Apple et les cartes en ligne

Lorsqu’Apple s’excuse publiquement sur un de ses produit, on sait que la firme à la pomme a vraiment commit un impair. D’habitude, elle ignore le problème ou rejette la faute sur les utilisateurs. Tim Cook s’est pourtant publiquement excusé sur Apple Maps qui remplace Google Maps avec iOS 6. Il faut dire que les problèmes de ce service, réels ou exagérés, ont fait le tour de la toile.

Tout avait pourtant commencé d’une manière très « Applesque ». Depuis le début, l’iPhone et l’iPad ont leur propre application de carte en ligne qui se basait sur des données fournies par Google. Seul ombre au tableau, l’application n’offrait pas de direction assistée vocale – option importante sur le marché du mobile. Selon All Things D, Google était réticent à licencier l’accès à ce type de donnée, gardant ainsi un avantage pour Android. Le géant de la recherche en ligne voulait faire plus que de fournir les données à Apple, comme mettre son nom sur ses cartes affichées sur iOS, mais Apple a toujours refusé.

La firme à la pomme ayant toujours favorisé l’intégration verticale, elle a tout logiquement décidé d’acheter quelques compagnies de cartographie en ligne pour créer son propre service. Le but étant d’offrir une fonctionnalité de direction vocale avec en prime des cartes 3D dépassant celles de Google Maps. Après tout, Apple s’est toujours évertué avoir des compétences matérielles et logicielles.

Sauf que remplacer Google Maps demande plus qu’une histoire de logiciel. Un service de carte en ligne ne s’improvise plus. Google a en effet mis beaucoup d’efforts sur les trois points critiques d’un tel service : l’interface graphique, l’infrastructure serveur et les données. Et le géant de Mountain View n’a pas lésiné sur les moyens avec pas moins de 1100 employés et 6000 contractants pour conduire des voitures, voler dans des avions, corriger les erreurs, etc.

Avant Apple, le gouvernement français a tenté de concurrencer Google Maps en lançant Géoportail en 2006. Etant donné que le service était mis en œuvre par l’IGN et le BRGM, deux établissements publics spécialisés dans le domaine, il a bénéficié de données solides. Etant en plus focalisé sur le territoire français, il avait un avantage sur Google qui essaie de couvrir le monde entier. Mais le service a initialement négligé l’infrastructure serveur, et s’est écroulé sous le trafic lors de son lancement (cela a été depuis corrigé). Qui plus est, son interface utilisateur reste inférieure à celle de Google, que ce soit en terme de facilité d’utilisation, de beauté des cartes ou de fonctionnalités telles que la vue de la rue.

Apple, de son côté, a su créer des cartes de toute beauté. On peut également penser qu’ils ont mis en place l’infrastructure serveur appropriée. Son point faible a par contre été les données. Car autant Google est connu pour automatiser le plus possible, autant la compagnie vérifie manuellement TOUTES ses cartes, s’assurant qu’il n’y ait pas de défaut, que les routes sur les cartes coïncident bien avec les routes des photos aériennes, etc.

En d’autres termes, la cartographie en ligne s’est horizontalisée, c’est-à-dire qu’elle est devenue une affaire de spécialiste. Et Google en a fait une de ses spécialités. Pour concurrencer sérieusement Google Maps, il faut soit mettre énormément de moyens en place pour le concurrencer sur tous les points (données, interfaces graphique et infrastructure), soit faire appel à une autre compagnie spécialisée dans la cartographie en ligne – et encore.

Apple devrait connaître le principe, la compagnie ayant à maintes reprises investi beaucoup d’efforts dans certains domaines pourtant réservés aux spécialistes. Par exemple, la firme de Tim Cook ne se contente pas d’avoir Jony Ive créer de nouveaux designs pour les futurs produits de la compagnie, elle travaille avec les usines de fabrication pour voir comment manufacturer les dits produits. Parfois, l’intégration verticale fonctionne. Apple a racheté une compagnie de semiconducteurs pour concevoir ses propres processeurs autour de l’architecture ARM pour son iPhone et son iPad. Parfois, cela fonctionne moins. Après des années à avoir mis en avant le processeur PowerPC (né d’une alliance entre Apple, IBM et Motorola), Apple s’est finalement décidé à basculer sur Intel. De la même manière, Apple a abandonné son interface Firewire au profit du standard USB.

Maintenant, de nombreuses personnes ont affirmé que la « Mapocalypse » ne serait jamais arrivée sous Steve Jobs. Pas si sûr. Steve était certes un micro-manager, mais il n’est pas dit qu’il aurait eu le temps d’examiner suffisamment de cartes pour trouver des défauts (qui restent statistiquement rares). Doit-on rappeler que le fiasco MobileMe est arrivé sous Steve ? Par contre, il est certain que Scott Forstall, le vice président en charge d’iOS, se serait fait sérieusement remonter les bretelles par Jobs si ce dernier était encore vivant. Après une tentative ratée d’ « effet spécial » impliquant un ballon lors d’une présentation de l’iPhone, Steve s’est régulièrement moqué de Scott à propos de cet incident. Mais Tim Cook n’est pas Steve Jobs. S’il n’est pas un tendre, il n’est pas non plus le style à hurler après / dénigrer / rabaisser les fautifs comme Jobs l’a fait avec l’équipe de MobileMe.

Apple peut-il corriger le problème de Maps ? Sans aucun doute. La compagnie a les moyens nécessaires. Cela prendra cependant peut-être du temps.

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