L’utilisation d’Internet va-t-elle changer?

Le magazine Wired a lancé le pavé dans la mare en publiant un article intitulé The Web is Dead, long live the Internet. « Le Web est mort, vive Internet. » Graphique à l’appui, Wired montre que le Web occupe une part décroissante du trafic Internet. Un glissement de plus de 50% en 2000 à seulement 23% en 2010.

Le coupable selon Wired ? Les applications, telles que les applications iPhone et iPad. On ne va plus sur le site Facebook ou Twitter, mais on va sur l’application associée.

Les lacunes du graphique

Malheureusement pour Wired, le graphique comporte de nombreuses lacunes.

Tout d’abord, le graphe n’indique que le pourcentage du trafic et non le trafic même. Il n’y a donc aucun moyen de savoir si, en termes absolus, le trafic Web augmente, stagne ou est en déclin. Par exemple, la part du trafic dédié à l’email est en déclin. Sauf que je doute que le nombre d’emails envoyés ait diminué tant que ça. Non pas que les gens utilisent de plus en plus l’email, mais parce que le spam ne cesse d’augmenter.

Ensuite, le graphique mesure le trafic en termes de bande passante et non pas en termes de temps passé devant l’ordinateur. Or, selon le graphique, le Web cède la place à deux services : le peer to peer et surtout la vidéo. Or ces deux services utilisent beaucoup de bande passante. Un internaute peut en effet passer plus de temps à lire une seule page Web que de regarder une vidéo sur YouTube – même si cette dernière consomme bien plus de bande passante. Quant au peer-to-peer, les plus gros utilisateurs laissent leur client Bittorrent ou Shareaza tourner en tâche de fond. Cela ne veut pas dire pour autant qu’ils délaissent le Web.

Et finalement : où se trouvent sur ce graphique les applications qui sont sensées tuer le Web ? Font-elles partie de la catégorie Others qui est passée en 20 ans de 24% du trafic à 3% ? S’il y a une seule chose que ce graphique montre, c’est que la vidéo semble consommer une partie de plus en plus grande du trafic Internet. Et franchement, tout le monde se doutait que cela allait arriver depuis les débuts du Web.

Les nouveaux services Internet

Si l’article de Wired est biaisé, cela ne veut pas dire que les habitudes d’utilisation d’Internet ne vont pas changer.

Rien en effet ne prouve que les services qui ont popularisé Internet – le Web et l’email – soient toujours utilisés dans le futur. Par exemple, les internautes les plus jeunes n’aiment pas l’email qu’ils jugent trop lent, et lui préfèrent les SMS ou la messagerie instantanée. Google avait une bonne idée en tentant de réunir les deux avec Google Wave, mais la mise en pratique a été mal pensée.

Et il existe des services Internet autrefois populaires qui ont été abandonnés. En 1992 j’ai découvert Usenet, le service de forums d’Internet. A l’époque, beaucoup des forums étaient quasiment vides (je me rappelle être tout excité dés qu’il y avait de nouveaux posts sur les forums que je suivais). Le trafic a finalement augmenté pour atteindre une taille raisonnable. Puis le Web a popularisé Internet, ce qui a apporté beaucoup de monde sur Usenet – beaucoup trop de monde d’un coup – faisant du même coup éclater la « netiquette » qui régissait un code de conduite (ne pas poster le même post sur plusieurs forums, une signature d’au plus 4 lignes, etc.). Trop de nouveaux forums, trop de trafic, trop d’abus en tout genre et trop de spam ont tué Usenet. Si les forums d’internautes ont leur utilité, ils ont quitté Usenet et sont désormais disséminés sur des millions de sites Web spécialisés.

Et il est vrai que les applications iPhone et iPad représentent une nouvelle habitude d’utilisation d’Internet. Elles correspondent à l’image idéale que Steve Jobs se fait de l’informatique : contrôlée le plus possible pour avoir un certain « standard de qualité ». Ce modèle a bien évidemment un prix : une baisse de la flexibilité. Autant le Web permet de créer un site avec n’importe quel outil que l’on désire, autant les applications restreignent et ralentissent l’arrivée de nouveaux venus.

Mais faisons-nous l’avocat du diable et demandons-nous : a-t-on encore besoin de la souplesse du Web ?

Car comme dans tout marché nous assistons à une concentration. Pas en termes de nombre de sites Web (47 millions de nouveaux sites en 2009), mais en termes de trafic. Les sites Web qui ont un tant soit peu de popularité continuent de se faire racheter… ou dépérissent (comme MySpace). YouTube était populaire, il a été racheté par Google qui cherchait à être leader sur ce segment. CDNow a été un pionnier des ventes de CD en ligne avant lui aussi de se faire racheter par Amazon.com (encore une fois pour consolider sa présence sur le marché). Lala.com proposait une alternative décente à iTunes ou Amazon MP3 avant qu’il se fasse racheter par Apple et disparaitre complètement (il semble qu’Apple ait racheté Lala.com juste pour éliminer un concurrent). Et ainsi de suite.

De la même manière, une grande partie du contenu s’est déplacée vers une poignée de méga sites. Les internautes ne créent plus leur petite page perso où ils écrivent ce qu’ils veulent. Ils créent leur blog, mais surtout postent leurs états d’âme sur Facebook ou Twitter quant ils ne postent pas une vidéo sur YouTube. Lorsqu’ils veulent créer une communauté en ligne, ils créent de moins en moins leur propre site Web mais passent au contraire par des sites tels que Ning, Meetup.com ou créent un groupe sur Facebook. Et lorsque les internautes se posent une question sur un sujet donné leur premier réflexe est d’aller sur Wikipedia. De la même manière, il est parfois difficile pour un site Web marchant indépendant d’exister. Car récupérer du trafic n’est pas toujours facile, et les internautes peuvent rechigner à donner leur numéro de carte bleue à un site Web inconnu. D’où le succès de sites tels que eBay ou Yahoo Merchant.

Dans tous ces cas de figures, l’installation d’une poignée d’application (Facebook, Twitter, Wikipedia, eBay) et vous avez une grande partie des fonctionnalités du Web sur votre iPhone ou iPad… sans le Web.

Désormais, un site Web est tenu d’avoir également une présence sur Facebook, Twitter, une application iPhone et pour bonne mesure une application Android.

Les avantages du Web

Mais le Web garde un avantage énorme sur les applications : une rapidité d’accès, en particulier pour les sites Web que l’on visite épisodiquement. Car on n’ajoute pas tous les sites Web que l’on visite à ses liens favoris, loin de là. Une application, elle, demande à être installée avant d’être utilisée – et désinstallée si on ne veut plus s’en servir. Autant dire que le modèle des applications n’est pas idéal lorsque l’on ne sait pas ce que l’on cherche.

Qui plus est, les applications n’ont pas le phénomène d’hyperliens entre applications. Certes, les hyperliens entre sites Web sont parfois abusés. Mais le concept reste tout de même fort utile. Les blogs (pour ne citer qu’eux) référencent souvent d’autres blogs ou articles. Or il n’existe pas de manière simple de passer d’une application WordPress à l’application NY Times – surtout si cette dernière n’est pas installée.

Prenons un autre exemple, et imaginons que vous recherchiez des informations sur un produit donné, comme le casque audio Grado SR60. Une recherche sur Google vous permet de glaner des renseignements. La recherche vous donne le site du constructeur, des sites connus tels qu’eBay (pour voir à quel prix pouvez-vous vous en offrir un), mais aussi des sites que vous ne connaissiez pas comme des tests d’utilisateurs ou des témoignages de clients. Chaque lien retourné par Google vous amène directement sur la page parlant du produit.

Avec des applications, la même opération se déroulerait comme suit : vous commencez par lancer les applications que vous avez installées et qui sont susceptibles de retourner des résultats (comme eBay). Vous devez par contre lancer une recherche séparée pour chaque application. Si vous désirez plus d’information (sans passer par le Web), vous devez rechercher dans l’App Store des nouvelles applications qui pourraient vous fournir des informations, comme une application dédiée aux casques audio. Mais la recherche de l’App Store n’ayant que peu de visibilité sur le contenu des applications même, ce qui fait que vous devez choisir à l’aveugle : installer ces applications, chercher si elles ont des informations utiles… et dans le cas contraire les désinstaller. Bref, tout un programme !

Conclusion

Si les applications ont leur utilité, lorsqu’elles remplacent des sites Web, elles ne sont souvent qu’une réécriture au format d’un smartphone. Elles sont plus simples que leur équivalent Web, mais uniquement lorsque l’utilisation ne doit pas impliquer plusieurs applications. Je reste de même persuadé qu’il y aurait un intérêt à packager des sites Web en applications.

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2 commentaires sur “L’utilisation d’Internet va-t-elle changer?”


  1. […] je l’ai précédemment écrit, je ne pense pas que le Web disparaisse comme on veut le faire croire, mais cela ne veut pas dire […]

  2. benyounes Says:

    je voudrai savoir plus des explications sur l’utulisation du facebook pour l’aveugle car j’ai remarqué que vous négligez les non voyants


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