IP ou IP ?

En informatique, « IP » peut signifier « Internet Protocol » comme dans  » adresse IP ». Mais cela peut aussi signifier « Intellectual Property » ou propriété intellectuelle.

Les poursuites en justice pour violation de brevet sont courantes en informatique. Il existe tout d’abord les patent trolls, des firmes qui n’ont aucune autre activité de collectionner le plus de brevets possible dans l’unique but de poursuivre en justice tout ce qu’elles peuvent. Mais plusieurs compagnies informatique -qui conçoivent, produisent et vendent des produits- sont également passé maître dans l’art de collectionner les brevets.

Comment différentie-t-on les compagnies informatiques pour qui IP signifie Internet Protocol et celles pour qui IP signifie Intellectual Property ? Il suffit de regarder comment les compagnies se placent dans la course aux brevets, et celles qui utilisent le plus leurs avocats.

Par exemple, IBM est depuis longtemps une des compagnie qui dépose le plus de brevets au monde, mais c’est loin d’être la seule.

Certains articles de presse ont récemment remarqué que Microsoft se ferait plus d’argent avec Android qu’avec Windows Phone 7. Après une poursuite en justice, Redmond a réussi à obtenir de HTC qu’il lui reverse $5 pour chaque smartphone Android qu’il vend. La firme de Steve Ballmer ne compte évidemment pas s’arrêter là et a Samsung dans son viseur, auquel il aimerait soutirer $15 par smartphone – ce qui est l’équivalent du prix que Microsoft licencie Windows Phone 7. Ah oui, si Redmond se fait moins d’argent avec WP7 qu’avec Android, c’est aussi parce que les ventes de WP7 sont toujours aussi moroses. Cette anecdote fera certainement rire les détracteurs de Microsoft, rigolant à l’idée que le géant du logiciel en est réduit à être un patent troll. Mais ce dernier n’en n’a que cure des sarcasmes. Car si Microsoft préfèrerait contrôler le système d’exploitation et aimerait bien que ses poursuites convainquent les constructeurs de smartphones d’abandonner Android, la compagnie n’est pas contre l’idée de se faire de l’argent sur le dos de produits concurrents. Du temps de MS-DOS, Redmond développait OS/2 pour IBM tout en développant Windows pour lui-même. Si Bill Gates préférait Windows à OS/2, il était près à supporter entièrement ce dernier si besoin était. Il en est certainement de même avec Android. D’autant plus que $5 ou $15 par smartphone Android est du profit pur.

Un autre exemple de compagnie passée maitresse dans l’art de la propriété intellectuelle est Apple. La firme de Steve Jobs est célèbre pour rapidement dégainer ses avocats, et serait apparemment célèbre pour embaucher les plus hargneux qu’elle peut trouver. On ne compte plus les compagnies que la firme à la pomme a attaqué en justice – même si Apple est la cible de nombreuses poursuites depuis son renouveau. Contrairement à Microsoft cependant, la firme de Steve Jobs n’est pas intéressée à se faire de l’argent sur le dos de la concurrence, mais voit ses brevets comme une défense contre les copieurs – même si Steve Jobs lui-même a avoué qu’ils n’ont jamais eu aucun problème à copier et se plait à paraphraser Picasso : « les bons artistes copient, les grands artistes volent. »

Google, quant à lui, est à l’opposé de Microsoft, d’Apple ou d’IBM. La propriété intellectuelle n’est pas son fort. On se souvient que la compagnie a scanné de nombreux livres sans l’autorisation des ayant-droit. De même, je ne suis pas au courant que Mountain View ait jamais poursuivi Microsoft ou autre concurrent de son moteur de recherche pour violation de propriété intellectuelle – un domaine où tout le monde copie pourtant le modèle Google. Et dans le domaine du mobile, le portfolio de brevets de la compagnie semble bien mince bien qu’Android existe depuis 2003 (et racheté en 2005 par Google). La compagnie reste fondamentalement une compagnie de techies qui n’a pas le sens aigue des affaires comme un Steve Jobs ou un Bill Gates. Pour Google, la réponse typique à un problème est une histoire d’algorithme, pas d’avocats.

Le problème pour le géant de Mountain View est que le marché de l’informatique mobile est un domaine où les poursuites pour violation de brevet font foison. Tout le monde attaque en justice tout le monde. Les constructeurs de smartphones sont en première ligne (HTC, Motorola, Samsung). Microsoft et Apple attaquent de tout côté – et se font également attaquer. Oracle a attaqué Google. Etc. Seul ce dernier n’attaque personne, en partie du fait de la faiblesse de son portfolio. La compagnie vient d’ailleurs de perdre les enchères pour les brevets mobiles de Nortel face à un consortium formé par Apple, Microsoft, EMC, Ericsson, RIM et Sony.

Google a certes les moyens de se débrouiller. Après tout, il a les milliards pour acheter les droits pour Android -couvrant du même coup ses constructeurs de smartphone. Mais son manque de maîtrise de la propriété intellectuelle l’handicape dans le domaine de l’informatique mobile.

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