La stratégie « tout Windows »

Comme je l’ai déjà écrit, la stratégie mobile de Microsoft semble pour le moins bizzare, car Redmond propose pas moins de trois systèmes d’exploitation : Windows Phone 7 pour les smartphones, Windows 8 Intel pour certaines tablettes et Windows 8 ARM pour d’autres tablettes. Apple, de son côté, ne propose qu’iOS pour son iPhone et son iPad.

Plus j’y pense, et plus je pense que le but non affiché de Microsoft n’est pas à terme de remplacer Windows Phone par Windows 8 (on un successeur) dés que les smartphones auront les capacités suffisantes. Ce n’est pas encore le cas à l’heure actuelle, mais c’est sans compter la loi de Moore. Le Samsung Galaxy S II contient par exemple 1 Go de RAM, un processeur à double coeur et jusqu’à 32 Go de mémoire flash. Il a donc techniquement la puissance requise pour faire -tout juste- tourner Windows 8 32-bit. Il arrivera un moment où la plupart des smartphones auront suffisamment de puissance pour faire tourner Windows confortablement.

Au moment où j’écris ces lignes, j’apprend d’ailleurs qu’un constructeur chinois pourrait sortir un smartphone à base de Windows 8 l’année prochaine.

Si Redmond oblige les développeurs à fournir une version Intel et ARM de leurs applications s’ils veulent les publier sur Windows Store (théoriquement ce n’est qu’une simple histoire de recompilation), cela permet de recréer des applications optimisés pour les écrans tactiles qui sont à la fois disponibles sur Windows 8 Intel et ARM. WP7 passe à la trappe et Microsoft évite ainsi des problèmes de logiciels disponibles sur une version de Windows et pas l’autre. Les applications Windows actuelles ne sont bien évidemment disponibles que sur processeur Intel, mais elles devront être repensées pour être utilisables sur une tablette de toute façon (et non parlons pas des smartphones)

Cette vision est en parfait accord avec un article de CNET qui explique pourquoi Microsoft a tué son projet de tablette Courier quelques semaines après l’annonce de l’iPad, malgré être deux ans en avance sur Windows 8. L’article indique très clairement comment Redmond est en plein dilemme de l’innovateur. Steve Ballmer a en effet dû décider entre deux vision divergentes, poussés par deux brilliants cadres dirigeants de la société : celle de J. Allard (qui était derrière la Xbox) qui poussait un Courier comme une tablette en tant que complément du PC, et celle de Steven Sinofsky (à la tête de la division Windows) qui poussait de porter Windows sur les tablette (ce qu’est devenu Windows 8)

Steve Ballmer a même fait appel à Bill Gates pour départager les deux visions. Mais lorsque Gates a demandé à Allard comment lire ses emails avec le Courier, ce dernier a répondu que le but n’était pas de lire les emails et que les utilisateurs utiliseraient le navigateur Web avec des services tels que Hotmail (autrement dit, pas d’intégration avec MS Exchange). C’est apparamment le moment où Bill a eu une « réaction allergique ». Et c’en était fini du Courier. Ce comportement est typique des compagnies qui réussissent trop bien : elles se centrent autour des produits-phare et sont incapables de sortir des innovations qui pourraient canibaliser les ventes. La Xbox a pu exister car elle cible un marché totalement différent de Windows. Le Courier aurait pu exister en parallèle de Windows 8, mais Microsoft en a décidé autrement.

Il est intéressant de noter que Microsoft se vante de son approche « Darwinienne », où des projets sont souvent mis en concurrence les uns contre les autres (que le meilleur gagne). Cette approche Darwinienne reste cependant interne : les produits perdants ne sont jamais commercialisés. Hewlett-Packard suit la même approche, mais en externe. La compagnie a en effet permit que sa division Deskjet commercialise des imprimantes à jet d’encre, canibalisant les ventes des imprimantes Laserjet.

Le Courier n’était peut-être pas le tueur d’iPad. Mais il avait le mérite de tout revoir à zéro. Microsoft, au contraire, persiste à penser en termes d’utilisateurs d’entreprise et centrer Windows au centre de sa stratégie, qu’il soit le système d’exploitation le mieux adapté ou pas. Le mois dernier, lors d’une conférence avec des analystes, Ballmer a répété que le point de vue de la compagnie était que « Windows est au centre ». Bien qu’il reconnait que certains doutent, il a ajouté qu’il « pensait que c’est une idée exceptionnellement bonne. »

Cela va peut-être prendre un an ou deux, mais à mon avis les jours de WP7 sont comptés.

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2 commentaires sur “La stratégie « tout Windows »”


  1. […] marché de l’informatique mobile (smartphones comme tablettes), l’obsession de Redmond de tout vouloir lier à Windows et Office dés que possible l’a handicapé sur ce marché. S’il ne faut jamais enterrer la firme […]


  2. […] quant à lui, compte sortir Windows 8 d’ici à la fin 2012, mais j’ai de gros doutes sur l’efficacité de cette stratégie. Une tablette compatible Windows demande beaucoup plus […]


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