L’itinéraire d’une idée à succès

Tous les jours, de nombreuses personnes ont des idées d’un nouveau produit ou d’une nouvelle compagnie. Statistiquement, plusieurs de ces idées doivent être bonnes. Pourtant, très peu débouchent sur quelque chose, même en informatique où il est relativement facile de créer sa compagnie. Car le chemin entre une bonne idée et quelque chose de concret qui a du succès est long et parsemé d’embuches.

Bon moment et bon endroit

En plus d’être bonne, une idée doit arriver au bon moment au bon endroit. Si Steve Jobs et Bill Gates ont pu cofonder respectivement Apple et Microsoft avec le succès qu’on leur connait, c’est parce qu’ils avaient le bon âge : ils avaient 20 ans lors de la naissance de la micro-informatique. Ils étaient de plus nés au bon endroit. Jobs a grandi dans ce qui est devenu la Silicon Valley (où il a rencontré Steve Wozniak), et Gates a eu accès à une école privée où il a rencontré Paul Allen et où tous deux ont eu accès à un ordinateur. Larry Page et Sergey Brin, quant à eux, étaient tous les deux étudiants à Stanford (encore une fois en plein milieu de la Silicon Valley) et ont lancé Google à une époque où l’industrie se désintéressait de la recherche en ligne pour se concentrer sur le portail.

L’idée du bureau sans papier, par contre, est arrivée bien trop tôt. Si ce concept a du sens maintenant (la consommation de papier des entreprises commence à diminuer), il était beaucoup trop en avance sur son temps dans les années 80. Pareil pour le Newton d’Apple qui a été lancé avant que la technologie soit au point.

De même, il est possible que de nombreuses idées soient apparues au bon moment mais pas au bon endroit. Il n’y a aucune raison que la Silicon Valley ait le monopole des bonnes idées. Elle représente par contre un écosystème où ceux qui ont de bonnes idées peuvent être mis en contacts avec les bonnes personnes.

Mélange d’isolement et d’ouverture

Un aspect critique pour le succès d’une idée est un savant mélange d’isolement et d’ouverture sur le monde. Aucune idée, aussi géniale soit-elle, ne peut devenir un succès grâce à une seule personne. Elle évolue au court du temps, influencée par plusieurs personnes ; si bien que le produit final est souvent différent de l’idée initiale. Mark Zuckerberg a tenté plusieurs projets avant de créer Facebook – qui a lui-même évolué par la suite. C’est la raison pour laquelle beaucoup des géants actuels ont été fondés par plusieurs personnes.

Mais si le développement d’une idée nécessite plusieurs personnes, le premier stage -la création du premier prototype- est quasiment toujours une aventure en solitaire. Lorsque les futurs fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, ont été mis en contact, Larry avait déjà l’algorithme en tête et un prototype. Lorsque Steve Wozniak a présenté à Steve Jobs ce que deviendrait l’Apple I, ce dernier a tout de suite répondu qu’ils pouvaient vendre un tel produit. Mais Woz a construit l’ordinateur tout seul dans son coin sans en parler à quiconque. Il existe cependant des exceptions telles que Microsoft, où Bill Gates et Paul Allen ont programmé ensemble le BASIC qui allait marquer le démarrage de Microsoft.

La raison de ce besoin d’isolement est que toute idée réellement novatrice a toutes les chances d’être ralentie -voire stoppée- lors du développement initial si elle implique plusieurs personnes.

Tout d’abord, si une idée a tellement de sens qu’il suffit d’en parler à une personne pour la convaincre, il y a toutes les chances qu’elle ait déjà été mise en oeuvre. Les idées réellement novatrices semblent au départ souvent farfelues ou sans avenir. L’idée de Steve Wozniak était de construire son propre micro-ordinateur pourvu… d’un clavier et un d’écran (quelque chose d’inédit à l’époque). Mais s’il avait demandé l’avis de personnes sensées, il aurait certainement été découragé. On lui aurait dit qu’au-delà la prouesse technique, le produit final n’avait aucune utilité. Que c’est un gadget d’électronicien. Qu’il ferait mieux de passer son temps à quelque chose de plus productif. HP (pour qui il travaillait) n’a d’ailleurs vu aucun intérêt dans la création de Woz.

30 ans plus tard, le colocataire de Mark Zuckerberg à Harvard a laissé passer sa chance de faire partie de l’aventure Facebook. Son père, en bonne personne sensée, voyait d’un mauvais oeil qu’il arrête ses études -à Harvard, excusez du peu- pour se lancer dans une startup à l’avenir incertain.

Woz aurait pu embaucher l’aide d’autres geeks intéressés par la construction d’un micro-ordinateur. Mais cela ne l’aurait pas forcément aidé, bien au contraire. Mettez plusieurs techies ensemble et ils vont se quereller autour des divers choix techniques à prendre tels que le choix du microprocesseur, la manière d’encoder les données vers l’écran, etc. L’Apple I n’était peut-être pas une architecture parfaite, mais le fait que Wozniak l’ait conçu seul lui a permit de ne pas être retardé par une recherche du consensus.

Si Linux est devenu ce qu’il est grâce à l’apport de milliers de contributeurs de par le monde, son créateur, Linus Torsvald, a dû néanmoins créer une première version lui-même. Si Torsvald avait posté sur Internet sa vision, de nombreuses personnes auraient sans doute dit que c’était une bonne idée, mais rien n’aurait été fait.

D’où une difficulté supplémentaire. La personne qui commence à impliquer trop tôt d’autres personnes a toutes les chances d’être découragé ou d’être mené à l’indécision. Au contraire, la personne qui veut tout faire tout seul trop longtemps (par manque de confiance d’autrui par exemple) n’ira pas loin non plus.

Ce n’est pas pour rien que si peu d’idées brillantes n’apparaissent.

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