Le prochain bug de l’an 2000

Le bug de l’an 2000 a fait couler beaucoup d’encre et a provoqué de grandes peurs. Ces peurs ont permit de débloquer beaucoup de fonds pour résoudre le problème – trop de fonds selon certains.

Mais on aurait tort de croire que c’est fini. Le bug de l’an 2000 a en effet des successeurs, tels que le bug de l’an 2038. A cette date, tous les systèmes qui stockent l’heure dans des entiers 32-bits en tant que le nombre de secondes depuis le 1er janvier 1970 arriveront à bout de capacité. Cela concerne la plupart des systèmes Unix actuels, mais également d’autres systèmes d’exploitation.

Mais le problème le plus pressant est le manque d’adresses IP disponibles – et cela pourrait survenir dés l’année prochaine. Avec la structure actuelle d’Internet (protocole IP version 4, ou IPv4), le nombre d’adresses IP est limité à 4 milliards.

Parallèle avec les limites mémoire

De la même manière que 640 Ko semblait bien suffisant en 1981 (comme Bill Gates l’a fameusement dit), 4 milliards d’adresses IP semble conséquent – c’est plus que la population mondiale qui a accès à Internet, Chine y compris. Mais c’est sans compter toutes les machines qui utilisent des adresses IP : serveurs, routeurs, smartphones, systèmes embarqués, etc.

Comme pour tout, il existe des solutions pour contourner la limite, qu’il s’agisse d’adressage mémoire ou d’adresses IP. Par exemple, bien que MS-DOS (et par extension Windows, jusqu’à Windows ME) a toujours considéré que la mémoire de l’ordinateur est limitée à 1 Mo (640 Ko utilisateurs, 384 Ko système), on a trouvé dés 1984 des combines matérielles et/ou logicielles pour que les PC dépassent cette limite : EMS (Expanded Memory System), XMS (eXtended Memory System), memory extender, etc. Mais au bout du compte, la véritable solution a été de se débarrasser de MS-DOS et de passer à un système 32 bit, ce qui n’est arrivé qu’avec Windows XP en 2001. A leur tour, les 4 Go adressable des systèmes 32-bit semblent de plus en plus retreints, mais c’est une autre histoire.

De la même manière, il existe plusieurs manières d’économiser les adresses IP. Tout d’abord, être plus strict sur les allocations d’adresses (elles ont été très grassement attribuées au début). Ensuite, certaines techniques comme le subnetting permettent d’utiliser plus d’adresses IP que l’on a réellement. A ce sujet, le subnetting fonctionne un peu sur le même principe que l’EMS de MS-DOS : utiliser une « fenêtre » pour accéder à une plus grande plage mémoire ou d’adresses IP.

Mais ces techniques sont utilisées depuis des années déjà, et au bout du compte on se trouve le dos au mur. Selon les experts, on pourrait manquer d’adresses IP dés juillet 2011 (d’autres pensent 2012).

Le filon IPv6

La solution idéale est de passer à IPv6, la 6e version du protocole IP. IPv6 permet 3,4×1038 adresses IP – autrement dit suffisamment pour supporter n’importe quel bidule électronique jamais produit dans le monde.

Le passage à IPv6 a déjà commencé, mais il reste de nombreux challenges, IPv4 étant tellement répandu. Mais c’est la solution que préconisent de nombreux fournisseurs informatique. Car pour beaucoup d’entre eux, le passage à IPv6 est une aubaine. Le sentiment d’urgence a toutes les chances de débloquer les budgets pour des mises à jour massives. Pour passer à IPv6 il faut en effet s’assurer que tous les systèmes d’exploitations / cartes réseau / modems / routeurs supportent ce protocole. Cela implique beaucoup de dépenses… ou beaucoup de revenus, selon le point de vue où l’on se place.

Pour Microsoft par exemple, le manque d’adresse IP est une occasion unique pour inciter les utilisateurs à se mettre à jour leur vieille copie de Windows XP. Ce dernier ne supporte en effet pas IPv6, contrairement à Vista ou Windows 7. Il existe certes des implémentations développeur pour XP, mais quel intérêt a Redmond à les déployer ? Entre IPv6 et Windows 7 qui compense le camouflet Vista, la fin de Windows XP approche à grands pas. Attendez-vous à voir le chiffre d’affaire de Microsoft confortablement augmenter dans les 1-2 ans à venir… pour se tasser les années suivantes, une fois que tout le monde aura migré.

Les utilisateurs étant restés sur XP ayant des ordinateurs d’un certain âge, il devront acheter un nouveau PC – pour le plus grand plaisir des constructeurs tels que Dell, HP et autres Lenovo.

Pour ce qui est des utilisateurs d’Apple, MacOS X supporte IPv6 depuis 2003 avec sa version 10.3 « Panther », donc pas de soucis. Pour l’iPhone par contre, iOS 4 semble être la première version qui supporte IPv6. Je ne sais donc pas ce qu’il va advenir des anciennes versions de l’iPhone.

Cisco sera bien évidemment le grand bénéficiaire, étant donné que le passage à IPv6 veut dire énormément d’achat de matériel réseau.

La presse s’y met

Quoi qu’il en soit, on commence tout juste à entendre parler de la fameuse échéance dans la presse grand public. Préparez vous au successeur de l’an 2000, le cirque médiatique ne fait que commencer.

Explore posts in the same categories: Internet

One Comment sur “Le prochain bug de l’an 2000”

  1. Viset F. Says:

    Hormis éventuellement la carte réseau (si elle est très ancienne), aucun ordinateur ne devrait faire l’objet de mise à jour matérielle au passage à IPV6.

    Premièrement parce que Windows XP (depuis le SP2) dispose nativement d’une gestion correcte de l’IPV6 (bien qu’elle soit désactivée par défaut) et qu’il est même possible d’avoir l’IPV6 sous Windows 2000.

    Deuxièmement, parce que même si l’utilisateur souhaiterait passer de Windows XP à Windows 7, il ne devrait pas forcément changer de matériel : dois-je rappeler que Windows 7 est compatible avec des netbooks dont la puissance est souvent inférieure à un PC de bureau moyen vendu en 2003 !


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :