L’ère du « post-PC »

Un des mots à la mode est « post-PC », où l’ère qui succède à celle du PC. Ce terme fait bien entendu référence à l’informatique mobile, l’iPad en tête, mais d’un certain côté également le Google Chromebook.

La dynamique de l’évolution de l’ère post-PC n’a rien de bien nouveau, mais il est intéressant de la récapituler :

  1. La première vague ratée. La première tentative de post-PC a été le « Network Computer » dont on a beaucoup parlé dans les années 90, basé sur une technologie disruptive (dans ce cas Internet). Fait peu étonnant, ce concept a été promu avant tout par des compagnies qui avaient tout à gagner d’un tel modèle (Oracle et Sun) mais qui ont trop voulu que leur prédiction devienne réalité envers et contre tout. Comme souvent, la première vague a commit l’erreur de promettre un remplacement un peu trop hâtif, quelque chose qu’une technologie disruptive est incapable de faire rapidement. En fin de compte, ni le NC ni le système d’exploitation ou la puce Java n’ont vu le jour.
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  2. La deuxième vague plus raisonnable. L’ère du post-PC garde toujours les avantages du Network Computer (une grande facilité de maintenance) mais propose une offre bien plus solide, cette fois basées sur deux technologies disruptives : non seulement le Web qui a eu le temps de murir, mais également l’informatique mobile. Il en résulte une offre qui a su se créer son propre marché, développer un écosystème robuste et fertile sans avoir besoin de remplacer l’existant. Alors que le Network Computer se basait sur un système d’exploitation Java, le post-PC se base sur des systèmes d’exploitation plus traditionnels – sans pour autant être Windows. Java refait surface avec Android, mais n’est en aucun cas central : non seulement Android est basé sur Linux (ce sont les applications qui sont écrites en Java) mais d’autres solutions telles que celles d’Apple, de BlackBerry ou HP n’utilisent pas du tout Java (ne parlons pas de Microsoft). Steve Jobs est désormais le principal promoteur du post-PC, et a bien évidemment tout à y gagner. Car même si le Mac se porte bien, Apple n’a qu’une minorité des ventes des ordinateurs individuels, alors qu’il est en bien meilleure position sur le marché de l’informatique mobile.

Phénomène à souligner : il s’est passé 15 ans entre les deux vagues. Ce délai a été nécessaire pour que le « remplaçant » du PC fournisse une offre plus séduisante. Et même 15 ans après, l’ère du « post-PC » commence tout juste à remplacer le PC pour certaines fonctions.

L’histoire se réécrit

L’ère du post-PC n’est pas la première fois où un nouveau type d’informatique menace le statu quo.

Les minis ont commencé comme ordinateurs visant le marché universitaire, mais se sont étendus par la suite au marché d’entreprise, concurrençant les mainframes. Si ces dernières n’ont pas disparu (IBM se fait encore $11 milliards par an sur ce marché) et gardent leur marché historique (les banques), elles ont perdu en influence et restent cantonnées dans les quelques gros comptes où la compatibilité avec l’existant et la stabilité priment sur le coût d’entretien.

Les minis se sont ensuite fait attaquer par les micro-ordinateurs. Ces dernier ont commencé comme ordinateur individuel pour particuliers, puis ordinateur individuel dans l’entreprise avec le PC, puis se sont étendus au serveur d’entreprise. Contrairement aux mainframes, les minis ont bien moins résisté à l’assaut du nouveau venu, à tel point qu’il n’existe plus aucun vendeur spécialisés dans les minis / serveur Unix, mis à part quelques marchés de niche comme SGI.

Finalement, c’est au tour des tablettes de concurrencer le PC. Etant donné qu’Apple a défini ce marché, elles sont principalement présentes sur le marché du grand public. Le danger n’est pas que le consommateur remplace son PC par une tablette, mais qu’il remplace cette dernière plus souvent et garde son PC de plus en plus longtemps.

Le « post-PC » en entreprise ?

Sur le marché d’entreprise par contre, les tablettes ont encore du chemin à faire, même si l’iPad y a fait une apparition timide. Comme pour tout produit qui veut sauter d’un marché à l’autre, les tablettes devront subir une transformation pour sérieusement s’attaquer au marché d’entreprise – tout comme les minis l’ont fait pour passer du marché universitaire au marché d’entreprise ou les PCs pour passer du poste client au serveur.

Des tablettes comme l’iPad sont encore mal adaptées à l’entreprise. Outre la sacro-sainte compatibilité Windows, un gros point faible est la saisie, quelque chose de capital sur ce marché. Si l’iPad possède sa propre suite bureautique de fort bonne facture (et à un prix ridiculement bas), il n’est pas adapté pour de la bureautique intensive. Autre problème spécifique à l’iPad : l’impossibilité de déployer des applications uniquement au sein d’une entreprise. L’App Store de l’iPad étant orienté grand public, les applications sont disponibles pour tout le monde et doivent suivre le processus de certification Apple.

Les tablettes vont-elles subir la transformation requise pour s’adapter en entreprise ? L’avenir le dira. Apple a peu de chance de créer l’initiative étant donné que Steve Jobs n’est pas intéressé par le marché d’entreprise. Microsoft n’y a aucun intérêt et pousse Windows sur les tablettes (annulant le gros avantage des tablettes). Seul RIM et son BlackBerry ou HP avec WebOS peuvent avoir à la fois un intérêt et les capacités de mener avec succès la transformation. Par exemple, le BlackBerry s’est fait connaître pour son interface dédié à la saisie (pour les emails). Qui plus est, il vend des serveurs d’applications d’entreprise, où l’administrateur système peut déployer à sa guise des applications propriétaires. Mais ni RIM ni HP n’ont de tablette qui tienne la route face à l’iPad. La BlackBerry PlayBook coûte aussi cher qu’un iPad pour un écran de seulement 7″. La TouchPad d’HP, quant à elle, n’est pas encore disponible…

Mais les tablettes telles que l’iPad ont d’indéniables avantages en entreprise. Le fait de contrôler exactement quelles applications peuvent être installées doit faire saliver plus d’un administrateur système. Pareil pour l’administration facilitée. Et la sauvegarde est automatique. Après toutes ces années, la sauvegarde sur PC est au mieux chaotique, bien qu’elle soit considérée par les entreprises comme très importante. Tous les utilisateurs ne sauvegardent pas. Les programmes de sauvegarde ne fonctionnent pas toujours sans accros. Etant donné le volume de données, les sauvegardes prennent du temps. Et quand le PC doit être changé, toutes les applications doivent être réinstallées, les données remises au bon endroit, etc. Les entreprises ont trouvé des méthodes pour limiter l’administration, mais cela reste complexe. L’iPad, par contre, effectue une sauvegarde dés qu’il est connecté à un PC ou Mac (et bientôt sauvegardera sans connexion grâce à iCloud). Si un utilisateur perd son iPad, ses donnés complètes (applications, etc.) sont restaurées automatiquement. Le PC est encore très loin d’une telle facilité.

Une dernière limitation des tablettes en entreprise est peut-être le fait qu’une entreprise va acheter une tablette principalement pour remplacer un PC, contrairement aux particuliers qui vont en acheter une en plus de leur PC. Le particulier peut toujours allumer son ordinateur pour les tâches plus complexes, quelque chose qu’un employé qui a troqué son PC pour une tablette ne peut faire. Si les tablettes peuvent se faire une place en entreprise, elles viseront d’abord les employés mobiles qui n’ont pas de gros besoins. Par exemple, Apple compte équiper d’iPad les employés de ses magasins. Le but est de mieux assister les clients et de pouvoir effectuer des paiements. On note que les employés de magasin n’ont à l’heure actuelle pas d’ordinateur. Ici, l’iPad vise un marché de non-utilisateurs.

Quelle résistance du monde du PC ?

Si le phénomène post-PC prend de l’ampleur, quelle risque d’être la réponse de l’écosystème PC ? La réponse typique est une tentative (ratée) de coopter le nouveau mouvement, suivie d’une fuite vers le marché haut de gamme – lorsque cela est possible. Le marché haut de gamme offre est en effet des marges confortables tout en étant inaccessible aux nouveau venus – pour le plus grand plaisir des actionnaires. Par exemple, beaucoup de constructeurs de machine Unix se sont tentés à produire des compatible PC, mais aucun n’a eu du succès et tous se sont retranchés vers les serveurs ou stations de travail haut de gamme – ou ont disparu.

La plupart des compagnies de l’écosystème PC (Dell et Microsoft en tête) se sont déjà tenté à l’informatique mobile, avec un résultat médiocre. Dell a par exemple sorti ses smartphones qui ont fait un bide retentissant. Plusieurs assembleurs de PC ont sorti leur tablette à base de Windows 7 et n’ont eu aucune traction. Les mieux placés sont les fabricants de smartphones tels que Motorola, Samsung ou HTC (exception d’Acer qui a sorti une tablette Android). La stratégie Microsoft sur le marché du mobile, quant à elle, reste pour l’instant décevante. Redmond essaie de forcer son écosystème Windows pour fonctionner sur les tablettes, et rencontre des résistances. Selon un article de Arts Technica, les développeurs Windows seraient « horrifiés » par la nouvelle API pour gérer l’interface graphique sur Windows 8. Sur les forums, les développeurs Windows reprochent à Microsoft d’abandonner Silverlight et WPF (Windows Presentation Framework) au profit d’une API basée sur HTML 5 et JavaScript. Si je trouve que c’est une excellente idée, le problème est que cette dernière propose moins de fonctionnalités que ce que proposait Microsoft. Elle est certes plus facile, mais les développeurs Windows ont dépensé beaucoup de temps et d’argent à apprendre à programmer sous Windows.

Si le post-PC prend de l’ampleur, on peut prédire que les fabricants de PC vont se retrancher sur le marché d’entreprise. Si les tablettes font une percée en entreprise, ils vont se retrancher sur les stations de travail haut de gamme et les serveurs d’entreprise. Microsoft par contre ne prendra pas la fuite et serait forcé de lutter. Il se fait en effet beaucoup trop d’argent sur le poste client grâce à Windows et MS Office. Si les tablettes envahissent l’entreprise, Redmond a énormément à perdre. La compagnie n’a donc nulle part où aller et ne pourra que rester et se battre jusqu’au bout.

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One Comment sur “L’ère du « post-PC »”


  1. […] les PC mais bel et bien les tablettes. Elles font en effet partie du mouvement dit du « post-PC » et visent soient les utilisateurs de PC qui désireraient un appareil supplémentaire […]


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