Plus on a d’information, plus on en veut!

L’argent, la célébrité, le pouvoir sont parmi les trois vices que l’on cite souvent. Plus on en a, plus on en veut.

Sur Internet j’en ajouterais un autre : l’information. Plus une compagnie a d’information sur les internautes, plus elle en veut. Les deux exemples les plus criants sont Facebook et Google, car tous deux ont défrayé la chronique avec leur pratiques parfois douteuses ou les déclarations pour le moins bizarres de leur PDG.

Facebook a dés le début été peu scrupuleux sur l’aspect privé de l’information. Avec par exemple son programme Beacon, lancé en 2007 et abandonné en 2009. L’idée était de transmettre des informations de sites partenaires à Facebook – sans l’accord explicite des utilisateurs. C’est ainsi qu’aux Etats-Unis, certains internautes louant une vidéo sur le site de Blockbuster (une compagnie de location vidéo) ont vu un ajout sur leur mur Facebook indiquant à leur contacts la vidéo qu’ils avaient loué (espérons qu’ils n’avaient pas loué de vidéo X ou de Oui-Oui chez les Schtroumpfs). Malgré la controverse quasi-immédiate, Facebook a mis deux ans pour mettre fin au programme. De la même manière, Facebook sauvegarde tous les commentaires que vous entrez sur le site toutes les 15 minutes – même si vous les effacez par la suite.

Il faut dire qu’avoir un fondateur et PDG qui pense que l’ère de l’intimité est terminée n’aide pas. Zuckerberg a même été jusqu’à dire que maintenir des identités séparées (une pour le travail, une pour ses amis) revenait à mentir.

Google, quant à lui, n’est pas en reste. Les Google Cars qui sillonnent les rues du monde entier pour alimenter les images de Google Street View n’ont pas toujours été du goût de tout le monde. Et le géant de la recherche en ligne a été mis dans l’embarras lorsqu’il s’est avéré que ces mêmes voitures prenaient note de tous les réseaux Wi-Fi ouverts qu’ils voyaient (pas de bol, les voitures étaient « accidentellement » équipées de programmes qui détectaient les réseaux Wi-Fi). Son PDG, Eric Schmidt, n’a pas aidé. Il semble avoir pris la grosse tête avec quelques petites phrases malheureuses :  « We know where you are. We know where you’ve been. We can more or less know what you’re thinking about. » ou “We can suggest what you should do next, what you care about. Imagine: We know where you are, we know what you like.” L’affirmation est non seulement fausse (non, Google ne sait pas à quoi l’on pense et tout ce que l’on aime) mais fait penser à du harcèlement.

Schmidt comme Zuckerberg ne sont sans doute pas les monstres qu’ils paraissent. Ils pensent sans doute que leurs actions sont louables. L’idée de Beacon était de faciliter le partage d’informations avec ses connexions sur un produit que l’on vient d’acheter -quelque chose que l’on fait tous naturellement. De même, Schmidt a sans doute les meilleures intentions du monde en pensant aider les utilisateurs d’Android. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions, et les deux hommes oublient de demander l’autorisation à leurs utilisateurs avant de mettre en place leurs grandes idées.

Les deux PDG ont de même une certaine part d’hypocrisie. Eric Schmidt a par exemple mis un reporter sur la liste noire de Google parce qu’il avait publié des informations personnelles sur Schmidt… trouvées sur Google. Zuckerberg, quant à lui, pense peut-être que l’intimité sur Internet est terminée, il n’empêche que son profil Facebook n’est pas ouvert à tout le monde. Et je doute qu’il aimerait que sa présence entière sur Internet (site Web visités, conversations électroniques) soit publique.

Collecter l’information et collecter l’information

Il existe plusieurs niveaux de collecte d’information. Certaines sont acceptables, d’autres pas. La limite est cependant parfois floue.

Par exemple, une des spécialités de Google est d’analyser des grandes quantités de données pour en tirer des informations. C’est par exemple en analysant les données en provenance du GPS des smartphones Android que Google arrive à déterminer le trafic routier. Jusque là, rien d’anormal. C’est le même principe qu’un hélicoptère qui observe du ciel le trafic pour trouver les bouchons.

Le problème est si l’hélicoptère commence à nous suivre, prend note des mouvements de notre voiture et nous suggère des parcours alternatifs. Nous serions sans doute plus compréhensifs si c’était notre GPS qui faisait le même travail et proposait le même parcours alternatif. La différence ? Il s’agit de notre GPS, présent dans notre voiture. Lorsqu’une entité extérieure nous révèle en connaître beaucoup sur nous, un sentiment de gêne s’installe. Surtout si elle en sait bien plus que l’on ne pensait. Pour prendre une analogie, il n’y a rien de mal à ce qu’un passager (humain) nous suggère un parcours alternatif en fonction du trajet déjà effectué. Le passager était dans la voiture dés le début du trajet et il est normal qu’il sache où l’on aille. Par contre, si un automobiliste inconnu nous suggère à un feu rouge le même trajet, il y a de quoi se poser des questions. De quoi se mêle-t-il ? Comment sait-il où on a été et où l’on va ?

Les sentiments de contrôle et de transparence sont donc importants. Ca et l’absence de surprise. En d’autres termes, ne pas être surpris qu’un service en sache autant sur nous.

Par exemple, Amazon.com propose des articles basés sur nos achats précédents. Rien de bien méchant car on s’attend à ce que la compagnie sache ce que l’on a acheté chez elle (absence de surprise). Qui plus est, le site nous permet facilement de savoir sur quels critères il se base (transparence) et de modifier les critères (contrôle).

Lorsque Google a lancé AdWords, affichant des publicités à côté des résultats de notre recherche, peu de personnes ont été gênées. Le processus est transparent (on voit tout de suite que les annonces sont liées aux mot-clés entrés). La recherche Web étant relativement nouvelle, les utilisateurs n’ont pas été choqués que le service utilise un tel principe.

Par contre, lorsque Google a utilisé exactement le même principe avec Gmail, beaucoup se sont demandé si la compagnie n’allait pas trop loin. La grosse différence est que l’on est habitué à ce que les conversations soient privées. Toute intrusion, même par un robot qui ne regarde que les mots-clés, peut créer une (mauvaise) surprise.

Mais lorsque Facebook a lancé le programme Beacon, la limite a été très clairement franchie. Beacon a été activé par défaut, sans que Facebook ne demande l’accord de ses utilisateurs, les consulte ni même ne prenne le soin de les avertir ! Aucune transparence, grosse surprise (comment savent-ils quelle vidéo j’ai loué !!!!) et peu de contrôle (la manière de désactiver Beacon a été très obscure)

Conclusion

Vouloir aider les possesseurs d’Android n’est pas forcément une mauvaise idée. Encore faut-il s’assurer que les utilisateurs ont un sentiment de transparence, de contrôle et SURTOUT qu’ils n’aient pas de mauvaise surprise.

Mais je ne suis pas convaincu que ni Facebook ni Google ne comprennent. Les deux compagnies doivent certainement se demander pourquoi on leur tombe « injustement » dessus. Après tout, elles essaient d’améliorer la vie des gens.

Il faut comprendre que les deux géants ont la collecte d’informations comme raison d’être. Google a réellement décollé financièrement en liant des publicités avec nos recherches sur son site. Facebook a été créé pour collecter le plus d’informations possible sur ses utilisateurs (pensée du moment, photos, etc.). Le fait que les deux compagnies cherchent à collecter plus d’information sur nous et cherchent à automatiser le processus (jusqu’alors, ce sont les utilisateurs qui entrent les informations) n’est qu’une étape logique à leurs yeux. Plus on a d’information, plus on en veut, et plus on oublie que la manière de collecter de l’information compte.

Quand on a un marteau en main, tout ressemble à un clou.

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