iPhone et ses concurrents

Aux Etats-Unis, Verizon (premier opérateur télécom cellulaire du pays) vient de sortir son dernier smartphone, le Motorola DROID – un smartphone à base d’Android 2.0, le système d’exploitation mobile de Google.

Signe des temps, la presse a depuis plusieurs semaines spéculée sur la capacité de DROID à être un iPhone killer. Comme le Palm Pre avant lui.

Si le DROID est de bonne facture, il y a peu de chance qu’il fasse beaucoup d’ombre au smartphone d’Apple. Il s’est vendu 100000 DROID le premier week-end. Cela reste peu par rapport à l’iPhone qui dépasse la barrière du million dans un temps comparable pour chaque nouvelle version, mais reste honorable.

Passons en revue les avantages et inconvénients de l’iPhone.

Les points sur lesquels la concurrence peuvent gagner

Il existe certains points sur lesquels la concurrence peut espérer marquer des points face à l’iPhone:

  • Un clavier réel: si utiliser un écran tactile à la fois comme écran et comme clavier (suivant les usages) était une très bonne idée, cela reste difficile de taper avec précision sur un iPhone.
  • Le réseau (suivant les pays): aux Etats-Unis, l’iPhone a un partenariat exclusif avec AT&T. Le problème est que le réseau 3G de ce dernier n’a pas bonne réputation et son abonnement est relativement cher.
  • Le multi-tâches: l’iPhone ne permet pas de garder plusieurs applications en mémoire en même temps et de passer de l’un à l’autre. Un système concurrent multi-tâches serait certes une bonne chose mais certainement pas un avantage suffisant pour faire basculer la balance.

Mais si avoir au moins l’un des trois facteurs risque d’être nécessaire pour être une concurrence sérieuse face à l’iPhone, ces trois plus ne sont en aucun cas suffisants. Le DROID comme le Palm Pre ont à la fois un vrai clavier (tout en restant minces), ne sont pas liés au réseau AT&T et possèdent un système d’exploitation multi-tâches. Et ni l’un ni l’autre n’ont réellement déchaîné les passions.

L’iPhone et sa compatibilité

L’avantage de l’iPhone est bien entendu sa logithèque et liste de matériel.

Mais la compatibilité logicielle n’est pas forcément l’atout indestructible d’Apple. Tout d’abord, la plupart des 100000 applications disponibles pour l’iPhone ne sont que très rarement téléchargées – voire pas du tout. Fidèle à la règle des 80/20, seule une minorité d’applications est populaire. La concurrence n’a donc pas à trouver un équivalent pour toutes les applications disponibles sur l’iPhone. Ensuite, il n’existe encore pas de killer app pour smartphone – un programme tellement extraordinaire qu’il justifie à lui seul l’achat du matériel (comme le tableur en son temps ou le jeu Halo pour Xbox). Cela veut dire que la plupart des applications utilisées ne justifient pas à elles seules de rester sur l’iPhone. En attendant, l’iPhone garde l’avantage, car les utilisateurs savent que n’importe quelle application développée par leur compagnie / magazine / site Web favoris sera disponible pour iPhone.

La compatibilité matérielle risque, elle, de donner plus de fil à retordre pour rattraper Cupertino. Non seulement l’iPhone bénéficie du matériel construit pour l’iPod, mais  si une voiture possède une intégration avec un seul smartphone, lequel pensez-vous sera supporté?

La seule chose qui pourrait jouer en défaveur de l’iPhone est si Cupertino rejette une killer app. On se souvient par exemple de Google Voice qu’Apple a rejeté (les disciples de Steve Jobs ont a depuis affirmé qu’elle n’a pas été rejetée mais est toujours en cours d’évaluation). Si demain une killer app apparaît mais que cette application donne trop de pouvoir aux utilisateurs de smartphone, il est possible qu’Apple passe à côté de l’opportunité et la rejette – lâcher trop de contrôle est quelque chose que Steve Jobs déteste.

Android et la customisation

Le gros risque pour Motorola en utilisant Android reste le risque de diluer son avantage compétitif. D’un côté il bénéficie des investissements de Google – gratuitement, ce qui n’est pas rien. Mais d’un autre côté, n’importe quel autre constructeur peut faire de même. C’est tout le problème de l’intégration horizontale.

J’indiquais dans un précédent article qu’Apple a récemment racheté PlaceBase, un concurrent de Google Maps. Le but est sans doute de fournir aux services de cartographie de l’iPhone des fonctionnalités exclusives. La concurrence, elle, est dépendante de Google pour rester au top. C’est possible – Google peut se permettre d’engloutir des millions si besoin est – mais pas certain. Google comme Apple sont deux compagnies très créatives.

Est-ce qu’utiliser Android signifie saper son avantage compétitif? Pas forcément. La grande question restera de savoir si Android peut être suffisamment customisable.

Apple a pu produire l’iPhone car ils ont pu s’assurer que le système d’exploitation utilise toutes les possibilités du matériel comme un écran tactile / clavier. C’est un facteur critique dans un marché en évolution constante.

Android étant open source, il peut en théorie permettre de telles – en théorie.

Toute personne ayant travaillé sur la customisation de n’importe quel logiciel d’entreprise (CRM, ERP, etc.) vous le dira: il existe parfois un fossé entre la théorie et la pratique en matière de customisation. Est-ce que les customisations peuvent-elles être faciles et rapides à mettre en oeuvre sans briser la future compatibilité?

Imaginons que demain un constructeur de smartphone utilise en exclusivité un écran tactile « à feedback » où l’utilisateur « sente » sous ses doigts l’écran. Android pourra-t-il être customisé de manière facile et rapide pour tirer partie d’un tel écran? Qui plus est, cette customisation fonctionnera-t-elle avec la prochaine version d’Android ou devra-t-elle être réécrite complètement?

L’avenir nous le dira. A moins que la concurrence ne fasse que suivre Apple.

Conclusion

Etant donné les circonstances actuelles, difficile de voir un avenir sombre pour l’iPhone. Apple a le vent en poupe et personne ne semble pouvoir briser son élan.

Qui plus est, Cupertino peut éliminer certains des avantages dont la concurrence bénéficie. En Europe plusieurs pays ont interdit le couplage exclusif d’iPhone à un seul opérateur mobile. Aux Etats-Unis les rumeurs vont bon train sur un iPhone pour le réseau Verizon l’année prochaine.

Si demain Steve Jobs annonce un iPhone avec un vrai clavier, la concurrence est morte. Quand on sait que tous les smartphones sont en gros au même prix (inhabituel pour un produit Apple), quel avantage d’acheter un concurrent? A l’heure actuelle tous les smartphones sont plus ou moins des copies de l’iPhone. A moins qu’un concurrent arrive à créer la sensation avec de nouvelles fonctionnalités (comme Apple l’a fait en 2007 avec l’iPhone), il sera très dur de s’attaquer à la forteresse Apple.

A moins qu’une killer app pour smartphone fasse son apparition – le genre qui viole les règles imposées par Cupertino…

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