« Prédictions » sur les mobiles

Deux « prédictions » sur l’informatique ont fait couler de l’encre ces derniers jours.

Tout d’abord, celle d’IDC qui prévoit qu’en 2015, Microsoft aura dépassé Apple sur le marché des smartphones avec 20,9% du marché, occupant la 2e position derrière Android (45,4%) et devançant Apple (15,3%) et BlackBerry (13,7%). IDC se base sur l’accord entre Nokia et Microsoft, prédisant que ce dernier va capturer l’ensemble du marché actuellement occupé par Symbian.

L’autre prédiction provient d’Andy Lark, responsable marketing pour grosses entreprises de Dell. Dans une interview à CIO Australia, Lark prédit que l’iPad sera un échec en entreprise, dit que « Apple est super si on a beaucoup d’argent et que l’on vit sur une ile. Mais ce n’est pas si super lorsque l’on doit exister dans un monde connecté, ouvert et hétérogène. » Il affirme qu’un iPad avec un clavier, une souris et une couverture coûte dans les $1500-$1600, un prix qu’il juge trop élevé.

Prédiction IDC

La prédiction d’IDC a bien évidemment surpris tout le monde. Personnellement, j’admire la précision des chiffres pour une prédiction à long terme (4 ans, c’est très long en informatique). Android aura 45,4% du marché, Microsoft aura 20,9% du marché. Pas 20,8 ou 30%, mais 20,9%.

Le problème de cette prévision est qu’elle se base sur trop de certitudes gratuites et ignore trop d’incertitudes. Windows Phone 7 a par exemple été lancé en grandes pompes l’année dernière à grand renfort d’une campagne marketing musclée, mais pour l’instant reste un bide. Qu’est-ce qui fait croire que l’accord avec Nokia va changer les choses ? S’il est illusoire de compter Microsoft comme définitivement battu, affirmer qu’ils vont s’accaparer le marché occupé par Symbian est tout sauf gagné.

Qui plus est, il peut se passer beaucoup d’imprévus d’ici à 2015. De la même manière qu’Apple a prit tout le monde de court en dévoilant l’iPhone, de nouveaux concurrents peuvent arriver, comme Sony dont la PSP est concurrencée par les smartphones. Des compagnies peuvent commettre des erreurs qui les handicapent. Android peut être victime d’une offre fragmentée. Windows Phone 7 n’est pas à l’abri d’une débâcle à la Windows Vista. Apple peut pousser le bouchon trop loin dans son contrôle, etc.

Prédiction Dell

Les prédictions d’Andy Lark ne sont pas surprenantes. Tout d’abord, on voit mal Dell publiquement prédire qu’un concurrent va garder son leadership. Qui plus est, en tant que responsable marketing focalisé sur les grandes entreprises, il voit le monde comme il veut le voir, c’est-à-dire sous l’angle du marché d’entreprise.

De fait, Steve Jobs n’a jamais été intéressé par ce marché. Mais force est de constater que l’iPad a déjà fait son apparition en entreprise, même si cela reste à petite échelle. C’est tout de même une belle prouesse pour un appareil qui est orienté grand public et en considérant le peu d’efforts qu’Apple déploie pour être en entreprise.

Mais là où Lark se ridiculise est concernant sa critique du prix de l’iPad. Personne ne comprend où il a sorti sa fourchette de $1500-$1600. Les produits Apple ont certes la réputation d’être cher, mais s’il existe un produit Apple pour lequel on ne peut pas critiquer le prix c’est bien l’iPad. Jusqu’alors, aucun concurrent n’a réussi à fournir une offre moins chère à caractéristiques égales… Dell inclut ! Le Dell Streak 7 coûte en effet $450. Certes moins cher qu’un iPad mais avec un écran de seulement 7 pouces (curieusement, le Dell Streak 5 avec un écran 5″ coûte $550) Et alors que Lark critique un iPad soi-disant à $1500, il oublie que Dell vend des tablettes PC sous Windows et processeurs Intel (la gamme Motion Computing) qui coûtent de $2700 à $3100. M. Lark ferait bien de se renseigner avant de débiter de telles âneries.

Mais le point le plus intéressant est quand Lark dit que « Dell a considéré avec soin son approche vers le marché des tablettes, compte tenu que la vaste majorité de nos revenus ne proviennent pas du grand public. » En d’autres termes, Dell voit avant tout l’informatique comme un marché pour professionnel et non comme un marché grand public. Le risque est donc de tomber dans le piège de trop écouter ses clients. Microsoft a commit une telle erreur pendant près de 10 ans : demander à ses clients d’entreprise ce qu’ils voudraient, répondre à leurs demande, le tout pour voir des résultats frustrants et rester derrière Blackberry puis Apple et même Google.

Apple et les systèmes fermés

Les deux prédictions ont cependant une critique commune à Apple : son univers fermé. C’est certes un handicap, mais pas forcément insurmontable. Tout d’abord, le fait de contrôler les applications disponibles sur iOS ne semble pas avoir perturbé l’iPhone et l’iPad outre mesure. Certains consommateurs (en particulier les moins techniques) n’y voient aucun problème, au contraire.

Et il faut se rappeler que malgré qu’il soit un univers fermé, le Mac réussi à avoir 10% du marché des ordinateurs de bureau et portables. Un marché où il est en fort désavantage car 1) les Macs sont bien plus chers que les PC et 2) la compatibilité avec Windows prime. Sur le marché de l’informatique mobile par contre, les produits Apple sont au même prix que la concurrence, et iOS tient le haut du pavé en termes d’applications. Finalement, Apple reste dans son élément tant que le marché de l’informatique mobile est principalement grand public – contrairement à Microsoft et Dell qui restent plus à l’aise sur le marché d’entreprise.

Je terminerais par une anecdote. Un collègue fidèle de Microsoft (il a acheté un PC sur Vista sans sourciller) n’avait aucun produit Apple il y a de ça 2 ans 1/2. Il est désormais sur le point d’avoir entièrement basculé. Il a commencé par un iPod classique il y a 2 ans 1/2. Puis il a acheté l’année dernière un iPad qu’il utilise au travail (étant souvent en meetings, il apprécie sa grande légèreté). Il vient récemment de s’acheter le dernier Macbook Air qui a remplacé son Eee PC Netbook pour les tâches plus complexes. Il avoue qu’il n’avait pas vraiment besoin d’un Macbook Air, mais est séduit par le design des machines. Et dans quelques mois, dés que son abonnement qui le lie à son Blackberry se termine, il compte acheter un iPhone. Et il a commandé l’iPad 2 qu’il attend avec impatience.

En d’autres termes, si Android semble bien placé pour garder son leadership, penser qu’Apple va stagner reste prématuré.

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One Comment sur “« Prédictions » sur les mobiles”


  1. […] chronique percutante et bien vue de Laurent Poulain, à lire à https://deselection.wordpress.com/2011/04/01/predictions-sur-les-mobiles/ Share on Facebook Cette entrée a été publiée dans Ce blog. Vous pouvez la mettre en […]


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