L’impact du SaaS (Software as a Service)

Le SaaS (Software as a Service) et le Cloud Computing sont deux expressions de plus en plus à la mode. J’en veux pour preuve le nombre de fois où le mot « révolution » est associé.

Je passe sur les avantages évidents du modèle SaaS (facilité de mis en oeuvre et de gestion) pour me focaliser sur certains points dont on parle peu.

Définition

Avant tout, définissons ces deux termes, trop souvent inter changés à tort.

Software as a Service (« Logiciel en tant que Service ») consiste à offrir un service sur Internet au lieu de distribuer un logiciel que les clients installent sur leur machine. L’idée n’est pas nouvelle, et a commencé très tôt avec les particuliers: Hotmail, Friendster / MySpace / Facebook, etc. Elle s’est étendue par la suite aux entreprises. Salesforce.com, qui propose une solution de CRM sur le Web (Customer Relationship Management ou Logiciel de Gestion de Relation Client) est l’une des compagnies de SaaS qui fait couler le plus d’encre.

Le Cloud Computing (« Informatique sur le Nuage ») consiste à louer sur Internet de la puissance informatique facturée à l’utilisation – utilisant le même modèle que les compagnies de gaz et d’électricité. L’implication est que les solutions de Cloud Computing s’adaptent au besoin de leurs clients. Une compagnie peut avoir besoin d’augmenter rapidement sa consommation pour faire face à un pic d’utilisation, mais elle peut également diminuer aussi facilement sa consommation (et par conséquent sa facture).

En quoi les deux services se rejoignent? Bien souvent, les compagnies de SaaS utiliseront des services de Cloud Computing de compagnies tierces comme infrastructure. Les compagnies de Cloud Computing telles qu’Amazon.com (oui, oui, le géant du livre en ligne) se spécialise dans la gestion d’une infrastructure qui peut monter en charge et qui est la plus stable possible. Des compagnies telles que Salesforce.com, elles, se concentrent sur les services qu’elles offrent.

A noter que les fournisseurs SaaS facturent rarement de la même manière que les offres de Cloud Computing. Salesforce.com facture (entre autres) en fonction du nombre d’utilisateurs, que ces utilisateurs soient actifs ou pas.

Impact sur les prix

La première grande différence du modèle SaaS est que vous ne possédez pas vraiment le logiciel car vous le louez (vous ne possédez pas vraiment votre copie de Windows non plus, mais c’est une autre histoire). La minute où vous cessez de payer votre abonnement le logiciel cesse de fonctionner. Un fournisseur SaaS peut ainsi augmenter ses prix beaucoup plus facilement (regardez quand EDF augmente les prix)

Certes, les entreprises payent souvent une (coûteuse) maintenance pour les logiciels qu’ils utilisent. Mais pas toujours… Enormément d’entreprises font tourner des logiciels hors maintenance – parfois oubliés de tous. Le système fonctionne sans intervention humaine, donc on laisse tourner.

Mais les particuliers eux aussi pourraient voir un impact. Pour l’instant, ils sont habitués à payer une somme forfaitaire pour leurs logiciels (comme MS-Office). Sur Internet, ils sont habitués à avoir des services gratuits.

Certains logiciels comme les anti-virus ou les solutions de sauvegarde en ligne arrivent à faire payer les particuliers mensuellement, mais c’est parce qu’ils fournissent un service constant – un anti-virus a besoin de constamment mettre sa liste de virus à jour, et une solution de sauvegarde en ligne maintient les machines où les données sont sauvegardées. Par contre, une fois que l’on a acheté une copie de MS-Office on n’a plus à reverser un sou à Microsoft. On peut décider de sauter une mise à jour, voire de n’acheter aucune mise à jour.

C’est pour cette raison que Microsoft est très intéressé par le modèle SaaS – même si mettre en ligne MS-Office constitue un challenge technique. Le modèle SaaS force en effet l’utilisateur à payer continuellement même s’il n’utilise pas les nouvelles fonctionnalités. C’est également l’arme ultime contre le piratage – une des obsessions de Redmond.

Il n’est pas dit que les particuliers acceptent ce nouveau modèle. D’une part ils sont habitués à des services gratuits sur Internet. D’autre part le fait que Windows et Microsoft Works soit livré en standard sur de nombreux PC fait que les utilisateurs n’ont pas l’impression de payer pour ces produits. Mais les compagnies de SaaS vont essayer de changer les habitudes. Par exemple, le logiciel de sauvegarde en ligne Jungle Disk sauve les données sur le système d’Amazon.com – l’utilisateur doit ouvrir un compte Amazon.com lui-même et payer sa facture auprès de ce dernier. Bien que Jungle Disk soit un logiciel traditionnel que l’on installe sur son ordinateur, son mode de paiement est par abonnement – ce qui fait que l’utilisateur paye au final plus que s’il payait une somme forfaitaire.

Le Cloud Computing avantage les startups

Ironiquement, le Cloud Computing favorise les petites entreprises alors que le SaaS favorise les grandes entreprises.

L’énorme avantage du Cloud Computing est qu’il efface l’avantage compétitif d’une infrastructure informatique haut de gamme. Une startup peut bénéficier du même type d’infrastructure de haut niveau qu’une grosse entreprise. Si vous vous rappelez du presque défunt Friendster, l’une de ses problèmes a été que son site ne supportait pas la charge de ses millions d’utilisateurs et s’écroulait régulièrement.

Avec le Cloud Computing, une dotcom a moins besoin d’investissement initial. Pas besoin en effet d’investir dans une coûteuse infrastructure matérielle étant donné qu’avec le Cloud Computing on paye à la consommation. Cerise sur le gâteau, des compagnies comme Amazon ne facturent pas leurs services immédiatement. Une dotcom qui arrive ainsi à monnayer son trafic rapidement peut faire face à un pic d’activité sans avoir à avancer d’argent! Le CTO de la startup Slideshare a même fait une présentation intitulée Using S3 to avoid VC (« utiliser [le service S3 d’Amazon] pour éviter les capital risqueurs »)

Maintenant, pourquoi donc une startup se vanterait-elle de pouvoir se passer d’investisseurs grâce à Amazon.com? Tout simplement parce que les investisseurs comme les capital risqueurs ont une vision différente de la plupart des entrepreneurs. L’entrepreneur typique veut créer le prochaine Google. L’investisseur, lui, veut financer le prochain YouTube (revendu à Google pour quelques $1.65 milliards après seulement 21 mois). De fait, les VCs (Venture Capitalists ou capital risqueurs) ont de nombreuses fois éjectés les fondateurs de startups pour divergence d’opinion.

Il est donc possible que le Cloud Computing favorise les compagnies qui veulent devenir le prochain Google et ne désirent pas être rachetées. Imaginez si Mark Zuckerberg n’avait pas eu besoin d’investisseurs pour fonder Facebook. Aurait-il autant de pression de justifier la valuation absurde de sa compagnie? Probablement pas.

Il y a cependant un risque. Car les bons VC sont plus que des investisseurs, ce sont également des hommes d’affaire. Vous désirez embaucher des talents clé? Les VCs peuvent aider. Par exemple, Eric Schmidt (ancien PDG de Novell) n’était pas intéressé par rencontrer les fondateurs de Google. Ce n’est que pour éviter de vexer John Doer (un VC superstar de la Silicon Valley et investisseur dans Google) qu’il a consenti à une rencontre. La suite? Eric Schmidt est depuis des années le PDG de Google (les deux fondateurs ne sont pas fait pour être PDG). C’est pour cette raison que certaines startups recherchent des VC. Pas pour l’argent mais pour le carnet d’adresses.

Il est donc possible que de nombreux entrepreneurs découvrent qu’ils n’arrivent pas à faire décoller leurs startups au-delà d’un certain niveau avec peu de connexions et un trop petit budget. Affaire à suivre…

Le SaaS avantage les grosses entreprises

Mais si le Cloud Computing élimine une différence entre petites et grosses entreprises, le SaaS sur le marché d’entreprise favorise les grosses compagnies (sur le marché SaaS d’entreprise uniquement, pas le marché des particuliers)

Les entreprises recherchent en effet une certaine stabilité. Si un éditeur de logiciel traditionnel met la clé sous la porte, ses clients se retrouvent sans maintenance mais leur application tourne toujours. Certaines ont même des clauses leur donnant accès au code source du dit logiciel si son éditeur fait faillite. Par contre, si une compagnie de SaaS met la clé sous la porte, ses clients se retrouvent sans rien – peut-être même sans leurs données! Le modèle de SaaS favorise donc les gros fournisseurs. Une fois que des fournisseurs tels que Salesforce.com se sont implantés, il sera difficile pour des startups de les concurrencer – à moins d’être rachetées.

Les entreprises achètent parfois des logiciels à des petites compagnies de quelques personnes. Je vois mal ces mêmes entreprises faire affaire à un SaaS de quelques personnes.

Conclusion

Le phénomène de SaaS est relativement nouveau. Comme tout phénomène, il est probable qu’il provoque son moment d’euphorie… avant de recevoir un retour de manivelle. Comme la bulle Internet en son temps ou comme le CRM.

Quel type de retour de manivelle peut arriver avec le SaaS?

  • Tout d’abord, certains fournisseurs SaaS peuvent mettre la clé sous la porte et laisser leurs clients le nez dans l’eau littéralement du jour au lendemain.
  • Les coupures Internet ont soudain une importance beaucoup plus conséquentes. De nombreuses entreprises possèdent leur propre générateur d’électricité en cas de coupure de courant pour faire tourner leurs serveurs critiques (et oui, même au 21e siècle une coupure d’électricité peut arriver). Elles n’ont cependant pas l’équivalent pour leurs services Internet.
  • Certains DIs (directeurs informatiques) vont peut-être changer d’avis sur les SaaS. Certes, ce modèle leur simplifie la vie car certaines applications d’entreprise sont un cauchemar à maintenir et à mettre à jour. Mais qui dit outsourcer certaines fonctions dit une diminution de leur empire, du moins en terme de personnel. Et au sein d’une entreprise le nombre de sous-fifres est critique pour l’avancement. Le manager qui a 100 personnes à ses ordres a plus de chances d’être promu à un poste important que celui qui en 10 – même si les deux équipes abattent la même quantité de travail.
  • Enfin, certaines compagnies de SaaS vont peut-être également augmenter les prix de leur audience captive. Pour une compagnie de SaaS subissant la pression de maintenir une certaine croissance, il est plus facile d’augmenter ses tarifs que de chercher de nouveaux clients.

Cela ne veut pas dire que le SaaS va disparaître. Internet n’a pas disparu après l’éclatement de sa bulle, le CRM non plus (ironie du sort, il est redevenu à la mode sous la forme de Salesforce.com). Ils ont simplement évolué en se débarrassant de beaucoup d’excès. La même chose arrivera certainement pour le SaaS.

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