Ken Olsen (1926 – 2011)

Ken Olsen, le fondateur de Digital Equipment Corporation (DEC) s’est éteint dimanche dernier à l’âge de 84 ans.

Ken qui ? Fondateur de Digital quoi ? Pour les non-informaticiens comme pour les plus jeunes informaticiens, ces deux noms n’évoqueront probablement rien. C’est peut-être la raison pour laquelle la presse française a fait l’impasse sur ce décès. Google Actualité ne retourne qu’un seul article sur le sujet (la presse anglo-saxonne en parle cependant un peu plus)

Influence de Digital

DEC a pourtant grandement influencé l’informatique. La compagnie a été pendant un temps le 2e constructeur mondial d’ordinateur (même si loin derrière IBM). Elle a été l’un des pionniers des mini-ordinateurs, les premiers ordinateurs plus petits (et moins chers) que les mainframes. Les minis ont d’abord visé le marché universitaire où ils ont eu un grand succès. La gamme PDP de DEC (Programmed Data Processor) est une gamme mythique qui a influencé l’informatique entière de l’époque. Le tout premier jeu vidéo a été écrit sur un PDP1 (Spacewar en 1961). La première version d’Unix a été écrite sur un PDP7. Bill Gates a appris la programmation sur un PDP, tout comme la plupart des gens initiés à l’informatique avant l’apparition des micro-ordinateurs. Et plusieurs composants d’Internet a été développé sur des PDP.

DEC a également été à la pointe en termes de processeurs, avec le DEC Alpha, un processeur 64-bit dévoilé en 1992 et l’un des plus puissants de son temps. L’Alpha a été la puissance derrière AltaVista, le moteur de recherche Web de Digital (qui lui aussi a périclité). Finalement, des anciens de DEC ont à leur tour influencé l’informatique comme Dave Cuttler, architecte du système d’exploitation VMS, qui a été débauché par Microsoft pour être l’architecte de Windows NT.

Puis le déclin

Si la compagnie est apparue grâce à une technologie disruptive (les minis), elle a été également mordu la poussière à cause de la technologie disruptive suivante, à savoir la micro-informatique (c’est-à-dire le PC). Et DEC étant une compagnie d’ingénieurs, elle a gardée sa culture d’ingénieur et est restée à vendre du matériel sans vouloir se diversifier sur le service comme l’ont fait IBM ou Oracle. En 1981, Olsen a démonté un IBM PC et a trouvé que ce dernier était si mal conçu que Digital n’avait pas grand chose à craindre. Olsen est également connu pour sa tristement célèbre citation de 1977 : « Il n’y a aucune raison pour aucun individu de posséder un ordinateur à la maison. »

C’était le temps où les constructeurs d’ordinateurs ne regardaient que l’aspect performance des ordinateurs. Pas seulement DEC mais Apple, Commodore, Atari et bien d’autres. La compatibilité logicielle n’était pas aussi importante.

Difficile de tenir la distance

L’informatique évoluant très vite, il est très difficile pour une compagnie de rester un géant sur le long terme. Le géant d’hier peut être inconnu 30 ans plus tard. Dans les années, 80 DEC était au sommet. Les premières difficultés sont arrivées au début des années 90, avec le départ (forcé) de Ken Olsen de la direction en 1992, suivit d’un rachat catastrophique par Compaq en 1998. 20 ans après son apogée, DEC n’est plus présent que dans les manuels d’histoire.

Et peu des géants de l’informatique actuels sont à l’abri. Qui sait, dans 30 ans, les gens diront peut-être « Google quoi? » ou « Facebook qui? » Car si les géants informatiques actuels doivent leur succès à de nombreux facteurs (la chance, une meilleure direction, etc.), leur vision n’a souvent été due qu’à une seule idée alors jugée novatrice (même si parfois partagée par d’autres startups):

  • Bill Gates et Paul Allen ont été avec Microsoft les pionniers de la notion d’éditeur de logiciel sur le marché tout nouveau de la micro-informatique. En d’autres termes, une compagnie spécialisée dans l’écriture de logiciels génériques pour micro-ordinateurs, à une époque où les constructeurs d’ordinateurs écrivaient eux-mêmes leurs logiciels.
  • Oracle a été un des pionniers des bases de données relationnelles, jugée alors peu fiable par les SGBD de l’époque.
  • Google était à l’origine un projet de thèse de Larry Page à Stanford dont le but était de trouver un modèle mathématique du Web. Partant de l’idée de départ de voir si une page Web était référencée souvent, Page a retourné le modèle en regardant quelles pages étaient le plus référencées. Ceci a été la base du moteur de recherche actuel. Depuis, Google a certes conçus d’autres produits et services qui ont eu du succès (Google Maps, Gmail, Android), mais aucun n’a pour l’instant dégagé grand revenu. Et dans le cas d’Android, Google a simplement cherché à imiter l’iPhone en reprenant le modèle d’intégration horizontal de Microsoft.
  • Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook a eu l’idée de créer un annuaire des élèves en ligne et de permettre aux utilisateurs de garder contact avec leurs connexions (Facebook désigne l’annuaire des élèves dans les écoles américaines)

Et c’est sans compter de nombreuses anciens géants qui ont été battis sur une seule idée et qui ont depuis mordu la poussière : Commodore, WordPerfect, Sun, Sybase, Netscape, Yahoo et bien d’autres.

Quelques exceptions existent cependant. Apple tout d’abord, qui a eu plusieurs idées visionnaires au cours de son existence. L’idée en 1976 de construire des micro-ordinateurs à une époque où personne ne savait exactement à quoi ils pourraient servir. L’idée ensuite de s’attaquer au marché de l’informatique mobile grand public avec l’iPod puis l’iPhone, à une époque où ce marché était orienté professionnel.

Un autre exemple est Hewlett-Packard. La compagnie a été créée par Dave Packard et Bill Hewlett non pas parce qu’ils avaient une vision mais parce qu’ils voulaient travailler ensemble dans le domaine de l’électronique (la spécialité des deux fondateurs). Cette caractéristique a permit à HP de ne pas s’enraciner sur un marché spécifique, et ainsi de ne pas mettre tous ses oeufs dans un même panier. Les divisions Laserjet et Deskjet ont ainsi sauvé la mise à la compagnie lorsque les divisions vendant des ordinateurs not décliné.

Mais parmi les géants qui se sont battis sur une seule idée, ceux qui ont le meilleur sens des affaires ont un meilleur avenir. IBM et Oracle ont développé leur activité service pour complémenter leur offre initiale – une bonne chose pour IBM sachant que le marché des ordinateurs n’est plus aussi porteur qu’auparavant. Microsoft ayant une idée de départ relativement générique (être spécialisé dans le logiciel), il a su saisir les occasions lorsqu’elles se sont présentées même s’ils n’étaient au départ intéressés, comme pour le marché du système d’exploitation (sa première vache à lait), Microsoft a par la suite conquis en toute connaissance de cause sa deuxième vache à lait (les suites bureautiques) mais uniquement après le tableur et le traitement de texte se soient révélés être des killer apps. Mais même Redmond peine depuis 10 ans à trouver une autre source de revenus.

Restent des compagnies comme Google ou Facebook, qui comme Digital sont grandement des compagnies à forte culture d’ingénieur. Ces compagnies n’ont qu’une seule source de revenus. Google a accomplit l’exploit de devenir un poids lourd sur le marché de l’informatique mobile avec Android, mais ce dernier ne permet pas encore de compléter les revenus de son moteur de recherche.

Sur tous les géants actuels, il est fort probable que plusieurs aient disparus dans 30 ans et soient oubliées des générations futures. Allez par contre deviner lesquelles…

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