ARM pourrait-il menacer les serveurs?

L’informatique mobile est ce qu’on appelle une technologie disruptive dans la mesure où elle offre moins de performance que ce qui existe déjà. Même si les tablettes contiennent des processeurs de plus en plus puissants, elles restent bien moins puissantes que les PC.

Boosté par ses processeurs à faible consommation, ARM équipe désormais quasiment tous les smartphones et tablettes du marché – au grand dam d’Intel. L’écosystème mobile – ARM en premier – pourra-t-il s’étendre à d’autres marchés ? Après tout, le PC a commencé comme ordinateur de bureau avant de devenir un ordinateur portable puis concurrencer les serveurs Unix.

Avant de remplacer les portables PC et PC de bureau, les tablettes devront surmonter de gros challenges. En particulier, surmonter la déconnexion entre leur interface utilisateur actuelle (tactile et peu précise) et une interface clavier/souris (précise) sur un grand écran. Il existe plusieurs solutions pour résoudre le problème. Microsoft propose une housse/clavier avec sa tablette Surface. On peut également imaginer à terme un moniteur tactile incliné sur lequel on travaille directement dessus.

Un domaine qui semble encore plus inatteignable pour les tablettes est le marché des serveurs d’entreprise. On imagine mal un rack d’iPad en salle machine faisant tourner un site Web. Mais il faut se rappeler que personne en 1975 ne pensait que les ordinateurs personnels concurrenceraient un jour les serveurs. Bien évidemment, les premiers PC utilisés comme serveurs n’avaient pas grand chose à voir avec les premiers ordinateurs individuels que l’on montait soi-même, fer à souder à la main.

Si les tablettes en tant que telles ne sont pas conçues pour être utilisées comme serveurs, leur écosystème le pourrait. Que ce soit les entreprises qui dominent le marché de l’informatique mobile (comme Samsung) comme la philosophie : la notion d’App Store, de gestion par interface tactile ou un système plus opaque que Windows ou Linux. Et bien évidemment les processeurs ARM. L’énergie est en effet un facteur de plus en plus important pour les serveurs, un domaine où les processeurs ARM brillent. Les fermes de serveurs dégagent une quantité d’énergie considérable, nécessitant d’énormes moyens pour les refroidir. Plusieurs constructeurs comme Samsung, HP ou Dell travailleraient sur des serveurs à base d’ARM. Samsung construisant ses propres processeurs ARM ainsi que ses propres smartphones, il est naturel que le géant coréen soit intéressé pour s’attaquer au marché des serveurs. Le manque de logiciel reste un frein, mais on peut imaginer une adaptation rapide des principaux logiciels libres si le besoin se fait sentir.

Une compagnie comme Google pourrait être également un pionnier en la matière. Le géant de la recherche en ligne utilise en effet des centaines de milliers de PC grandement customisés. Fait opportun, Google n’utilise pas forcément les processeurs les plus puissants. Ce qui compte avant tout est le rapport puissance / énergie dégagée. Si un jour un ordinateur customisé à base d’ARM a un meilleur rapport que ses serveurs actuels, Google pourrait bien faire la transition – après tout, il contrôle complètement les logiciels qui tournent dessus.

Intel contre-attaque

Le plus gros obstacle pour ARM reste cependant Intel. Certes, ses processeurs ne sont pas aussi économes en énergie. Mais le marché du PC est capital pour Intel. Lorsqu’ils sont menacés par une technologie disruptive, les géants établis sont parfois tentés de « fuir » vers des marchés plus haut de gamme, offrant des marges plus juteuses. Mais Intel n’a pas ce luxe. S’il n’arrive pas à capturer le marché du smartphone ou contrer l’iPad, il lui reste les PC. Mais s’il perd des parts de marché du PC, il n’a nulle part où aller. Le marché des supercalculateurs est trop petit, et Intel a besoin de grosses économies d’échelles.

Or rien n’est plus dangereux qu’une compagnie le dos au mur. Intel travaille en effet d’arrache pied à optimiser ses processeurs, et si la compagnie sent que son avenir est en jeu dépensera sans compter.

Les processeurs Intel ont un handicap face aux processeurs ARM : ils doivent préserver la compatibilité x86, ce qui a un coût. Par exemple, les processeurs Intel modernes contiennent deux processeurs arithmétiques : celui historique introduit en 1980 (le x87, qui était à l’époque un processeur séparé), et un plus récent et plus efficace, introduit avec le Pentium 3 en 1999 (le SSE). Intel peut par contre essayer de compenser par d’autres techniques, comme arriver à diminuer la taille des processeurs. Après tout, le géant de l’électronique peut investir des milliards en R&D.

Intel a récemment pu savourer une mini-victoire avec le bide de Windows RT. Surface RT n’a en effet pas eu les ventes escomptées, et les principaux constructeurs de PC ne se pressent pas pour sortir des tablettes Windows à base d’ARM. La semaine dernière, Windows RT était quasiment absent au Consumer Electronics Show de Las Vegas – alors que de nombreuses tablettes Windows 8 Pro étaient présentées. Pour la seconde fois de son histoire, Microsoft a porté Windows sur d’autres processeurs que ceux d’Intel (les premières versions de Windows NT dans les années 90 étaient également disponibles sur DEC Alpha et sur MIPS). Et encore une fois, le public a plébiscité la compatibilité x86 quand il s’agit de Windows.

Au contraire, Intel compte mener la charge sur les PC tactiles. Détenteur de l’appellation Ultrabook, Intel exige désormais que tout PC désirant cette appellation possède un écran tactile. L’écosystème PC est en marche pour tenter de contrer l’écosystème mobile.

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