Concurrencer l’App Store d’Apple

Apple a démontré l’utilité d’un App Store pour soutenir le marché des applications pour smartphone. Cette méthode présente d’une part un processus simple pour l’utilisateur, et d’autre part apporte un côté rassurant (les consommateurs aiment bien se fournir auprès d’un magasin connu). A tel point que tout le monde a emboité le pas à la firme de Steve Jobs.

Selon un article de Wired, Apple semble avoir mis un peu d’ordre dans le processus d’acceptation d’applications de son App Store. Plusieurs développeurs d’iPhone sembleraient en effet avoir vu leurs applications approuvées en 2 jours, alors que le processus pouvait prendre plusieurs semaines, voire quelques mois. Selon Wired, Apple pense désormais avoir suffisamment d’applications (quelques 150.000) pour se focaliser sur la qualité.

Android est le seul à concurrencer ne serait-ce qu’un peu Apple avec près de 20.000 applications. BlackBerry en a moins de 5000 et Windows Mobile est à la traine avec seulement 690 applications (qui apparemment ne fonctionneront même pas avec Windows Phone 7). Apple a une dynamique en termes d’application et de ventes de smartphones difficile à égaler.

Dans une de mes précédentes chroniques j’avais émis quelques idées pour qu’Android puisse à la fois augmenter rapidement son nombre d’applications et éviter certains problèmes de compatibilités. J’ai d’ailleurs soumis ces idées aux product managers d’Android suite à cette chronique. On m’a répondu que cela semblait un bon « 20% project » (les ingénieurs de Google peuvent consacrer 20% de leur temps à des projets qui leur semble bon) et qu’ils y réfléchissaient. Affaire à suivre. Peut-être.

En attendant, que peut faire Android pour son App Store? Il existe certains domaines où il ne peut guère rivaliser avec Apple – tout au plus espérer ne pas être trop à la traîne. L’allure des applications est un exemple (faire qu’elles aient belle allure et ne soient pas bâclées). Tout d’abord, le perfectionnisme obsessif légendaire de Steve Jobs fait que les applications iPhone créées par Apple ont toutes un look irréprochable, ce qui donne le ton pour les applications tierces. Ensuite, le fait que Cupertino contrôle quelles applications peuvent ou ne peuvent pas être installées sur l’iPhone leur permet d’imposer un certain standard quant au look des applications.

Mais Android peut tenter de rivaliser sur la qualité en prenant un autre angle. Car il existe deux types de censures. Celle explicite pratiquée par Apple (censure du type « ferme-la »), où les applications jugées compromettantes sont tout simplement rejetées. L’inconvénient de cette méthode est qu’elle ouvre la porte à de nombreuses critiques. La firme à la pomme a en effet été critiquée pour avoir approuvé certaines applications controversées (comme Baby Shaker) mais a également été critiquée pour en avoir refusé d’autres (comme Google Voice). Je ne serais d’ailleurs pas surpris que Cupertino soit critiqué qu’il accepte ou qu’il refuse certaines applications (par des groupes différents bien sûr)

Mais il existe une censure plus implicite où les applications indésirables existent mais ne sont pas visibles sur l’App Store (censure du type « cause toujours »). On peut les télécharger, mais on ne tombera pas dessus par hasard car elles ne sont mentionnées nulle part. Sur ce point, Android a une carte à jouer en laissant à d’autres l’épineux problème de juger les applications. Comment? En permettant à des organismes tiers de créer leur App Store au-dessus de l’officiel – un App Store toujours hébergé par Google pour permettre une intégration facile avec Android. Le mécanisme de soumission d’application, d’achat et de téléchargement reste centralisé, mais le tri est effectué par chaque magasin.

Plusieurs modèles sont possibles. Google peut garder un App Store générique se focalisant sur la sécurité (s’assurer que les applications ne contiennent pas de virus ou de malware, si tant est que c’est possible) et permettre l’existence d’App Store tiers qui eux vont juger les applications. Certains pourraient par exemple éliminer toutes les applications non familiales.

Le géant de la recherche en ligne peut également simplement jouer le rôle de galerie marchande en ligne et non pas de magasin. En d’autres termes, les applications sont soumises à Google qui notifie les magasins. Et ce sont ces derniers qui vérifient qu’il n’y ait pas de malware, d’effectuer un tri, et de décider ou non de publier l’application sur leur magasin. Mais Google même ne propose pas directement d’applications à part peut-être un répertoire exhaustif.

Certaines compagnies seraient-elles volontaires pour maintenir leur propre magasin d’applications Android en ligne? Sans aucun doute. Download.com le fait déjà pour des applications Windows / Mac / Linux (qu’ils garantissent sans malware), fonctionnant grâce à la publicité. Ca tombe bien, Google a son propre réseau de publicité en ligne.

Mais quelle que soit la formule, Google a tout intérêt à déléguer le jugement subjectif des applications. C’est un processus utile (permettre d’éliminer les applications controversées, bâclées ou tout simplement inutiles) mais qui est un sac d’embrouille perpétuel. Mais surtout, Android à une carte à jouer contre Apple en permettant la création d’App Store spécialisés. Car l’un des problèmes lorsqu’il y a tant d’applications est de s’y retrouver. D’où l’utilité de magasins spécialisés qui évaluent un type d’applications particulier (jeux, applications médicales, de randonnées, etc.). Et c’est quelque chose qu’Apple a très peu de chance de faire car cela voudrait dire relâcher son sacro-saint contrôle sur le processus.

Un type d’application vertical dont on parle peut mais qui a sont utilité sont les applications « adultes ». Car si l’on ne parle que très peu de ce marché, il n’est n’est pas moins extrêmement influent. Rappelons qu’une grosse partie du succès du Minitel a été le Minitel rose. Sur Internet, les sites Web pour adultes représentent une partie non négligeable de l’économie du Web – même si elle est relativement cachée. On a de même crédité le succès de VHS et de Blu-Ray en partie par l’adoption de ces standards par l’industrie du X. Apple, de son côté, a récemment purgé toute application ne serait-ce risquée – et du coup s’est coupé d’un marché important.

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One Comment sur “Concurrencer l’App Store d’Apple”

  1. Daniel Rodet Says:

    Depuis janvier 2010, le premier « google phone » Nexus One est vendu sur Internet et utilisable en France.


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