Google est-il le prochain Netscape?

Après beaucoup d’inertie, Microsoft semble de nouveau retrouver son mordant, et Google s’est trouvé un adversaire avec Bing. On retrouve beaucoup de parallèles avec la bataille entre Microsoft et Netscape pour le contrôle du navigateur Web.

Microsoft contre Netscape

En 1995, Netscape était au top. Son navigateur Web, Netscape Navigator, jouissait de 90% de parts de marché. Constatant le manque de revenus du Web, Microsoft a au début ignoré ce marché. Mais lorsqu’il s’est aperçu de l’impact du Web, Bill Gates a finalement décidé qu’il fallait contrôler le navigateur Web. Les premières versions d’Internet Explorer étaient tout sauf mémorables, mais Redmond ne lâche jamais prise et a persisté. Si bien que la 3e version d’Internet Explorer s’est rapproché de Netscape en termes de fonctionnalités (Microsoft semble devoir avoir besoin de 3 versions pour faire les choses correctement). Netscape Navigator, quant à lui, a pris la mauvaise route. Si Navigator 3 était un excellent navigateur Web, Navigator 4 s’est révélé fort décevant car beaucoup trop lent – beaucoup plus lent par exemple que son prédécesseur pour certaines opérations. Netscape a en effet voulu que son navigateur devienne une plate-forme sur laquelle développer des applications Web, et a perdu de vue l’objectif principal: fournir la meilleure expérience Web possible.

Mais Microsoft ne s’est pas arrêté au produit. Il s’est à sa grande habitude appuyé sur Windows pour installer en standard Internet Explorer, forçant la main aux utilisateurs. En parallèle, il a fait de nombreuses offres aux divers fournisseurs d’accès Internet en leur proposant beaucoup de logiciels gratuits s’ils fournissaient exclusivement Internet Explorer à leurs abonnés.

On connait la suite: au début, renverser Netscape semblait impossible. Internet Explorer a commencé avec des parts de marché pitoyables. Et puis, petit à petit, IE a grignoté des parts à Netscape, pour finalement devenir le navigateur numéro un.

Microsoft contre Google

En 2009, Google était au top. Son moteur de recherche jouissait de 80% de parts de marché. Trop occupé à battre Netscape, Microsoft a au début ignoré ce marché. Mais lorsqu’il s’est rendu compte des sommes que Google se faisait, Bill Gates a finalement décidé qu’il fallait contrôler le moteur de recherche. Ses premières tentatives (MSN Search et Windows Live Search) se sont révélées infructueuse. Mais Redmond ne lâche jamais prise et a persisté. Si bien qu’avec Bing, Redmond semble avoir trouvé la formule gagnante pour grappiller des parts de marché.

En parallèle, Microsoft a utilisé ses méthodes habituelles. Windows 7 est bien évidemment fourni avec Internet Explorer 8, qui par défaut utilise Bing – qui plus est, il est n’est pas facile de changer le moteur de recherche par défaut. Bref, tout est fait pour empêcher les utilisateurs d’utiliser Google. Les plus anti-Microsoft pensent même que le bug qui a momentanément frappé Internet Explorer 6 et qui forçait ses utilisateurs à utiliser Bing a été volontaire.

Microsoft a également dépensé beaucoup d’argent pour promouvoir Bing. Outre un énorme budget publicitaire à la télévision, à la radio et sur le Web, Microsoft. Il a déboursé beaucoup d’argent pour que Yahoo! utilise Bing. Il a également payé Verizon (1er opérateur mobile américain) pour que Bing soit le moteur de recherche par défaut sur ses smartphones. Et Microsoft serait en négociations avec Apple pour qu’il en soit de même avec l’iPhone.

Différences

Il existe cependant certaines différences entre les deux scénarios.

Tout d’abord, Google semble être conscient de la menace que représente Bing, contrairement à Netscape qui pensait être invincible. Sergei Brin aurait dés l’annonce de Bing rassemblé une équipe de ses plus brillants ingénieurs pour voir comment contrer la dernier produit de Microsoft. Nous n’avons toujours pas vu le résultat (s’il c’est vraiment quelque chose que Microsoft ne pourra pas facilement copier, cela prendra plus qu’un an à mettre en œuvre). En attendant, le moteur de recherche de Google ne s’est pas alourdi et reste toujours aussi facile et rapide.

Google a également, contrairement à Netscape, un pied sur le marché de la plate-forme. Son navigateur Web, Chrome, a en un an récupéré 5% du marché, dépassant Safari et Opera. Firefox reste stable (et utilise Google par défaut), ce qui donne à Google une assise sur un tiers des navigateurs Web. Si Internet Explorer, quant à lui, reste le navigateur numéro un, il n’en n’a pas moins enregistré une érosion lente mais certaine. Après la chute de Netscape en 2002-2003, il occupait 95% du marché. Début 2010 il est redescendu à 60%. Sur le marché du mobile, Google pousse son propre système d’exploitation Android. Même si ce dernier n’est qu’à 4% du marché, sa progression n’en n’est pas moins fulgurante (autant que l’iPhone à ses débuts). Le seul hic est qu’au moins à court terme, Android est sans doute la raison pour laquelle Apple considérerait abandonner Google pour Bing.

Une autre différence est que Microsoft n’a pas la pression financière qu’il peut exercer sur Google. Dans la guerre contre Netscape, Redmond a livré gratuitement Internet Explorer et IIS avec Windows, forçant Netscape à livrer gratuitement son navigateur et concurrençant dangereusement  les ventes de son serveur Web. Cette tactique a directement touché le portefeuille de Netscape. Mais dans la guerre contre Google, Microsoft n’a pas cette marge de manœuvre. Il peut certes faire des aux annonceurs, mais ces derniers resteront sur Google tant que ce dernier possède tout le trafic.

La dernière différence en faveur de Google est une histoire de timing. Microsoft s’est attaqué au marché du navigateur en pleine explosion du Web. Cela veut dire que de nombreux utilisateurs n’avaient pas l’habitude de leur navigateur Web. Lorsqu’Internet Explorer a commencé à être livré en standard sur Windows, les internautes ont été habitués dés le début à IE. Lorsque Bing a par contre été lancé, le marché était déjà saturé. En d’autres termes, les internautes ont déjà leur moteur de recherche préféré. Bing a donc une plus forte pente à grimper qu’Internet Explorer. A ce sujet, une des choses qui peut sauver Google est le manque de sophistication des internautes. La guerre du moteur de recherche par défaut du navigateur Web consiste en effet à changer le moteur utilisé lorsque l’utilisateur utilise la fonction de recherche du navigateur. Or cette fonctionnalité est sous-utilisée. Beaucoup d’utilisateurs tapent en effet « www.google.com » dans la barre d’URL – ils n’utilisent même pas les favoris – ignorant l’imposante barre d’outil Bing que Microsoft a installé sur Internet Explorer. J’en ai même vu des cas où les utilisateurs retapaient l’URL de Google alors qu’ils étaient déjà sur le site de Google.

En d’autres termes, la partie est loin d’être gagnée pour Microsoft… ni d’être perdue non plus. Redmond semble avoir retrouvé son mordant. Mais je serais curieux de savoir si Microsoft, obnubilé par Google, risque une fois de plus d’ignorer un marché qui s’avère critique par la suite.

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