Apple contre le reste du monde

Pendant plusieurs années, Apple a lancé sa fameuse campagne de pub Get a Mac, où l’acteur Justin Long a représenté un Mac cool face à l’humoriste John Hodgman qui représentait un PC empâté et plein de problèmes du fait de Windows.

Pendant plusieurs années, Microsoft a encaissé sans rien dire. Et puis un jour Steve Ballmer en a eu assez et a décidé de contre-attaquer. Etant donné qu’ils n’ont jamais eu beaucoup de succès dans leurs publicités, Redmond s’est payé les services d’Alex Bogusky et de sa compagnie Corbin+Bogusky. Bogusky est considéré comme un demi-dieu dans le monde du marketing, et son agence de publicité la plus prestigieuse du secteur.

La première vague de pubs a été une série de spots mettant en vedettes Bill Gates et Jerry Seinfeld – et a fait un bide. Il faut dire qu’utiliser deux quinquagénaires ayant passé leur heure de gloire pour donner une image cool au PC n’est pas idéal. La campagne I am a PC a eu plus de succès. Certaines pubs en particulier ont fait mouche, comme les pubs laptop hunter où une cliente potentielle cherche un ordinateur portable pour moins de $1000 (et bien sûr achète un PC en taclant au passage Mac). Mais si l’on se base sur le dicton « l’imitation est la forme la plus sincère de flatterie » et que l’on regarde les parodies sur YouTube, le verdict est sans appel : la campagne de pub d’Apple a bien plus marqué les esprits beaucoup plus que n’importe quelle campagne Microsoft.

C’est dommage que je n’aie que peu de compétences pour faire une animation, car je me verrais bien faire quelques pubs sur le sujet. Des pubs ni pro-PC ni pro-Mac, mais qui montrent les avantages et les inconvénients des solutions Apple. Au consommateur de choisir.

Apple vs. produits non-Apple

Apple a l’habitude de sortir des produits très sexys. Certes, il existe quelques exceptions (l’Apple TV), et les produits Apple ne sont pas exempts de défauts (le problème de l’antenne de l’iPhone 4). Mais dans l’ensemble ils sont très ingénieusement conçus. D’une esthétique impeccable, ils fonctionnent très bien et ont bien été pensés. On sent la patte de Steve Jobs derrière les produits de la firme à la pomme : son sens de l’esthétique, sa volonté d’être facile d’utilisation et son obsession fanatique du détail.

Mais il existe par contre un aspect sur lequel les produits Apple font l’impasse : le choix. Maître Steve décide pour nous ce qui est bon pour nous. Et on ne discute pas les décisions prises par le Maître.

Vous voulez un Mac de bureau à base de processeur Intel Core i7 ? Ca commence à près de 2200 €, alors qu’on trouve des PC avec le même processeur pour deux fois moins cher. Pourquoi un prix si élevé ? Parce que vous êtes obligé d’acheter l’iMac haut de gamme avec écran 27″  pour avoir un tel processeur. Vous ne désirez pas un écran si grand, ou n’aimez pas l’idée d’un ordinateur tout-en-un ? Pas de bol ! De la même manière, Apple vous impose pour ses smartphones un clavier virtuel. Steve Jobs a décidé que vous n’avez pas besoin de clavier physique, vous n’aurez pas de clavier physique, fin de la discussion. Qui plus est, Apple décide les applications que vous pouvez utiliser sur votre iPhone (apparemment on n’est pas assez grand pour choisir)

La PC par contre offre le plus grand choix, que ce soit le choix des applications (la compatibilité Windows), la gamme de prix ainsi que d’autres options (vous pouvez acheter un tout-en un, une tour, ou des portables de toutes tailles). Trop de choix parfois. Il y a en effet plusieurs vendeurs, et il est parfois difficile de s’orienter chez un seul vendeur PC. De même, les PC ne fonctionnent pas aussi impeccablement que le Mac – quand certains vendeurs n’utilisent pas en toute connaissance de cause des composants défectueux. De la même manière, les smartphone Android ne fonctionnent pas toujours aussi bien que l’iPhone (la compatibilité Android est parfois mise à rude épreuve). Mais il existe suffisamment de modèles Android pour vous permettre de choisir votre opérateur télécom, si vous voulez un clavier virtuel ou physique, la taille de l’écran, etc. Et ils vous permettent d’installer n’importe quel logiciel, eux.

Comme le dit le proverbe américain, « freedom isn’t free. » La liberté n’est pas gratuite.

C’est le manque de choix couplé à des prix exorbitants qui ont plombé le Mac au profit du PC (pas de Windows, du PC – Microsoft n’a gagné que parce qu’ils ont surfé sur la vague PC). Le prix n’étant pas un problème pour l’iPhone (qui est au même niveau que la concurrence), si quelque chose plombe le futur d’iOS, ce sera le manque de choix.

Le futur d’iOS

Lors d’un précédent billet, j’avais prédit que le Mac ne ferait plus la une du site Web d’Apple à moins qu’il n’embarque un processeur ARM et fasse tourner iOS (le système d’exploitation de l’iPhone et de l’iPad) en parallèle de MacOS X.

Il est impossible de savoir ce qui se trame dans la tête de Steve Jobs, mais plus j’y repense, plus je pense que si les futurs Mac font un jour tourner iOS, ils n’auront qu’un processeur ARM et ne feront plus tourner que iOS. Plus de processeur Intel, plus de MacOS X.

Suivons l’évolution d’iOS. Ce système d’exploitation a tout d’abord été conçu pour l’iPhone. Trois ans plus tard, fort d’un écosystème dynamique, iOS s’étend sur l’iPad, et la rumeur prétend même qu’il va être utilisé sur l’Apple TV (rebaptisée iTV pour l’occasion). L’écosystème iOS comprend une communauté active de développeurs, des centaines de milliers d’applications, et bien entendu des dizaines de millions d’utilisateurs. A noter que si l’iPad ne menace pas les revenus de Microsoft, il est un concurrent de Windows 7 Starter Edition, la version bridée de Windows vendue sur les Netbooks et les tablettes PC.

Pourquoi s’arrêter là ? Apple a tout intérêt à installer iOS partout où il peut.

Et la compatibilité MacOS dans tout ça ? Pour Apple c’est sans doute un non-problème. C’a serait loin d’être la première fois où le Mac subit une transformation qui brise la compatibilité ascendante : le passage des processeurs Motorola aux processeurs PowerPC, le passage de MacOS 9 à MacOS X, le passage des processeurs PowerPC aux processeurs Intel. A chaque fois, les éditeurs de logiciels Mac ont du porter leur application sur le nouvel environnement.

Le plus gros challenge reste la philosophie d’utilisation. Les ordinateurs (portables ou de bureau) sont conçus pour être utilisés avec un clavier et une souris, alors que les applications iOS sont conçues pour fonctionner avec un écran tactile. Mais Apple a toujours été très fort pour repenser les choses, le challenge n’est donc pas insurmontable. Par exemple, il est possible que l’ordinateur du portable du futur soit composé de deux écrans tactiles, celui du bas étant utilisé pour le clavier virtuel ou autre type de saisie. L’ordinateur de bureau du futur, quant à lui, sera peut-être une table à dessin électronique : l’écran n’est plus positionné à la verticale devant utilisateur mais sous ces mains, à un certain angle.

[Mise à jour : juste avant de finir cet article je viens d’apprendre qu’Apple a déposé le brevet d’un iMac Touch. Il est trop tôt pour savoir si ce design sera utilisé ou non, mais cela va dans le sens de la « table à dessin »]

Steve Jobs a ici une occasion unique de repenser et redéfinir l’ordinateur et d’imposer sa vision des choses : des ordinateurs fermés, véritables boites noires, à l’instar des voitures modernes que les mécaniciens du dimanche ne peuvent plus bidouiller comme ils veulent. Jobs a redéfini le smartphone et la tablette Internet pour le reste de l’industrie (tout le monde imite l’iPhone). Ne me dites pas qu’il n’est pas intéressé pour faire de même avec les ordinateurs.

Si ce scénario se réalise, cela se fera graduellement, au fur et à mesure des années. Cela commencera par les Macs d’entrée de gamme – ceux avec les écrans les plus petits et les performances les plus faibles. Et au fur et à mesure que la technologie s’améliore et le prix des écrans tactiles descend, iOS s’attaquera à des marchés de plus en plus haut de gamme. Quid de marchés comme celui de l’édition, un bastion historique du Mac ? Qui s’en soucie ! Ce bastion reste un marché de niche qui ne fait aucun poids face au marché de masse visé par iOS. Si Adobe décide de porter PhotoShop sur le nouveau système d’exploitation, tant mieux. Dans le cas contraire, tant pis. Apple a eu besoin d’Adobe il y a bien longtemps de ça, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.

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2 commentaires sur “Apple contre le reste du monde”

  1. Nastyatak Says:

    Vous dîtes « Au consommateur de choisir. »

    Puis « Mais il existe par contre un aspect sur lequel les produits Apple font l’impasse : le choix. Maître Steve décide pour nous ce qui est bon pour nous ».

    Si le consommateur peut choisir, il n’est pas obligé de choisir Apple. Donc Apple n’impose pas ses choix. Apple fait un produit et c’est au « consommateur de choisir ».

    • lpoulain Says:

      L’achat d’un ordinateur ou d’un smartphone passe par de nombreux choix. La marque, le modèle, et bien d’autres. Or si dés le premier choix le consommateur s’oriente vers Apple, ses choix suivants seront beaucoup plus restreints.


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