Apple après Steve Jobs

Bien que Steve Jobs ait repris ses fonctions à la tête d’Apple et que ses problèmes de santé semblent faire partie du passé, les spéculations vont bon train sur ce que deviendrait Apple sans ce dernier.

Certains affirment qu’Apple a de nombreux talents et que la firme à la pomme ira très bien, merci pour elle. D’autres affirment que Steve Jobs est trop unique pour être remplacé.

Personnellement je pense que, sans Steve Jobs, Apple se portera très bien pendant des années mais ne survivra pas sur le long terme – et ce pour plusieurs raisons.

Le problème des leaders narcissiques

Tout d’abord, les leaders hautement narcissiques comme Steve Jobs ne sont pas des meilleurs quand il s’agit de succession. Ils ne peuvent pas accepter le fait que quelqu’un d’autre puisse faire un meilleur travail qu’eux. Si Steve est quelqu’un qui veut notoirement tout régenter, c’est qu’il ne fait confiance en personne d’autre à Apple pour faire du bon travail sans sa vision éclairée. C’est pour cette raison que les leaders narcissiques souhaitent souvent (même inconsciemment) que leur compagnie sombrent après eux.

Steve vs. les autres PDG d’Apple

Ensuite, jetons un coup d’œil à l’histoire d’Apple. Jobs a été à la tête de sa création en 1976 jusqu’en 1985 (cependant sans jamais être le PDG). Evincé de la direction en 1985, il a une longue traversée du désert pour revenir en 1997 lorsque Apple a racheté sa compagnie NeXT. Tout d’abord en tant que consultant, puis en tant que « PDG intérimaire » puis PDG officiel.

Force est de constater que le bilan général de Steve éclipse le bilan des trois PDG qui se sont succédés à la tête d’Apple pendant son absence (John Sculley, Michael Spindler et Gil Amelio). De 1976 à 1985 Apple s’est transformée d’une startup de garage en un géant avec un CA de deux milliards de dollars. Après son départ Apple a rapidement commencé une longue descente aux enfers, sortant des Macs de moins en moins séduisant et perdant des parts de marché face au PC même dans des bastions tels que la photographie. En 1997 personne n’aurait misé deux sous sur la firme à la pomme. Spindler et Amelio avaient essayé de vendre la compagnie, mais personne n’était intéressé. Steve a par contre repris les choses en main à son retour pour arriver au résultat que l’on sait.

Pour être parfaitement honnête, cela ne veut pas dire que le bilan de Jobs a toujours été parfait, ni que celui de ses successeurs / prédécesseurs n’avait aucun point positif. En 1985 Steve était un très mauvais manager (il était nettement meilleur à son retour en 1997). Il lui manquait beaucoup en matière d’opérationnel et de rigueur financière – et pour cause: jusqu’alors Apple avait roulé sur l’or. Son aveuglement face aux problème financiers d’Apple a fait que le conseil d’administration l’a évincé au profit de Sculley (le premier Mac, même s’il a déchaîné les passions, ne s’est que très peu vendu du fait d’un prix prohibitif et un manque d’applications). Sculley a, à son crédit, réussi à redresser la compagnie pendant quelques années. Gil Amelio, quant à lui, a non seulement fait un excellent choix pour Apple en rachetant NeXT et en ramenant Steve au sein d’Apple, il avait réussi en un an et demi à remettre la compagnie sur une meilleure voie – avant d’être expulsé par une fronde organisée par Steve lui-même. On a crédité Jobs d’avoir rendu Apple profitable seulement 5 mois après être revenu à la tête d’Apple, mais cela est grandement dû à Amelio. De la même manière, c’est ce dernier qui avait jeté les bases de l’eMac.

Mais c’est Steve Jobs qui a joué un rôle déterminant dans les quatre produit-phares qui ont été critiques pour la compagnie. D’autres personnes ont eu des rôles déterminants dans ces produits bien sûr, mais ces derniers n’auraient sans doute pas vu le jour sans Jobs. C’est sur l’Apple II que la firme à la pomme a bâti son empire. Les premiers Macintoshs ont peut-être au début plombé financièrement la compagnie, mais c’est le Mac qui a permit à Apple de subsister pendant toutes ces années. Sans le Mac, Apple aurait mordu la poussière comme les autres constructeurs de micro-ordinateur de son temps (Commodore, Atari, Sinclair, etc.) Enfin, l’iPod et l’iPhone ont ouvert la voie vers de nouveaux marchés, ont fourni une nouvelle source de revenu et ont contribué à améliorer l’image de la marque.

Ni Sculley, ni Spindler ni Amelio n’ont réussi à sortir un seul killer product. C’est sous Sculley qu’Apple a sorti l’assistant personnel Newton (il est d’ailleurs crédité d’avoir intenté le terme PDA pour Personal Digital Assistant), mais le produit n’était pas au point et a fait un flop commercial.

Quelque chose me dit qu’une fois Steve parti, le conseil d’administration d’Apple va vouloir nommer le même type de PDG que Sculley, Spindler et Amelio.

Le besoin d’une vision

Malgré tous ses défauts (et Dieu sait qu’il en a beaucoup), Jobs a toujours eu certaines qualités et ce depuis la création d’Apple. Il sait être très séduisant quand il veut, peut envouter une salle entière et arrive souvent à convaincre les gens autour de lui qu’il a raison, même s’il se fourvoie complètement – on appelle ça le Steve reality distortion field. C’est également un négociateur de première classe.

Mais surtout, Steve est un visionnaire qui a su non seulement repérer une vision mais également la transformer en quelque chose de concret. Les quatre produits phare d’Apple. Sa compagnie NeXT qui a créé ce qui est plus tard devenu le célèbre Mac OS X. Et Pixar qui est devenu un champion du box office et qui est venu à la rescousse de Disney.

Steve a certes eu parfois de la chance – le succès de Pixar est plus dû à des gens comme John Lassetter qu’à la vision éclairée de Jobs. Mais la chance seule ne peut pas expliquer tous ces succès. Toute personne peut se sentir extrêmement chanceuse de lancer un killer product dans sa carrière. Steve en a lancé plusieurs.

C’est très satisfaisant de se dire qu’on est un visionnaire. John Sculley s’est pris pour un visionnaire lorsqu’il a lancé le Newton. Jean-Louis Gassé (directeur d’Apple France puis responsable produit de la compagnie) a également cru en être un en fondant Be Inc et en lançant son ordinateur, le Be Box. Les deux produits ont été des flops. Ces deux hommes sont peut-être très bons opérationnellement, mais n’est pas visionnaire qui veut.

Bien sûr c’est Steve Wozniak qui a conçu l’Apple II et c’est Xerox qui a inventé l’interface graphique. Mais c’est Jobs qui a su reconnaître la valeur de ces projets et les mener à quelque chose (Xerox n’avait rien à faire de l’interface graphique). C’est Jobs qui a su attirer les bons développeurs et insister sur l’aspect physique de ses produits. Pour citer une analogie de Wayne Gretzky, Steve ne skate pas où se trouve le palet, mais là où il va se trouver.

Et c’est certainement une qualité que les successeurs de Steve Jobs n’auront pas. Le directeur des opérations actuelles et PDG temporaire Tim Cook a beau être un génie de l’opérationnel, je doute qu’ils soit un visionnaire comme Steve. Soyons réaliste: si Cook – ou n’importe qui d’autre – pouvait remplacer Steve, ce dernier s’en serait débarassé.

Steve Jobs a beaucoup en commun avec Walt Disney. Comme Jobs, Walt a dirigé sa compagnie d’une main de fer. Comme Jobs, il a toujours eu une obsession de la qualité et de l’expérience du consommateur, même si cela s’est parfois fait au profit de la santé financière de sa compagnie – malgré des bonnes recettes, Disney n’a été réellement profitable qu’avec Disneyland, Walt refusant de sacrifier la qualité. Comme Jobs, Walt a toujours voulu innover (l’invention de la caméra multiplans) et n’a pas hésité à s’aventurer dans de nouveaux marchés (le concept de Disneyland)

Or, depuis la mort de Walt, Disney a certes produit des hits (Le Roi Lion, Aladin, etc.) mais force est de constater que la compagnie a beaucoup perdu en créativité. Mis à part les films de Pixar, Disney n’a produit aucun film d’animation à succès depuis 10 ans.

Malheureusement, le modèle d’Apple est basé sur un flot régulier de visions. Vous ne pouvez pas garder des produits avec les marges que se fait Apple indéfiniment. Au bout d’un moment, le concept ne fera plus rêver et il faut en trouver d’autres. Bien sûr Microsoft continue à vendre de nombreux produits comme Windows et Office. Mais ces produits ne font plus rêver depuis longtemps. Or Apple a besoin de faire rêver pour exister. Si ses produits n’étaient pas sexy ils ne se vendraient pas.

Conclusion

Je souhaite une longue vie à Steve, mais même s’il vit centenaire, Apple a toutes les chances de lui survivre. Et ce jour-là signera le début de la fin. Pas immédiatement, mais sur le long terme. Apple a survécu 12 ans sans Steve Jobs et survivait encore lorsqu’il est revenu. L’Apple d’aujourd’hui est en une bien meilleure position que l’Apple de 1985.  Mais je doute fort qu’ils trouvent des killer products comme ils l’ont fait.

Et il est possible que ça soit ce que Steve désire secrètement.

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3 commentaires sur “Apple après Steve Jobs”


  1. […] de l’ordinateur culte ralentissent. J’ai précédemment écrit qu’au long terme, Apple en se relèvera pas à terme du départ de Steve (même s’il vit centenaire, il y a toutes les chances qu’Apple lui survive). D’un […]


  2. […] qu’il sait qu’il n’en n’a plus pour très longtemps. Comme je l’ai précédemment écrit, je pense que la compagnie va décliner sans Steve Jobs. Pas dans l’immédiat – son […]


  3. […] déjà donné mon avis sur ce que deviendra Apple sans Steve Jobs. Si la compagnie a toutes les chances de se porter très […]


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