Microsoft se fracture la cheville en taclant le Cloud Computing

Le 2 octobre, un service en ligne géré par Microsoft est tombé en panne en emportant avec lui les données personnelles de près d’un million d’utilisateurs. C’est ce que beaucoup appellent l’une des plus importantes catastrophes informatique. Cet épisode entache le concept de Cloud Computing et est un mauvais coup de presse pour Microsoft par qui le désastre est arrivé.

Le Sidekick est un smartphone commercialisé aux Etats-Unis par T-Mobile, 3e opérateur cellulaire américain et filiale de l’allemand Deutsche Telekom. Ce smartphone repose sur Danger, un service de Cloud Computing qui permet de stocker sur Internet ses emails, contacts, photos, etc. La compagnie Danger a quant à elle été rachetée l’année dernière par Microsoft.

Après plusieurs pannes fin septembre, Danger tombe en panne pour de bon le 2 octobre – plus aucun Sidekick ne fonctionne alors correctement. Après des jours à essayer de remettre le système en route, une mise à jour tourne mal et efface les données personnelles des utilisateurs ainsi que les sauvegardes (il n’y avait apparemment pas de données sauvegarder sur un site tiers). Le 10 octobre, T-Mobile et Microsoft annoncent qu’ils ont perdu les données personnelles de 800.000 utilisateurs, sans doute de manière permanente (ils pensent depuis pouvoir récupérer les données de « nombreux » utilisateurs). Deux semaines plus tard, non seulement le service n’est pas complètement rétabli mais les utilisateurs ne savent toujours pas s’ils vont récupérer leurs emails, photo et autres données perdues. En attendant, tout utilisateur du smartphone Sidekick est conseillé de ne pas laisser son portable se décharger sous risque de perdre les données stockées dans le téléphone.

Retour de bâton pour le Cloud Computing

J’ai écris il y a quelques mois sur le risque d’un retour de manivelle à propos du SaaS (Software as a Service – les services disponibles sur Internet). Le désastre Sidekick en fait partie – et est arrivé bien plus tôt que je ne le pensais. Nombreux sont en effet ceux qui utilisent ce Trafalgar de l’informatique pour tenter de discréditer le Cloud Computing.

Mais la polémique est née plus d’une histoire de perception que d’autre chose.

Le problème n’est pas que le Cloud Computing n’est pas fiable. Même en prenant en compte le désastre Sidekick, stocker ses données sur Internet reste beaucoup plus fiable que de les stocker sur son disque dur. Très peu de particuliers sauvegardent en effet les données de leur ordinateur, et nombreux sont ceux qui perdent chaque année leurs données lorsque leur disque dur rend l’âme, qu’ils se font cambrioler, perdent ou cassent leur téléphone portable, etc. Ce qui change par contre entre le modèle traditionnel et le modèle du Cloud Computing sont les attentes des clients. Lorsqu’on perd ses données parce que son portable tombe dans la cuvette des WC, on ne s’en prend qu’à soi-même. Lorsqu’on perd ses données en ligne parce que l’opérateur a commis une boulette, on hurle au scandale.

Mauvaise publicité pour Microsoft

Cet épisode n’aide évidemment pas Microsoft.

Tout d’abord, Redmond a une responsabilité financière dans cette histoire. Les services en lignes viennent avec un SLA (Service Level Agreement ou accord de niveau de service) stipulant des pénalités financières pour l’opérateur (en l’occurence Microsoft) en cas de coupure de service prolongée. Quand on sait que le temps de ses coupures se mesure généralement en minutes voire en heures, une absence de service de plusieurs semaines accompagnée d’une perte de données risque de coûter cher à Microsoft.

Mais le coût est une goutte d’eau pour une compagnie qui engrange plus d’un milliard de dollars de profits chaque mois. L’impact le plus douloureux est surtout en terme d’image.

Image tout d’abord vis-à-vis des utilisateurs. Microsoft n’a pas eu énormément de succès dans le domaine des portables, cet épisode aide encore moins. Face à l’embarrassement vis-à-vis de ses clients, T-Mobile a très vite jeté plus ou moins directement la pierre à partenaire dans une lettre à ses abonnés:

« Regrettably, based on Microsoft/Danger’s latest recovery assessment of their systems, we must now inform you that personal information stored on your device–such as contacts, calendar entries, to-do lists or photos–that is no longer on your Sidekick almost certainly has been lost as a result of a server failure at Microsoft/Danger »

Ils parlent en effet des systèmes de Microsoft/Danger, et de panne de serveurs chez Microsoft/Danger. Si cela est une indication, les #MicrosoftSucks ont vite supplanté les #TmobileSucks sur Twitter. Cette affaire n’arrive pas au meilleur moment quand on sait que Microsoft vient de lancer My Phone, un service pour Windows Mobile équivalent à Danger. Ironie du sort, My Phone a été lancé officiellement le 6 octobre, soit en plein milieu de la débâcle Danger/Sidekick.

L’autre impact est vis-à-vis des partenaires de Microsoft, présents ou futurs. Redmond cherche en effet à devenir un poids lourd sur le marché du Cloud Computing – entre autre avec la sortie de son offre Azure Services Platform sensée être lancée le mois prochain. Là encore, cette affaire ne donne pas une image de Microsoft de partenaire sérieux. On se rappelle des critiques contre Google lorsque son service d’email, Gmail, a enregistré plusieurs coupures au court de ces derniers mois.

Pour être honnête, il est possible que les autres offres de Cloud Computing de Microsoft soient plus fiables que Danger. Ce fiasco est en effet dû à une conjonction de plusieurs facteurs (comme toujours dans ce tel type de désastre): tout d’abord le fait que le service ne se base pas sur des technologies Microsoft – ce dernier est moins à l’aise à supporter ce type d’environnement. Ensuite le fait que Microsoft fasse tourner Danger à contrecœur, uniquement par obligation contractuelle envers T-Mobile. Enfin parce que Steve Balmer a complètement démuni le groupe Danger de ses développeurs pour les mettre sur d’autres projets. AppleInsider s’est fait un malin plaisir à détailler les dysfonctionnements quant à l’intégration de Danger au sein de Microsoft et les rapports tendus avec T-Mobile.

Mais il n’empêche. Que le service ne soit pas complètement rétabli plusieurs semaines plus tard est tout sauf une bonne publicité. Et que Microsoft soit près à faire tourner un service de Cloud Computing tel que Danger dans de telles conditions témoigne d’un manque de sérieux et en dit long sur la manière dont Redmond traite ses partenaires.

Conclusion

Au final, cet épisode va surtout renforcer les sceptiques du Cloud Computing et les anti-Microsoft dans leurs convictions.

Les sceptiques du Cloud Computing vont voir cette débâcle comme un argument de plus contre ce concept. Mais cela ne va pas arrêter le mouvement pour autant, et Salesforce.com n’est pas près de mettre la clé sous la porte. Ce déplorable épisode va encourager un retour de manivelle face aux évangélistes qui nous ont trop rabâché les oreilles sur ce nouveau concept. La conséquence n’est pas que les gens vont délaisser le Cloud Computing, mais qu’ils vont être plus alerte quant aux inconvénients de cette méthode, et donc un peu plus prudent. Cet épisode a par exemple démontré qu’il ne faut pas choisir ses fournisseurs à la légère. Et qu’il est utile de sauvegarder ses données en local (chose qu’il faut que je fasse pour ce blog)

Les anti-Microsoft, quant à eux, vont se réjouir des déconvenues de Redmond et être encore plus convaincu que la firme de Bill Gates n’est pas un partenaire sérieux sur le marché du Cloud Computing et du téléphone portable. Plusieurs experts affirment que les entreprises vont réfléchir à deux fois avant de mettre toute application critique sur le nuage de Microsoft. Mais ce n’est ni la première boulette médiatique de Microsoft (comme le crash en direct de Windows 98 devant Bill Gates lui-même) ni la première fois qu’il maltraite ou trahit un partenaire. Sans pour autant que cela nuise outre-mesure à la firme de Bill Gates. Au final, si Microsoft n’arrive pas à s’imposer sur le marché du Cloud Computing et/ou des téléphones portables, ce sera certainement plus du fait de son offre – pour l’instant peu convaincante – que du fait de la débâcle Danger/Sidekick.

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