Les « secrets » des produits à succès

Un article de Fast Company intitulé Les Six Secrets de la Création de la Demande (et résumé promotionnel du livre du même auteur) détaille comment créer un produit qui génère de la demande.

En règle générale, dés que le titre d’un article mentionne « secret » il faut se méfier (« Les 6 secrets pour maigrir », « Les 12 secrets pour être un as au lit », etc.) Cet article ne fait pas exception à la règle. D’autant plus qu’aucun des soi-disant secrets énoncés ne sont des secrets.

« Rendez [votre produit] magnétique » affirme l’article qui recommande qu’un produit ait un « rapport émotionnel » avec le consommateur. C’est le genre de banalité qui est facile à lancer mais beaucoup plus difficile à mettre en oeuvre. Il existe certes des produits qui jouent sur la corde émotionnelle, mais un antivirus (sentiment de sécurité) n’est pas un produit magnétique pour autant. Mise à part les compagnies qui se positionnent uniquement sur le prix (et encore) tout le monde aimerait bien créer un produit « magnétique » – mais très peu réussissent, Apple étant une exception notable.

D’autres exemples donnés sont des pratiques utilisées certes par les des compagnies qui ont eu du succès, mais qui sont aussi utilisées par des compagnies qui se sont plantées.  Comme par exemple « Remédiez à nos problèmes quotidiens » ou « Bâtir sur l’histoire cachée ». Quasiment tous les produits sont crées dans cette optique. Encore une fois, le véritable secret est dans la mise en oeuvre. Par exemple, Google a créé un moteur de recherche qui a dépassé de loin ce qui existait déjà. Mais inventer un tel moteur n’a pas été donné à tout le monde. De ma même manière, il est beaucoup plus facile de voir après coup si une histoire cachée était bonne ou pas. Par exemple, la vente et livraison de courses à domicile peut sembler avoir des lacunes après coup. A l’époque, c’était bien moins évident. Et des produits comme l’iPad, les jeux vidéo tels que Farmville, Mafia Wars ou Angry Birds ou les sonneries de portable sont des produits à succès bien qu’ils ne remédient pas à nos problèmes – on pourrait s’en passer – ni ne battissent sur une histoire cachée.

Un autre conseil donné (« De-moyenner le consommateur ») est de ne pas créer un produit unique qui vise tout le monde. L’exemple de l’iPhone est certes un bon exemple. Apple n’a créé qu’un modèle d’iPhone, contrairement à l’iPod qui est décliné en plusieurs modèles radicalement différents, du Nano ($50) au Touch ($350). L’iPod domine le marché alors que l’iPhone est sérieusement concurrencé par les smartphones Android. Mais là encore ce « secret » n’est pas une méthode infaillible. C’est en effet vite oublier que l’iPod a démarré en tant que produit unique pendant des années. Et toutes les variantes de Windows (un produit à succès) ne sont pas radicalement différentes les unes des autres. Mis à part la Starter Edition (disponible uniquement sur Netbook) les versions ne se distinguent que par quelques fonctionnalités différentes. De même, certaines marques ne visent que certains segments de marché (le bas de gamme, le haut de gamme)

Quelques bons points cependant

L’article contient cependant quelques bons points qui méritent d’être soulignés. Comme le fait qu’il ne faille pas sous-estimer l’inertie des consommateurs. Les produits anti-Windows (en particulier les diverses versions de Linux) ont toujours ignoré ce facteur. De même, créer non pas un produit mais une gamme de produits afin de viser les divers segments de marché n’est pas une mauvaise idée – même si ce n’est pas un « secret » qui s’applique tout le temps comme nous l’avons vu.

En réalité…

Je doute qu’il n’existe une formule magique pour créer des produits qui génèrent de la demande. Une grosse partie du travail est en effet une histoire de mise en oeuvre. Tout le monde veut faire des produits sexy. Mais seul un petit pourcentage de compagnies y arrive. Nombreux sont ceux qui veulent copier Apple, mais n’est pas Steve Jobs qui veut…

Un facteur important par contre est que les décisions stratégiques prises par le PDG doivent être suivies et que ce suivi doit lui aussi venir d’en haut. Steve Jobs est réputé pour attacher énormément d’importance au design. Mais ses désirs sont suivis des faits. Apple est peut-être la seule compagnie high tech où un designer (Jonathan Ive) reporte directement au PDG. Et partout au sein de l’organisation les designers ont du poids. Amazon.com, quant à lui, s’est toujours targué d’avoir un excellent support client, mais la compagnie s’en est donnée les moyens. Cela veut dire perdre de l’argent sur des ventes si besoin est, comme considérer que le client est toujours de bonne foi, même si certains abusent le système.

Explore posts in the same categories: Créativité

2 commentaires sur “Les « secrets » des produits à succès”

  1. alefebvre Says:

    Très bon, comme d’habitude mais on aimerait bien avoir ta liste : allez Laurent, c’est quoi les secrets du succès d’après TOI ?

    • lpoulain Says:

      Je ne sais pas s’il EXISTE de secret ou de recette magique. N’importe quel VC te dira qu’une qualité essentielle chez un entrepreneur est la persistence, et je crois que ça s’étend aux plus grosses compagnies. Au-delà, des compagnies comme Microsoft, Google ou Apple ont eu des produits à succès en utilisant des méthodes très différentes.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :