Informatique mobile 2010

Beaucoup d’agitation autour de l’informatique mobile en ce début d’année 2010, surtout au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas qui s’est déroulé du 7 au 10 janvier. Mais beaucoup de ces annonces risquent de tourner en pétards mouillés.

Google Nexus One

Après beaucoup de spéculation fin 2009, Google a finalement lancé son propre smartphone: le Google Nexus One. Et j’avoue que je ne suis pas convaincu des choix stratégiques du géant de la recherche en ligne.

Mountain View a l’habitude de créer ses remplacements quand il pense mieux faire que ce qui existe déjà – quitte à froisser ses partenaires. Jusque là, rien de nouveau. Dans le cas du Nexus One, Google n’a pas créé son smartphone tout seul mais en collaboration avec le constructeur HTC – l’un de ses plus gros partenaires Android. On peut penser que Mountain View a voulu influencer le développement d’un smartphone plutôt qu’en créer un de toute pièce, ce qui aurait pris beaucoup de temps.

Une huile de chez Google a affirmé que le géant de la recherche en ligne « a travaillé en étroite collaboration avec HTC pour pousser l’enveloppe de ce qui était possible. » Vraiment? Le Nexus One n’apporte pourtant pas grand chose de nouveau par rapport à ce qui existe déjà. Techniquement, quelques améliorations de ci de là, mais rien qui ne rende le Nexus One un iPhone killer. On se demande également pourquoi Google n’a pas décidé de travailler « en étroite collaboration » avec tous ses partenaires Android (du moins les plus importants comme Motorola et Samsung) et non uniquement HTC. De même, il n’était pas forcé de vendre le produit sous son propre nom. En voulant attirer trop l’attention sur lui et en concurrençant ses propres partenaires, Mountain View court le risque d’aliéner ces derniers.

Le prix du Nexus One, quant à lui (téléphone comme abonnement) est du même ordre que le prix de la concurrence. La version débloquée, elle fait presque rire: $530 – alors que le Nexus One ne contient que $174 de matériel.

La dépêche officielle de Google annonce « une nouvelle manière pour les consommateurs d’acheter un téléphone portable par le biais d’un magasin en ligne hébergé par Google. » L’idée étant de fournir « une méthode efficace de connecter les utilisateurs en ligne de Google à des appareils Android. » Sauf qu’Apple fournit déjà un tel service. Il est en effet possible sur son site d’acheter son iPhone en ligne et de choisir son opérateur mobile. Mais la firme à la pomme complémente son site Web par une armée de magasins (du moins aux Etats-Unis) où le consommateur peut tester l’iPhone avant d’acheter et où il peut se rendre pour le SAV. Certes, le Kindle d’Amazon.com a connu du succès alors qu’il n’est disponible qu’en ligne. Mais le Kindle comme l’iPhone ont créé la sensation dés leur annonce car c’étaient des produits sexys. Dés l’annonce de l’iPhone le site d’Apple était surchargé – tout le monde voulait en savoir plus sur ce smartphone. Le Nexus One, par contre, est loin d’être suffisamment sexy pour obtenir un tel effet.

Et non seulement le consommateur ne peut pas essayer le Nexus One en magasin, mais seulement une semaine après son lancement il semble que ce dernier souffre d’un service client fort médiocre. Google n’est en effet pas connu pour être très réactif aux requêtes clients, et sa culture (service client sous forme de self-service, éventuellement par email) n’est pas compatible avec les attentes des possesseurs de smartphone.

Il semble que le but principal du Nexus One soit purement marketing: faire que le consommateur reconnaisse Google comme une marque valide de smartphone. Tout comme l’internaute pense Google pour ses recherches en ligne, que le consommateur pense Google (même pas Android) lorsqu’il désire acheter un smartphone, et qu’il aille sur le site du géant de la recherche en ligne au lieu de se rendre dans un magasin d’un opérateur mobile.

Seulement voilà: le moteur de recherche du Google a eu le succès que l’on connait car il dépassait tout ce qui existait. Google a eu du succès lorsqu’il a mis le consommateur en premier. En voulant mettre coûte que coûte son nom sur un smartphone et en sortant un produit tout sauf exceptionnel, le géant de la recherche en ligne risque de ternir son image de marque – à la fois auprès de ses partenaires et du grand public.

Foisonnement de livres électroniques

De nombreux livres électroniques (eReader) ont été annoncés au CES cette année. Si les eReaders ne sont pas nouveaux, Amazon.com a réussi à créer une percée avec son Kindle (un peu comme Palm avec le PDA), redonnant le moral au secteur. Si bien que de nombreux concurrents espèrent damer le pion au Kindle: le Plastic Logic Que, le Skiff Reader, l’enTourage eDGe, etc.

Mais si tous ont rapidement annoncé leurs caractéristiques techniques, les détails sur le format des livres numériques supportés manquent cruellement? Si le Kindle d’Amazon.com semble bien s’être vendu (encore qu’Amazon refuse de donner des chiffres), cela ne veut pas pour autant dire qu’il suffit de sortir une bonne machine pour qu’elle se vende. L’industrie du eReader se heurte encore à deux problèmes.

Le premier est l’absence d’un standard de format de livre numérique. Même si très peu de livres achetés sont lus une seconde fois, le consommateur n’aime pas l’idée que ses achats soient liés à un eReader donné. Cette guerre des standards sera sans doute résolue un jour, mais entre temps elle ralenti l’adoption des livres électroniques, tout comme la guerre entre Blu-Ray et HD-DVD a ralenti l’adoption des DVD haute définition.

Une autre raison est que si beaucoup de lecteurs voient l’intérêt d’un eReader, ils restent attachés à la version papier.

L’industrie du disque a été confrontée à un problème similaire: si beaucoup de consommateurs n’ont pas eu de problème à abandonner le CD pour un format entièrement numérique (il faut dire que le CD n’est pas l’attrait d’un livre) le consommateur reste habitué à posséder ses chansons et n’aime pas être lié à un service donné. C’est pour ça que Lala.com (depuis racheté par Apple) offre les deux modèles à la fois. Toute chanson achetée au format MP3 (de $0,89 à $1,29) peut en plus être écoutée sur le site Web. Le consommateur peut également acheter la version « Web » d’une chanson pour $0,10, auquel cas elle lui est accessible (à vie) uniquement sur le site de Lala.com. Mais il garde l’option d’acheter ultérieurement la version MP3 en payant la différence (c’est-à-dire avec une remise de $0,10).

On pourrait imaginer que l’achat d’un livre au format papier vous donne l’accès gratuit à son format numérique. Mais les éditeurs n’ont pas grand intérêt à un tel modèle. Dans le monde de la musique, le public a plébiscité le format MP3, forçant les maisons de disque à s’adapter. Mais dans le monde du livre ce sont des compagnies comme Amazon.com qui essaient de convaincre tout le monde – éditeurs comme lecteurs – de l’utilité du livre électronique. Donner une version numérique à la version papier n’augmentera pas les ventes – tout au plus elle encourage l’achat d’un livre électronique – et ne convaincra pas forcément le lecteur de passer à une solution entièrement numérique. Qui plus est, le grand public attend que le coût d’un livre au format numérique soit sensiblement moindre que son équivalent papier – or la publication et le stockage d’un livre ne coûtent « que » 30% du prix. L’industrie du livre ne peut pas casser les prix pour ceux qui achètent uniquement la version électronique comme Lala.com l’a fait avec $0.10 pour une chanson Web.

Tablettes Internet

Les tablettes électroniques ne sont pas nouvelles, mais jusqu’alors n’ont jamais vraiment marché. Et pour cause: jusqu’alors, la plupart des tablettes étaient des PC portables ayant troqué leur clavier par un écran tactile. En d’autres termes, elles ont les exactes mêmes fonctionnalités qu’un portable PC tout en étant plus cher.

Mais une nouvelle génération de tablettes Internet suit une approche différente, à commencer par le matériel. Elles utilisent en effet le tout nouveau processeur Nvidia Tegra 2 qui incorpore un système complet (processeur central, processeur graphique, bus et contrôleur mémoire), consommant très peu d’énergie. Une des conséquence de ce choix est l’absence de compatibilité Windows. C’est pour cette raison que plusieurs de ces tablettes utilisent comme système d’exploitation Android ou autres versions de Linux. Plusieurs tablettes basées sur le Nvidia Tegra 2 ont été annoncées, avec des écran allant de 7″ jusqu’à 15,6″ pour l’ICD Vega. Le prix reste cependant encore inconnu.

Le point faible de ces tablettes reste cependant l’écran. Car si le processeur est très économe en énergie, il n’en n’est pas de même pour le rétro-éclairage de l’écran LCD. C’est sans doute pour cette raison que l’ICD Vega a une durée de charge officielle de seulement 4h.

A sa grande habitude, Apple est resté muet quant à sa fameuse « iTablet » dont les rumeurs prétendent qu’elle sera annoncée le 27 janvier (Apple aurait réservé une conférence pour cette date). Le plus amusant est que nombreux sont ceux qui ont déjà fait leur prédictions sur un produit qui n’a même pas été annoncé! Certains prévoient par exemple que l’iTablet sera un bide sans connaitre les fonctionnalités complètes du produit!

Les rumeurs sur l’iTablet ainsi que les brevets récemment déposés par Apple donnent une bonne idée sur le matériel, mais ne donnent aucun détail sur la couche logicielle – et comme pour l’iPhone, cette dernière est un composant crucial. Rumeur intéressante: Steve Jobs aurait déjà tué de nombreux projets de tablette Internet par le passé, mais cette fois serait apparemment « très satisfait ». Steve s’est parfois complètement fourvoyé dans les produits qu’il a lancé (le Mac Cube, l’Apple TV) mais a plusieurs fois fait mouche (l’iPod, l’iPhone).

Et à l’instar des tablettes Internet, certains ordinateurs portables abandonnent l’idée qu’ils doivent se comporter comme un portable PC (enfin!) Après les netbooks voici les smartbooks, une nouvelle forme d’ordinateur portable qui se veut être une évolution du smartphone et non du portable PC – même s’il ressemble plus à ce dernier. C’est à dire même type de processeur qu’un smartphone et, espérons le, qui se comporte comme un smartphone et non comme un PC.

Fait surprenant, c’est Lenovo qui ouvre la danse avec son Skylight. J’avoue que je n’aurais pas cru qu’un constructeur de PC pense autrement qu’en terme Wintel. Equipé d’un Qualcom Snapdragon (utilisé par plusieurs smartphones), le Skylight a pour unique but d’accéder à Internet, d’écouter de la musique et de visionner des films (aucune mention d’un traitement de texte) et annonce une durée de charge de 10h. Les portables PC ayant prouvé qu’ils pouvaient être très compétitifs en terme de prix, le Skylight a intérêt à offrir plus de punch qu’un portable PC d’entrée de gamme sous Windows 7.

Qui peut le plus ne peut pas le moins

On ne peut s’empêcher de constater que les véritables grands absents de ce marché sont le tandem Wintel. Certes, c’est Steve Ballmer qui a prononcé le discours de lancement du CES. Mais le discours du président de Microsoft n’a enthousiasmé personne. Qui plus est, il a principalement mentionné Windows 7 et Bing plus que Windows Mobile. Apple a fait coulé plus d’encre sans avoir annoncé aucun produit!

« Qui peut le plus peut le moins » dit le proverbe. En informatique ce n’est pas toujours le cas. Car si les processeurs Intel peuvent le plus (en terme de puissance et de jeu d’instruction), ils peuvent difficilement le moins en terme de consommation d’énergie. Si bien que sur le marché de l’informatique mobile c’est ARM qui rafle la mise (les processeurs Freescale, Nvidia Tegra ou Snapdragon sont tous basés sur une architecture ARM)

Certains experts pensent que la donne pourrait être changée si Microsoft décidait de porter Windows 7 pour les processeurs ARM. Je ne suis pas du tout convaincu. L’intérêt majeur de Windows est sa compatibilité avec l’existant – existant qui est compilé pour processeurs Intel x86. Dans les années 90, les premières versions de Windows NT étaient disponibles pour trois familles de processeurs: Intel x86, MIPS et DEC Alpha. Ces deux dernières versions n’ont cependant jamais pris, et la tentative de Redmond de s’affranchir de la dépendance à Intel a échoué. Il n’y a aucune raison pour que le même scénario ne se reproduise pas. On remarque d’ailleurs que les constructeurs de smartbooks ou tablettes qui utilisent des ARM utilisent tous une forme ou autre de Linux (Android ou autre), et aucun n’utilise Windows Mobile ou Windows CE.

Que Microsoft le veuille ou non, Windows est totalement dépendant d’Intel.

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One Comment sur “Informatique mobile 2010”


  1. […] Désélection Naturelle Evolution de la high tech vue des Etats-Unis « Informatique mobile 2010 […]


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