Vie et mort des services sur Internet

(1er décembre 2010: Je commence par une parenthèse sur Windows Phone 7. Microsoft a gelé le paiement des ventes des applications sur ce système d’exploitation jusqu’à février 2011. Les développeurs sur cette plateforme n’ont d’ailleurs aucun moyen de savoir combien d’applications ils ont vendu. Cette politique est extrêmement surprenante de la part de Microsoft qui a l’habitude de se mettre en bons termes avec les développeurs -elle ne risque pas d’encourager les développeurs à investir sur cette plateforme. La seule explication que je vois est que Redmond joue la carte de l’opacité afin d’essayer de cacher des ventes abyssales d’applications comme de téléphones WP7. La firme de Steve Ballmer se refuse déjà à donner les chiffres de ventes des téléphones à base de Windows Phone 7, alors qu’elle martèle les ventes de la Kinect. Autant la Kinect a toutes les chances de faire un carton, autant Windows Phone 7 semble mal parti… Fin de la parenthèse)

Comme je l’ai précédemment écrit, je ne pense pas que le Web disparaisse comme on veut le faire croire, mais cela ne veut pas dire que le type de service que l’on utiliser sur Internet ne va pas changer. Plusieurs facteurs peuvent influencer l’essor ou le déclin d’un service.

Dans le reste de cet article, le mot « service » peut correspondre à plusieurs choses. Il existe des services Internet tels que le Web, l’email ou les messageries instantanées, qui utilisent des protocoles spécifiques. Il existe également des services Web tels que Google, Facebook ou Hotmail qui fournissent une valeur ajoutée aux internautes en se basant sur des services Internet (comme Hotmail) et/ou des protocoles propriétaires (comme Facebook)

La facilité d’accès

La facilité d’accès est l’un des facteurs clé pour un service. Le grand public s’est ouvert à Internet grâce au Web car ce dernier a rendu facile l’utilisation du Réseau des réseaux. Un nouveau type de service peut concurrencer des services existants s’il est plus facile d’accès. Au contraire, si un service voit sa facilité d’accès se dégrader, il risque de perdre ses utilisateurs en masse. Mais la facilité d’accès ne se résume pas à la convivialité, elle inclue d’autres aspects tels que les capacités de recherches (c’est grand, Internet, il est donc utile de pouvoir trouver ce que l’on cherche efficacement)

Google a fondé un empire en nous aidant à mieux trouver les sites Web qui nous intéressent. A contrario, Usenet, le service historique de forums d’Internet, a vu sa facilité d’accès s’effriter avec son succès. En effet, les clients Usenet n’ont historiquement pas été conçus pour supporter une explosion du nombre de forums, et affichaient tous les forums disponibles. Lorsqu’Internet s’est ouvert au grand public dans les années 90, le nombre de nouveaux forums augmentait tous les jours. Imaginez un peu que les navigateurs Web aient voulu afficher tous les sites Web disponibles au lieu de nous laisser entrer l’adresse…

Il a manqué aux clients Usenet un système de recherche efficace au lieu d’essayer de garder une copie la plus complète possible. Et ce choix a submergé les utilisateurs. Lorsque des clients Usenet sont apparus sur le Web avec un système de recherche, il était déjà trop tard. Au final, Usenet a été remplacé par une multitude de sites Web, qu’ils soient des forums spécialisés ou des blogs. Ces sites sont trouvable par le biais de recherches Web. RSS permet de suivre plusieurs forums ou blogs en provenance de plusieurs sites, et certains lecteurs RSS tels que Google Reader donnent même des recommandations de flux RSS susceptibles d’intéresser l’utilisateur.

De son côté, Facebook a commencé à montrer des avantages sur l’email. De plus en plus d’internautes contactent leurs connaissances en utilisant Facebook plutôt que d’utiliser l’email, car la tâche est souvent moins facile avec ce dernier. Le site de Mark Zuckerberg bénéficie en effet des groupes que l’on s’est créés. Nos contacts ont souvent une photo et utilisent leur vrai nom. A contrario, retrouver l’adresse email d’une connaissance n’est pas toujours facile, surtout si la dite connaissance utilise une adresse cryptique ou utilise plusieurs adresses. L’email reste cependant le médium de choix lorsque l’on doit contacter une personne en-dehors de son réseau de connaissances.

Mais il n’est pas dit que Facebook ne soit pas un jour victime de son succès et que sa facilité d’accès décline. Car les utilisateurs sont bombardés d’information sur ce site – la plupart sans intérêt aucun. On peut certes demander de ne plus voir les dernières péripéties de nos connexions sur Farmville, mais il existe toujours des nouvelles applications que l’on doit demander de cacher. On est intéressé par suivre sa famille sur Facebook, mais peut-être pas forcément par toutes les tribulations de notre frangin/cousin/neveu bavard. Plus Facebook a de succès, plus le challenge va être de séparer le grain de l’ivraie. Mais cela ne semble pas être la priorité de Mark Zuckerberg.

Et tout service qui a du succès est tôt ou tard confronté à un problème de recherche et de tri. Comment trouver les sites Web, les applications iPhone, les groupes Facebook, les articles de presse ou les blogs susceptibles de m’intéresser?

Malveillance

Les problèmes de malveillance peuvent également couler un service. La CB a fait fureur dans les années 70 mais a décliné car trop d’automobilistes ont abusé du peu de canaux hertziens disponibles, certains achetant des amplificateurs pour « spammer » tout le monde.

Le spam a été un autre facteur du déclin de Usenet, et continue à empester l’email. Dans ce dernier cas le spam est relativement contenu (les filtres anti-spam ont fait beaucoup de progrès), mais reste tout de même un problème.

La malveillance affecte également d’autres services, tels que les moteurs de recherche. Des l’apparition des moteurs de recherche automatisés, des petit malins ont tenté de trouver les failles pour être en tête des résultats retournés. La première génération de moteurs de recherche tels qu’AltaVista a été affectée par les sites dont les pages Web contenaient beaucoup de mot-clés à répétition (souvent caché en blanc sur blanc en bas de la page). Si bien que beaucoup des recherches aboutissaient à des sites pour adultes.

Google a changé la donne en prenant en compte les liens en provenance de sites tiers plus que le contenu du site même. Mais si les anciennes techniques sont désormais obsolètes, cela ne veut pas dire que la malveillance est terminée pour autant. L’exemple le plus célèbre est le Google Bombing (recherchez « french victories » sur Google et regardez la première entrée), mais le plus pernicieux à ma connaissance a été rapporté il y a quelques jours par un article du New York Times. Un site Web newyorkais de vente de lunettes arnaque et harcèle volontairement certains de ses clients dans le but… d’augmenter son classement sur Google! Car sur le Web, toute publicité, même négative, est prise en compte par Google, ce qui fait augmenter le classement du site aux yeux du célèbre moteur de recherche.

Ce dernier vient tout juste de réagir, mais le constat reste: les spammeurs se sont adaptés à l’algorithme employé par Google. Ce dernier a donc de plus en plus la pression pour reprendre le devant.

La malveillance existe également sur les réseaux sociaux. De nombreux « utilisateurs » qui utilisent Facebook pour commenter des articles de presse postent des messages de publicité frauduleuse. Beaucoup des personnes qui me suivent sur Twitter sont des comptes liés au spam. L’un des secrets des applications sur Facebook est que la meilleure manière de se faire de l’argent est de soutirer des informations personnelles sur les utilisateurs et de les revendre (lire l’excellent article de TechCrunch à ce sujet)

Certaines compagnies de communication embauchent des gens pour promouvoir certains produits en se faisant passer pour des consommateurs normaux: rajouter des commentaires positifs sur Amazon.com ou Facebook, téléphoner à des magasins leur demandant pourquoi ils n’ont pas tel produit, etc.

Et il est certain que la malveillance ne s’arrêtera pas là, et que les mécanismes vont être de plus en plus sophistiqués. Si une application Facebook peut avoir accès à vos contacts, on peut imaginer un programme qui crée un faux compte Facebook avec votre nom et votre photo et qui demande à vos contacts de « se reconnecter » (qui vérifie autre chose que le nom et la photo?). Un tel programme pourrait suivre toutes les activités Facebook de vos contacts qui acceptent l’invitation.

Une évolution du marché

Finalement, les utilisateurs peuvent avoir des goûts qui changent. Les jeunes trouvent désormais que l’email est trop lent et lui préfèrent le SMS – là où leurs ainés comparaient avec le courrier papier. Les internautes ont découvert Friendster et se sont amusés un moment, jusqu’à ce qu’ils se rendent compte que le site n’apportait pas grand chose. Ils ont alors basculé sur MySpace et se sont amusés à personnaliser leur page perso. Ils ont enfin basculé sur Facebook qui apporte un intérêt plus tangible.

L’absence de standards ouverts

La chose qui me gène le plus n’est pas que l’email décline, mais que ses remplaçants n’utilisent pas des standards ouverts.

Prenons l’exemple de la messagerie instantanée. Pour communiquer sur AIM, Skype, Windows Live ou Gtalk, il faut que l’utilisateur comme le destinataire aient tous deux un compte sur respectivement AIM, Skype, Windows Live ou Gtalk. Imaginez que les abonnés de SFR ne puissent pas communiquer avec les abonnés d’Orange! L’énorme avantage de l’email est que n’importe qui peut communiquer avec n’importe qui, quelque soit le service utilisé. Cela a permit à des nouveaux venus comme Gmail de se tailler une part de marché respectable et de bouleverser le marché. La raison est que les serveurs SMTP de Hotmail, Gmail et autres Yahoo Mail communiquent entre eux. Une telle approche n’existe pas pour les messageries instantanées. Les serveurs Gtalk, Windows Live, Skype, … sont complètement incompatibles les uns avec les autres. Ce qui fait qu’il est beaucoup plus dur pour un nouveau venu de changer la donne comme l’a fait Gmail.

L’email a eu le privilège d’être conçu à une époque où personne ne se préoccupait des aspects commerciaux et où tout restait à construire. Dés que les entreprises commerciales se sont impliquées dans la partie, toutes ont voulu imposer leur standard propriétaire, et toutes ont refusé d’utiliser des standards développés par leurs concurrents. Une rare exception est RSS. Quelques tentatives telles qu’OpenID ont essayé d’imposer un standard d’identification ouvert, mais personne ne s’est imposé. A l’heure actuelle, Facebook encore une fois fait une percée pour commenter les articles de beaucoup de journaux. Mais on peut se demander si la tendance va continuer. Car il se peut que certaines personnes viennent à regretter l’utilisation de leur compte Facebook (avec leur nom en clair) pour exprimer certaines de leurs opinions sur des sites publics.

Apple a développé Facetime et affirme vouloir qu’il devienne un standard ouvert. Reste à savoir si les autres compagnies vont accepter de suivre.

Google a proposé Wave comme remplaçant de l’email et des messageries instantanées, en tant que format complètement propriétaire.

Et de son côté, Facebook verrouille son site le plus possible.

Cela ne veut pas dire que les standards ouverts sont terminés, mais certaines compagnies n’aident vraiment pas.

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