L’offensive Google Chrome OS

Google vient d’annoncer Chrome OS (un système d’exploitation réduit à un navigateur Web), des ordinateurs portables à base de Chrome OS et Google WebStore (un magasin d’applications Web écrites en HTML 5). Ces initiatives poussent l’utilisation du Web avec les standards du Web, face à Apple qui préfère l’utilisation d’applications natives.

Google Chrome OS remplit quelque chose que j’attends depuis des années : un système d’exploitation réduit au minimum pour surfer sur le Web. Un appareil qui démarre quasiment instantanément, et qui ne demande pas de maintenance. Cerise sur le gâteau, les portables Chrome OS seraient équipés d’un accès 3G « sans abonnement » avec des prix « à partir de $10 par mois ».

Google a développé son propre ordinateur portable à usage interne (nom de code : Cr-48), mais Acer et Samsung ont annoncé des portables Chrome OS pour la mi-2011.

Portable Chrome OS contre iPad

Le produit semble très prometteur, mais on peut se demander s’il n’arrive pas un an trop tard d’un point de vue médiatique. Car Apple a depuis volé la vedette avec l’iPad.

Les deux produits poursuivent le même but : fournir un appareil portable qui fonctionne plus simplement qu’un PC ou un Mac, avec une connexion 3G sans pour autant payer des prix aussi astronomiques que les smartphones. Les deux systèmes d’exploitations impliqués, Chrome OS et iOS, représentent tous deux une technologie disruptive face au PC dans la mesure où, si on les considère comme un système tel que Windows, ils font moins que ce dernier. Pas de compatibilité Windows, pas d’applications puissances comme Photoshop, et pas forcément idéals pour la bureautique : le clavier virtuel de l’iPad ne possède pas de raccourcis tels que Ctrl-I pour mettre un texte en italique, et les outils bureautiques Web auxquelles Chrome OS a accès n’ont pas toute la puissance d’Office. Leur force vient d’autre chose que la compatibilité Windows.

Chrome OS et iOS utilisent cependant deux approches très différentes. Une innovation disruptive peut soit attaquer un marché d’entrée de gamme (comme l’imprimante à jet d’encre a fait par rapport aux imprimantes laser), soit s’attaquer à un marché qui n’existe pas encore, visant de nouvelles utilisations (comme l’imprimante/scanner/photocopieuse qui vise les particuliers)

Google OS vise le marché du PC d’entrée de gamme, à savoir les utilisateurs qui n’ont pas besoin de toute la puissance que les PC modernes peuvent offrir. C’est pour cette raison que le géant de Mountain View a repris l’architecture d’un portable PC. Chrome OS offre une plus grande simplicité et (on l’espère) un prix moins cher. Au niveau logiciel, Google OS se base quasiment exclusivement sur les standards du Web tels que HTML 5. Pas étonnant pour une compagnie qui fait fortune uniquement grâce à la publicité en ligne.

Apple, au contraire, a décidé de s’attaquer à un nouveau type de marché, cherchant à créer de nouveaux types d’utilisations. D’où un redesign complet de l’architecture matérielle, l’abandon du clavier au profit d’un écran tactile, etc. Au niveau logiciel, le géant de Cupertino a refusé tout compromis technologique et s’est affairé à fournir les meilleurs performances possibles avec entre autre l’utilisation d’applications natives utilisant une API propriétaire. Par étonnant de la part d’un constructeur de matériel dont le PDG est de notoriété publique perfectionniste et qui a grandit avant l’ère du Web, à l’époque où tous les logiciels utilisaient une API native.

L’iPad a un gros avantage pour les jeux du fait de son écran tactile, de ses accéléromètres et de l’utilisation d’applications natives. De même, il a l’avantage pour beaucoup de nouveaux usages (certains restant encore à définir). Par exemple, il est extrêmement prisé par les enfants en bas âge et pourrait avoir des applications dans les écoles.

Le portable Chrome OS a l’avantage pour ceux qui ont besoin d’un vrai clavier, ainsi que sur le marché d’entreprise – que Google prend bien plus au sérieux qu’Apple. L’un des invités de la présentation de Chrome OS a été Citrix, qui a montré comment accéder depuis Chrome OS à des applications Windows hébergées sur un serveur. Qui plus est, Google est en partenariat avec plusieurs grosses compagnies (telles qu’American Airlines ou le Department of Defense) pour que ces dernières expérimentent des portables Chrome OS en interne.

Portable Chrome contre portable Windows

Lorsqu’Oracle a supporté Linux en 1998, nombreux sont ceux qui ont espéré voir le système d’exploitation libre concurrencer Windows. Si ça a été le cas côté serveur, Linux côté client a été un bide retentissant. Quelques villes ont annoncé basculer entièrement sur Linux, puis plus rien… Même le fiasco Vista n’a pas profité à Linux. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé : Ubuntu est une distribution de fort bonne facture, et certains grands constructeurs ont parfois même préinstallé Linux sur leurs PC – en particulier aux débuts des netbooks. Mais les distributions Linux ont trop tenté d’être des copies conformes de Windows, si bien que les utilisateurs ont préféré garder la compatibilité Windows.

Chrome OS est le dernier système d’exploitation basé sur un noyau Linux qui s’attaque à Windows – et représente l’attaque la plus avancée qui soit. Chrome OS est véritablement une innovation disruptive car il offre moins qu’un système d’exploitation traditionnel, mais de ce fait devrait (du moins en théorie) consommer moins de ressources.

Si Microsoft était une compagnie comme les autres, elle ignorerait Chrome OS. Sur le marché grand public, Chrome OS concurrence Windows 7 Starter Edition, la version bridée de Windows 7 disponibles sur les netbooks, et dont chaque copie ne rapporte que peu à Redmond. Quant au marché d’entreprise, un portable Chrome OS utilisant Excel sous Citrix a tout de même besoin de licences Windows et MS-Office.

Mais Microsoft n’est pas une compagnie comme les autres, et a su voir le danger des technologies disruptives. Le géant de Redmond a par exemple répondu à Google Docs avec Microsoft Office Live et bientôt Microsoft Office 365.

Une inconnue reste l’offre même des portables Chrome OS. Ils sont sensés arriver mi-2011, mais on ne sait pas encore à quel prix. Car les portables Chrome OS n’offrent pas de fonctionnalités qui ébahissent les foules, comme l’iPad. Un argument de vente majeur sera donc le prix. L’idée d’un portable qui ne demande pas de maintenance et qui démarre très rapidement est séduisante, mais n’a de chances de réussite que s’il est moins cher qu’un portable Windows à configuration égale. Dans le cas contraire, les utilisateurs ont toutes les chances de se rabattre sur Windows, comme ils l’ont fait avec les netbooks. L’absence de maintenance (pas d’antivirus, défragmentation de disque, etc.) résous un problème important, mais auxquels les particuliers ne sont confrontés qu’épisodiquement.

Chrome OS a cependant une chance face à l’offre actuelle des PC Windows. Les netbooks Windows sont en effet très limités en termes de performances et taille d’écran. Microsoft limite les capacités des portables pour lesquels il accepte de vendre Windows 7 Starter Edition : écran de 10,2″ maximum, processeur simple coeur à 2 GHz maximum, 1 Go de mémoire max, etc. Par comparaison, le portable que Google a développé en interne a un écran de 12,1″. Un portable Chrome OS à $300 qui offre une expérience Web similaire (voire meilleure) qu’un portable Windows deux fois plus cher peut séduire de nombreuses personnes. Microsoft peut cependant contre-attaquer. Il peut relaxer les limitations de Windows 7 Starter Edition, et surtout travailler avec les constructeurs pour améliorer le temps de démarrage. Avec un disque à mémoire Flash et un BIOS optimisé, le dernier MacBook Air démarre en 15 secondes, contre 10 seconds pour le Google Cr-48 (son mode veille est apparemment instantané). Un netbook optimisé peut donc faire aussi bien.

De son côté, le marché de l’entreprise peut également être séduit – Google affirme que plusieurs compagnies l’ont spontanément approché pour essayer son portable Chrome OS. Sur ce marché, la facilité de maintenance a toutes les chances de l’emporter, car tout département informatique passe énormément de temps à maintenir son parc de PC. La recrudescence d’outils accessibles depuis un navigateur Web d’une part, et l’utilisation croissante de la virtualisation d’autre part sont d’autant plus d’arguments pour un portable Chrome OS. La plus grosse faiblesse est peut-être le support d’Outlook et de MS-Exchange. Ces deux produits de Microsoft sont en effet rois dans l’entreprise – Google Apps n’est pas près de s’imposer. On peut certes accéder à ces applications via Citrix, mais il est possible que les utilisateurs manquent les messages d’alertes d’Outlook qui s’affichent même si ce dernier est en arrière-plan (meeting dans 5 minutes, nouveau message, etc.). Quoi qu’il en soit, les entreprises ne vont pas se débarrasser de leurs PCs du jour au lendemain. Mais il est possible qu’ils commencent par leurs utilisateurs les moins demandeurs. Là encore, Microsoft a toutes les chances de contre-attaquer, que ce soit en proposant des rabais aux entreprises qui songent à basculer (comme il l’a fait pour contrer Linux) ou en tentant de lier Outlook / Exchange / SharePoint le plus possible à Windows.

Conclusion

Les portables Chrome OS s’ajoutent à l’iPad sur la liste des menaces potentielles et à terme pour les PC (notez le « potentiel » et « à terme »). Chrome OS ne va pas faire couler autant d’encre que l’iPad (son annonce n’a pas fait la une des journaux comme l’annonce de ce dernier) mais peut soit avoir un impact discret en remplaçant les PC bas de gamme, soit forcer Microsoft à réagir. Dans un cas comme dans l’autre, les utilisateurs seront gagnants.

Le tout est de voir ce que les portables Chrome OS donneront…

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