IA et robotique

L’intelligence artificielle et la robotique ont depuis longtemps inspiré l’imagination des foules. Mais force est de constater que la fiction est souvent aux antipodes de la réalité.

L’ordinateur rebelle

Le concept de l’ordinateur rebelle reste puissant dans l’imagination populaire. « Rester maître du temps, et des ordinateurs » chante France Gall (on est maître du temps? Depuis quand?) Et le cinéma n’est pas en reste. Skynet de Terminator veut carrément supprimer l’humanité entière. Pareil pour la matrice du film Matrix. HAL de 2001: L’Odyssée de l’Espace reste sans doute le cas d’intelligence artificielle qui a le plus marqué les esprits. Et pour cause: c’est l’un des rares cas où le programme a une voix et une apparence – l’inquiétant œil rouge.

Dans la réalité, la seule « révolte » de l’ordinateur s’appelle le bug – et elle n’est même pas de sa faute. Et sa plus grande incarnation – le bug de l’an 2000 – a certes causé quelques problèmes (et beaucoup de frayeurs) mais n’a pas rayé l’humanité de la carte. Le bug a par contre toujours été une source de frustration constante chez les humains, et coûte fort cher.

En attendant, aucun programme n’a jamais réussi à passer le test de Turing sensé déterminer si un programme a atteint l’intelligence artificielle. Ce test se passe comme suit: un juge engage une conversation via un terminal avec un humain d’une part et un ordinateur d’autre part – sans savoir qui est qui. Si le juge n’arrive pas à déterminer qui est l’ordinateur et qui est l’humain, le logiciel a passé avec succès le test.

S’il existe une compagnie qui peut créer un programme qui a une chance de passer le test de Turing, je nommerais Google. Le géant de la recherche en ligne s’est en effet spécialisé dans l’analyse de très grandes quantités de données pour en dériver des résultats. Le service de traduction automatique de Google se base par exemple sur des millions de documents traduits par les Nations Unies plus que sur des règles grammaticales. Google pourrait donc créer un programme qui cherche une phrase similaire à celle du juge parmi de vastes quantités de données (comme les millions de forums sur le Web) et fournisse la réponse trouvée dans le document. Il faudrait peut-être améliorer l’algorithme, mais vous voyez le principe.

Mais si un tel programme passait le teste de Turing, cela veut-il dire que Google a créé un service intelligent? Pas sûr. Et il n’y a pas grand chose à craindre d’un tel programme.

Robots humanoïdes

RoombaMais les robots, du T-800 de Terminator (le véritable méchant du film, et non Skynet) à Bender de Futurama, ont bien plus captivé l’imagination que l’intelligence artificielle. Pas surprenant, un robot est beaucoup plus visuel qu’un logiciel.

Mais une fois de plus la fiction n’a pas grand chose à voir avec la réalité.

Une des obsessions a en effet d’imaginer des robots à forme humanoïde – en particulier dans les ouvrages de science fictions et illustrations diverses. Si c’est le cas de beaucoup des robots que l’on a construit, les robots construit à usage véritablement pratique sont eux tout sauf humanoïdes. A commencer par le robot ménager Roomba (voir illustration). Pareil pour les robots sur une chaîne de montage. Le cas de robot le plus « humain » à usage pratique est peut-être le BigDog de la startup BostonDynamics, un robot à usage militaire dont le but est d’accompagner les soldats partout où ils vont (voir vidéo ci-dessous)

L’obsession humanoïde est compréhensible, l’homme étant très égocentrique. Mais dans la réalité vouloir suivre un tel schéma est se compliquer la vie. Je ne suis pas un expert en anthropologie, mais j’ai cru comprendre que l’être humain se tient sur deux pattes pour mieux courir. L’homme est peut-être loin d’être l’animal le plus rapide à la course à pied, mais c’est celui qui a le plus d’endurance. Aucun autre animal ne peut courir les distances que l’homme peut parcourir. Une des raisons est que le fait de se tenir droit permet un meilleur refroidissement en cas d’effort prolongé.

Mais en termes de robotique ce détail n’a pas d’importance, et la modèle humanoïde possède des gros problèmes en termes d’équilibre. Les robots qui sont réellement utilisés sur le terrain ont quatre pattes et souvent des centres de gravités les plus bas possibles.

Fantasmes robotiques
Le fantasme de tomber amoureux d’un robot n’est pas nouveau. Asimov traite par exemple le sujet dans son livre « Les robots de l’aube » (1983). Dans son livre « Love and sex with robots » (2007) David Levy affirme qu’en 2050 il sera commun de tomber amoureux d’un robot voire d’en épouser un dans certaines parties du globe. On voit cependant une certaine constante: dans l’imagination populaire il semble que seules les femmes tombent amoureuses des robots – et uniquement les jolies filles. Les hommes eux utilisent les robots pour des raisons plus bassement physiques (Blade Runner étant une exception). Et dans aucun cas la fiction ne suggère que l’utilisation d’un robot est un acte désespéré.

Les illustrations, elles, ne manquent pas, comme celles ci-dessous de l’artiste Franz Steiner. Ici le robot a un design moderne. Il n’est ni métallique ni carré, mais possède des courbes lisses, une coque en plastique et un visage qui a une expression humaine.

Robot

Dans la réalité, des robots à consommation féminine existent depuis longtemps. Leur usage est cependant plus physique que sentimental, ils n’ont pas l’allure d’un robot et ne répliquent qu’une partie de l’anatomie humaine (je vous laisse deviner de quoi je parle). Un robot humanoïde à consommation masculine (et bientôt féminine) a par contre été annoncé en janvier 2010: le Roxxxy, sensé être un compagnon virtuel et être plus qu’une poupée gonflable améliorée. Si la compagnie affirme que le robot est doté d’une intelligence artificielle, elle emploie néanmoins le terme de « sex robot », laissant imaginer la principale utilisation du joujou.

Mais en terme de design, la grosse différence entre les illustrations de Franz Steiner (la fiction) et le Roxxxy (la réalité) est que ce dernier tente de ressembler le plus possible à un être humain, que ce soit visuellement comme au toucher. De fait, la version de Steiner ne semble pas très confortable pour les câlins.

Source de divergence

Pourquoi donc une telle divergence entre la fiction et la réalité? Parce que l’image de l’IA et de la robotique comme imaginées par la fiction produisent de meilleures histoires, tout simplement.

L’imagination populaire va plus être piquée par l’histoire d’un logiciel qui veut détruire l’humanité que d’un programme qui va se planter au mauvais moment ou faire perdre de grosses sommes d’argent. Que donnerait un film où le héros peut vaincre le grand méchant ordinateur simplement en le débranchant? De quoi auraient l’air les illustrations si les robots ressemblaient parfaitement à des humains?

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One Comment sur “IA et robotique”


  1. […] un précédent article IA et robotique je montrais comment les prédictions sur la robotique étaient souvent éloignées de la […]


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