HP abandonne les PC

En février de cette année, seulement 5 mois après être devenu le PDG de Hewlett-Packard, Léo Apotheker a affirmé vouloir que la compagnie devienne aussi cool qu’Apple. 6 mois plus tard, la compagnie semble avoir oublié cet objectif. Elle a en effet annoncé l’abandon de sa tablette (la HP Touchpad) moins de deux mois après son lancement. Qui plus est, elle a décidé de créer une division séparée pour son activité PC. Tout le monde a compris que HP désire quitter ce marché.

Les raisons sont faciles à deviner : le HP Touchpad a fait un bide avec des stocks invendus de l’ordre de 90%, et il est difficile de se démarquer avec son propre système d’exploitation sur un marché dominé par iOS et Android. Quant au marché du PC, le tandem Wintel a toujours pompé la grande majorité des profits, ne laissant que des miettes aux constructeurs/assembleurs de PC.

Mais avec le changement drastique de stratégie de HP en si peu de temps, on peut se faire demander si Apotheker était sincère dans son désir de concurrencer Apple. Quoi qu’il en soit, il est intéressant de voir comment le précédent job du PDG influence ses choix stratégiques présents. Stephen Elop, un ancien de Microsoft et récent PDG de Nokia, a très vite tué le système d’exploitation mobile de la compagnie (Symbian) et annoncé qu’ils développeraient désormais exclusivement des smartphones Windows Phone 7 après un accord avec ses anciens collègues de Microsoft. Apotheker, ancien PDG de SAP (un éditeur de logiciels d’entreprise), a quant a lui, a rapidement décidé que HP devait se retirer du marché des ordinateurs grand public pour se concentrer sur… le marché d’entreprise et sur le logiciel. On peut se demander ce qui serait arrivé si Elop était devenu PDG de HP et Apotheker PDG de Nokia…

La fin d’une légende

Quelles que soient les raisons de HP, la bourse n’a pas apprécié la nouvelle et a fait chuter le prix de l’action de la compagnie. Et nombreux y voient le signe que HP a cessé d’innover.

Car Hewlett Packard a été pendant des années une des compagnies technologiques les plus admirées au monde (oui, il était un temps où HP était plus cool qu’Apple). Elle est créditée d’avoir contribué à la création de la Silicon Valley. Elle se vantait de sa « HP way« , ou sa manière de faire les choses.

Le management est souvent pointé du doigt, et en particulier Carly Fiorina (PDG de 1999 à 2005). Sa décision de racheter Compaq a été très controversée. Cela a peut-être élevé HP au rang de numéro un mondial des constructeurs de PC, mais la compagnie ne s’est pas mieux porté pour autant (une acquisition de cette taille n’est jamais facile à digérer). Il faut dire aussi que le salaire astronomique de Fiorina et son goût des interviews à répétition lorsque l’entreprise avait des difficultés n’a pas aidé son image (portfolio.com l’a nommée l’un des 20 pires PDG américains de tous les temps). Mais Fiorina ne porte certainement pas la seule responsabilité des déboires de HP. Selon le bloggeur Robert X. Cringley, le déclin a commencé sous Lew Platt (PDG de 1992 à 1999), lorsque ce dernier a décidé de se concentrer sur ce qui rapportait (ordinateurs, stockage et imagerie), regroupant tout le reste sous la division Agilent et se séparant de cette division. Selon Cringley, HP y a perdu sa culture d’ingénieur.

Pourtant, les décisions prises par Platt, Fiorina et leurs successeurs sont des cas d’école enseignés dans toutes les écoles de commerce : acquisition pour s’agrandir, éviter d’être trop diversifié, se concentrer sur les produits qui rapportent le plus, etc.

Le problème est que HP n’était pas une compagnie comme les autres. Lorsque Bill Hewlett et David Packard ont décidé de créer une compagnie, ils n’avaient même aucun business plan en tête – ils voulaient juste travailler ensemble. Etant tous deux des ingénieurs électrique (c’était en 1939, l’électronique n’existait pas encore), la compagnie est devenue un constructeurs d’appareils électriques puis électroniques. D’abord des oscilloscopes, puis des calculatrices (lorsque j’étais à l’école, les scientifiques ne juraient que par les calculettes HP et leur notation polonaise inversée). Et bien sûr par la suite des ordinateurs et des imprimantes. Très peu de compagnies auraient été capables de lancer avec succès une gamme d’imprimantes laser et à jet d’encre. Car les deux gammes étant concurrentes, le reflexe typique est de se focaliser sur la gamme qui offre les meilleures marges – en l’occurrence la Laserjet. HP a pourtant réussi à sortir la gamme Deskjet, et bien lui en a pris. Comme quoi ne pas trop se focaliser n’est pas toujours une mauvaise chose…

Gérer une compagnie comme HP

Mais une compagnie pas comme les autre demande un management pas comme les autres. Un PDG conventionnel ne peut que se heurter à la culture maison. Platt l’a endommagée sans le savoir, Fiorina l’a volontairement combattue. Le but de Fiorina n’était pas que HP se différentie en innovant, mais par les économies d’échelle (avec justement le rachat de Compaq) et en se concentrant sur le service (avec le rachat d’EDS, bien qu’il se soit passé après le départ de Fiorina). Sa philosophie n’était pas forcément mauvaise. Après tout, il est très difficile d’innover lorsqu’on est un constructeur de PC. Compaq s’y est cassé les dents, contrairement à Dell qui s’est toujours targué de dépenser le minimum en recherche & développement. Par contre, tenter de transformer une compagnie de la taille de Hewlett-Packard d’une culture d’ingénieur à une culture plus orientée affaire est un exercice périlleux.

A tel point que je me demande si Apple ne risque pas de subir le même sort que Hewlett-Packard dans 20 ans. Steve Jobs vient en effet de démissionner de son poste de PDG parce qu’il « ne peut plus remplir [ses] obligations en tant que PDG d’Apple ». Combiné au fait qu’il a travaillé sur sa biographie officielle, cela veut dire qu’il sait qu’il n’en n’a plus pour très longtemps. Comme je l’ai précédemment écrit, je pense que la compagnie va décliner sans Steve Jobs. Pas dans l’immédiat – son remplaçant, Tim Cook, est quelqu’un de très compétent et Apple est très bien positionné avec des milliards en banque. La compagnie est parée pour les 10 ou 20 prochaines années. Tim Cook n’est cependant pas un visionnaire comme Steve Jobs, et le conseil d’administration sera beaucoup moins patient qu’avec Steve. Quant au successeur de Cook… le conseil d’administration d’Apple n’a jamais trouvé de soi-même un bon remplaçant à Steve (de 1985 à 1997), je ne suis pas sûr que cela change maintenant. La culture Apple est menacée à terme, tout comme l’a été la culture de HP.

Une solution serait de promouvoir la succession en interne, mais cela voudrait dire créer une structure pour détecter et préparer les remplaçants des années à l’avance. Je ne pense pas qu’une telle structure soit en place.

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One Comment sur “HP abandonne les PC”


  1. […] très bien pendant de nombreuses années, je la vois condamnée au long terme – ou devenir un autre HP. Une compagnie qui fonctionne autour du culte de la personnalité a du mal à se passer de son […]


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