qui semblent bien plus attrayantes. Etre aveugle a l’avantage de ne pas être décontenancé par ces fausses cibles, même si les chances de réussite restent faibles.

Réorganisation chez Microsoft ? Et après ?

Publié 12 juillet 2013 par lpoulain
Catégories : Microsoft

Après plusieurs semaines de spéculations, Microsoft vient d’annoncer une réorganisation. Afin de luter contre les querelles internes, les 8 divisions de la compagnie sont refondues en 4, afin « d’encourager la collaboration. »

Dans sa lettre aux actionnaires de fin 2012, Steve Ballmer indiquait que le fond de commerce de la compagnie était désormais les « appareils et services » (devices and services). Cette réorganisation va dans ce sens.

Microsoft n’a pas tort de vouloir changer de stratégie. Mais plus une compagnie a du succès, plus il est difficile de changer. Non seulement tout changement ne doit pas handicaper ses produits à succès, mais ces derniers placent la barre très haut. Toute nouvelle stratégie du géant de Redmond doit ainsi préserver ses deux vaches à lait, Windows et Office, avec lesquels il se fait dans les 80% de marges (même si les autres divisions de la compagnie ramènent ses marges à « seulement » 23%). Tout nouveau produit ou service, pour satisfaire Wall Street, devra à la fois rapporter suffisamment et offrir des confortables marges.

Avantages et inconvénients des services

Si les gens ne vont pas jeter leur PC pour utiliser exclusivement une tablette, ils peuvent par contre remplacer leur PC de moins en moins souvent. C’est là où passer à un modèle de service peut aider à contrer le déclin des ventes en s’assurant un revenu constant. Du moins en théorie. Si le grand public est prêt à payer pour Office lorsqu’il achète un nouveau PC, est-il prêt à payer tous les ans pour une suite bureautique qu’il utilise rarement ? Est-il prêt à payer tous les ans pour Windows lorsque ce dernier semble gratuit, son prix étant caché dans le prix d’un nouveau PC ?

Un risque plus à terme est de trop tirer sur la corde. Il est en effet tentant de gonfler son chiffre d’affaire en augmentant le prix de l’abonnement avec pour prétexte d’ajouter des fonctionnalités supplémentaires – que les clients veuillent les dites fonctionnalités ou pas. Le risque est dans ce cas un retour de bâton où les utilisateurs quittent le service, souvent pour toujours.

Finalement, je ne sais pas s’il est possible de garder les marges juteuses dont jouissent Windows et MS-Office. A l’heure actuelle, Microsoft envoie quelques DVDs à Dell, et c’est ce dernier qui est charger d’installer les logiciels sur toutes ses machines ainsi que de les supporter auprès de l’utilisateur final. Le coût de vente incrémental est nul pour Redmond. Dans le cas des services, Microsoft doit gérer une armée de serveurs et ne peut plus se cacher derrière les vendeurs de PC pour fournir le support.

Le matériel

Redmond a de bonnes raisons de s’attaquer au marché du matériel alors qu’il a toujours évité de construire des PC. Avec le PC, Microsoft a toujours régné sur le système d’exploitation (d’abord avec MS-DOS puis Windows). Inutile donc de s’aventurer dans le matériel – un terrain aux marges faibles. Sur les smartphones et les tablettes par contre, Windows est minoritaire, très loin derrière Android et iOS. La meilleure manière de contrôler la plateforme reste donc de contrôler le matériel.

Le premier challenge est que Redmond se trouve en concurrence direct avec ses propres fournisseurs. L’autre est que vendre du matériel offre des marges bien plus faibles que de vendre du logiciel. La division Xbox a pendant longtemps perdu de l’argent, et est désormais tout juste profitable. 

Apple a de confortables marges parce qu’il se concentre sur quelques produits. Pour émuler le même modèle qu’Apple, Microsoft devrait se concentrer sur quelques produits qui rapportent beaucoup et se séparer de nombreuses divisions. Et encore, n’est pas Apple qui veut.

Mais le plus important ne change pas

En temps de crise, toute organisation a tendance à faire ce qu’elle sait faire, encore plus. Dans le cas de Redmond, la compagnie ne s’est pas séparée de certains produits pour être mieux focalisé, et continue dans sa stratégie de centrer tous ses produits autour de Windows.

On peut changer la structure d’une entreprise, sa stratégie ou même son PDG (plusieurs personnes réclament la tête de Ballmer). Mais il existe une chose qui est très difficile de changer : les clients.

Le gros des revenus de Microsoft provient du marché professionnel, et plus particulièrement des ventes de Windows et MS-Office. En plus d’être fortement lucratifs, ceux deux produits tirent avec eux de nombreux autres produits d’entreprise (Windows Server, Exchange, Lync, SharePoint, etc.)

Or ce sont ces clients qui façonnent la culture et la vision d’une entreprise. Ballmer a beau parler de se focaliser sur « appareils et services » et de parler du marché des consommateurs, son réflexe reste de penser aux utilisateurs de MS-Office avant tout. Ballmer comme Gates n’ont pas été avares de critiques envers l’iPad, et elles ont toutes été dans le même sens : l’iPad est une piètre tablette pour le travail d’entreprise. La tablette Surface Pro est d’ailleurs conçu dans ce sens, et reste avant tout un appareil d’entreprise plus en concurrence avec les ultrabooks que l’iPad.

L’un des buts de Redmond est d’effacer le plus possible la différence entre tous les types de produits pour offrir une expérience uniformisée, qu’il s’agisse du PC d’entreprise ou de la tablette grand public. Cela ressemble à de la nostalgie de l’âge d’or de Microsoft où le grand public utilisait quasiment uniquement les solutions issues du monde de l’entreprise : le PC, MS-DOS et Windows. Mais je ne suis pas convaincu qu’une telle uniformisation soit nécessaire ni même une bonne chose. La solution qui consiste à uniformiser avec succès deux modes de saisie totalement différents (l’écran tactile et le clavier/souris) reste à inventer (Microsoft compte-t-il également uniformiser la Xbox ?)

Mais au final, le mémo de Steve Ballmer n’est que des mots. Ce qui compte plus que tout est l’exécution. A Steve de montrer qu’il est dans la bonne voie.