Les premiers jours de l’iPad

L’iPad est sorti samedi dernier aux Etats-Unis, et a bien évidemment fait les gros titres de la presse, aux Etats-Unis comme en France. Oui, j’ai été essayé l’engin en magasin. Non, je ne ferais pas une nième revue, il y en a déjà eu assez.

Informatique ouverte ou fermée?

Les commentaires sur l’iPad ont été nombreux, avant même que l’engin soit disponible. Mais une grande partie compare l’iPad avec un ordinateur portable. Les plus positifs donnent la liste des fonctionnalités qu’ils aimeraient voir sur l’iPad. Comme cet article de PC World où l’auteur aimerait voir 1) la possibilité de rajouter une extension mémoire 2) un port USB 3) une caméra vidéo 4) le multitâche et 5) un navigateur Web alternatif à Safari. D’autres avis, plus négatifs, déplorent l’aspect totalement fermé de l’engin (pas de personnalisation possible, on doit installer les applications approuvées par Apple, etc.) et regrettent le temps de l’Apple II où la machine était complètement ouverte.

Mais ces critiques oublient que l’iPad n’est pas un ordinateur portable. Si techniquement parlant il en est très proche (son système d’exploitation a le même noyau que Mac OS X), du point de vue fonctionnalités l’iPad a été conçu pour être un appareil domestique et non un PC ou un Mac. Prenez par exemple un magnétoscope numérique, un téléphone portable ou une console de jeu. Exige-t-on qu’on puisse augmenter la mémoire, choisir son propre navigateur Web ou installer n’importe quelle application? Si c’est parfois techniquement faisable (on peut installer Linux sur certaines PlayStation 3), ca ne fait pas partie des première choses que l’on demande.

Il n’en reste pas moins que l’iPad représente une évolution vers l’informatique fermée. Ce processus n’est ni nouveau ni unique. Jusque dans les années 80 on pouvait facilement « bidouiller » les voitures. Beaucoup de gens (principalement des hommes) effectuaient les réparations eux-mêmes (dans les années 60 les garçons avaient d’ailleurs des cours de mécanique à l’école). De nos jours, réparer soi-même sa voiture est souvent impossible. Dés que l’électronique est impliquée il n’y a qu’un garage (ou quelqu’un de très bien équipé) pour pouvoir faire face. En d’autres termes les voitures sont de plus en plus fermées. Parallèlement, l’intérêt pour la mécanique a chuté. S’il existe toujours des passionnés de voitures, on se focalise sur l’aspect fonctionnalités: que la voiture ait bonne allure, qu’elle ait du punch… et qu’elle démarre au quart de tour quand on tourne la clé de contact. On se fiche de savoir comment ça fonctionne à l’intérieur.

L’iPad représente une étape visible de cette évolution vers un système fermé, mais n’est pas la première. Les portables PC sont en effet plus fermés que les ordinateurs de bureau. Il est plus difficile de monter de toute pièce un portable ou de changer un composant comme l’écran. Et je ne serais pas étonné si de moins en moins de gens (geeks mis à part) changent des composants de leur PC de bureau.

Mais cela ne veut pas dire que le  modèle de l’iPad va s’imposer du jour au lendemain, ni qu’il va complètement remplacer l’informatique ouverte. Les PC de bureau sont là pour rester, même s’ils s’orientent vers un marché haut de gamme. Mais il n’est pas impossible que l’on trouve de plus en plus de cas d’informatique fermée.

iPad contre Kindle. Ou avec Kindle?

Côté logiciel, l’une des nouveautés de l’iPad est sa fameuse application iBooks, la librairie en ligne d’Apple. Si l’application a l’air de fort bonne facture (mais peut-on s’en étonner de la part d’Apple?) l’apparition d’iBooks a amené beaucoup à surnommer l’iPad le « Kindle killer« , en référence au livre électronique d’Amazon.

Mais Apple et Amazon.com ne sont pas forcément tellement en concurrence que ça, même si Steve Jobs voit sans doute les choses autrement.

Tout d’abord, les deux compagnies ont des buts différents. Pour Amazon.com, le but est avant tout de vendre des livres au format numérique. Le Kindle est moins une fin en soi qu’un moyen: aider à se développer le livre numérique et imposer son standard. C’est pour cette raison que Kindle existe également sous forme d’application disponible sur PC, Mac, BlackBerry, iPhone… et iPad (une version Android serait en préparation).

Pour Apple, au contraire, iBooks est un moyen. La fin en soi est la vente de matériel, à savoir l’iPad. C’est pour cette raison que je doute que les livres achetés sur iBooks ne soient jamais lisibles sur du matériel autre qu’Apple (si iBooks utilise le standard ePub pour ses livres, la protection numérique, elle, est propriétaire à Apple).

Et c’est là où Amazon.com apporte de l’eau au moulin iPad. Car si on n’est pas près de voir un standard en matière de protection numérique de livre (les maisons d’édition n’y ont pas grand intérêt), le format d’Amazon.com est ce qu’il y a de plus proche: un format relativement indépendant du matériel. Le fait que l’application Kindle existe sur l’iPad peut ainsi séduire certains consommateurs qui ne partagent pas entièrement la vision de Steve et n’aiment pas l’idée d’acheter des livres numériques liés au matériel Apple. L’offre Amazon.com possède également nettement plus de titres que celle d’Apple (450.000 contre 60.000). Cela ne convaincra peut-être pas tout le monde, mais avoir le choix ne peut pas faire de mal aux ventes d’iPad.

En retour, l’iPad aide à promouvoir le livre électronique. Cela n’aide peut-être pas Amazon.com directement, mais cela aide à agrandir le marché. En particulier, l’engouement pour l’iPad va pousser la concurrence, tout comme l’iPhone a encouragé la concurrence. HP a déjà annoncé une tablette à base de Windows 7, mais il y en aura d’autres. Et Amazon n’a pas grande concurrence sur tout autre appareil que l’iPad.

Le Kindle (le livre électronique, pas l’application) est-il pour autant mort? Je n’en suis pas si sûr. Si le Kindle DX a peu de chances de survie (il reste au même prix que l’iPad), le Kindle de base a encore un créneau: le marché des lecteurs assidus – ceux-là même qui achètent beaucoup de livres. Ces consommateurs lisent beaucoup et se soucient plus d’avoir tous leurs livres sous la main que de pouvoir surfer le Web. Ils apprécieront un prix plus bas que l’iPad (moitié moins cher), un écran mieux adapté pour la lecture (la technologie E-Ink est très agréable à lire pour le noir et blanc), un temps de charge plus long, un lecteur plus léger (290g contre 700g pour l’iPad) et un format relativement portable.

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