Microsoft Surface à $200 ?

Des rumeurs circulent comme quoi Microsoft lancerait sa tablette Surface RT (la version à base de processeur ARM) à seulement $200. Ces rumeurs sont d’autant plus persistantes qu’Amazon.com vient d’annoncer sa dernière tablette Android à prix fort compétitif. Bien qu’elle soit un peu plus petite que l’iPad avec un écran 8,9″, la Kindle Fire HD commence à seulement $300.

Si la rumeur est fondée, c’est certainement une surprise, car c’est nettement moins cher que je pensais. J’avais en effet estimé un prix de $600 étant donné que Surface RT est sensée être « au même prix que des tablettes à égales » (la version de base de Surface RT possède 32 GB de disque, tout comme l’iPad à $600)

Bien évidemment, à ce prix-là Microsoft perdrait de l’argent. Mais avec une autant de milliards en banque, qui s’en soucie ? Redmond a toujours été près à dépenser sans compter pour s’accaparer des parts de marché, comme il a fait pour la Xbox ou Bing.

Lorsque Hewlett-Packard a lancé sa tablette TouchPad, cette dernière a été un bide retentissant. Mais lorsque le constructeur a décidé d’arrêter le produit et de le brader à $100 pour liquider les stocks, les consommateurs se sont rués dessus, même s’ils savaient qu’il n’y avait quasiment aucune application et que c’était un produit en fin de vie. Lancer Surface RT à $200 serait en effet une bonne manière de s’assurer du succès de Windows 8.

Le problème est plus à terme. Microsoft n’a sans doute pas pour but de continuer à construire des PC. Les marges dont il bénéficie à l’heure actuelle sont trop importantes. Microsoft a besoin de ses partenaires pour encaisser à sa place les marges ridiculement faibles des PC.

Or à $200, il est clair que Surface RT tuerait n’importe quelle autre tablette à base de Windows 8 RT. Les constructeurs de tablette Windows n’ont ni les ressources financières, ni l’envie de vendre à perte. Les tablettes 7″ sont tout juste profitables à $200. Une tablette à écran 10″ et 32 GB d’espace disque comme Surface coûte encore plus cher à produire. Qui plus est, les fabricants de PC doivent reverser à Microsoft $70 par tablette pour la licence de Windows RT.

L’autre problème est le risque d’habituer le public à des prix trop bas.

La meilleure manière que je vois serait de présenter ce prix comme une promotion. « Pendant un an, dans la limite des stocks disponible, nous vendons Surface RT pour seulement $200. Dépêchez-vous tant qu’il en reste ! » Le but étant de promouvoir « Windows Metro », c’est-à-dire le nouvel environnement de Windows, et tenter de briser le cercle vicieux « peu d’applications donc pas peu d’utilisateurs, peu d’utilisateurs donc peu d’applications. »

Mais même dans ce cas de figure, il existe toujours le risque de cannibalisation. Surface RT à $200 ne donne pas envie d’acheter la tablette Surface à base de processeur Intel et compatible Windows. A moins que cette dernière ne soit également pas vendue chère, auquel cas le risque est de cannibaliser les ventes des portables PC. Même Surface RT pourrait concurrencer les ultrabooks PC. Certes, elle n’est pas compatible Windows, mais à $200…

L’enjeu pour Microsoft est de taille. Le géant de Redmond veut s’appuyer sur l’écosystème du PC pour conquérir le marché des tablettes. Il doit donc éviter que ce dernier considère Surface RT comme trop disruptif – on remarque d’ailleurs que plusieurs constructeurs de PC ont décidé de ne produire que des tablettes Windows 8 à base de processeur Intel. Et l’écosystème PC dépasse les constructeurs de PC. La grande distribution sera-t-elle enthousiasmée par une tablette à $200 qui leur cannibalise leurs ventes plus juteuses de portables PC ? Les développeurs Windows seront-ils intéressés pour développer des applications spécifiques à Windows 8 (interface Metro) si elles ne peuvent pas tourner sur Windows XP ou Windows 7 ?

Quelques jours avant son décès, Steve Jobs a reçu la visite de Bill Gates. Pendant leur discussion, Gates a reconnu que le modèle d’intégration vertical (où Apple conçoit le matériel comme le logiciel) fonctionnait, contrairement à ce qu’il pensait. Jobs a de son côté reconnu que Microsoft a prouvé que le modèle du PC (où Microsoft ne se concentre que sur le système d’exploitation) pouvait également marcher. Ce que Bill s’est gardé de dire ce jour-là est qu’il pensait que le modèle d’Apple ne pouvait marcher qu’avec quelqu’un d’aussi créatif et artistique que Steve Jobs. Et Steve s’est gardé de dire qu’il pensait que le modèle du PC ne pouvait que produire de la daube.

Microsoft a décidé de suivre le modèle d’Apple. L’avenir dira s’il ne peut fonctionner qu’avec quelqu’un comme Ballmer qui est tout sauf créatif et artistique.

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