Les profits d’Apple dépassent ceux de Microsoft

Apple et Microsoft viennent tous deux d’annoncer leurs derniers résultats trimestriels. Si tous deux sont excellents, Apple vient pour la première fois en 20 ans de dépasser Microsoft en termes de profits, bien que Redmond ait augmenté ces derniers de quelques 31% par rapport au même trimestre de l’année dernière.

La firme de Steve Jobs avait déjà dépassé celle de Steve Ballmer en termes de capitalisation boursière. Si le choc psychologique avait été présent, rien de trop surprenant. Cela signale en effet que le marché considère Apple comme plus influent que Microsoft. Après tout, Microsoft a jouit du même phénomène il y a 10 ans de cela, lorsque sa capitalisation était supérieure à celle d’IBM malgré des revenus et bénéfices inférieurs.

Apple a ensuite dépassé Microsoft en termes de revenus. Là encore, rien d’étonnant étant donné que ce dernier vend principalement du logiciel et non du matériel. Microsoft ne touche que $100 sur chaque PC où Windows 7 Home Premium est préinstallé, mais ces $100 sont presque du profit pur. Apple par contre touche 100% sur chaque vente de Mac, même si ses marges sont bien inférieures.

Mais c’est cette même raison qui rend surprenant le fait que les profits d’Apple soient supérieurs à ceux de Microsoft. Redmond a toujours eu des profits importants du fait qu’il vend du logiciel à grande échelle, donc avec d’énormes marges.

Comparaison

Comparons un peu les derniers trimestres de Microsoft et d’Apple. Les revenus d’Apple sont plus importants, mais ses coûts de fabrication également. Ceux de Microsoft sont très faibles, et encore, cela inclut des produits tels que la Xbox (comme tout matériel, il existe un certain coût de fabrication) ou des services coûteux comme Bing (un moteur de recherche coûte extrêmement cher à faire tourner).

Sur les dépenses par contre, Apple s’en tire nettement mieux, et surtout sur la R&D. Une des raisons est qu’Apple possède bien moins de produits que Microsoft. Redmond possède une pléthore de produits en tout genre, allant de produits de divertissement (Xbox, Zune, Flight Simulator), bureautique (Office, Outlook, Visio, Lync, etc.), Internet (MSN, Windows Live, Bing, Azure, Office 365) ou des produits serveur (SQL Server, Exchange, Sharepoint, etc.). Redmond a donc besoin de beaucoup plus d’équipes de développement.

Au final, Microsoft garde une marge opérationnelle (c’est-à-dire profits comparés aux revenus) plus importante que celle d’Apple. Mais pas si énorme que ça quand on sait que l’un vend du logiciel et l’autre du matériel. La grosse différence entre Apple et Microsoft est que Microsoft vend beaucoup de produits, mais que très peu sont profitables et que ses deux vaches à lait restent Windows et Office, alors qu’Apple vend nettement moins de produits mais chaque produit est non seulement profitable mais avec une confortable marge.

Que peut faire Microsoft ?

Microsoft a plusieurs options. Comme indiqué précédemment, la firme de Steve Ballmer doit trouver des revenus importants pour soutenir sa croissance (revenus comme profits). Or peu de marchés sont suffisamment importants pour faire une différence pour une compagnie de la taille de Microsoft. D’un certain côté, Redmond a conquis ses deux vaches à lait trop tôt dans son histoire (Windows et Office), ce qui ajoute d’autant plus de pression maintenant. Pour regagner les faveurs de Wall St, Microsoft doit trouver un marché non seulement important mais avec des marges aussi juteuses que celles de Windows et Office (de l’ordre de 80%).

Mais ces vaches à lait ne pourront pas supporter la croissance éternellement. Si Redmond a eu une excellente stratégie pour les pays émergents, le gros des revenus de Microsoft provient des ventes de Windows et d’Office des pays industrialisés, qui est un marché de renouvellement. Le risque est que les utilisateurs remplacent de moins en moins souvent leur PC, et donc Windows. Les ventes de Windows ont d’ailleurs chuté de 4% (et les profits de 10%) ce trimestre – mais il est possible que le boom dû au passage de Windows XP à Windows 7 s’essouffle.

Bing est prometteur (du moins bien plus que les tentatives précédentes), mais il lui reste encore beaucoup de chemin à faire. Le Web ne faisant que grossir, cela implique toujours plus de serveurs, si bien que maintenir un moteur de recherche à la pointe coûte des milliards chaque année. Conséquence de quoi, il faut une grosse part de marché pour pouvoir être rentable. Google restant de loin le service numéro un, Bing a perdu quelques $726 millions le trimestre dernier et près de $2 milliards ces 9 derniers mois.

Sur le domaine du mobile, Microsoft n’a pas grand espoir à court terme. Non seulement il est en mauvaise position, mais la concurrence d’Apple et surtout d’Android qui est livré gratuitement font que les marges sont minimes sur le système d’exploitation. Même si Redmond réussi à brillamment redresser la situation, il faudra des années pour que le marché du mobile soit suffisamment lucratif pour aider ses résultats financier.

Un des points positifs de son dernier trimestre a été les chiffres de la Xbox. Avec Kinect, Microsoft semble en effet avoir quelques années d’avance sur la concurrence (Nintendo ne devrait pas sortir de remplacement de sa Wii avant l’année prochaine). Le hic est que la Xbox et Kinect sont du matériel. Si les revenus peuvent être importants, Microsoft ne peut pas espérer atteindre des marges de 80%

La voie de facilité pour Redmond reste le marché d’entreprise. C’est un marché où Microsoft y est très à l’aise et où il peut enregistrer une forte hausse. Le dernier trimestre a en effet vu une forte croissance des ventes d’Office 2010 (+21%) et de produits serveurs tels que Sharepoint (+11%). En particulier, le marché du logiciel d’entreprise côté serveur est peut-être le meilleur espoir de croissance de Microsoft. Après avoir conquis le poste client avec Windows, Office et Outlook, Microsoft s’étend côté serveur avec des produits plus onéreux : Windows Server 2008, SQL Server, Sharepoint, Exchange, Dynamics, etc.

En d’autres termes, Microsoft essaye de voler des parts de marché à Oracle et SAP. Il y a peu de chance qu’il arrive à avoir les mêmes marges aussi importantes pour Windows. En ne maintenant que quelques relations avec une poignée de constructeurs de PC tels que Dell ou HP, Microsoft touche au moins $100 sur chaque PC vendu par ses derniers – tout en leur reléguant le support après-ventes ! Le marché d’entreprise demande par contre une force commerciale bien plus importante ainsi qu’un support technique – voire des consultants. Oracle comme SAP se basent grandement sur les services pour leurs produits d’entreprise. Le marché d’entreprise reste cependant le plus grand espoir de Microsoft, et je suis certain qu’ils arriveront à obtenir de confortables marges, probablement en déléguant les services les moins rentables à des partenaires.

Pour obtenir les meilleures marges possibles, il faudrait que Microsoft arrive à ce que ses logiciels serveur se vendent tout seul (comme Office), sans avoir une force commerciale qui essaie de pousser des produits Microsoft à ses clients et sans remise (le client va acheter directement sur son site Web). On n’en n’est pas encore là…

Mais là encore, les pressions financières sur la firme de Steve Ballmer rendent cette dernière fragile à une attaque par le bas. Car Microsoft va être tenté d’augmenter les prix comme moyen facile de booster sa croissance. Un concurrent peut donc concurrencer Microsoft en cassant les prix. Cela peut être Google Apps, Salesforce.com mais également un fournisseur qui propose des logiciels traditionnels.

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