Le futur de Google

La nouvelle a surpris tout le monde : le PDG de Google, Eric Schmidt, a annoncé qu’il quittait son poste et va être remplacé par Larry Page, l’un des deux cofondateurs de la compagnie. Schmidt reste cependant au conseil d’administration.

Les spéculations sur ce changement vont bon train, mais je ne vais pas les alimenter car je n’ai pas d’idée solide sur la raison de ce départ.

Larry Page va-t-il redonner du souffle à Google ? L’avenir le dira. Mais il est certain que Page a plusieurs challenges devant lui. L’analogie que l’on entend à l’heure actuelle est que Microsoft est devenu IBM (le géant qui n’a plus grande influence en informatique) et que Google est devenu Microsoft (le nouveau géant qui jouit d’un monopole mais qui a une technologie vieillissante)

Remettre à neuf son moteur de recherche

Google est peut-être le nouveau Microsoft, mais son moteur de recherche a une assise nettement moins solide que la franchise Windows. Il est en effet facile aux utilisateurs de changer de service si un nouveau venu propose quelque chose de nouveau. A ce sujet, Microsoft espère voler le marché à Google, et Redmond ne lâche jamais prise – surtout lorsque de tels profits sont en jeu.

Un autre problème est la malveillance. Il est de bon ton ces temps-ci de critiquer la qualité des résultats retournés par Google – elle se serait dégradée et le spam prendrait de plus en plus de place. Le principal impact est ici psychologique. En effet, si les utilisateurs lisent trop de ce genre d’articles, ils risquent de penser que la qualité des résultats retournés n’est plus ce qu’elle était – que cela soit vrai ou non ! Mais il est certain que le spam est et sera un problème constant pour Google. En jugeant les pages Web moins par leur contenu que par les référencements de sites tiers, Google a mis fin au spam qui sévissait à la fin des années 90 qui consistait à bourrer ses pages Web de mot-clés. Mais il serait naïf de croire que la malveillance va s’arrêter là. Lorsqu’il y a de l’argent à se faire, il y aura toujours d’ingénieux petits malins qui chercheront à biaiser le système.

Finalement, force est de constater que le service plafonne depuis des années sans réellement s’améliorer. Le correcteur orthographique est certes très pratique, mais la qualité de la recherche a au mieux stagné. Personnellement, j’aimerais bien que Google reconnaisse le sens des mots. Que lorsque j’entre « Apache », il me donne la possibilité d’indiquer si je veux parler du serveur HTTP, de la tribu indienne ou de l’hélicoptère. Le site de microstock istockphoto.com propose déjà ce genre de fonctionnalité, même s’il est de bien moindre échelle.

Acquisitions

Il est important pour Google de trouver d’autres sources de revenus. C’est cependant un challenge du fait de sa taille.

Une manière de grandir est par le biais d’acquisitions, une méthode dont Google ne s’est pas privé. Certaines acquisitions ont été techniques, c’est-à-dire dans le but unique d’acquérir une technologie pour complémenter un service existant. Il faut reconnaître que c’est un domaine où Google a eu le plus de succès, ce qui n’est pas toujours donné car une intégration technique est souvent plus complexe que prévue.

Pour les acquisitions stratégiques par contre, le bilan de la compagnie est loin d’être brillant. YouTube est toujours populaire, mais pour le prix que le service a coûté, il ne présente pas un bon retour sur investissement. Après avoir englouti des milliards, le service est tout juste profitable – rien de comparable avec les marges juteuses dont jouit le moteur de recherche. De même, l’acquisition du moteur de recherche Aadvrark semble plus défensive qu’autre chose – le service n’a pas été intégré au moteur Google et ne semble aller nulle part. Dans d’autres domaines, plusieurs fondateurs ont été frustrés de voir leur compagnie tourner dans le vide après avoir été rachetés par Google. C’est le cas des fondateurs de Dodgeball qui ont claqué la porte deux ans après avoir été rachetés par Google, trouvant que le géant n’a jamais vraiment supporté le service (il a depuis été mis an rancard).

A tel point que se faire acquérir par Google n’a plus le glamour que cela avait auprès des entrepreneurs qui se soucient de leur entreprise plus que de l’argent. Groupon aurait décliné une offre d’acquisition de quelques $6 milliards ! Nombreux ont d’ailleurs trouvé que cette somme était beaucoup trop grosse. Bob Cringley a trouvé que Google ferait mieux d’embaucher deux développeurs, les faire travailler en dehors du luxe du Googleplex et de donner $10 à chaque adulte qui utilise le site (coût total pour acquérir 100 millions d’utilisateurs : $1 milliard). Il est possible que Google sur-utilise son compte en banque et son importante valuation pour se lancer un peu trop rapidement dans des acquisitions.

Google et l’innovation

Google a historiquement débuté en offrant un service qui dépassait de loin tout ce qui existe déjà. Cela a commencé avec son moteur de recherche, et cela a continué avec Gmail ou Google Maps. Ces trois services ont placé la barre si haut dans leur domaine qu’ils ont forcé la concurrence à s’aligner. Et dans le cas du moteur de recherche et de la cartographie en ligne Google est même devenu leader du secteur. Gmail serait également devenu leader de son secteur si les utilisateurs n’étaient pas tant attachés à leur adresse email.

Si Google continue d’innover, le rythme s’est ralenti et les coups d’éclat raréfiés. Son navigateur Web Google Chrome est certes novateur mais n’a pas révolutionné le marché comme l’a fait Gmail. Google Wave, quant à lui a été un bide. ChromeOS semble intéressant, mais pour l’instant reste grandement du vaporware. La compagnie a d’ailleurs perdu son cachet auprès des développeurs, à tel point que plusieurs de ses stars la quitte pour des compagnies comme Facebook.

En parallèle, Google a plusieurs fois créés des services qui n’ont pas vraiment innové et qui ont été des échecs : Google Video, Orkut (sauf au Brésil) ou Knol. Google a beaucoup de mal à avoir du succès lorsque son service n’est pas très clairement supérieur à la concurrence.

Une exception cependant à la règle : Android. Google a en effet très bien manoeuvré car le système d’exploitation pour mobile a eu une croissance phénoménale. Sur ce point, Google est le nouveau Microsoft : il ne se différentie pas sur le produit (Android n’apporte rien de techniquement nouveau) mais sur le mode d’intégration horizontale, face à Apple qui a toujours favorisé une intégration verticale et qui lui a révolutionné le marché. La grande différence entre Windows et Android est par contre que ce dernier est un logiciel libre, Google ne se faisant pas directement d’argent dessus.

Conclusion

Une compagnie devient un géant souvent grâce à un seul produit. Oracle avec son SGBD, Facebook et son service social, Google et son moteur de recherche. La difficulté est de trouver un autre marché.

Si Microsoft est accidentellement tombé sur le marché du système d’exploitation qui a fait sa fortune, c’est consciemment que le géant de Redmond s’est attaqué aux suites bureautiques et a réussi à déloger les deux ténors de l’époque (WordPerfect et Lotus). Mais Google n’est pas Microsoft, et toutes ses tentatives de rivaliser avec des géants du Web tels que Wikipedia ou Facebook se sont soldées par des échecs.

Comme toute compagnie, Google doit préserver et si possible grandir son marché historique et développer de nouveaux marchés. Android à ce sujet fait les deux : il aide à ce que les utilisateurs mobiles gardent Google comme moteur de recherche, et aide au développement d’autres types de publicités sur mobile. En particulier, Google a racheté AdMob, une société de publicité sur mobile.

Maintenant, Larry Page va-t-il arriver non seulement à gérer l’entreprise mais à avoir la bonne vision pour Google ? L’avenir le dira.

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