Parallèle PC / Mobile

Les derniers chiffres du marché du smartphone mondial confirment qu’Android consolide sa position de leader. l’iPhone est en recul, mais reste un solide deuxième choix en particulier sur le territoire américain – et en termes de ventes pures augmente. Windows Phone, en distant troisième, augmente ses parts de marché, passant de 3,1% à 3,7% des ventes.

Sur le marché des tablettes, l’iPad recule et observe un tassement des ventes, mais reste la première tablette vendue.

Ces chiffres ne racontent évidemment pas tout, car ils mettent dans le même panier les smartphones haut de gamme à $700 comme ceux d’entrée de gamme à $100. Sur le marché des tablettes, L’iPad reste le roi incontesté des tablettes grand format, Android s’étant trouvé un marché qu’Apple ignore avec les tablettes 7″ à bas prix.

Mais on observe une dynamique similaire à celle qui s’est déroulée sur le marché du PC.

Parallèles entre PC et Mobile

Le premier parallèle est qu’un marché a tendance à évoluer vers un duopole de systèmes d’exploitation. Windows et MacOS sur le PC de bureau et PC portable. Windows et Linux sur les serveurs PC. Android et iOS sur les appareils mobiles.

De nombreux systèmes d’exploitation ont tenté de détrôner Windows sur le poste client depuis plus de 20 ans : IBM OS/2, NeXTSTEP, Linux, BeOS. Tous ont échoué. Certains comme OS/2 ont disparu. D’autres se sont fait racheter avec plus ou moins de succès : NeXTSTEP s’est fait racheté par Apple pour devenir MacOS X. BeOS s’est fait racheté par Palm pour devenir PalmOS, puis par HP pour devenir WebOS… pour finalement disparaître. Linux, quant à lui, reste un marché de niche sur le poste client.

La morale est que lorsqu’un marché est occupé par deux systèmes d’exploitation, il est extrêmement difficile pour un troisième système de s’imposer à part sur un marché de niche. Et c’est exactement ce qui arrive sur les appareils mobiles. Bien qu’arrivé très tôt sur ce marché, Microsoft ne s’est réellement adapté à ses exigences que trop tard, et de se fait doit surmonter de gros challenges pour espérer devenir numéro deux. De la même manière, Samsung a annoncé son propre système d’exploitation mobile Tizen, mais je suis sceptique quant à son succès.

Sur le marché du mobile, Android est le nouveau Windows, suivant une logique d’intégration horizontale. Apple reste le nouvel Apple et garde ses bonnes vieilles méthodes : intégration verticale et gamme de produit très limitée.

Les résultats pour la firme à la pomme sont les mêmes que sur le PC : d’excellents profits au dépend de ses parts de marché. Apple n’offre par exemple qu’un seul smartphone – un haut de gamme, bien plus cher que les smartphones Android qui commencent à $50. La seule version « entrée de gamme » disponible est l’iPhone ancienne génération (du moins pour l’instant). Cela permet de n’avoir qu’une seule chaîne de production et de concentrer ses ressources sur le prochain iPhone, mais l’offre de Cupertino s’en trouve réduite. Cette stratégie est à contraster avec celle de compagnies comme Samsung qui offrent des dizaines de modèles, de taille et de prix très variés. De manière générale, le fait qu’Android soit ouvert fait qu’il est utilisé par une pléthore de constructeurs qui ont produit une multitude de smartphones et tablettes. Si individuellement il est difficile de rivaliser avec l’iPhone ou l’iPad en termes de ventes, collectivement les appareils Android ciblent nettement plus de monde.

La stratégie d’Apple a le même résultat avec le Mac qu’avec l’iPhone ou l’iPad : elle se fait au détriment des parts de marché mais permet à Cupertino de se faire une somme disproportionnée d’argent.

On observe également que les constructeurs de smartphone pré-iPhone sont confrontés au même dilemme que les constructeurs d’ordinateurs personnels pré-PC des années 80 : garder son système d’exploitation propriétaire ou passer à Android ? BlackBerry comme Nokia ont été confrontés à ce cruel dilemme qui n’offre aucune solution idéale. Garder son système d’exploitation propriétaire à l’instar de BlackBerry est de plus en plus difficile sur un marché où les applications sont clé. Mais passer à Android implique sacrifier un aspect différentiateur important. Et tout comme les assembleurs de PC, les fabricants de smartphones Android ont rarement des marges faramineuses. Nokia a opté pour une troisième voie en passant à Windows Phone. Mais ce n’est que reculer pour mieux sauter, car le constructeur finlandais serait devenu un constructeur Windows Phone parmi les autres si ce dernier était devenu populaire – et si Microsoft ne voulait pas le racheter.

Différences

Aucun parallèle n’est parfait, et celui-là n’échappe pas à la règle.

Tout d’abord, Android est un système d’exploitation libre alors que Windows est commercial. Google a de ce fait nettement moins de contrôle sur les constructeurs de smartphones et tablettes que Microsoft en a sur les vendeurs de PC. Si ces derniers veulent avoir le droit de préinstaller Windows sur leurs PCs, ils doivent se plier aux exigences de Microsoft. Au contraire, les constructeurs de smartphones peuvent customiser Android à leur gré et même réécrire certaines parties du système d’exploitation. Autant dire que cela n’aide pas lutter contre la fragmentation de l’écosystème Android.

Une différence en faveur d’Apple est que le marché est désormais orienté grand public, alors que les ventes du PC ont pendant longtemps été dominées par les ventes en entreprise, un marché que la firme de Steve Jobs n’a jamais aimé.

Par contre, une autre différence joue en sa défaveur. Sur le marché des smartphones, un autre intermédiaire vient s’interposer entre les constructeurs et le consommateur : les opérateurs mobiles. Apple aime bien dicter ses conditions sur un marché où les opérateurs mobiles ont traditionnellement mené la danse. Or aucune customisation n’est tolérée avec l’iPhone. L’opérateur ne peut installer aucune application tierce ni avoir son nom apparaître lors du démarrage de l’iPhone. Si Cupertino est arrivé au début à imposer ses conditions, son pouvoir sur les opérateurs mobiles d’effrite. Apple n’a pas encore passé d’accord avec China Mobile, le premier opérateur chinois, limitant grandement son expansion dans ce pays même si la marque à la pomme y jouît d’un prestige important.

Finalement, les constructeurs de smartphones sont plus intégrés verticalement que les assembleurs de PC. Concevoir un smartphone le plus fin possible avec une autonomie importante et de bonnes performances est plus complexe qu’assembler les composants d’un PC. Et Samsung est sans doute le constructeur Android le plus verticalement intégré. Le géant coréen en effet bien plus qu’un assembleur, et fabrique plusieurs de ses propres composants, qu’il s’agisse de microprocesseurs, d’écrans tactiles ou de batteries. Ce qui explique que Samsung est bien plus profitable que les autres constructeurs de smartphones (Apple mis à part).

Conclusion

Sur le PC de bureau ou le PC portable, personne n’a réussi à se créer une place face à Windows et au Mac. Ce n’est pas de bon augure pour tous ceux qui poussent un autre système d’exploitation mobile tel que Microsoft avec Windows Phone, Mozilla avec Firefox OS, Ubuntu avec Ubuntu Phone ou Samsung avec Tizen.

De même, l’intégration verticale matériel + système d’exploitation (tout en gardant des partenaires) que poursuivent Google (qui a racheté Motorola Mobility) et Microsoft (qui a travaillé en partenariat serré avec Nokia avant d’essayer de le racheter) n’a pas porté ses fruits de manière indiscutable.  Le problème de Nokia a moins été ses smartphones que le manque d’intérêt pour Windows Phone. Se faire racheter par Microsoft ne changera pas cet aspect – à moins que Redmond soit plus intéressé dans l’expertise Nokia pour créer des tablettes PC ?

Samsung, quant à lui, reste un modèle d’intégration vertical unique, restant à la pointe pour la production de nombreux composants – lui évitant de devenir le Dell des smartphones.

Pour le reste, Apple mis à part, tous les constructeurs d’ordinateurs personnels pré-PC ont mordu la poussière. A part le Mac, tous les ordinateurs individuels qui ne faisaient pas tourner Windows ont disparu. Leurs constructeurs ont parfois tenté de s’adapter au modèle d’intégration horizontale du PC, mais aucun n’y est arrivé. Tout ça n’est pas de bon augure pour BlackBerry, le seul constructeur qui garde un système d’exploitation propriétaire (là encore Apple mis à part). Palm a déjà disparu, Nokia devrait être racheté par Microsoft, et BlackBerry a récemment avoué explorer « toutes les options » y compris la vente de l’entreprise – en d’autres termes, ils savent que c’est le début de la fin.

Cela ne veut pas dire qu’aucun autre système d’exploitation mobile n’a de chance. Google comme Apple ne sont pas à l’abri d’une grosse erreur. Mais si l’histoire est un guide, s’imposer face à Android et iOS reste un challenge quasiment insurmontable.

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3 commentaires sur “Parallèle PC / Mobile”

  1. alefebvre Says:

    J’imagine que tu vas nous faire une chronique plus approfondie sur le rachat de Nokia par crosoft, non ?

  2. alefebvre Says:

    Reblogged this on RTFM (read the f* manuel!) and commented:
    Voilà la dernière chronique de mon ami Laurent Poulain… Si vous vous intéressez aux évolutions du marché (informatique) que vpous appréciez les analyses intelligentes (rares) et réellement indépendantes (très rates !), ceci est pour vous !


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