Difficultés logiciel et difficultés tierces

Un excellent article de Paul Graham indique comment des entrepreneurs évitent (parfois inconsciemment) les projets qui impliquent des difficultés auxquelles ils ne sont pas habitués. En informatique, il est de fait tentant de vouloir se restreindre à la seule écriture d’un logiciel autour d’une idée géniale et de laisser la « magie » d’Internet faire le reste. Le risque est de créer un logiciel que les utilisateurs aiment peut-être mais ne sont pas prêt à acheter.

Créer un programme complexe ne refroidi que peu d’informaticiens. Par contre, tout challenge périphérique comme négocier avec des organismes tiers est une autre histoire. C’est pourtant ce qui fait souvent la différence.

Tout le monde s’attend à ce qu’une compagnie qui vende des biens tangibles doive faire face à de nombreux challenges en dehors de la conception. Apple a ses débuts a dû trouver des composants les moins cher possible. Amazon.com a du créer un système de logistique pour livrer sa marchandise de la manière la plus efficace. Mais plusieurs compagnies de logiciels ont également dû faire face à des imprévus :

  • Le tout premier programme de Microsoft était un langage de programmation BASIC pour le premier micro-ordinateur, l’Altair 8800 (1975). Le BASIC ne s’est par contre pas vendu tout seul. Tout d’abord, Bill Gates et Paul Allen n’avaient pas d’Altair. Ils ont donc du écrire un émulateur Altair afin d’écrire leur programme BASIC – en espérant que ça marche ! Qui plus est, avant même que Microsoft soit créé, Paul Allen a dû prendre l’avion vers Albuquerque dans le Nouveau Mexique où se trouvait le siège de MITS, le constructeur de l’Altair. Allen et Gates ont d’ailleurs été jusqu’à déménager à Albuquerque pour y fonder Microsoft.
  • Bien que le moteur de recherche de Google soit tirée d’une idée d’algorithme, la compagnie de Mountain View a dû dés le début se préoccuper du matériel. Car un moteur de recherche est un service qui demande énormément de ressources. Google a ainsi dû customiser ses propres serveurs pour éviter que des pannes de matérielles n’aient d’incidence sur le service et que les serveurs consomment le moins d’énergie possible.
  • PayPal a dû faire face à une multitude de casse-têtes pour créer un système de paiement en ligne, que ce soit négocier avec les organismes de carte de crédit, sécuriser son site (il est évident qu’ils sont une cible privilégiée des hackers) ou gérer les plaintes des clients (toujours délicat lorsque de l’argent est en jeu)
  • Facebook a tout de suite fait très attention à ses serveurs afin d’éviter que le flux de nouveaux utilisateurs ne les sature – un problème qui a été fatal à son prédécesseur Friendster.
  • Des sites de rencontre comme Meetic, qui sont un rare cas où les utilisateurs acceptent de payer un abonnement, ont dû briser le cercle vicieux du manque d’utilisateurs initiaux. Car être la première personne sur un site de rencontre n’apporte que peu d’intérêt.

Mais il est facile d’oublier tout cela. Depuis le Web, les dotcoms permettent de lancer un produit avec un minimum d’investissement. Plus besoin de cherche un distributeur. C’est d’ailleurs le problème auquel se sont heurtés tant de dotcoms avant l’explosion de la bulle : ils se sont affairés à créer un site autour d’une idée « géniale » et d’attirer du trafic sans trop se soucier de questions tierces telles que monnayer ledit trafic. On connait la suite.

Et cette mentalité n’a pas disparu avec la « nouvelle économie », étant donné qu’il est de plus en plus facile de créer un site Web. Des compagnies comme Amazon.com fournissent une offre d’hébergement qui peut monter en charge à la demande. Et des plateformes telles que l’iPhone et l’iPad sont apparues, facilitant la tâche. Apple s’occupe en effet de l’hébergement (même pas besoin d’avoir son propre site Web) et du paiement – on n’a qu’à soumettre son application !

Qui plus est, on a tous entendu parler de sites qui ont explosé grâce au bouche à oreille. En d’autres termes, on peut penser qu’il ne suffit que de trouver une idée géniale pour faire fortune, comme Rovio l’a fait avec Angry Birds. Même pas besoin de marketing.

Mais se focaliser sur Angry Birds est un peu comme regarder uniquement le gagnant à la loterie, sans réaliser que de millions de gens jouent et perdent tous les jours. Dans les faits, les gens qui font fortune rien qu’en écrivant un logiciel sont extrêmement rares.

Zynga, l’éditeur de jeu sur Facebook, a par exemple montré comment ils ont réussi à voler le concept d’autres jeux en les copiant purement et simplement mais en étant plus habile sur le plan marketing. Sur l’App Store d’Apple, il y a tellement d’applications qu’il est très difficile de se faire une place au soleil.

Le cas des marchés naissants

La meilleure manière de se faire de l’argent en n’écrivant que du logiciel reste les marchés à leur tout début. Il existe une opportunité avant que tout le monde s’engouffre dans la brèche.

Prenez le cas du jeu vidéo. Le marché traditionnel étant devenu trop complexe et trop dédié aux « gamers », il a laissé le champ libre aux jeux sur iPhone ou sur Facebook qui visent les joueurs occasionnels. Qui plus est, le développement sur ces plateformes demande nettement moins de moyens que les jeux traditionnels qui, eux, demandent des millions de dollars d’investissement. En dehors d’Angry Birds, plusieurs développeurs indépendants ont réussi à gagner une somme correcte, même s’ils ne sont pas forcément devenus millionnaires. Un article du Time raconte d’ailleurs comment plusieurs créateurs de jeux vidéo des années 70 et 80 ont décidé de reprendre du service.

Mais l’opportunité que représentait ce nouveau marché commence à s’évanouir. Sur Facebook, Zynga a siphonné les revenus, copiant sans vergogne les jeux de la concurrence. Et de manière générale il existe tant de jeux sur Facebook et sur les smartphones qu’il est difficile d’avoir une quelconque visibilité au milieu de tant de concurrence. Il faut donc trouver d’autres marchés… ou accepter le fait qu’écrire un logiciel seul est rarement suffisant pour avoir du succès.

La bonne nouvelle est que plus il est difficile de créer une compagnie du fait de challenges inattendus, moins il y a de concurrence.

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