DailyMotion et les politiciens français

J’avais quelques commentaires à propos de l’annonce d’iPhone OS 4, mais j’ai décidé pour changer de ne pas parler d’Apple cette fois – ca sera pour la semaine prochaine.

Avec le temps, les internautes ont commencé à comprendre qu’il fallait faire attention à ce que l’on met sur le Réseau des réseaux, car cela a toutes les chances de ne jamais partir. La photo intime que l’on a prit sur son téléphone portable et que l’on pensait rester entre soi et son(sa) petit(e) ami(e) qui se retrouve sur Facebook. Le commentaire assassin à propos de sa compagnie que l’on met sur un forum qui trouve son chemin jusqu’à l’écran de son supérieur. Ou la photo de soi prise il y a des années où l’on était bourré qui revient nous hanter des années plus tard. Les exemples ne manquent pas.

Mais lorsque l’on est une célébrité le problème est encore pire. Particulièrement pour les personnalités politiques qui sont interviewées en permanence. Beaucoup de dérapages de politiciens ont terminés sur DailyMotion ces derniers temps. Le tristement célèbre « casses toi pauvre con » de Nicolas Sarkozy, « c’est quand il y en a plusieurs qu’il y a un problème » de Brice Hortefeux. Puis Xavier Bertrand qui assassine un journaliste (de la presse écrite) qui l’interroge lors d’une émission télévisée. Le dernier épisode en date est Jean-Luc Mélenchon qui perd son sang froid et insulte un étudiant en journalisme qui l’interviewait parce que ce dernier n’avait pas compris son argumentation.

En politique, l’une des choses que l’on apprend est l’art du direct. Savoir faire face à l’imprévu, ne pas s’emporter quoi qu’il arrive et savoir répondre du tac au tac. Or, fait intéressant, aucun de ces politiciens n’a été pris en traitre. Dans aucun des cas la caméra n’était cachée. Dans le cas de Xavier Bertrand et de Jean-Luc Mélenchon ils étaient même interviewés (difficile de dire qu’ils se sont fait piégés). Nicolas Sarkozy, quant à lui, était au salon de l’agriculture – un lieu où les politiciens vont justement pour se montrer. Seul Brice Hortefeux a une excuse (il racontait une blague entre proches), bien que ses propos ont été recueillis par des journalistes de Public Sénat et non pas par un téléphone portable comme l’a laissé sous-entendre Jean-François Copé.

Certains diront que le résultat n’est pas forcément loin de ce que désirait l’homme politique incriminé. Xavier Bertrand a utilisé des techniques rodées pour déstabiliser l’adversaire. Ayant affaire à un journaliste qui n’est pas habitué au direct, ca a été un jeu d’enfant de le descendre en flamme. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il semble aimer entretenir son image de « bouffeur de journaliste » – et aura ensuite beau jeu de dire qu’il est persécuté par la profession (Jean-Marie Le Pen aime lui aussi jouer à ce jeu). Mais il n’empêche que ces deux interviews ont montré un visage fort peu reluisant des deux hommes. De la part de politiciens professionnels d’envergure nationale, on pouvait s’attendre à mieux.

Mais si l’on y regarde bien, le véritable point commun de ces cas est que toutes ces vidéos étaient destinées à une petite audience. Nicolas Sarkozy a été filmé par un journaliste de Youpress, Brice Hortefeux par Public Sénat. MM Bertrand et Mélenchon, quant à eux, n’étaient même pas interviewés par des journalistes de télévision professionnels. Autrement dit, rien qui n’indiquait une diffusion à forte audience.

Du moins ca n’aurait pas été le cas avant le Web. Si Public Sénat a décidé de ne pas diffuser la vidéo de M. Hortefeux, cette dernière a été exploitée par Le Monde. Il y a 10 ans, tout ce qu’aurait pu faire le quotidien aurait été de retranscrire la petite phrase compromettante sur papier – ce qui aurait eu bien moins d’effet que de publier la vidéo sur son site Web. Quant à la vidéo de l’étudiant en journalisme, que serait-elle devenue sans le Web? A l’ère de DailyMotion les personnalités politiques doivent apprendre à considérer toutes les vidéos comme potentiellement d’audience nationales. Il semble que nombreux sont les politiciens qui ont gardés les réflexes et ne sont sur leur garde que lorsqu’ils pensent avoir affaire à des grosses audiences.

Certains y verront le fait qu’il est difficile d’être en alerte 24h sur 24. Les plus cyniques y verront que les politiciens montrent leur vrai visage lorsqu’ils ne pensent pas que leurs propos vont avoir une grande diffusion.

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