Le pouvoir de l’inertie affecte tout le monde – vous et moi y compris

On m’a récemment demandé pourquoi de nombreuses entreprises gardent leurs mainframes, ces gros ordinateurs inventés dans les années 50. Car ces machines coûtent fort cher à la maintenance et son technologiquement désuètes. Le noyau du système d’exploitation des mainframes IBM (le leader sur ce marché) croit toujours manger des cartes perforées! Pour lui, un écran (texte) est composé de 25 cartes perforées correspondant aux 25 lignes texte de l’écran (non, il n’y a pas de mode graphique)

Je connais peu l’univers des mainframes car je ne les ai jamais côtoyées directement. Je peux cependant émettre des hypothèses.

Il est à parier que si les entreprises gardent leurs mainframes c’est parce que le coût d’un changement est plus grand que le coût de rester sur des systèmes antédiluviens.

Tout d’abord, un peu de mise en contexte. Quelles sont les compagnies qui ont des mainframes? Les grosses entreprises – historiquement les banques, assurances, etc. – qui doivent faire tourner des logiciels bien souvent critiques. Or les mainframes ont un gros avantage: elles ne plantent jamais. A ce qu’on m’a dit, lorsqu’une barrette mémoire flanche sur une mainframe IBM, le système d’exploitation s’en rend compte, réorganise la mémoire (le tout sans planter!) et… appelle automatiquement le support IBM pour qu’un technicien soit envoyé sur place remplacer le composant défaillant – et accessoirement facturer le client.

D’un autre côté, considérons une migration vers un système plus moderne. Comme toute migration elle va être longue, coûteuse et douloureuse. Autant les bugs d’un système sur mainframe ont été éradiqués au cours des dernières décennies, autant un nouveau système va avoir des bugs. D’un point de vue strictement financier, une migration ne va être rentabilisée qu’au moyen voire long terme.

Du côté utilisateur, soit le changement n’est qu’interne et l’utilisateur final va garder son interface utilisateur (auquel cas il va se demander pourquoi on change de système) soit l’interface utilisateur est modifiée (auquel cas il va falloir le former au nouveau système) Dans tous les cas de figure, les utilisateurs habitués à un système sur mainframe vont hurler à la mort pour chaque bug rencontré. Voire pire – une banque n’apprécierait pas du tout qu’un bug introduit lors de la migration perde l’enregistrement de plusieurs transactions financières.

Certes, les entreprises aiment un Directeur Informatique (DI) qui est entreprenant et cherche à économiser des sous. Mais la première attente des entreprises envers leur division informatique est un devoir de stabilité: que les systèmes soient opérationnels et qu’il y ait moins de problèmes possibles.

Autrement dit, un DI qui réussi une telle migration pourra recevoir des félicitations (à terme), sans pour autant passer pour un héros. Un DI qui loupe sa migration va en prendre pour son grade – s’il garde son poste! Et un DI qui garde les choses comme elle ait restera apprécié de sa direction, l’entreprise étant habituée à payer la facture.

Par quel choix sont tentés les DI à votre avis?

L’inertie touche tout le monde, y compris vous et moi

La morale de cette histoire est que l’inertie a un pouvoir bien plus important qu’on ne le pense.

« Oui, mais ce sont des banques et autres grosses entreprises » me diront certains. « Les particuliers n’ont pas une telle inertie. » Ah non? Je prendrais un exemple simple: le clavier d’ordinateur.

Conçu à la fin du 19e siècle, le clavier que nous utilisons toujours (AZERTY comme QWERTY) a été conçu pour ralentir la frappe – évitant que les machines à écrire mécaniques ne se bloquent. Le problème de blocage n’étant plus de mise avec les claviers moderne, combien d’entre vous ont opté pour un clavier optimisé du style Dvorak? Aucun. Certes il existe un bénéfice à terme (une frappe plus rapide), mais cela nécessiterait de réapprendre à taper au clavier, pas qu’aucun d’entre nous n’a franchi.

Mais prenons un exemple plus simple: quand on considère le nombre d’heures et d’années que l’on passe devant un clavier de nos jours, il est utile de se protéger du syndrome du canal carpien. Combien d’entre vous utilisent un clavier ergonomique comme le Microsoft Ergonomic Keyboard? Quasiment aucun (je ne m’en suis moi-même acheté un qu’il a quelques mois seulement) Les touches sont toujours au même endroit, le clavier est très confortable pour les poignets et l’avantage potentiel est grand –  mais la séparation des touches au milieu du clavier a rebuté tout le monde.

Exemple encore plus simple: combien d’entre vous avons réellement appris à taper à la machine, c’est-à-dire avec les bons doigts sur les bonnes touches? Là encore quasiment personne. Nous avons appris à taper au clavier de nous-même. Avec le temps nous sommes devenus assez rapides, mais pas aussi rapides qu’on pourrait le devenir. On pourrait se forcer à taper correctement, mais cela demanderait des efforts et notre vitesse de frappe s’en trouverait ralentie dans un premier temps. Donc on garde nos bonnes vieilles habitudes.

Qu’ont tous ces exemples en commun? Un handicap initial important (ré-apprentissage de la frappe, grosse migration) va éclipser un faible gain au jour le jour (une meilleure frappe, un meilleur système) ou un gain potentiel important à long terme (éviter le syndrome du canal carpien)

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One Comment sur “Le pouvoir de l’inertie affecte tout le monde – vous et moi y compris”

  1. alefebvre Says:

    Tout à fait d’accord avec l’argument principal… Quand on a tendance à dire « c’est pas moi, c’est autres ! », il suffit d’y regarder d’un peu plus prés pour s’apercevoir qu’on est aussi concerné, hélas !


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